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Santé de l'environnement et du milieu de travail

Guide technique pour l'évaluation de la qualité de l'air ans les immeubles à bureaux

5. Évaluation détaillée

5.2 Évaluation des sources individuelles

5.2.8 Microbes

La contamination de l'air intérieur par les microbes peut poser un problème sérieux. Un taux élevé d'humidité, une ventilation réduite, l'étanchéité plus grande des bâtiments et des systèmes de CVC qui produisent de l'eau ou de la condensation (humidificateurs, serpentins de refroidissement, etc.) permettent la croissance et la dispersion de divers microbes. Cette situation est inquiétante à cause de ses diverses répercussions sur la santé et le confort des humains.

Une grande variété de microbes (microorganismes) comme les champignons microscopiques (moisissures et levures), les bactéries, les virus et les amibes peuvent se retrouver à l'intérieur. La contamination de l'air intérieur par des microorganismes peut se produire dans de nombreuses circonstances. Une telle contamination se produit souvent lorsqu'un défaut du bâtiment, du système de CVC ou d'un autre système, permet la prolifération de microorganismes.

Les virus et les bactéries causent des maladies, mais l'air intérieur n'est généralement pas la cause des infections virales (p. ex. comme le rhume courant). Les virus ne survivent pas longtemps à l'extérieur de l'hôte et la transmission dépend du contact avec une personne infectée. Les bactéries comme Legionella et les espèces apparentées peuvent toutefois poser un problème de QAI important. La légionellose est une infection qui peut dégénérer en pneumonie si elle est dispersée à partir d'un site d'amplification jusqu'à la zone où respire un hôte sensible. Les tours de refroidissement, les condenseurs à évaporation et les systèmes à l'eau chaude peuvent constituer des sites d'amplification pour Legio-nella et ils peuvent disséminer les aérosols contenant les bactéries dans l'air intérieur. Les bactéries qui produisent des endotoxines peuvent aussi se retrouver dans certains types de systèmes d'humidification.

L'inhalation de concentrations très importantes de spores de cham-pignons microscopiques peut entraîner une pneumonite d'hypersensibilité, mais celle-ci est rarement due à une exposition à l'intérieur d'un immeuble. L'exposition chronique à la plupart des champignons micro-scopiques peut provoquer des réactions allergiques et asthmatiques chez les humains et quelques rares espèces peuvent provoquer directement une maladie. Certaines moisissures sont « toxigènes » et produisent des mycotoxines qui s'accumulent souvent dans les spores. On a montré que l'inhalation de spores contenant certaines mycotoxines suscitait un grand nombre des symptômes normalement liés au SÉH.

Parmi les autres produits des champignons microscopiques, on compte certains COV. Certains composés (caractérisés par des odeurs de moisissure) se retrouvent uniquement en présence d'une croissance fongique active considérable. Selon certaines indications, ils pourraient contribuer au SÉH.

Il est important de se rappeler que certaines personnes (les sidatiques et les personnes au système immunologique déficient comme celles qui suivent une chimiothérapie) sont très sensibles à l'exposition à certains microbes.

5.2.8.1 Contexte

L'évaluation microbienne de l'air intérieur a débuté vers la fin des années 1950, époque à laquelle des infections secondaires (nosocomiales) touchant les patients ont suscité des inquié-tudes dans de nombreux hôpitaux. Ces infections étaient entre autres causées par des microorganismes atmosphériques dispersés par le système de ventilation.

En Europe et en Amérique du Nord, on a signalé un certain nombre de cas d'une maladie ressemblant à la grippe (« fièvre des humidificateurs ») se manifestant par des malaises, de la fièvre, un manque de souffle, de la toux et des douleurs musculaires. Ces maladies résultent habituellement d'une réaction aiguë à des antigènes microbiens « aéro-solisés » à partir d'éléments contaminés du système de CVC ou encore d'autres constituants du bâtiment qui peuvent avoir été endommagés par des inondations récurrentes ou des problèmes d'humidité. On a signalé diverses maladies respiratoires résultant d'une exposition à des champi-gnons microscopiques dans certains bâtiments. Les personnes touchées sont habituellement soulagées lorsqu'elles quittent l'immeuble pendant plusieurs jours.

Les spores fongiques, particulièrement Cladosporium et Alternaria sont courants à l'extérieur pendant la saison de croissance et les princi-paux champignons microscopiques qui poussent sur les feuilles constituent 60 à 70 p. 100 des spores présents dans l'air. Ces champignons microscopiques peuvent provoquer des allergies, mais la plupart des gens ne sont pas touchés de façon particulière.

