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Santé de l'environnement et du milieu de travail

Contamination fongique dans les immeubles publics : effets sur la santé et méthodes d'évaluation (suite)

Résumé

« Moisissure » est un terme non scientifique qui, dans la langue populaire, désigne généralement les membres de quelques douzaines de champignons filamenteux. La croissance de moisissures sur les surfaces des immeubles a non seulement pour effet d'endommager ces surfaces mais aussi d'altérer la qualité de l'air, étant donné que des spores intactes ainsi que des fragments de spores et de mycélium sont libérés dans l'air. Ils peuvent alors être inhalés, selon leur taille et leur concentration. L'exposition aux moisissures est associée à une augmentation des taux de maladies respiratoires.

Le présent document est une révision d'un rapport publié en 1995 par Santé Canada et le Comité consultatif fédéra provincial de l'hygiène du milieu et du travail (CHMT). Nous nous proposons ici de mettre à jour l'information figurant dans le document antérieur et d'harmoniser certains aspects pratiques du document avec des publications plus récentes de l'American Conference of Government Industrial Hygienists (ACGIH), de l'American Industrial Hygiene Association (AIHA) et d'autres organismes compétents. Nous espérons que ce document aidera les intervenants en santé publique de première ligne à réduire les risques potentiels à la santé associés à la contamination fongique dans les immeubles publics. Le rapport comprend deux parties :

  1. Un examen des effets sur la santé des moisissures présentes en milieu intérieur
  2. Un guide pour l'évaluation de la contamination par les moisissures dans les immeubles publics

1. Effets sur la santé des moisissures présentes en milieu intérieur

Les auteurs du rapport de 1995 ont conclu que « . . . Des études épidémiologiques ont régulièrement permis d'associer certains symptômes respiratoires à l'humidité des maisons et à la croissance de moisissures, mais elles n'ont établi aucun lien de cause à effet ». Dans le but de mettre à jour le document du CHMT, nous passons en revue, dans la présente section, les rapports de recherche publiés entre 1995 et 2000 qui abordent les effets sur la santé de l'exposition aux moisissures présentes dans les résidences et les milieux de travail non industriels (principalement les immeubles à bureaux et les écoles). Nous nous proposons également de déterminer si les données probantes actuelles justifient des conclusions plus définitives.

Voici les principaux résultats de cette analyse :

  • Huit études transversales se sont intéressées au lien potentiel entre les moisissures présentes en milieu intérieur et les symptômes respiratoires, allergiques ou les symptômes d'irritation; quatre d'entre elles ont établi un lien significatif entre l'exposition aux moisissures et soit un asthme diagnostiqué par un médecin soit des symptômes apparentés à l'asthme (toux, respiration sifflante ou essoufflement).
  • Sept études cas témoins ont examiné le lien potentiel entre les moisissures et l'asthme; la plupart d'entre elles faisaient uniquement appel à l'autodéclaration pour évaluer l'exposition aux moisissures et les effets sur la santé. L'une de ces études a mis en évidence un lien significatif entre les « moisissures ou l'humidité » et l'asthme; une autre a fait ressortir un lien significatif entre les moisissures et l'asthme, mais ne s'est pas intéressée à l'humidité; trois études ont établi un lien significatif entre les moisissures et l'asthme (l'une d'elles après pondération pour tenir compte de l'humidité), mais non entre l'humidité et l'asthme; enfin, deux études ont établi un lien significatif entre l'humidité et l'asthme, mais non entre les moisissures et l'asthme.
  • À ce jour, aucune étude de cohorte n'a été publiée concernant le lien entre l'exposition aux moisissures dans les immeubles résidentiels et l'asthme, bien qu'une étude publiée ait examiné le lien entre l'exposition aux moisissures à l'école et l'asthme chez les enfants. Une étude de cohorte est actuellement en cours à l'Île-du-Prince-Édouard, au Canada.
  • Plusieurs études expérimentales sur des modèles animaux exposés à des cellules, à des antigènes ou à des constituants fongiques ont mis en évidence des effets similaires à ceux observés chez les humains dans les études épidémiologiques, tels que l'éosinophilie et une élévation des IgE sériques.

