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Environmental and Workplace Health

Question portant sur une substance précise

Chlorate de sodium; classification relative aux critères pour la toxicité aiguë

Substance :

Chlorate de sodium, no CAS 7775-09-9 : classification relative aux critères pour la toxicité aiguë suite à l'ingestion du produit.

Question :

Est-ce que le chlorate de sodium satisfait les critères du Règlement sur les produits contrôlés (RPC), Division 1, classe D du SIMDUT en ce qui concerne la toxicité aiguë en se fondant sur des preuves d'exposition humaine à ce produit ?

Contexte :

Le sodium chlorate est un agent oxydant puissant utilisé dans des herbicides non sélectifs et à titre de générateur chimique d'oxygène. Lorsqu'il est utilisé à titre de produit antiparasitaire, le chlorate de sodium peut occasionner l'irritation de la peau, des yeux ou des voies respiratoires [1]. Ce produit chimique inodore réagit violemment avec des combustibles et des matières de réduction pour provoquer un incendie, un danger d'explosion et la production des gaz toxiques (chlore).

À cause de ses propriétés d'oxydation, le chlorate de sodium peut être toxique s'il est ingéré. Les humains semblent plus susceptibles à cet effet que les animaux. Les valeurs de létalité aiguë chez les animaux ne satisfont pas les critères prescrits au RPC. Cependant, un certain nombre de cas de décès ou de blessure grave chez l'humain à la suite de l'ingestion de ce produit ont été signalés.

L'empoisonnement est caractérisé par l'avènement de symptômes gastro-intestinaux dans les deux à vingt-quatre heures après l'ingestion, notamment des nausées, des vomissements, de la diarrhée et des douleurs abdominales. Après l'absorption, l'hémoglobine s'oxyde rapidement pour se transformer en méthémoglobine, conduisant à la cyanose, la dyspnée et, dans les cas plus graves, au coma. L'hémolyse intravasculaire peut également se produire [2]. Parmi les autres symptômes observés, signalons la méthémoglobinémie, des lésions potentielles au foie, et la néphrite (douleurs lombaires et oligurie). Il est estimé que la néphrite est le résultat direct de la présence d'ions de chlorate ainsi qu'un résultat secondaire découlant de la destruction de corpuscules. La pression artérielle tend à baisser et le rythme cardiaque devient irrégulier. Le foie et la rate peuvent s'hypertrophier et être sensibles au palper. L'urine, s'il y en a, est de couleur brune ou noire et contient des cylindres urinaires, des globules rouges, de l'hémoglobine libre, et de la méthémoglobine. Le sang est de couleur brunâtre, et le plasma sanguin contient de l'hémoglobine libre et de la méthémoglobine libre. Le nombre de globules rouges est très faible et celui des globules blancs est très élevé. L'apparition des symptômes peut prendre jusqu'à 12 heures [3].

Le décès survient invariablement après l'absorption d'une dose de 100 g [4]; une dose de 5 à 10 g peut cependant être létale chez l'adulte, alors qu'une dose de 2 g suffit à entraîner la mort chez les jeunes enfants [5]. Le décès causé par un empoisonnement au chlorate de sodium survient dans une période pouvant aller de quelques heures à quelques jours, en raison d'une méthémoglobinémie grave, d'hyperkaliémie découlant d'une hémolyse massive, ou d'une néphrite aiguë [6].

L'Union européenne classe le chlorate de sodium comme suit : O; R9 - Oxydant. Explosif lorsque combiné à une matière combustible, Xn; R22 - Dangereux. Dangereux si ingurgité, et N; R51-53 - Dangereux pour l'environnement. Toxique pour les organismes aquatiques. Peut causer des effets indésirables à long terme dans le milieu aquatique [7].

