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Santé de l'environnement et du milieu de travail

Effets neurotoxiques du manganèse : application des résultats épidémiologiques à la population générale.

Réunion d'experts, 5 et 6 décembre 2002
Sommaire de rapport1

Table des matières

Renseignements généraux

En raison de la quantité considérable de nouvelles données sur le manganèse produites depuis sa dernière évaluation des risques2, Santé Canada a entrepris en 2002 des préparatifs pour passer en revue l'évaluation des risques, en commençant par une analyse de toutes les publications épidémiologiques récentes. Santé Canada a ensuite organisé une réunion d'experts sur les effets neurotoxiques du manganèse afin de déterminer l'état actuel des connaissances scientifiques à l'égard de plusieurs questions concernant directement l'évaluation des risques. Santé Canada désirait aussi obtenir des conseils sur l'interprétation des résultats, qui proviennent principalement d'études en milieu de travail (composés en grande partie de jeunes hommes adultes en bonne santé), en fonction des répercussions pour la population générale (qui comprend les enfants, les personnes âgées et d'autres sous-populations dont la sensibilité varie).

Le niveau de référence pour les concentrations de manganèse en suspension dans l'air a été fixé à 0,11 mg/m3 par Santé Canada en 1994. Les activités actuelles d'évaluation des risques confirmeront cette ligne directrice ou mèneront à l'établissement d'un nouveau seuil. Il a été demandé au groupe d'experts de fournir des commentaires sur l'importance des paramètres de santé et sur les données qualitatives additionnelles qui pourraient compléter toute évaluation quantitative des risques. Les experts ont aussi été invités à évaluer d'autres questions, notamment la sensibilité accrue de certaines sous-populations ainsi que les mesures et périodes d'exposition qui pourraient conférer une protection optimale contre les effets du manganèse sur la santé.

Les membres du groupe d'experts ont été sélectionnés de manière à regrouper les compétences d'une variété de domaines, notamment la neurologie, l'épidémiologie médicale, l'hygiène industrielle, la recherche toxicologique et l'évaluation des risques. Voici la liste des membres du groupe d'experts :

Harry Roels, Université catholique de Louvain, Belgique. Hygiéniste industriel et chercheur en épidémiologie ayant travaillé durant de nombreuses années à évaluer les travailleurs exposés au manganèse et à d'autres produits chimiques industriels. Ses études neurologiques sur des ouvriers d'usines de fabrication de piles en Belgique ont été reprises à des fins d'évaluation des risques par quatre organismes, notamment Santé Canada, l' Environmental Protection Agency (EPA) des États-Unis et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ainsi que par deux entreprises américaines privées.

Donna Mergler, Université du Québec à Montréal. Principalement intéressée par les effets neurotoxiques des polluants environnementaux, elle est la chercheuse principale d'une étude en milieu de travail et d'une étude sur l'ensemble de la population portant toutes deux sur les effets neurotoxiques du manganèse dans/près d'un complexe industriel près de Montréal. Son expérience avec les effets du manganèse sur la population générale a été d'un grand intérêt pour les discussions.

Roberto Lucchini, Université de Brescia, Italie. Épidémiologiste médical; chercheur principal de plusieurs études épidémiologiques récentes sur des ouvriers d'une usine d'alliages de ferromanganèse dans le nord de l'Italie, il participe actuellement à une étude sur la prévalence de la maladie de Parkinson chez les habitants d'une vallée présentant de fortes émissions industrielles de manganèse.

Oksana Suchowersky, Université de Calgary. Neurologue clinicienne spécialisée dans les troubles du mouvement. Elle a fait des travaux cliniques et des recherches sur la maladie de Parkinson et autres affections connexes. Sa perspective du gradient des symptômes graves de la maladie de Parkinson jusqu'aux effets subcliniques du manganèse a été prisée des autres participants.

David Bellinger, Children's Hospital, Boston. Neurologue et épidémiologiste; chercheur principal d'une importante étude longitudinale explorant les effets de l'exposition prénatale au plomb sur le développement mental des enfants. Il a également écrit sur l'interprétation des légers problèmes de santé à l'échelle individuelle, leurs répercussions sur l'ensemble de la population et leur prise en considération dans l'évaluation des risques.

