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Santé de l'environnement et du milieu de travail

Question portant sur une substance précise

méthacrylate de méthyle ; classification en ce qui concerne la sensibilisation des voies respiratoires

Substance :

méthacrylate de méthyle ; no CAS 80-62-6

Question :

Le méthacrylate de méthyle répond-il aux critères de sensibilisation des voies respiratoires du Règlement sur les produits contrôlés (RPC)?

Contexte :

Les acrylates, comme le méthacrylate de méthyle (MAM), sont largement utilisés dans la production de polymères, notamment les résines enrobées et les plastiques, ainsi qu'en médecine, pour les implants dentaires et comme ciment osseux. Le MAM est un sensibilisant par contact bien connu, mais seulement quelques cas de sensibilisation respiratoire ont été signalés dans la documentation scientifique.

Après plusieurs années d'exposition, un assistant dentaire exposé au MAM à son travail a commencé a souffrir de gêne respiratoire, de dyspnée et d'accès de toux, symptômes qui ont persisté pendant plusieurs heures après une exposition à de petites quantités de MAM. Lors d'essais reproduisant les conditions de travail de l'assistant, des symptômes d'asthme (baisse de 24 % du débit expiratoire maximal) sont apparus immédiatement après 20 minutes d'exposition au MAM, puis ont disparu après deux heures. L'essai, répété une semaine plus tard, a provoqué une réaction asthmatique immédiate similaire [1].

Après 11 années de travail en salle d'opération, où elle manipulait du ciment osseux, une infirmière a manifesté des symptômes respiratoires, caractérisés par une toux persistante, avec sifflement et dyspnée. On a effectué un test de provocation et observé une réaction asthmatique tardive - soit une baisse de 25 % du volume expiratoire maximal - après provocation avec le MAM [2].

Une infirmière dentaire qui avait été exposée à divers acrylates pendant environ 27 années a commencé à avoir la voix enrouée et des douleurs à la gorge, accompagnées d'enchifrènement et de dyspnée lorsqu'elle préparait des fixateurs orthodontiques. Un test de provocation par inhalation avec PaladurMD (résine contenant plusieurs produits chimiques, notamment du méthacrylate de méthyle) sous forme liquide et en poudre [poly(méthacrylate de méthyle)] a induit des altérations au niveau des muqueuses et des symptômes des voies respiratoires supérieures, diagnostiquées comme une pharyngite et une rhinite d'hypersensibilité de type immédiat. Le test de provocation n'a pas induit de réactions significatives sur le volume expiratoire maximal, mais, 16 h après le test, le débit expiratoire maximal se trouvait réduit de 20 % [3]. Les auteurs ont signalé que le test de provocation a été effectué avec le produit dentaire à base de résine d'acrylate, qui contient d'autres produits ainsi que des impuretés. Pour vérifier quel constituant est responsable des réactions asthmatiques, il aurait fallu procéder à des tests de provocation avec chacun des constituants, ce qui n'était pas réalisable dans cette étude.

Savonius et al. ont signalé trois cas de sensibilisation respiratoire qu'ils ont associés à l'exposition au MAM [4]. Cependant, l'information associée à la nomenclature chimique donnée prêtait à confusion, ce qui a entraîné la publication d'un erratum pour préciser l'identité chimique des substances [5]. Le premier patient (M-1) a été décrit comme atopique et ne peut donc, d'après les critères du RPC, être retenu pour la classification. Le second patient, M-2, a été exposé au polymère plutôt qu'au monomère. Le troisième patient, M-3, était une femme qui avait travaillé comme technicienne dentaire pendant 20 ans. Il y avait chez elle les symptômes suivants : sensation de chatouillement dans la gorge, baîllements, accès de toux, fatigue et gêne respiratoire. Des tests par piqûre, effectués avec le méthacrylate et le diméthacrylate de polyéthylène glycol, se sont révélés négatifs. Une baisse de 26 % du débit expiratoire maximal a été observée lors d'un test de provocation avec le produit qu'elle utilisait.

Considérations :

Comme l'indique l'interprétation-discussion du Manuel de référence de Santé Canada sur l'article 56 du RPC, il faut tenir compte du nombre de cas signalés par rapport à la taille de la population qui a été exposée, et de l'intensité de l'exposition [6]. Par exemple, un produit chimique produit en grandes quantités et largement utilisé sur les lieux de travail ne justifie pas de classification si seulement quelques cas de sensibilisation ont été signalés sur une période de plusieurs années.

Conclusion :

Comme les ouvrages scientifiques ne signalent que quelques cas très rares pour ce produit chimique largement utilisé, le MAM n'est pas considéré comme un produit répondant aux critères de sensibilisation des voies respiratoires du RPC.

Note : si le nombre de cas augmentait ou si de nouveaux cas étaient signalés dans la documentation, le potentiel de sensibilisation des voies respiratoires par le MAM pourrait faire l'objet d'une réévaluation.

Références :

  1. Losewicz S. et al (1985), Thorax, Vol 40, Number 11, pages 836-839.

  2. Pickering C.A. et al. (1986), British Medical Journal, Vol 292, Number 6532, pages 1362-1363.

  3. Piirilä P. et al, (1998), Clinical and Experimental Allergy, Volume 28, pages 1404-1411.

  4. Savonius B. et al (1993), Clinical and Experimental Allergy, Volume 23, pages 416-424.

  5. Savonius B. et al (1993), Clinical and Experimental Allergy, Volume 23, page 712.

  6. Santé Canada ; « Manuel de référence sur les exigences du SIMDUT en vertu de la Loi sur les produits dangereux et du Règlement sur les produits contrôlés ».