
Photo : Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL)
Les possibles effets sur la santé humaine de la contamination de l'air intérieur ont retenu énormément d'attention dans la population ces dernières années. C'est surtout le cas au Canada et dans d'autres pays froids où les gens vivent la plupart du temps à l'intérieur. Or, l'air intérieur peut être contaminé par divers polluants libérés par les tapis et les matériaux de construction, les produits chimiques de nettoyage, la fumée de tabac, la cuisson et le chauffage ainsi que par des contaminants biologiques tels que les acariens et les allergènes d'origine animale (provenant de la peau, de la salive et de l'urine), ainsi que les moisissures. Le présent rapport ne traite que d'un élément de cet éventail complexe de contaminants : les moisissures. Les éléments d'information que l'on possède au sujet des effets sur la santé de la population des contaminants biologiques présents en milieu intérieur sont tirés d'études réalisées auprès de gens vivant dans une maison humide.
L'humidité dans le milieu de vie est associée à des taux accrus de maladies qui, croit on, sont attribuables à une exposition aux contaminants biologiques (Institute of Medicine, 2000). Les occupants d'habitats humides risquent davantage d'être exposés aux moisissures, aux acariens et aux endotoxines d'origine bactérienne. Un lien a été établi entre une situation socio-économique défavorable et une prévalence plus élevée de troubles respiratoires (Dales et coll., 2002). Dans la plupart des pays, la pauvreté pousse les gens à vivre dans des logements insalubres, difficiles à chauffer, où pénètrent l'eau et l'air. Dans les logements difficiles ou coûteux à chauffer ou à rafraîchir, il est fréquent que l'air de certaines pièces ne soit pas conditionné, ce qui entraîne la condensation d'eau sur les surfaces froides. L'accumulation de contaminants et les concentrations de particules en suspension dans l'air varient selon les surfaces et le degré de nettoyage de la maison. En raison de la complexité des formes d'exposition, on ignore cependant quelle est la part du risque attribuable à chacun des contaminants biologiques étudiés ici. D'où la difficulté d'établir des niveaux d'exposition tolérables.
Il arrive en outre que la concentration de particules fines (PM2,5) de source extérieure soit plus élevée à l'intérieur qu'à l'extérieur. En effet, les risques de concentrations accrues de particules en suspension dans l'air et de composés organiques volatils (COV) sont plus élevés dans les maisons se trouvant à proximité de sources extérieures de pollution, comme la circulation automobile.
Parmi les contaminants de l'air intérieur, les moisissures sont une source d'inquiétude croissante puisqu'un grand nombre d'études épidémiologiques et de rapports de cas associent les moisissures à une foule d'effets indésirables sur la santé respiratoire.
Le règne des champignons est constitué d'organismes eucaryotes. Il renferme quatre divisions, fondées sur le mode de reproduction : les ascomycètes, les basidiomycètes, les zygomycètes et les adélomycètes.
« Moisissure » est un terme non scientifique qui, dans la langue populaire, désigne généralement les membres de quelques douzaines de champignons filamenteux. Ces champignons apparaissent souvent sous forme de colonies sur les aliments et les matériaux de construction. En y regardant de plus près, on constate qu'ils sont formés de filaments multicellulaires appelés hyphes. La croissance de moisissures sur les surfaces de matériaux de construction peut avoir une incidence sur la qualité de l'air puisqu'elle libère dans l'air des spores et des fragments mycéliens qui peuvent être inhalés, selon leur taille.
La taille des spores de champignons varie considérablement : de 1 à 50 µm. Elle diffère en outre selon le degré d'hydratation des spores, conséquence de l'humidité relative ambiante (Madelin et Johnson, 1992). Les particules de taille inférieure (moins de 10 µm) peuvent gagner les alvéoles; d'autres peuvent être avalées. L'âge est un autre facteur qui intervient : la probabilité que les particules de 5 µm se déposent dans les voies aériennes inférieures est six fois plus élevée chez le nouveauné que chez l'adulte (Phalen et Oldham, 2001). Le diamètre aérodynamique moyen de certains types de spores est indiqué dans le tableau 1. En raison de leur taille moyenne (<10 µm), certaines spores sont facilement inhalables; d'autres, comme Stachybotrys chartarum, semblent trop grosses pour pénétrer dans les poumons. La moyenne ne rend toutefois pas compte de la variation, qui est considérable. Ainsi, même si le diamètre aérodynamique moyen des spores de Stachybotrys est trop important pour permettre la pénétration dans les poumons, environ le tiers des spores sont inhalables (Sorenson et coll., 1996). Des données analogues applicables à certaines souches de Cladosporium cladosporioides, de Penicillium viridicatum et de P. chrysogenum montrent que les tailles des spores sont très variables, alors que la plupart des spores de P. commune, Aspergillus versicolor, A. ustus, A. niger et A. sydowii sont de dimensions semblables (Miller et Young, 1997). Comme nous l'avons déjà signalé, des fragments mycéliens sont aussi présents dans l'air ambiant intérieur. En raison de leur taille, ils sont généralement inhalables. Le nombre de fragments présents, par rapport au nombre de spores, est très variable; mais il représente habituellement un faible pourcentage des particules fongiques présentes. Les fragments mycéliens de certaines espèces renferment des allergènes différents de ceux présents dans les spores des mêmes espèces (Górny et coll., 2002).
| Espèce | Diamètre aéro-dynamique moyen | Dimensions axiales |
|---|---|---|
| µm | µm | |
| Aspergillus fumigatus | 2.2 | 2.2-2.3 |
| Cladosporium cladosporioides | 2.3 | (2.0-3.5) x (2.0-2.5) |
| Paecilomyces variotii | 2.7 | 2.9 x 1.3 |
| Penicillium chrysogenum | 2.6 | 2.5 x 2.5 |
| Memnoniella echinata | 4.8 | |
| Stachybotrys chartarum | 5.6 |
(D'après Madelin et Johnson, 1992; Sorenson et coll., 1996).
Trois caractéristiques biochimiques des moisissures présentent un intérêt particulier dans l'optique de la santé humaine. D'abord, la paroi cellulaire de la moisissure contient un glucane aux propriétés inflammatoires, le ß-1,3-D- glucane. Ensuite, les spores et les fragments mycéliens renferment des allergènes (Górny et coll., 2002). Rares sont les allergènes qui ont fait l'objet d'une caractérisation chimique. Bon nombre d'allergènes fongiques connus sont des sérines protéases, des protéines qui se trouvent à des concentrations assez fortes dans les spores. Ils ont été décrits surtout à partir des travaux réalisés sur les phyllosphères et sur Aspergillus fumigatus (Horner et coll., 1995). Enfin, les spores de certaines espèces contiennent des substances chimiques de faible poids moléculaire aux propriétés toxiques, notamment cytotoxiques (c'est le cas des satratoxines produites par Stachybotrys chartarum). Certaines moisissures, telles que Aspergillus fumigatus, peuvent causer des infections opportunistes chez des personnes immunodéprimées et des affections allergiques graves chez des sujets souffrant de troubles respiratoires sous jacents, comme l'asthme ou la fibrose kystique (Burge 2000). Les champignons que l'on trouve couramment dans les matériaux de construction contaminés par des moisissures sont énumérés dans le tableau qui suit.
Tableau 2. Champignons courants dans les matériaux de constructions endommagés par les moisissures
(Adapté de Flannigan et coll., 2001).



Photos : Centraalbureau voor Schimmelcultures, Koninklijke Nederlandse Akademie van Wetenschappen, Pays-Bas