Mike Davis, EPA (États-Unis), Office of Research and Development . Évaluateur des risques, principal auteur de l'évaluation des risques pour la santé du manganèse inhalé (EPA, 1994) et responsable du document d'information pour les normes européennes de qualité de l'air (OMS) concernant le manganèse.

Grace Wood, retraitée, anciennement de Santé Canada, Direction de l'hygiène du milieu. Coauteur de l'évaluation des risques de 1994 et auteur de la dernière analyse épidémiologique envoyée aux participants. Responsable des questions liées aux combustibles, y compris le plomb et le manganèse, à Santé Canada de 1985 à 1998.

Des employés de Santé Canada ont également assisté à la réunion, à savoir :

Barry Jessiman, président de la réunion. Santé Canada, chef, Section des carburants et de la qualité de l'air. Responsable de l'élaboration des évaluations des risques de différents polluants atmosphériques.

Marika Egyed, Santé Canada, Section des carburants et de la qualité de l'air. Responsable des questions liées aux combustibles, coauteur de l'évaluation des risques de 1994 concernant le manganèse, travaillant actuellement sur le manganèse.

Mike Inskip, Santé Canada, Division de la toxicologie environnementale et professionnelle. Toxicologue expérimental possédant une expérience de recherche considérable concernant les effets d'autres substances neurotoxiques, plus précisément le plomb et le méthylmercure, chez les primates.

Jill Kearney, Santé Canada, Division des effets de la pollution de l'air sur la santé. Participante à des projets de recherche et d'évaluation des risques concernant l'évaluation de l'exposition. Elle mène actuellement une étude visant à caractériser les particules en suspension dans l'air (PM) dans une ville comptant d'importantes sources industrielles de manganèse et dans un autre grand centre urbain.

Wayne Bowers, Santé Canada, Division de la toxicologie environnementale et professionnelle. Toxicologue expérimental participant à des recherches en neurologie portant sur les produits antiparasitaires, les BPC et le mercure.

Mike Walker, Santé Canada, Division des statistiques biologiques. Participant à de nombreuses évaluations quantitatives des risques effectuées par le Bureau des contaminants environnementaux de Santé Canada.

Réunion d'experts, 5 et 6 décembre 2002
Sommaire de rapport1

Discussions - partie 1 - (Questions 1 et 2)

Une analyse récente des publications épidémiologiques et une série de questions à examiner avant la réunion fut remis aux participantes. Les questions, ayant servi à orienter les discussions durant la réunion, sont indiquées au début du sommaire de chaque discussion. Il y a eu un consensus général sur les questions principales abordées ainsi que sur plusieurs questions secondaires. Un sommaire des discussions pour chacune des questions est présenté ci-dessous.

Question 1a :

L'inhalation de manganèse dans le milieu de travail a été associée à une baisse de performance aux tests neurofonctionnels standardisés. Cette baisse touche les paramètres de santé les plus sensibles aux effets toxiques du manganèse qui ont été évalués de façon quantitative dans le cadre d'études scientifiques.

  • Quel est l'importance de ces changements subcliniques pour la santé de la population générale?
  • Ces résultats devraient-ils être considérés comme néfastes?
  • Quelle est la proportion de populations témoin qui présentent des résultats « anormaux » à ces paramètres subcliniques?
  • Est-ce qu'on peut considérer que ces effets subcliniques peuvent permettre de prédire des manifestations cliniques?

Il a été noté que les légères différences observées dans les cohortes de travailleurs sur le plan de la fonction neurologique constituent des biomarqueurs d'effet. La sévérité de ces variations subcliniques subtiles chez les travailleurs exposés au manganèse a été discutée afin de déterminer si les résultats doivent permettre de prédire l'apparition d'affections cliniques futures (p. ex. maladie de Parkinson) pour être considérés néfastes.

Il a été convenu qu'on ne pouvait pas prédire l'évolution d'effets subcliniques en manifestations cliniques chez une personne, car les principaux facteurs influant sur la réponse de l'organisme sont la sensibilité et la variabilité individuelles. De nouvelles études longitudinales et de suivi sont nécessaires pour mieux évaluer le lien entre les effets subcliniques et cliniques à l'échelle individuelle.

