Diéthylèneglycol, no CAS 111-46-6 : classification relative aux critères pour la toxicité aiguë suite à l'ingestion du produit.
Est-ce que le diéthylèneglycol satisfait les critères du Règlement sur les produits contrôlés (RPC), en ce qui concerne la toxicité aiguë, en se fondant sur des preuves d'exposition humaine à ce produit ?
Le diéthylèneglycol (DEG) est un liquide translucide, hygroscopique et inodore laissant un goût sucré dans la bouche après son ingestion. Il est utilisé comme solvant industriel, agent déshydrateur de gaz naturel, matière première dans la production de produits plastifiants et de résines de polyester, lubrifiant et agent de couplage pour les textiles, composante de liquides hydrauliques, matière première dans la production d'esters employés comme agents émulsifiants, désémulsifiants et lubrifiants. En outre, le DEG est également utilisé et vendu illicitement à l'échelle internationale pour la production de sirop contre la toux, de pâte dentifrice et de rince-bouche contrefaits [1].
Le danger principal associé au DEG se présente après l'ingestion d'une dose unique mais relativement importante de ce produit. Il y a eu 105 décès signalés parmi les 353 personnes ayant ingéré une solution de sulfanilamide dans un mélange aqueux contenant 72 % de DEG [2]. La dose létale du DEG chez l'humain est estimée à environ 1 ml/kg. Les symptômes suivants ont été observés : nausée, étourdissements, et douleur dans la région des reins induisant progressivement la nécrose du foie, la dégénérescence tubulaire rénale, et le décès [3]. Règle générale, les observations de la pathologie chez l'humain présentent surtout une dégénérescence rénale, accompagnée de lésions moins importantes au foie. Dans la plupart des cas, le décès survient en raison d'une insuffisance rénale [4].
Lorsque des préparations de sufanilamide et de DEG étaient consommées en doses réparties sur une période de six à treize jours, les victimes présentaient de la nausée, des vomissements, des maux de tête, de la diarrhée, et des douleurs abdominales. Parmi les autres signes observés, on signale ceux associés à une insuffisance rénale aiguë, l'oedème pulmonaire, l'hémorragie péricardiaque et la distension de veines des leptoméningés [5].
Il a été relevé que l'empoisonnement au DEG résulte en une dysfonction de plusieurs organes et nécessite un indice élevé de suspicion afin de pouvoir en établir le diagnostic. Chez les 11 enfants victimes d'un empoisonnement au DEG, tous ont présenté une insuffisance rénale et une encéphalopathie marquée. Le diagnostic a été établi par la présence de DEG dans l'élixir de paracétamol consommé par ces enfants; la quantité de DEG consommée variait de 2,3 à 23 % p/p. Une consommation importante de DEG a résulté en une encéphalopathie marquée et un taux élevé de mortalité chez ces enfants [6].
Une importante éclosion de cas d'insuffisance rénale au Bangladesh a été attribuée à la consommation d'élixirs de paracétamol utilisant le diéthylèneglycol comme agent de dilution [7]. Une étude par cas-témoins a été réalisée afin d'établir la cause d'une importante augmentation du nombre d'enfants présentant une insuffisance rénale inexpliquée. Les cas de 339 enfants présentant une insuffisance rénale inexpliquée au départ ont été comparés à une cohorte contrôle de 90 enfants dont la cause de l'insuffisance rénale est connue. Tous les enfants en cause avaient été admis à l'hôpital pour enfants de Dacca, au Bangladesh, sur une période de 35 mois à compter de janvier 1990. Les enfants présentant une insuffisance rénale inexpliquée au départ avaient une probabilité plus élevée (p< 0,05) de présenter de l'hépatomégalie (58 % c. 33 %), d'oedème (37 % c. 20 %), et d'hypertension (58 % c. 23 %); de présenter une concentration plus élevée de sérum de créatinine (519 umol/l c. 12,4 mm/l, en moyenne) et une concentration plus faible de sérum de bicarbonate (10,1 mmol/l c. 12,4 mmol/l); d'avoir consommé un médicament contre la fièvre (91 % c. 31 %); d'avoir ingéré une marque de paracétamol dont il a été démontré que le produit contenait du diéthylèneglycol (20 % c. 0 %); et d'être décédé à l'hôpital (70 % c. 33 %). La présence de diéthylèneglycol a été décelée dans 19 flacons de paracétamol, de sept marques sur les 28 marques évaluées. Dans les 12 mois suivant le décret gouvernemental interdisant la vente d'élixir de paracétamol, les nouveaux cas d'insuffisance rénale ont diminué de 54 %, et les cas inexpliqués d'insuffisance rénale ont diminué de 84 %.
