Peroxyde d'hydrogène, no CAS 7722-84-1 : classification relative aux critères pour la toxicité aiguë suite à l'ingestion du produit.
Est-ce que le peroxyde d'hydrogène, à une concentration de 35 % ou plus, satisfait les critères du Règlement sur les produits contrôlés (RPC), Division 1, classe D du SIMDUT en ce qui concerne la toxicité aiguë en se fondant sur des preuves d'exposition humaine à ce produit ?
Le peroxyde d'hydrogène est un liquide incolore, caractérisé par une odeur légèrement acerbe et irritante et au goût amer. Aux fins du SIMDUT, il est présentement classé dans la catégorie C-Matières comburantes, catégorie E-Matières corrosives, et la catégorie F-Matières dangereusement réactives. Le peroxyde d'hydrogène est un agent oxydant qui, en présence de matières organiques ou s'il acquiert des propriétés alcalines, se décompose vigoureusement en oxygène et en eau [1]. La concentration d'une solution peut être décrite en termes de pourcentage ou de volume. Les concentrations de peroxyde d'hydrogène destiné à un usage industriel peuvent titrer jusqu'à 90 %. À ces concentrations, il est principalement utilisé à titre d'agent de blanchiment ou d'agent oxydant. Les solutions à une concentration de 35 % sont essentiellement destinées à des fins sanitaires dans le cadre d'une thérapie d'hyper-oxygénation; par ailleurs, à une concentration de 90 %, le peroxyde d'hydrogène peut servir de carburant afin de propulser une fusée.
La dissociation du peroxyde d'hydrogène provoque une réaction violente et exothermique. L'ingestion du peroxyde d'hydrogène (à une concentration >35 %) a été associée à l'irritation du tractus gastro-intestinal supérieur. La libération rapide d'oxygène résultant de la décomposition du produit peut engendrer la distension de l'oesophage ou de l'estomac, et possiblement des lésions graves et des saignements internes [2]. En plus grande quantité, il peut résulter en une gastrite et une oesophagite; des cas de rupture du colon, de proctite et de colite ulcéreuse ont également été signalés [3]. L'ingestion de peroxyde d'hydrogène à des concentrations utilisées dans l'industrie peut occasionner des brûlures graves au niveau de l'oropharynx et du tractus gastrointestinal, avec la possibilité de la rupture du viscère creux suite à la libération de l'oxygène. L'écume ainsi produite peut obstruer les voies respiratoires et résulter en une asphyxie mécanique. Les personnes de sexe masculin ayant été accidentellement exposés aux émanations de peroxyde d'hydrogène à une concentration de 90 % ont présenté une salivation exacerbée, une sensation d'éraflure dans la gorge, et l'inflammation de la trachée [4]. L'insuffisance respiratoire est la cause de décès citée dans les cas signalés d'ingestion orale (plus de 10 %) de peroxyde d'hydrogène à des concentrations utilisées dans l'industrie [5]. Une concentration de 75 ppm est considérée comme présentant un risque mettant immédiatement en péril la vie et la santé des personnes qui y sont exposées [6].
L'UE classifie le peroxyde d'hydrogène concentré comme suit : O; R5 - Le réchauffement par oxydation peut causer une déflagration, C; R8 - Corrosif. Le contact avec des matières combustibles peut provoquer un incendie, et Xn; R20/22 - Nocif. Nocif par inhalation et si ingurgité [7].
