Dans le cas de substances reconnues comme agents carcino-gènes ou agents carcinogènes potentiels pour les humaines, il faudrait faire en sorte de réduire l'exposition à la plus basse teneur possible. On admet que pour atteindre cet objectif, il faut prendre en compte le coût et la possibilité d'application de mesures correctives et de modifications technologiques. On a donc jugé souhaitable de formuler des directives d'exposition, à la fois, en fonction d'une teneur qui peut être atteinte maintenant (teneur d'action) et d'une teneur qui peut être atteinte à plus long terme (teneur cible).
Les directives d'exposition concernant le formaldéhyde dans l'air intérieur des maisons sont les suivantes:
Le formaldéhyde est un gaz incolore à odeur forte qui se combine facilement avec l'eau pour former un composé non volatil. Il a tendance à être absorbé par les surfaces et les textiles comme les tapis et les rideaux. Il s'établit un équilibre entre le formaldéhyde dans l'air et celui absorbé par les surfaces et dans les produits du bois comme les panneaux d'aggloméré.
Le formaldéhyde se forme naturellement dans l'environnement et les concentrations extérieures dans les régions isolées sont d'environ 7 µg/m3 (0,006 ppm). Dans les villes canadiennes, les teneurs àl'extérieur sont d'environ 10 µg/m3 (0,008 ppm). Les sources artificielles de formaldéhyde comprennent les sous-produits de la combustion et la décomposition de résines de formaldéhyde utilisées dans le bois, le papier, les textiles ou la mousse isolante d'urée-formaldéhyde (MIUF). Deux importantes études canadiennes ont signalé des teneurs moyennes en formaldéhyde de 14 et 42 µg/m3 (0,011 et 0,034 ppm) dans des maisons non isolées à la MIUF; des teneurs moyennes supérieures ont été décelées dans les maisons isolées à la MIUF (66 µg/m3 ; 0,054 ppm). Dans les maisons mobiles, qui en général contiennent une forte proportion de produits de bois pressé fait de résine d'urée-formaldéhyde, ces teneurs ont tendance à être plus élevées que celles dans les maisons isolées à la MIUF.
Le formaldéhyde est un intermédiaire vital dans le métabolisme normal des cellules. Il sert pour la synthèse des purines, des pyrimidines et de bien des acides aminés et lipides: de plus, c'est une molécule clé du métabolisme du carbone. Il est présent en faibles concentrations dans les liquides organiques et une exposition à des sources externes n'augmente pas sensible-ment ces teneurs.
*Voir également section 4.A.1, «Aldéhydes».
Le formaldéhyde gazeux est un irritant sensoriel affectant principalement les voies nasales, la respiration et les yeux (Section 4.A.1). De plus, dans deux essais biologiques bien faits et une étude plus limitée, le formaldéhyde était carcinogène pour deux souches de rats, produisant une forte incidence de carcinomes des cellules du nez (38 à 50 p. 100) après l'administration d'environ 18 mg/m3 (15 ppm). Le formaldéhyde est également génotozique d'après un certain nombre d'essais et il est faiblement mutagène dans des cellules humaines cultivées, ainsi que dans d'autres cellules de mammifères, de drosophiles, de champignons et de bactéries. Bien que les études épidémiologiques faites jusqu'à présent fournissent peu de données indiquant que le formaldéhyde est carcinogène pour les humains, cette possibilité ne peut être exclue en raison du manque de données.
En raison de la carcinogénécité possible du formaldéhyde, il serait prudent de réduire le plus possible les concentrations à l'intérieur. La teneur d'action de 120 µg/m3 est la plus faible teneur considérée comme acceptable à l'heure actuelle. Toutefois, on recommande qu'à l'avenir, et lorsque des mesures correctives s'imposent, il faut s'évertuer à réduire les concentrations sous la teneur cible de 60 mg/m3.
Les directives d'exposition concernant le radon dans l'air intérieur des maisons sont les suivantes:
TENEUR D'ACTION: 800 Bq/m 3 comme concentration annuelle moyenne dans un lieu habitable normal.
Le radon est un gaz rare naturel et un membre de la chaîne de désintégration de l'uranium-238. Le radon est un gaz chimiquement inerte qui se répand à partir du site de production local. Il se désintègre et sa période est de 3,82 jours par le biais d'une émission de particules alpha en une série de radionucléides de courte période appelée descendance radioactive du radon (produits de filiation) et éventuellement le radionucléide plomb-210 qui a une période relativement longue. Les produits de filiation du radon sont des particules chimiquement réactives qui se fixent presque immédiatement aux particules en aérosol dans l'atmosphère.
La concentration mondiale moyenne de radium dans le sol est de 25 Bq/kg; ce milieu constitue la principale source de radon dans l'atmosphère du globe. Les plages de concentrations extérieures sur le continent nord-américain sont de 0,7 à 35 Bq/m3, avec une concentration moyenne de 7,0 Bq/m3. Les sources de radon dans l'air des maisons comprennent le transport des gaz du sol dans les sous-sols, l'utilisation domestique d'eau de puits riche en radon, les matériaux de construction et l'alimentation en gaz naturel.
Les teneurs de radon dans l'air des résidences sont générale-ment supérieures aux teneurs extérieures et dépendent principale-ment de la force de la source et du débit d'aération. Plusieurs études sur le radon ont été faites dans les demeures canadiennes, et les résultats indiquent de grandes différences à travers le pays. Dans une étude de 14 000 demeures au Canada, entre 1977 et 1980, 0,1% des résidences avaient des teneurs en radon supérieures à800 Bq/m3. La moyenne géométrique des collectivités observées au cours de cette étude pancanadienne variait de 5,2 Bq/m3 à 57 Bq/m3.
L'inhalation du radon et de ses descendants radioactifs entraîne une exposition au rayonnement des tissus des bronches avec risque de cancer. Plus de 95% de la dose de rayonnement proviennent du dépôt et de la dégradation des descendants du radon. Le risque accru de cancer du poumon chez les mineurs d'uranium exposés au radon et à ses descendants radioactifs a été bien documenté dans de nombreuses études épidémiologiques. Une étude de la corrélation de la mortalité du cancer des poumons avec les concentrations des descendants radioactifs du radon dans l'air intérieur a été faite dans 18 villes canadiennes. Malgré la variation relativement importante des concentrations à l'intérieur des résidences de différentes villes, aucune association entre le radon et le taux de mortalité dû au cancer du poumon n'était apparente. Il se peut cependant que l'exposition au radon dans les demeures au Canada entraîne une très faible augmentation du risque des cancers du poumon mais celle-ci ne pourrait être décelée qu'à l'aide d'une méthode de détection des effets sur la santé beaucoup plus précise, comme une étude cas-témoins.
En raison de la carcinogénécité possible du radon, il serait prudent de réduire le plus possible les concentrations àl'intérieur. De plus, étant donné la variabilité saisonnière de la composition de l'air intérieur, une moyenne périodique annuelle est recommandée pour l'application de la directive d'exposition.
On recommande donc de prendre des mesures correctrices lorsque la teneur en radon dans une maison dépasse 800 Bq/m3 , soit la concentration annuelle moyenne dans un lieu habité normal. Étant donné qu'il y a un certain risque d'exposition au radon, les propriétaires de maisons doivent réduire autant que possible les teneurs en radon.