Considérations :

Un homme de 29 ans a ingéré une quantité d'environ 20 g de chlorate de sodium (230 mg de chlorate par kg du poids corporel). Il est devenu cyanotique, et son taux d'hémoglobine a chuté à 11 g/100 ml en moins de 24 heures; de la méthémoglobine et de la méthémoalbumine ont été décelés dans son plasma sanguin. Il a été anurique pendant 14 jours avant que son état ne s'améliore progressivement, et a reçu son congé de l'hôpital après un séjour de six semaines [8].

Un homme de 42 ans a été admis à l'hôpital, présentant des symptômes de douleurs abdominales, de la diarrhée et d'hypotension artérielle dans les 14 heures de l'ingestion d'un herbicide contenant du chlorate de sodium correspondant à une dose totale de 27 g de chlorate de sodium. À l'examen physique, son visage et ses membres présentaient des signes de cyanose, et le patient faisait de l'hypotension et de l'oligurie [9].

Une étude entreprise à ce sujet a signalé 14 cas d'empoisonnement au chlorate de sodium. L'âge des patients varie de 3 à 55 ans. Les doses estimées à plus de 100 g (ou de 79 g sous la forme d'ion de chlorate) se sont toutes révélées létales. Par ailleurs, une femme de 46 ans qui recevait une thérapie de soutien est néanmoins décédée 20 heures après l'absorption d'une dose estimée à 15 g (218 mg de chlorate/kg de poids corporel). Il s'agissait de la plus faible dose observée ayant provoqué la mort du sujet. Une autre femme, dont l'âge n'a pas été révélé, est décédée cinq jours après avoir ingéré une dose de 30 g (436 mg de chlorate/kg de poids corporel) malgré un traitement au bleu de méthylène, une dialyse péritonéale, et une exsanguinotransfusion. Toutefois, un homme de 18 ans a survécu à une dose estimée de 100 g (1,45 g de chlorate/kg de poids corporel) après un traitement au bleu de méthylène, une exsanguinotransfusion et une hémodialyse. La cyanose a été observée chez 50 % des patients, des douleurs abdominales chez 36 %, de la diarrhée chez 21 %, de la dyspnée chez 21 %, une anurie dans les 48 heures chez 50 % des patients, un coma chez 12 % d'entre eux, et une méthémoglobinémie chez 93 % des patients. Le décès est survenu dans 64 % de ces cas [3].

Un homme de 49 ans, travailleur de l'industrie chimique, a eu une détresse respiratoire, des vomissements, des maux de tête et de la cyanose. Il a été traité pour la méthémoglobinémie, l'hémolyse et l'acidose métabolique. Malgré un traitement intensif, il est décédé dans les 36 heures. L'autopsie et l'analyse du médecin légiste ont déterminé que le décès était attribuable à l'empoisonnement au chlorate. L'origine de l'exposition et la quantité du produit en cause n'ont pu être déterminées [10].

Un jardinier de 48 ans a appliqué une solution à forte concentration de chlorate de sodium à titre d'herbicide par pulvérisation. Un vent fort a soufflé vers son visage le produit ainsi vaporisé. Il a réalisé avoir respiré le produit et en avoir eu dans la bouche. Le soir même, il a des malaises. Le lendemain, il est devenu cyanotique, a eu de la méthémoglobine dans le sang et, au cinquième jour, a eu une insuffisance rénale. Il a été gravement malade pendant plus de deux mois. La quantité de chlorate de sodium présente dans la solution n'a pas été signalée [11].

Un médecin coréen de 28 ans a accidentellement ingéré 40 grammes de chlorate de sodium (570 mg/kg pour un homme de 70 kg), alors qu'il croyait qu'il s'agissait de chlorure de sodium. L'insuffisance rénale s'est installée et il a reçu des transfusions sanguines et a été traité par dialyse [12].