L'UE a également établi des catégories différentes selon la concentration [7] :
a) 35 % = C < 50 %: Xn; R22-37/38-41
b) 50 % = C < 70 %: C; R20/22-34
c) C = 70 %: C; R20/22-35
Une femme de 33 a ingurgité par inadvertance le contenu d'une bouteille d'environ une chopine de peroxyde d'hydrogène à une concentration de 35 %. Dans les minutes qui ont suivi, elle vomit, s'effondre, et est en proie à une brève crise tonique et clonique. À l'examen, la patiente fait des crises intermittentes et présente une cyanose importante, alors qu'une écume blanche coulait abondamment de sa bouche. Elle présente les signes vitaux suivants : pression artérielle, 156/118 mm Hg; pouls, 126; respiration, 32; et température, 38,2 ° C. Les pupilles étaient dilatées à 6 mm et réagissaient peu à la lumière. Son rythme cardiaque était rapide et régulier, aucun emphysème sous-cutané n'est observé. Les réflexes tendineux sont notés à 2/4, et les réflexes plantaires caractérisés par une flexion. On lui administre par intraveineuse 5 mg de diazépam, 4 mg de chlorhydrate de naloxone, 100 mg de thiamine, et 50 ml de dextrose à une concentration de 50 %. Dans les 30 secondes suivant l'intubation nasotrachéale, la patiente tombe en apnée et son apport aérobique dépend alors d'un dispositif respiratoire mécanique. On procède alors à un lavage gastrique. Une oesophagogastroduodenoscopie préopératoire est pratiquée et montre un léger érythème de l'oesophage distal et des hémorragies diffuses et de l'oedème de la muqueuse gastrique. Les convulsions postopératoires récurrentes sont bien maîtrisées par une thérapie à la phénytoïne. On établit qu'il y a eu enflure bilatérale de l'hémisphère cérébral; une pression intracrânienne de 30 cm H2O a réagi à l'hyperventilation. L'examen neurologique ultérieur montre des zones disparates de faiblesse dans les extrémités supérieures et inférieures, et une ataxie du tronc accompagnée d'une incapacité à conserver une position assise. Après neuf jours, la patiente est transférée à un centre de réadaptation [8].
Une femme de 40 ans ingurgite par inadvertance une quantité d'environ 60 mL d'une solution de peroxyde d'hydrogène à une concentration de 35 %. Elle a eu une sensation de brûlement dans la gorge et la poitrine, et des vomissements. La radiographie de l'abdomen révèle la présence d'une importante quantité de gaz dans son estomac, et des gaz également dans le système veineux du foie y compris le lobe gauche [9]. La quantité de peroxyde d'hydrogène ingurgitée a été calculée à 21 grammes, soit un taux de 350 mg/kg (en fonction d'un poids-type féminin de 60 kg).
Par ailleurs, cinq empoisonnements non mortels ont été signalés après la consommation d'une quantité de 25 à 100 mL de peroxyde d'hydrogène dont la concentration est inconnue. Les symptômes étaient notamment les suivants : douleurs aiguës à l'abdomen, écume sortant de la bouche, vomissements, perte de conscience transitoire, difficultés sensorielles et motrices, et température élevée. On observe également des micro-hémorragies de la peau et des yeux, une leucocytose modérée. Un individu présentait des symptômes visuels et neurologiques prononcés après avoir ingurgité une quantité de 100 mL de peroxyde d'hydrogène. Les symptômes ont été attribués à des microembolies de l'oxygène produit par la réaction. Les patients ont mis entre deux et trois semaines pour retrouver la santé [10].
Une femme de 33 ans ingurgite une quantité de moins de 500 mL de peroxyde d'hydrogène à une concentration de 35 %. Elle présente une cyanose, des convulsions et de l'écume à la bouche. Son abdomen est légèrement distendu. Parmi les signes neurologiques observés, on note l'absence de mouvement spontané des yeux, aucune réaction verbale, et une aversion des stimulus nuisibles. Une laparotomie révèle des bulles d'air dans l'estomac mais aucune perforation. La patiente récupère complètement à la suite des traitements administrés [11]. La quantité de peroxyde d'hydrogène ingurgitée a été calculée à 175 grammes, soit un taux de 2 900 mg/kg (en fonction d'un poids-type féminin de 60 kg).