La meilleure hypothèse de travail concernant l'importance de ces effets a été celle appuyant l'existence d'un « continuum d'effets ». Une forte exposition au manganèse (p. ex. mineurs, ouvriers de fonderie) peut entraîner l'apparition de symptômes cliniques de manganisme, affection irréversible et souvent progressive, même après la cessation de l'exposition. Une exposition modérée (professionnelle, usines de ferromanganèse, etc) est associée à des signes subcliniques tels que des résultats inférieurs aux évaluations des habiletés motrices fines, habituellement seulement visibles dans le groupe dans son ensemble et non à l'échelle individuelle. Ces résultats en milieu de travail ont été abondamment étudiés. Une hypothèse a été formulée voulant qu'une faible exposition environnementale soit associée à de légers changements sur le plan des fonctions motrices et cognitives du même type que ceux relevés dans les études sur l'exposition professionnelle, visibles à l'échelle du groupe seulement. Il existe dans la littérature des indications préliminaires à l'appui de cette hypothèse.

La clé de l'importance de ce continuum d'effets du parkinsonisme clinique aux signes subtils de dysfonction réside dans la cohérence des résultats des publications scientifiques et la constance du profil d'effets du manganèse inhalé au sein des différentes études et entre celles-ci, en dépit du manque de preuves d'un lien direct à l'échelle individuelle entre les effets subcliniques et cliniques.

Pour les besoins de l'évaluation des risques, les participants ont convenu que les effets subcliniques du manganèse devraient être traités comme des effets néfastes à l'échelle de la collectivité ou de la population. La principale préoccupation n'est pas la possibilité que ces signes subcliniques soient directement prédictifs des résultats cliniques, mais plutôt le risque que le bien-être de l'ensemble de la population soit affecté. Dans l'évaluation des risques, qui vise la population entière, les résultats sont généralement considérés défavorables ou anormaux s'ils se situent dans les cinq percentiles les plus faibles d'une population témoin. Dans une population exposée, plus de 5 % des sujets peuvent présenter des résultats « défavorables ». Les résultats pouvant se traduire par un impact considérable sur l'ensemble de la population devraient être traités de la même manière que les légères variations du QI chez les enfants à la suite d'une exposition au plomb. Ces différences ne sont pas perceptibles à l'échelle individuelle, mais elles ont une profonde influence sur la société, car ils entraînent une baisse de la courbe en forme de cloche des résultats au test de QI dans la population générale. Il est possible que l'exposition au manganèse en suspension dans l'air puisse provoquer un décalage négatif des habiletés motrices fines et peut-être de la fonction cognitive. Ces effets pourraient donc être associés à une diminution du bien-être d'une partie importante de la population.

À ce jour, on dispose seulement de données limitées en faveur du lien entre l'inhalation de manganèse et les déficits neurofonctionnels au degré d'exposition actuel de la population générale. Il est essentiel d'effectuer des recherches sur le manganèse afin de valider et de caractériser cette relation dose-réponse dans l'ensemble de la population. Il a été noté que les effets subcliniques du manganèse étaient déjà considérés néfastes par plusieurs organismes de réglementation, notamment Santé Canada (évaluation des risques de 1994), l'Agence de la protection de l'environnement des Etats-Unis (U.S. EPA) et l'Organisation mondiale de la santé (Normes européennes de qualité de l'air).

Questions 1b et 2 :

Si les effets subcliniques permettent de prédire les manifestations cliniques, est-ce que cela veut dire que les atteintes neurotoxiques précoces accélèrent le vieillissement neurologique normal plus tard dans la vie? Quelles sont les répercussions potentielles des effets neurotoxiques du manganèse sur la fonction neurologique d'une population vieillissante?