Certaines espèces de champignons qui ont la capacité physique de pousser et de s'accumuler à l'intérieur ou dans l'équipement de traitement de l'air diffèrent beaucoup des champignons microscopiques que l'on trouve sur les plantes et les feuilles. La condensation et l'accumu-lation d'eau permet la croissance de nombreux champignons microsco-piques qui provoquent des allergies et d'autres problèmes de santé difficilement décelés à l'aide des méthodes médicales actuelles.

La présence de microorganismes à l'intérieur, en nombre suffisant ou suffisamment diversifiés pour causer des problèmes de santé ou de confort, dépend d'un certain nombre de facteurs. Les spores fongiques sont ubiquistes parce qu'ils habitent dans le sol. Les systèmes de CVC sont complexes et fournissent divers milieux où des populations micro-biennes peuvent se développer. Les humidificateurs à pulvérisation d'eau contenant de l'eau stagnante, les filtres remplis de poussières organiques, les bacs de condensation des systèmes de refroidissement et les intérieurs caractérisés par un taux d'humidité trop élevé peuvent constituer dans certains cas des milieux propices à la prolifération des microbes. Dans les gros bâtiments, le système de CVC servira à transporter des micro-organismes du lieu de la contamination jusqu'au voi-sinage des occupants.

Aspergillus fumigatus, Histoplasma capsulatum et certains autres champignons microscopiques peuvent provoquer des maladies. Bien que rare dans les zones urbaines, les bâtiments exposés à de grandes quantités d'excréments d'oiseaux ou de chauves-souris présentent des risques. Il faut éliminer les perchoirs situés à l'intérieur ou à proximité des prises d'air. Les vieux bâtiments et les propriétés excédentaires et vacantes infestées par des oiseaux ou des chauves-souris doivent être modernisés ou démolis avec prudence.

5.2.8.2 Liste de vérification

Lors d'une visite, il faut déterminer où se trouvent les réservoirs microbiens et les sites d'amplification

  • prises d'air, unités filtrantes, ventilateurs et serpentins de refroidis-sement/chauffage, humidificateurs à pulvérisation, réservoirs, con-duits, isolant, unités à induction et ventilo-convecteurs, plateaux d'égouttage et à condensat, puisards sales ou humides;
  • odeurs de moisissure, odeur d'humidité, indications d'une inonda-tion ou d'une fuite d'eau antérieure;
  • humidificateurs portatifs et refroidisseurs d'eau qui contiennent des boues ou des algues;
  • tuiles à plafond humides, sales ou portant des moisissures, plâtre/panneau de gypse, tapis, rebords/cadres de fenêtre.

Il faut intervenir le plus tôt possible pour corriger la situation dans les zones problèmes

5.2.8.3 Méthodes de mesure et équipement

Les organismes mi-crobiens présents dans l'air varient énormément; certains se présentent sous forme de particules viables et d'autres ne sont pas viables (spores morts, toxines et particules de dimension inférieure au micron). Pour que les champignons microscopiques se développent activement, il faut de l'eau, mais des spores fongiques peuvent être rejetés dans l'air pendant des mois après la disparition de l'eau. On entreprend l'échantillonnage de l'air afin de déceler et d'éliminer la contamination par les microbes et comme méthode de surveillance quantitative et qualitative. L'échantillonnage de l'air n'est pas un moyen infaillible pour déterminer avec certitude s'il y a contamination par les microbes et il faut interpréter les résultats avec prudence.

La caractérisation des espèces fongiques est critique pour détermi-ner de manière précise si la situation est anormale ou dangereuse. Il faut faire appel à un mycologue possédant de l'expérience dans le domaine de la qualité de l'air. Un trop grand nombre de propagules fongiques ou un nombre peu élevé de certains champignons microscopiques patho-gènes ou toxigènes peuvent causer des problèmes de santé ou d'incon-fort. Lorsque les champignons microscopiques se développent à l'intérieur des bâtiments ou sur leur surface, ou encore à l'intérieur des systèmes, leur élimination est nécessaire.

Les quantités de champignons microscopiques sont traditionnelle-ment évaluées par la mesure des unités formant colonie par mètre cube (UFC/m3) d'air, mesurées en prélevant des spores et en les laissant pousser sur une gélose. Cette méthode peut être qualifiée de semi-quantitative, car le prélèvement de spores qui présente des formes, des dimensions et des masses différentes pose des difficultés. En outre, tous les milieux sont sélectifs dans une certaine mesure. De plus, certains champignons microscopiques produisent moins de propagules que d'au-tres à degré égal de biomasse/activité fongique. Les spores de certaines espèces perdent rapidement leur viabilité, mais elles peuvent encore poser un problème. Le nombre de propagules dans l'air intérieur est très variable et il dépend de nombreux facteurs, notamment de l'activité dans la pièce, du fonctionnement du système de CVC, des conditions clima-tiques, de la vitesse du vent et du cycle de vie des microbes. Dans ce domaine, les recherches avancent.