Les critères par rapport à la toxicité aiguë énoncés aux articles 46 et 49 du CPR ne se rapportent qu'à la létalité du produit chez les animaux. Cependant, certains produits chimiques, peuvent présenter une toxicité plus élevée chez l'humain que chez l'animal grâce à des différences de méchanismes de toxicité entre les espèces. Bien que cela ne soit pas énoncé de manière explicite, le paragraphe 33(2) du RPC appuie indirectement les données recueillies chez l'humain à titre de preuve en vue de la classification de produits chimiques dans la catégorie D - Matières toxiques et infectieuses. À cet égard, le Manuel de référence du Santé Canada sur les exigences du SIMDUT en vertu de la Loi sur les produits dangereux (LPD) et du Règlement sur les produits contrôlés (RPC) énonce ce qui suit : Dans le cas d'une matière (une substance pure ou un mélange testé) qui ne satisfait à aucun des critères établis pour les matières très toxiques ou les matières toxiques, mais à l'égard de laquelle il existe des preuves valides et documentées fondées sur des principes scientifiques établis selon lesquelles elle cause un effet nocif chez les humains à la suite d'une exposition, ce fait, en soit, justifie l'inclusion de cette matière dans la catégorie D1. Le Bulletin d'information numéro 8 du SIMDUT mentionne que les fournisseurs doivent exercer leur jugement professionnel dans la classification de produits contrôlés lorsque la toxicité aiguë chez l'humain est suffisamment documentée pour justifier son inclusion dans la catégorie D1.

Conclusion :

Il existe un nombre suffisant de cas d'empoisonnement chez l'humain associant le chlorate de sodium à une toxicité aiguë pour conclure que ce produit chimique satisfait les critères du RPC en regard de la toxicité aiguë, notamment ceux de la classe D1B.

Références :

  1. Hayes, Wayland J., Jr. Pesticides Studied in Man. Baltimore/London: Williams and Wilkins, 1982., p. 61.
  2. Ellenhorn, M.J., S. Schonwald, G. Ordog, J. Wasserberger. Ellenhorn's Medical Toxicology: Diagnosis and Treatment of Human Poisoning. 2nd ed. Baltimore, MD: Williams and Wilkins, 1997., p. 1642.
  3. Hayes, W.J., Jr., E.R. Laws, Jr., (eds.). Handbook of Pesticide Toxicology. Volume 2. Classes of Pesticides. New York, NY: Academic Press, Inc., 1991., p. 566.
  4. Ellenhorn, M.J. and D.G. Barceloux. Medical Toxicology - Diagnosis and Treatment of Human Poisoning. New York, NY: Elsevier Science Publishing Co., Inc. 1988., p. 1097.
  5. Hartley, D. and H. Kidd (eds.). The Agrochemicals Handbook. 2nd ed. Lechworth, Herts, England: The Royal Society of Chemistry, 1987., p. A294, août 87.
  6. Thienes, C., and T.J. Haley. Clinical Toxicology. 5th ed. Philadelphia: Lea and Febiger, 1972., p. 159.
  7. Directive 93/72/CEE, 1er sept. 1993, Commission de la Communauté économique européenne.
  8. National Research Council. Drinking Water and Health. Volume 7. Washington, DC: National Academy Press, 1987., p. 102
  9. Ranghino A, Constantini L, Deprado A, Filiberti O, Fontaneto C, Ottone S, Peron M, Ternavasio Cameroni G, Zamponi E, Guida G.: A case of acute chlorate de sodium self poisoning successfully treated without conventional therapy. Nephrol Dial Tramsplant 2006; 21(10):2971-4.
  10. Eysseric, H., et al. A fatal case of chlorate poisoning : confirmation by ion chromatography of body fluids. Journal of Forensic Sciences. Vol. 45, no 2 (mars 2000). p. 474-477
  11. Jackson, R.C., et al. Sodium-chlorate poisoning. The Lancet. Vol. 2 (Dec. 23, 1961). pp. 1381-1383
  12. Knight, R.K., et al. Suicidal chlorate poisoning treated with peritoneal dialysis. British Medical Journal (citant Klendshoj et al 1962). Vol. 3, no. 5565 (2 sept.1967). pp. 601-602