
La spongieuse apparaît à la fin juillet ou en août. Le mâle est gris-brun, peut voler et survivre environ une semaine, pendant laquelle il s'accouple à plusieurs femelles. La femelle est plus grosse et blanche avec des marques plus foncées en forme de zigzag. Elle ne peut voler et meurt peu de temps après avoir pondu ses oeufs.
La spongieuse hiberne dans des masses d'oeufs couvertes de poils de couleur havane ou chamois. On peut les trouver sur les troncs d'arbres, de l'écorce, des meubles d'extérieur ou les côtés d'un bâtiment.
Les masses d'oeufs sont de la taille d'une pièce d'un dollar et peuvent contenir de 100 à 1 000 oeufs. La gravité d'une infestation peut être déterminée par la taille des masses d'oeufs. Lorsque les populations sont en baisse, elles tendent à être plus petites, soit environ la taille d'une pièce de 10 cents. Les masses d'oeufs plus grosses sont signe de populations stables ou en croissance.
Lorsque les bourgeons des arbres commencent à s'ouvrir, les oeufs éclosent pour laisser échapper des chenilles. Ce stade, qui peut durer jusqu'à sept semaines, est celui où l'insecte se nourrit. Par conséquent, il est important de contrôler les infestations de spongieuses tôt dans la saison de croissance.
La chenille de la spongieuse (larve) change d'apparence en vieillissant. La jeune chenille est noire ou brune et mesure environ 0,6 cm (¼ po) de longueur. En grandissant, des bosses avec des poils noirs et drus se développent sur son dos. On peut facilement reconnaître la chenille à la fin de ce stade, car elle est devenue gris anthracite avec deux rangs de cinq points bleus et de six points rouges sur le dos. La période d'alimentation se termine au début de juillet. La longueur d'une chenille mature peut aller jusqu'à 6,35 cm (2½ po).
Le stade nymphal a lieu après la période d'alimentation et dure entre 9 et 17 jours. On peut trouver des coques de nymphose aux mêmes endroits que les masses d'oeufs.
Saviez-vous que…
Au Canada, on peut voir la spongieuse principalement en Ontario, au Québec et dans les Maritimes. Cet insecte a été introduit accidentellement au Massachusetts en 1869 par un naturaliste français qui tentait de croiser la spongieuse européenne avec des vers à soie nord-américains. Son intention était de créer une industrie de la soie sur ce continent. Quelques insectes se sont échappés et se sont installés dans le nord-est des États-Unis et l'Est du Canada.
La spongieuse asiatique a été découverte dans la région de Vancouver au printemps 1991. Elle a été introduite fortuitement au Canada par des cargos soviétiques.
La spongieuse est un insecte préoccupant, car sa larve est une défoliante vorace, en particulier pour les feuillus mais aussi pour certains conifères. Durant le stade larvaire, une chenille de spongieuse peut manger en moyenne un mètre carré de feuillage. Les feuilles jouent un rôle majeur dans la production d'énergie pour un arbre, en convertissant la lumière en aliments par photosynthèse. La réduction de la surface des feuilles disponibles pour capturer les rayons du soleil entraîne la diminution de la production de nutriments. Les feuillus peuvent parfois avoir une deuxième pousse de feuilles, mais après des défoliations répétées, les arbres peuvent mourir ou devenir tellement faibles qu'ils deviennent vulnérables aux infestations secondaires. Les arbres à feuilles persistantes comme les conifères peuvent mourir à la suite d'une seule défoliation.
La spongieuse est présente sur près de 500 espèces d'arbres. Les arbres à feuilles larges sont ses préférés, surtout le chêne rouge, le chêne blanc, le peuplier et le peuplier blanc. La destruction des chênes a des répercussions sur la faune forestière, particulièrement le cerf qui dépend de leurs glands pour une partie de son régime alimentaire. Les glands fournissent les nutriments nécessaires à la survie lors des hivers rigoureux.
La découverte d'une souche de spongieuse, la spongieuse asiatique, au Canada entraîne de nouvelles préoccupations. Cette spongieuse préfère les conifères, est mieux adaptée aux climats froids et sa femelle peut voler. Ces caractéristiques font de la spongieuse asiatique une menace sérieuse pour les forêts canadiennes.
Les populations de spongieuses s'étendent facilement puisque les jeunes larves peuvent être transportées par les courants attribuables aux vents sur une distance maximale d'un kilomètre. Cependant, la spongieuse a plus souvent recours au transport (principalement ses masses d'oeufs) par des objets comme des véhicules, des tentes, des remorques, des caravanes et des chaises de jardin pour infester de nouvelles zones. Les vacanciers, surtout les campeurs, devraient être tenus au courant et inspecter leur équipement avant de quitter un site.
Il est important d'effectuer une inspection rigoureuse pour vérifier la présence de masses d'oeufs, car elles peuvent être difficiles à repérer. La spongieuse se cache communément sous des branches, des troncs d'arbres, des clôtures, du bois de chauffage, des meubles de jardin, des portiques, des bateaux, des remorques, des caravanes et les corniches des bâtiments. Si on observe une masse d'oeufs, il suffit de la déloger avec un couteau et de la jeter dans un seau d'eau chaude contenant de l'eau de Javel ou de l'ammoniaque à usage domestique.
Éloigner les tables à pique-nique, les portiques et les meubles de jardin de la base des arbres car c'est dans ces endroits que la spongieuse se cache afin de se protéger de la chaleur du soleil.
On peut recueillir les chenilles et les nymphes à la main et les écraser. Les longs poils de la chenille peuvent causer une irritation cutanée ou des réactions allergiques chez certaines personnes. À titre de précaution, ces personnes sensibles devraient porter des gants lors de la manipulation des chenilles.
On peut facilement piéger les chenilles. Pour ce faire, enrouler une bande de toile de jute d'une largeur de 45 cm autour du tronc de l'arbre, à hauteur de poitrine. Attacher une ficelle autour du centre de la toile et plier la partie supérieure de la toile vers le bas afin de former une jupe, la ficelle servant de ceinture. La nymphe rampera sous la toile pour échapper au soleil et sera prise au piège. En fin de journée, il suffit de soulever la toile, de ramasser les nymphes et de les détruire.
Bacillus thuringiensis kurstaki (Btk) est un insecticide biologique qui lutte contre les chenilles. Les cristaux de Btk libèrent une protéine toxique lorsqu'elle se dissout dans le système digestif alcalin de l'insecte. La chenille arrête de se nourrir peu de temps après et meurt au cours des cinq jours suivant l'absorption. D'autres insectes que les chenilles, les mammifères, les oiseaux et les poissons ne sont pas affectés par le Btk. Une petite guêpe (famille des Encyrtidae), introduite en 1909 dans l'est de l'Amérique du Nord en tant que parasitoïde des oeufs de spongieuse, est maintenant commune à la grandeur de cette région et est devenue un moyen important de lutte biologique contre la spongieuse.
Vers la fin de l'hiver, on applique des huiles de dormance en combinaison avec du polysulfure de calcium sur les arbres afin d'étouffer les oeufs avant qu'ils ne puissent éclore. Ces huiles épaisses sont surtout utilisées sur les arbres fruitiers pour lutter contre les oeufs ayant hiberné, les acariens, les cochenilles et d'autres insectes. Au Canada, il existe des insecticides conventionnels homologués pour tuer la larve de la spongieuse et qui contiennent de la pyréthrine, du spinosad ou de la perméthrine. Ces produits tuent par contact l'insecte. Ils sont plus efficaces à un stade précoce de la croissance des larves et lorsqu'on les applique la nuit pendant que les chenilles s'alimentent.