Dans l'étude sur la population générale, des concentrations excessives de manganèse dans le sang a eu un effet excessivement plus marqué sur les fonctions motrices et cognitives des adultes d'âge mûr et du troisième âge que celles des adultes plus jeunes. Les participants à la réunion étaient tous préoccupés par la possibilité qu'un changement dans la courbe des compétences fasse en sorte qu'un nombre croissant de personnes âgées fonctionneraient moins bien en raison de leur exposition au manganèse, et que plusieurs d'entre elles ne seraient plus capables de réaliser leurs activités de la vie quotidienne et/ou qu'elles devraient prendre davantage de médicaments. Les répercussions sur la qualité de vie ne doivent pas être prises à la légère. Ces effets précoces devraient servir d'avertissement concernant le potentiel d'effets néfastes dans l'avenir, particulièrement sur le plan des habiletés motrices fines.

Bien que chacun soit sujet à une perte de neurones dans le cerveau en vieillissant, la constance des effets observés dans le cadre des études épidémiologiques porte à croire que l'inhalation excessive de manganèse contribue à la perte additionnelle de neurones dopaminergiques, accélérant du même coup le déclin. Ce taux de perte accru pourrait entraîner une détérioration précoce de la fonction neuronale, particulièrement chez les personnes âgées ou celles qui ont une prédisposition génétique au parkinsonisme. Récemment, en se fondant sur la baisse substantielle de l'âge auquel pourraient apparaître les manifestations cliniques et le nombre grandement accru de personnes qui seraient affectées, on a estimé que le coût pour la société d'une accélération de 1/10 de 1 % de la perte de neurones dopaminergiques serait élevé (B. Weiss, pour l'EPA).

Réunion d'experts, 5 et 6 décembre 2002
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Discussions - partie 2 - (Questions 3,4,5,6 et 7)

Question 3a:

Il a été déterminé que certaines sous-populations sont notamment sensibles aux effets neurotoxiques du manganèse en raison de facteurs biologiques. Ces sous-populations sont : 1) les personnes âgées; 2) les nourrissons et les jeunes enfants; 3) les personnes prédisposées à la maladie de Parkinson; 4) les personnes atteintes d'anémie; 5) les personnes atteintes d'une maladie hépatique; 6) les différences comparatives entre les sexes; 7) et autres sous-populations sensibles. Quel est la sensibilité de ces sous-populations par rapport à celle de la population générale?

1) Il a été démontré que les personnes d'âge mûr ou du troisième âge forment un groupe à risque élevé, tel que mentionné dans les questions 1b et 2 ci-dessus.

2) Nourrissons et enfants : Plusieurs participants, dont le neurologue clinique, ont souligné le fait très important que l'on dispose de très peu de données quantitatives sur les réactions neurocomportementales des enfants; de plus, les réactions des enfants peuvent être qualitativement différentes de celles des adultes. L'exposition in utero et néonatale est particulièrement préoccupante en raison de l'absence totale, durant ces périodes du développement, de mécanismes homéostatiques permettant d'éliminer le manganèse présent dans l'organisme. L'effet du manganèse sur le développement des cellules du cerveau est inconnu. Les études traitant des effets du plomb sur les nourrissons et les jeunes enfants devraient servir de point de départ afin d'orienter les recherches explorant les effets neurologiques du manganèse à cet âge, durant lequel le cerveau continue de se développer. Les participants ont convenu que des études sur les effets du manganèse en suspension dans l'air et la fonction cognitive des enfants s'imposent pour combler ce manque d'information. Bien que de telles recherches seront coûteuses et difficiles à réaliser, elles demeurent envisageables et pourraient être menées à bien si des ressources nécessaires sont disponibles. Des travaux préliminaires ont été faits sur l'absorption de manganèse inhalé par suite d'une exposition prénatale et néonatale. En raison de ces inconnus, il a été recommandé d'adopter une approche prudente à l'égard des facteurs d'incertitude concernant les nourrissons et les enfants.