Parmi les appareils de prélèvement pouvant être utilisés, on compte les impacteurs à une seule étape ou à étapes multiples et les échantillonneurs centrifuges produits par divers fabricants. On a montré que les concentrations de spores dans les bâtiments variaient d'un ordre de grandeur en moins d'une minute. De même, on a montré que les taux de récupération des espèces fongiques étaient directement corrélés avec le temps de prélèvement.

Les échantillons doivent être prélevés pendant le fonctionnement normal du système de CVC. Il peut être à conseiller d'effectuer le prélèvement tôt le lundi matin si le système de CVC n'a pas fonctionné pendant la fin de semaine. Des échantillons doivent être prélevés à plusieurs endroits, y compris à proximité des sorties d'air, au niveau des bureaux et dans la zone voisine. En outre, il est conseillé d'échantillonner des sources potentielles dans la salle où se trouve l'équipement mécani-que, notamment le plénum d'approvisionnement en air situé en aval de l'humidificateur et la prise d'air extérieure.

Les échantillons superficiels doivent être prélevés avec des coton-tige stériles (p. ex. des coton-tige autoclavés, humidifiés, conservés dans des tubes) à la surface des diffuseurs, des pales des ventilateurs, des serpentins, des plateaux et des humidificateurs. Les échantillons sont déposés sur un milieu gélosé approprié contenant des antibiotiques. Cette méthode permet de déterminer les sources possibles de contamination.

5.2.8.4 Interprétation des résultats

Depuis 1989, le comité de l'ACGIH sur les bioaérosols a recommandé l'évaluation par ordre de rang comme méthode d'interprétation des données fournies par l'échan-tillonnage de l'air. Cette méthode d'interprétation a été adoptée depuis 1986 dans les recherches effectuées par le gouvernement du Canada. La présence d'au moins une espèce de champignon microscopique à l'inté-rieur, mais pas à l'extérieur, donne à penser qu'un amplificateur se trouve à l'intérieur du bâtiment. L'identification des espèces est critique à l'analyse. À cause des problèmes mentionnés ci-haut, il n'est pas possible de se baser principalement sur des recommandations numériques pour savoir s'il existe un problème. Cependant, des données numériques peuvent se révéler utiles dans certaines circonstances.

L'information recueillie à partir d'une importante série de données obtenues par des personnes expérimentées utilisant le même appareil a une valeur pratique. Les recherches effectuées dans plus de 110 immeubles du gouvernement fédéral au cours de plusieurs années ont donné lieu à la création d'une telle banque de données. Pour préparer les recommandations présentées ci-après, on a utilisé des données relatives aux champignons microscopiques obtenues à partir de quelque 3 000 échantillons prélevés entre 1986 et 1995 au moyen d'un échantillonneur centrifuge Reuter avec un temps de prélèvement de 4 minutes. Les données acquises avec d'autres échantillonneurs doivent être soumises à une analyse analogue. Toutefois, si l'on utilise un temps de prélèvement de 4 minutes, les données numériques obtenues avec n'importe quel chantillonneur breveté seront probablement comparables.