Plusieurs des études examinées présentaient des limitations attribuables aux méthodes utilisées : évaluation de l'exposition et des effets sur la santé fondée sur l'autodéclaration; absence d'évaluation quantitative de l'exposition (et, par conséquent, de détermination de la relation dose effet), confusion possible par d'autres agents biologiques; et biais potentiel dans les réponses.

Un effet indépendant des moisissures sur l'asthme et les voies respiratoires supérieures n'a été mis en évidence que dans quelques études. Il est donc difficile, en se fondant exclusivement sur les données épidémiologiques, d'évaluer les conséquences sur la santé d'une croissance marquée des moisissures en milieu intérieur. On sait cependant que l'exposition aux champignons en milieu de travail cause des maladies d'origine allergique et toxique. Des études sur des modèles animaux fondées sur l'exposition par inhalation ont également révélé les effets nocifs des champignons. Pour dissiper les incertitudes, il est nécessaire de pousser plus loin les recherches concernant les effets sur la santé des champignons présents en milieu intérieur, au moyen de méthodes améliorées d'évaluation de l'exposition et des effets sur la santé. Tel qu'indiqué dans le rapport de 1995 du CHMT, les informations actuellement disponibles indiquent qu'il y a lieu de prévenir les conditions d'humidité et la croissance de moisissures et de remédier à toute contamination fongique dans les immeubles.

2. Évaluation de la contamination fongique en milieu de travail non industriel

On ne dira jamais assez que la meilleure façon de limiter la croissance des moisissures consiste à en prévenir l'apparition. L'élimination de l'humidité, l'intervention rapide en présence de toute fuite d'eau et l'entretien rigoureux des systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation (CVC) sont autant d'éléments essentiels d'une stratégie de prévention.

Voici les objectifs d'une évaluation des moisissures :

  • Établir la cause, la nature et l'étendue de la contamination
  • Évaluer le risque d'effets indésirables sur la santé des occupants;
  • Éliminer le(s) problème(s) microbien(s);
  • Redonner à l'immeuble un niveau de rendement satisfaisant.

La première étape de l'évaluation de la présence de contamination microbienne dans un immeuble consiste en une inspection par un spécialiste. La contamination fongique peut découler de plusieurs conditions, notamment la condensation, les inondations et divers types d'infiltrations. Pour évaluer les problèmes de moisissures, il faut avoir une connaissance approfondie de l'enveloppe du bâtiment et des types de défauts pouvant entraîner de la condensation et des infiltrations d'eau. Lorsqu'il y a lieu de croire qu'une quantité appréciable de moisissures se trouve derrière les cavités du mur, il faut procéder à des inspections physiques mettant au jour la zone cachée.

L'échantillonnage de l'air est indiqué, soit en même temps que l'inspection, soit après cette dernière. L'échantillonnage permet de repérer une contamination non visible sans essai destructif et de documenter la contamination de l'air. Les échantillons d'air doivent être prélevés pendant les périodes d'activité normale dans l'immeuble, lorsque le système de ventilation fonctionne. Ils devraient être recueillis simultanément à l'intérieur et à l'extérieur de l'immeuble afin de rendre possible les comparaisons entre les valeurs obtenues à l'intérieur et à l'extérieur. Les méthodes actuelles d'interprétation des résultats d'échantillonnage de l'air reposent sur la comparaison de la diversité des champignons repérés à l'intérieur et à l'extérieur.

On utilise de plus en plus souvent les échantillonneurs d'air à surface adhésive pour l'évaluation de la contamination fongique. Un des avantages des échantillonneurs à surface adhésive, lorsque les échantillons sont correctement prélevés et analysés, est que les résultats sont disponibles au bout d'une journée et que, en présence d'un pourcentage élevé de spores non viables aéroportées, les données sont plus fiables.

Une fois l'évaluation proprement dite terminée, il faut réparer rapidement les dommages causés par la contamination fongique, conformément aux protocoles de pointe tels ceux élaborés par le New York City Department of Health et l'ACGIH. Il faut procéder à une assurance de la qualité, conformément aux protocoles standard, comme celui de l'AIHA.

Les communications avec les gestionnaires et les occupants des immeubles devraient être maintenues tout au long de l'évaluation.