3) Maladie de Parkinson : Le manganisme est un trouble parkinsonien cliniquement distinguable de la maladie de Parkinson. Des facteurs à la fois génétiques et environnementaux sont en cause dans la maladie de Parkinson, et c'est vraisemblablement aussi le cas pour le manganisme. L'hypothèse actuelle est que l'inhalation de manganèse peut affecter les personnes génétiquement ou physiologiquement prédisposées à des troubles parkinsoniens et qui, en conséquence, présentent un risque accru de développer des symptômes. Des données limitées indiquent que l'inhalation de manganèse avance d'un certain nombre d'années l'apparition du parkinsonisme chez les personnes prédisposées. Cette observation concorde avec l'hypothèse voulant que l'exposition au manganèse accélère la perte de neurones dans le cerveau des personnes âgées. Il faut aussi prendre en considération les autres affections neurodégénératives telles que la maladie de Shy-Drager et la paralysie supranucléaire progressive qui sont plus cliniquement similaires au manganisme que puisse l'être la maladie de Parkinson.

4 et 5) Les personnes atteintes d'anémie ou d'une maladie hépatique courent un risque accru en raison de l'absorption plus élevée de manganèse chez les cas d'anémie et de la capacité réduite du foie d'éliminer le manganèse en trop chez les cas de maladies hépatiques.

6) Les différences comparatives entre les sexes quant à la sensibilité au manganèse ont toujours été une source de préoccupation parce que la plupart des études portaient sur des hommes relativement jeunes. La question est compliquée par le fait que les réactions des femmes au manganèse varient selon l'âge: les femmes enceintes et les femmes de 20 à 35 ans en général présentant des concentrations de manganèse dans le sang supérieures à celles des hommes du même âge et des mêmes collectivités. Cependant, l'étude sur la population générale a montré que les femmes (non enceintes) étaient moins sensibles que les hommes aux effets néfastes du manganèse sur la fonction neurocomportementale.

7) Il a été suggéré que les différences génétiques, plus précisément en ce qui concerne le gène de l'alpha-synucléine et les enzymes qui agissent sur ce gène, pourraient constituer un secteur de recherche fructueux. L'alpha-synucléine forme des inclusions neuronales appelées corps de Lewy chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson ou d'autres affections neurodégénératives connexes, mais on ne sait pas si ce gène participe aux effets subcliniques du manganèse (ou du manganisme). Les recherches portent à croire que les pathologies liées à l'alpha-synucléine pourraient être causées par des agents du milieu ambiant comme le mercure et certains produits antiparasitaires. Aucune étude n'a encore été entreprise relativement au manganèse.

Question 3b :

Des recherches scientifiques récentes ont révélé plusieurs facteurs liés à l'activité qui pourraient interagir avec l'exposition au manganèse et influer sur les résultats aux tests neurofonctionnels. Ces facteurs sont 1) le tabagisme et 2) la consommation d'alcool. Quelle est la solidité des preuves? Y a-t-il d'autres facteurs?

1) Les données sont peu concluantes en ce qui concerne l'existence d'un effet combiné du tabagisme et de l'exposition au manganèse. Différentes études, vraisemblablement aussi valides les unes que les autres, ont donné des résultats ambigus.

2) Dans la plupart des études, les effets de l'alcool, traités comme des facteurs de confusion, ont été exclus. Dans l'étude démographique de Montréal et une nouvelle analyse des travailleurs qui ont été exposés en milieu de travail dans la même région, il a été signalé que le manganèse accentuait les effets néfastes sur la santé mentale (humeur) associés à une tendance vers l'alcoolisme et la consommation excessive d'alcool.

3) Il a été recommandé d'examiner les personnes qui ont subit un pontage aortocoronarien par greffe afin de vérifier si elles sont plus sensibles aux effets du manganèse. Il a été établi que dans certains cas, cette intervention entraîne une atteinte des noyaux gris centraux, particulièrement le pallidum, qui est également l'organe cible des effets toxiques du manganèse. Cette relation n'a pas encore été explorée.

Question 4 :

Il existe des données qui donnent à penser que certains des effets néfastes du manganèse sur la santé sont réversibles après la cessation de l'exposition. Quel est le poids de la preuve confirmant ou infirmant cette réversibilité? Est-ce qu'il existe des données indiquant que certains effets sur la fonction neurologique sont réversibles et que d'autres ne le sont pas? Quel est le rôle de l'exposition dans la réversibilité des effets?