  • La présence confirmée de certains agents pathogènes (p. ex. Asper-gillus fumigatus, Histoplasma et Cryptococcus) est considérée inacceptable. On devrait supposer que les excréments d'oiseaux ou de chauves-souris présents près des prises d'air, dans des conduites ou dans des locaux contiennent ces agents pathogènes. Il faut agir en conséquence. Certaines de ces espèces ne peuvent être mesurées au moyen de techniques d'échantillonnage de l'air.
  • La présence persistente d'un nombre significatif de champignons toxigènes (p. ex. Stachybotrysatra, toxigenic Aspergillus, Penicillium et Fusarium) indique qu'une évaluation plus approfondie est nécessaire et que des mesures appropriées doivent être prises.
  • La présence confirmée d'au moins une espèce fongique dans un pourcentage important des échantillons d'air intérieur, qui ne se retrouve pas dans les échantillons d'air extérieur, révèle la présence d'un amplificateur fongique. Il faut alors intervenir en conséquence.
  • La mycoflore «normale» de l'air est qualitativement analogue et quantitativement moindre que celle de l'air extérieur. Dans les immeubles fédéraux, on a mesuré une moyenne, étalée sur trois ans, d'environ 40 UFC/m3 pour Cladosporium, Alternaria et pour des basidiomycètes non sporulants.
  • En présence de plus de 50 UFC/m3 d'une même espèce (autre que Cladosporium ou Alternaria), il pourrait y avoir des raisons de s'inquiéter. Des recherches plus poussées sont nécessaires.
  • Une concentration allant jusqu'à 150 UFC/m3 est acceptable s'il y a un mélange d'espèces correspondant aux spores de l'air extérieur. Si les dénombrements sont plus élevés, les filtres à air sont probablement sales ou inefficaces, ou il y a d'autres problèmes.
  • Une concentration allant jusqu'à 500 UFC/m3 est acceptable en été si les espèces présentes sont surtout Cladosporium ou d'autres champignons microscopiques d'arbres et de feuilles. Si les valeurs sont plus élevées, il se pourrait que les filtres ne fonctionnent pas correctement ou que le bâtiment soit contaminé.
  • La présence d'une colonie visible de champignons dans des humidificateurs et dans les conduites, et de moisissures sur les tuiles du plafond et d'autres surfaces exige que l'on fasse enquête et que l'on intervienne, quelle que soit la charge de spores aériennes.
  • Il existe certains types de contamination fongique qui ne peuvent être facilement décelés au moyen des méthodes mentionnées dans le présent rapport. Si des symptômes du SÉH persistent, il faut envisager de prélever des échantillons de poussière à l'aide d'un aspirateur et de les faire analyser pour déterminer s'ils contiennent des espèces fongiques.
5.2.8.5 Stratégie d'intervention

Pour lutter contre les microbes, on recommande principalement de maintenir la croissance fongique au minimum dans les bâtiments. Pour ce faire, on peut procéder de plusieurs façons :

  • Éliminer les sources d'eau qui favorisent la croissance fongique. Empêcher l'accumulation d'eau stagnante à l'intérieur et au voisinage des pièces mécaniques du système de CVC, comme sous les serpentins de refroidissement des UTA. Maintenir le taux d'humidité relative dans les espaces intérieurs à moins de 60 p. 100. Réparer rapidement et de façon permanente toutes les fuites externes et internes.
  • Enlever les substrats contaminés par des champignons microscopiques. Enlever et jeter les matières organiques poreuses qui sont manifestement contaminées (p. ex. les tuiles de plafond et les tapis portant des moisissures). Laver toutes les surfaces lisses qui ont été contaminées par des champignons microscopiques avec une solution de blanchiment diluée à 5 p. 100 (250 mL/4 L d'eau).
  • Dans le cas des systèmes de CVC, utiliser de la vapeur pour humidifier l'air plutôt que des humidificateurs à pulvérisation utilisant de l'eau recyclée lorsque cela est possible. Si l'on utilise des humidificateurs à pulvérisation, il est essentiel de mettre en place un programme rigoureux d'entretien préventif puisque ces systèmes peuvent être facilement contaminés par des bactéries et des champignons. Le programme comprend l'entretien de la propreté des surfaces et l'addition d'eau potable dans le réservoir. Les humidificateurs devront être drainés et nettoyés avec une solution de blanchiment au chlore aux intervalles de 2 à 4 mois. La rouille et les dépôts calcaires devront être enlevés des composantes de CVC une ou deux fois l'an. Le CVC devrait être mis hors de service durant les opérations de nettoyage qui devront se dérouler durant les fins de semaine et aux périodes creuses.
  • Les isolants synthétiques poreux sont souvent utilisés pour garnir les conduites et les unités de traitement de l'air et d'induction. Le coupe-vapeur qui garnit la fibre de verre doit être intact. Les surfaces en cause ne doivent porter ni eau stagnante ni condensation. L'isolant sale, contaminé, doit être éliminé puisque l'on n'a pas encore vérifié l'efficacité du nettoyage ou de l'encapsulation.
  • Les humidificateurs portatifs personnels ne doivent pas être autorisés dans les bureaux car ils sont rarement bien entretenus et peuvent facilement devenir contaminés.
  • L'utilisation de filtres efficaces pour limiter la charge de spores qui pénètrent dans le système de traitement de l'air est importante. Utiliser des préfiltres et des filtres secondaires à surface étendue dont le taux de rendement est supérieur à 85 p. 100 lorsque cela est possible. Remplacer régulièrement les filtres. Les préfiltres sont normalement changés 4-6 fois par an et les filtres secondaires à sac sont remplacés une fois par an, selon les conditions extérieures et les travaux d'amélioration.