Un homme de 63 ans présente des infarctus cérébraux multiples après avoir ingéré une solution de peroxyde d'hydrogène à une concentration de 35 %. L'examen neurologique révèle une hémiparésie du côté gauche, affectant en particulier les membres inférieurs et une légère faiblesse au membre inférieur droit. L'IRM révèle des lésions cérébrales bilatérales disparates. Une embolie gazeuse à l'oxygène est la cause probable des infarctus cérébraux. La récupération du patient ne fut que partielle. La quantité ingurgitée a été décrite comme étant de « trois tasses de peroxyde d'hydrogène à une concentration de 35 % (environ 120 mL) »
. Le patient a vomi peu après l'ingestion du produit, ce qui a pu diminuer en principe la dose effectivement prise [12]. Si la quantité ingérée était effectivement de 120 mL, la quantité de peroxyde d'hydrogène ingurgitée peut être calculée à 0,6 gramme, soit un taux de 600 mg/kg (en fonction d'un poids-type masculin de 70 kg).
Un homme de 44 ans ingère une faible quantité (non précisée) de peroxyde d'hydrogène à une concentration de 35 %. Il s'effondre, n'a plus de réactions et est comateux; il meurt deux jours après son admission à l'hôpital [13].
Le cas d'une femme de 25 ans a été signalé, celle-ci ayant ingurgité une petite quantité, au plus le volume d'une bouchée, de peroxyde d'hydrogène à une concentration de 3 % Elle s'est présentée à l'urgence, ayant alors des vomissements persistants et des douleurs épigastriques. L'évaluation radiographique montre une embolie gazeuse dans le système de la veine porte. En outre, un examen endoscopique de la région gastro-intestinale supérieure pratiqué deux heures après l'ingestion révèle une gastrite hémorragique diffuse. Elle présente une baisse du taux d'hémoglobine et un résultat positif de sang occulte dans les selles. Elle est gardée en observation pendant 14 jours et reçoit par la suite son congé. Un examen de suivi endoscopique révèle une gastrite érythémateuse. Ce cas illustre que même une faible concentration de peroxyde d'hydrogène est susceptible de causer une embolie gazeuse dans le système de la veine porte et des lésions gastro-intestinales importantes malgré l'ingestion d'une petite quantité de peroxyde d'hydrogène [14].
Les critères par rapport à la toxicité aiguë énoncés aux articles 46 et 49 du CPR ne se rapportent qu'à la létalité du produit chez les animaux. Cependant, certains produits chimiques, peuvent présenter une toxicité plus élevée chez l'humain que chez l'animal grâce à des différences de méchanismes de toxicité entre les espèces. Bien que cela ne soit pas énoncé de manière explicite, le paragraphe 33(2) du RPC appuie indirectement les données recueillies chez l'humain à titre de preuve en vue de la classification de produits chimiques dans la catégorie D - Matières toxiques et infectieuses. À cet égard, le Manuel de référence du Santé Canada sur les exigences du SIMDUT en vertu de la Loi sur les produits dangereux (LPD) et du Règlement sur les produits contrôlés (RPC) énonce ce qui suit : Dans le cas d'une matière (une substance pure ou un mélange testé) qui ne satisfait à aucun des critères établis pour les matières très toxiques ou les matières toxiques, mais à l'égard de laquelle il existe des preuves valides et documentées fondées sur des principes scientifiques établis selon lesquelles elle cause un effet nocif chez les humains à la suite d'une exposition, ce fait, en soit, justifie l'inclusion de cette matière dans la catégorie D1. Le Bulletin d'information numéro 8 du SIMDUT mentionne que les fournisseurs doivent exercer leur jugement professionnel dans la classification de produits contrôlés lorsque la toxicité aiguë chez l'humain est suffisamment documentée pour justifier son inclusion dans la catégorie D1.
La toxicité aiguë de ce produit chez l'humain (à une concentration de 35 % ou plus) a suffisamment été documentée pour conclure que le peroxyde d'hydrogène (à une concentration de 35 % ou plus) satisfait les critères du RPC en regard de la toxicité aiguë, notamment ceux de la classe D1B.