Le groupe d'experts s'est accordé pour dire qu'il a été suffisamment démontré dans la littérature qu'aucune réversibilité (c.-à-d. atténuation des symptômes) ne se produit dans les cas où l'exposition originale a été suffisamment élevée pour provoquer un manganisme très net. En effet, les symptômes de personnes ayant subi une très forte exposition ont continué de s'aggraver durant des années après l'exposition. Cependant, il semble y avoir un stade subclinique antérieur durant lequel la cessation de l'exposition ou le traitement par chélation de l'intoxication au manganèse peut atténuer les symptômes. Les plus récentes études en milieu de travail considérées aux fins du présent rapport ont seulement révélé des effets subcliniques ainsi que des expositions beaucoup plus faibles que dans les études ayant montré un manganisme clinique. Des données de suivi s'échelonnant sur 8 ans sont maintenant disponibles pour certaines de ces études; durant cette période, la quantité de manganèse en suspension dans l'air a diminué dans certains groupes, tandis que dans d'autres, elle est demeurée inchangée. Bien qu'aucune progression des effets néfastes n'a été notée, les résultats à la plupart des tests neurofonctionnels sont restés les mêmes, et un rétablissement complet ou partiel n'a été observé que pour un des trois paramètres mesurés (fonction motrice) dans une cohorte de travailleurs. Ceux qui avaient été le moins exposés ont montré une disparition complète des déficits subcliniques, tandis que les travailleurs ayant subi une exposition modérée ou forte ont vu leur état s'améliorer quelque peu. Il semble que la réversibilité dépend à la fois du paramètre et de l'exposition. Cependant, tant que ces résultats ne sont pas confirmés par d'autres études, le poids de la preuve en faveur de la réversibilité demeure faible.

Questions 5 et 6 :

Quels sont les paramètres qui devraient être surveillés dans la population générale afin d'évaluer l'exposition au manganèse et ses effets néfastes sur la santé?
Quelle est l'importance relative, au chapitre des effets sur la santé, des différentes mesures d'inhalation du manganèse (p. ex. exposition à court terme vs. exposition chronique, exposition cumulative vs. exposition récente, et exposition antérieure vs. exposition récente)?
Quel est, selon l'état actuel des connaissances sur les effets toxiques du manganèse, la meilleure mesure d'exposition?
Comment peut-on prendre en considération les pics d'exposition?
Est-ce que la caractérisation chimique du manganèse devrait être comprise dans les mesures d'exposition?


La concentration de manganèse dans le sang s'est avérée efficace comme marqueur de l'exposition en vue de l'examen des effets du manganèse sur la santé dans le cadre de la seule étude dans la population générale pertinente à ce jour. Or, aucune corrélation entre le niveau sanguin et la quantité de manganèse en suspension dans l'air n'a été observée, même dans la plupart des études en milieu de travail dans lesquelles les taux de manganèse en suspension était supérieurs de plusieurs ordres de grandeur à la concentration ambiante. Cette variable ne peut donc pas être utilisée pour établir des normes de qualité de l'air ni prendre des décisions en matière de gestion des risques. La concentration de manganèse dans le sang est sujette à des mécanismes d'homéostasie et elle reflète l'exposition à toutes les sources, y compris l'alimentation. Elle est considérée plutôt comme une mesure de la charge corporelle.

Jusqu'à tout récemment, on croyait que l'accumulation dans le corps au cours d'une vie était la meilleure mesure globale de l'exposition au manganèse, mais à la suite de travaux récents, il est devenu évident (notamment en raison d'une absence de corrélation entre l'exposition cumulative et les résultats aux tests neurocomportementaux et du retour à la normale de certains résultats après la réduction de l'exposition, bien que l'exposition cumulative continuait d'augmenter) qu'une période plus courte peut être préférable. Les participants à la réunion ont établi que, contrairement au plomb, au cadmium et au mercure, le manganèse est un élément essentiel qui ne se bioaccumule pas au cours de la vie. La clairance du manganèse nécessite plusieurs mois ou plusieurs années, mais non des décennies; cela porte à croire que l'exposition peut être mesurée à moyen terme. Bien que les mesures de l'exposition actuelles aient mené à des coefficients de corrélation pour certains effets sur la santé dans quelques études, la majorité des participants ont indiqué qu'une période plus longue serait plus prudente et plus appropriée. La meilleure approche consisterait à établir une gamme de concentrations de référence fondées sur une série de variables.