Une épidémie de toxicité systémique sévère et de décès attribués à un sirop d'acétaminophène contaminé au DEG s'est produite à Haïti [8]. La glycérine, une matière première importée à Haïti et utilisée dans la formulation du sirop d'acétaminophène, était contaminée à 24 % de DEG. Le diéthylèneglycol a été décelé dans les flacons de sirop consommé par les patients à une concentration médiane de 14,4 %. La dose toxique médiane estimée du DEG se situe à 1,34 mL/kg (dans une fourchette de 0,22 à 4,42 mL/kg); le syndrome clinique présentait l'insuffisance rénale, l'hépatite, la pancréatite, une atteinte au système nerveux central, le coma, et le décès. Parmi les 87 patients qui sont restés à Haïti pour y être traités et au sujet desquels on dispose des données de suivi, 85 sont décédés (98 %); 3 (27 %) des 11 patients transportés aux États-Unis pour y recevoir des soins intensifs sont décédés avant d'avoir reçu leur congé de l'hôpital.
L'UE classe le diéthylèneglycol comme suit : Xn; R22 - Nocif. Nocif si ingurgité [9].
Divers signalements faisant état de la toxicité aiguë du DEG après son ingestion dans le cas d'exposition d'adultes à ce produit ont été relevés [10] [11] [12] [13] [14] [15] [16] [17].
Les critères par rapport à la toxicité aiguë énoncés aux articles 46 et 49 du CPR ne se rapportent qu'à la létalité du produit chez les animaux. Cependant, certains produits chimiques, peuvent présenter une toxicité plus élevée chez l'humain que chez l'animal grâce à des différences de méchanismes de toxicité entre les espèces. Bien que cela ne soit pas énoncé de manière explicite, le paragraphe 33(2) du RPC appuie indirectement les données recueillies chez l'humain à titre de preuve en vue de la classification de produits chimiques dans la catégorie D - Matières toxiques et infectieuses. À cet égard, le Manuel de référence du Santé Canada sur les exigences du SIMDUT en vertu de la Loi sur les produits dangereux (LPD) et du Règlement sur les produits contrôlés (RPC) énonce ce qui suit : Dans le cas d'une matière (une substance pure ou un mélange testé) qui ne satisfait à aucun des critères établis pour les matières très toxiques ou les matières toxiques, mais à l'égard de laquelle il existe des preuves valides et documentées fondées sur des principes scientifiques établis selon lesquelles elle cause un effet nocif chez les humains à la suite d'une exposition, ce fait, en soit, justifie l'inclusion de cette matière dans la catégorie D1. Le Bulletin d'information numéro 8 du SIMDUT mentionne que les fournisseurs doivent exercer leur jugement professionnel dans la classification de produits contrôlés lorsque la toxicité aiguë chez l'humain est suffisamment documentée pour justifier son inclusion dans la catégorie D1.
Il existe un nombre suffisant de cas d'empoisonnement rapportés dans la documentation relativement à ce produit pour conclure que le diéthylèneglycol satisfait les critères du RPC en regard de la toxicité aiguë, notamment ceux de la catégorie D1B.