Contamination fongique dans les immeubles publics : effets sur la santé et méthodes d'évaluation (suite)
2. Effets sur la santé associés à la présence de moisissures en milieu intérieur (suite)
2.1.3 Évaluations dans les immeubles
Le syndrome des édifices hermétiques (SÉH) évoque différents symptômes dont l'étiologie n'est pas clairement établie, par exemple irritation des yeux, du nez et de la gorge, maux de tête et toux et infections des voies respiratoires fréquentes, et qui sont associés à l'air ambiant des édifices hermétiques. Il doit être distingué des maladies liées aux immeubles (MLI) qui sont des réactions bien définies à des expositions aux agents biologiques, physiques ou chimiques présents dans l'air intérieur (Brightman et Moss 2000). Les études sur le SÉH et les MLI étaient essentiellement des études transversales, c.-à-d. comparant les occupants d'immeubles où des problèmes ont été décelés à ceux d'immeubles « témoins ». Un certain nombre de ces études comprenaient une composante longitudinale, la santé des personnes exposées ayant été réévaluée après l'élimination de l'exposition.
Certaines des études ayant examiné la contamination par des moisissures, ainsi que l'exposition à d'autres agents, sont résumées ci - après. Il faut garder à l'esprit que compte tenu de leur nature transversale et d'autres problèmes liés à la méthodologie (exposition concomitante à de nombreux agents, biais possible dans les études faites à la suite de plaintes), ces études ne peuvent établir ou démontrer un lien indépendant entre une exposition, par exemple aux moisissures et à l'humidité, et un problème de santé.
- Aux États-Unis, un questionnaire sur la santé a été administré à 53 employés de bureau qui travaillaient depuis plus de trois mois dans un immeuble ayant subi un dégât d'eau, où la croissance de Stachybotrys avait été décelée, de même qu'à 21 employés de bureau exerçant les mêmes tâches dans d'autres immeubles. Des échantillons de sang ont en outre été obtenus de chacun des participants a des fins de tests immunologiques. Chez les employés qui travaillaient dans l'immeuble endommagé par l'eau, la prévalence des problèmes des voies respiratoires inférieures était beaucoup plus élevé (76 % par rapport a 43 ρ < 0,01), tout comme celle de symptomes oculaires comme une sensation de brulure, une irritation et une vision floue (57 % par rapport a 19 % ρ < 0,01). Il n'y avait aucune différence entre les deux groupes quant à la numération leucocytaire, mais la proportion d'éosinophiles était très légèrement plus élevée chez les employés travaillant dans l'immeuble endommagé par l'eau (ρ = 0,06 )( Johanning et coll., 1996).
- Aux États-Unis, un questionnaire sur la santé a été administré à des employés travaillant dans trois immeubles ayant subi des dégâts d'eau majeurs et contaminés par Aspergillus versicolor et Stachybotrys chartarum, de même qu'à des employés travaillant dans deux immeubles témoins ne recelant aucune moisissure visible. Au total, 197 personnes ont participé à cette étude. Les employés travaillant dans les immeubles endommagés par l'eau présentaient un risque accru de démangeaisons et d'écoulement oculaires (RC : 2,49, IC à 95 % : 1,02 à 6,27), de congestion ou d'obstruction nasale (RC : 4,48, IC à 95 % : 1,93 à 10,68), d'écoulement nasal (RC : 3,06, IC à 95 % : 1,16 à 8,53), de sécheresse de la gorge (RC : 3,74, IC à 95 % : 1,42 à 10,42), de léthargie (RC : 10,62, IC à 95 % : 4,50 à 22,10), de difficultés respiratoires (RC : 13,47, IC à 95 % : 1,90 à 72,83) et d'oppression thoracique (RC : 10,41, IC à 95 % : 1,46 à 62,83) (Hodgson et coll., 1998).
- En Finlande, les données concernant 397 enfants fréquentant une école endommagée par l'eau et contaminée par des moisissures (appelée ci-après l'« école E ») ont été comparées à celles concernant 192 enfants fréquentant une école témoin où une inspection n'avait révélé aucune contamination par des moisissures (« école C »). Tous les participants avaient entre 7 et 12 ans. Un questionnaire a été envoyé aux parents des enfants des deux écoles, avant et après la prise de mesures correctives dans le cas de l'école E, et un médecin a vérifié le diagnostic et les antibiotiques prescrits dans les dossiers médicaux des enfants. Avant que les mesures correctives soient prises, les enfants de l'école E présentaient un risque plus élevé de rhume (RC : 1,51, IC à 95 % : 1,04 à 2,20) et de bronchite (RC : 2,76, IC à 95 % : 1,11 à 6,81), mais les différences se sont estompées après l'élimination des moisissures dans l'école E (Savilahti et coll., 2000).
2.1.4 Études de cohorte
Dans les études de cohorte, les sujets classés selon leur exposition sont suivis au fil du temps en vue de vérifier l'incidence de la maladie à l'étude. À ce jour, aucune étude de cohortes n'a été publiée concernant le lien entre l'exposition aux moisissures dans les immeubles résidentiels et l'asthme, bien qu'une étude publiée ait examiné le lien entre l'exposition aux moisissures dans les écoles et l'asthme chez les enfants (voir ci-après). De plus, une étude de cohortes est en cours à l'Île-du-Prince-Édouard, au Canada.
En Suède, une étude prospective a été menée sur une période de quatre ans; un nombre total de 1 347 enfants ont été étudiés à deux reprises, soit en 1993 et en 1997. Leur âge moyen en 1993 était 10,3 ans. Les participants fréquentaient 39 écoles différentes lorsqu'ils ont été étudiés la première fois. Les concentrations totales de moisissures ont été déterminées en 1993 et en 1995 et variaient entre 5 et 360 UFC/m3 (moyenne arithmétique de 26 cellules/m3). Après ajustement pour tenir compte du sexe, de l'âge, de l'atopie en 1993 et du tabagisme, le rapport de cotes pour les nouveaux cas d'asthme (c.-à-d. diagnostiqués durant la période de suivi) par augmentation par 10 ordres de grandeur des concentrations totales de moisissures dans la classe était de 1,3 (IC à 95 %, 0,5 à 3,6). Chez les enfants qui n'étaient pas atopiques en 1993, le rapport de cotes pour les nouveaux cas d'asthme par augmentation par 10 ordres de grandeur des concentrations de moisissures, ajusté pour tenir compte du sexe, de l'âge et du tabagisme, était de 4,7 (IC à 95 % : 1,2 à 18,4) (Smedje et Norbäck 2001).