La dimension des particules joue un rôle important dans l'absorption et la toxicité du manganèse en suspension dans l'air. La plupart des études européennes ont été effectuées au moyen d'un échantillonneur de particules muni d'une tête (PM5) (diamètre aérodynamique moyen de 5 microns), le point de coupure absolu étant fixé à 7 microns. Les particules totales de manganèse ont également été mesurées (y compris les particules de loin supérieures à 10 microns), étant donné que les normes professionnelles utilisent cette mesure. Comme les particules plus volumineuses n'atteignent pas les poumons, elles ne sont pas pertinentes sur le plan toxicologique dans les études sur la population générale non liées au milieu de travail. Le réseau canadien de surveillance des concentrations ambiantes mesure les PM2.5 et les PM10. Bien qu'elle ait été fondée sur une étude utilisant les PM5 comme mesure d'exposition, la directive de 1994 était exprimée en PM10, dimension jugée plus prudente et plus protectrice de la santé de la population générale. Les participants se sont accordés pour dire que cette approche devrait être maintenue. De plus, cela permettrait de prendre en considération le risque non encore quantifié associé à l'absorption olfactive de manganèse.

Bien que de l'avis général des participants, la solubilité des composés de manganèse influe sur la vitesse à laquelle le manganèse est absorbé par l'organe cible, les particules de manganèse auxquelles la population générale est exposée n'ont pas encore été caractérisées. Les études épidémiologiques ont principalement porté sur les oxydes insolubles, alors que les émissions des véhicules et les particules soulevées du sol forment un mélange d'oxydes et de sels plus solubles. Bien que les oxydes soient absorbés et éliminés par l'organisme plus lentement que les sels plus solubles, les deux peuvent atteindre l'organe cible et les deux finissent par être éliminés. On croit que les oxydes sont légèrement plus toxiques, mais la majorité des participants doutent que la toxicité des oxydes soit suffisamment supérieure à celle des sels pour être pertinente, particulièrement dans les cas d'exposition chronique ou prolongée. Il importe de mieux comprendre les substances présentes dans les émissions des véhicules et leur forme sédimentaire finale.

Les conditions dans lesquelles des pics d'exposition peuvent se produire (p. ex. garages à étages, stations de métro, trafic de l'heure de pointe, garages fermés) ont été abordées, mais aucune conclusion n'a été dégagée quant à la manière de les traiter. Il existe très peu de données dans les publications épidémiologiques et toxicologiques pour orienter les discussions. Dans les milieux industriels, on utilise une valeur supérieure fondée sur une exposition de 15 minutes.

Question 7 :

Bien que selon la littérature, les paramètres de la fonction neurologique semblent les plus sensibles jusqu'à maintenant, quelle est la voie à suivre pour aborder les autres effets sur la santé, plus particulièrement en ce qui concerne les fonctions reproductrices et respiratoires?

Dans le milieu de travail, les organes cibles sont le cerveau et les poumons. Il a été recommandé d'effectuer des tests plus poussés afin de produire d'autres données concernant les effets pulmonaires d'une faible exposition. Il y a aussi un manque d'information quant aux effets sur l'appareil reproducteur des femmes; les effets du manganèse sur les taux de prolactine pourraient servir de point de départ. Il a été également recommandé d'explorer les répercussions sur l'appareil cardiovasculaire (ECG, bradycardie, tachycardie, arythmie, variation de la pression sanguine). Les résumés de deux articles chinois ont été rendus disponibles. Il a été souligné qu'il serait difficile de distinguer les effets du manganèse de ceux d'autres particules, qui peuvent produire une vaste gamme d'effets cardiovasculaires et cardiopulmonaires. Des études sur l'absorption olfactive de manganèse chez les primates sont également nécessaires pour en savoir davantage sur le rôle de cette voie d'exposition dans la progression du manganèse vers la partie du cerveau touchée par les effets toxiques du manganèse.