À cette fin, Santé Canada a tenu, en partenariat avec le Réseau canadien de recherche sur les impacts et l'adaptation au changement climatique (C-CIARN) de Ressources naturelles Canada, une Conférence annuelle de concertation nationale pour la recherche scientifique et stratégique sur la santé et le changement climatique, qui a réuni un large éventail national et international de chercheurs et d'analystes de politiques.
En sa qualité d'organe fédéral responsable de la protection et de la promotion de la santé physique, mentale et sociale des Canadiens, Santé Canada pilotera une initiative nationale visant à produire des connaissances et des données interdisciplinaires sur lesquelles les instances publiques et les intervenants en santé pourront s'appuyer pour élaborer ensemble de bonnes politiques canadiennes de santé publique et, ainsi, aider le pays à s'adapter efficacement au changement climatique.
On fait déjà beaucoup pour mieux comprendre les causes et les aspects durables du changement climatique, et pour réduire les émissions de gaz à effet de serre par le développement et l'utilisation de technologies propres. Toutefois, on admet aujourd'hui que ces mesures d'atténuation ne peuvent prévenir le changement climatique et ses conséquences à long terme. Notre pays devra donc composer avec les nombreux changements environnementaux liés au climat qui ont déjà commencé à se manifester et qui affecteront la santé et le bien-être des Canadiens dans l'avenir. Les Canadiens doivent savoir quels sont les effets possibles du changement et de la variabilité climatiques sur leur santé, quels sont les groupes démographiques vulnérables, et comment ces nouveaux risques pour la santé peuvent être gérés de façon optimale.
Le changement climatique touche tous les écosystèmes et toutes les structures sociales. Pour cerner et gérer ses effets nocifs, il faut inventer de nouveaux concepts et de nouvelles pratiques de gestion des risques, qui transcendent l'approche unidimensionnelle avec laquelle on a géré jusqu'ici d'autres risques pour la santé d'origine environnementale, comme ceux associés aux contaminants chimiques et microbiens.
Chaque groupe de travail a répondu à quatre questions visant un aspect particulier de la santé
Question 1 : Quelles sont les forces et les limites des connaissances et des méthodes actuelles?
Question 2 : Quelles sont les lacunes dans les connaissances, les méthodes et les compétences?
Question 3 : Quelle sorte de support le noeud sectoriel de la santé devrait-il fournir à cet aspect particulier de la santé afin que ce dernier puisse maintenir son réseau? Où devrait résider le noeud sectoriel de la santé de C-CIARN afin de supporter le réseau traitant de cet aspect particulier de la santé?
Question 4 : De quoi devrait être composé le programme de recherche quinquennal sur les connaissances, les méthodes et les compétences pour commencer à combler les lacunes?
Mot de bienvenue et objectifs de la conférence
avec Michael Sharpe (Santé Canada)
Cadre pour une évaluation intégrée
avec Kristie Ebi (Institut de recherche sur l'électricité, É.-U.)
Cadre pour une politique visant la gestion des questions liées au changement climatique à l'échelle mondiale
avec Dieter Riedel (Santé Canada)
Scénarios sur le climat et modélisation : Utilisation et limites dans les études sur la santé
avec Ian Rutherford (Institut canadien pour les études sur le climat, Université de Victoria, C.-B.)
Le Réseau canadien de recherche sur les impacts et l'adaptation au changement climatique (C-CIARN), et le Noeud sectoriel de la santé
avec Eric Taylor (Ressources Naturelles Canada)
Étude pancanadienne sur les impacts et l'adaptation à la variabilité et aux changements climatiques
avec Kirsty Duncan
Au nom de Santé Canada et de ses partenaires fédéraux en matière de changement climatique, Ressources naturelles Canada et Environnement Canada, Michael Sharpe souhaite la bienvenue aux participants à la première conférence du genre au Canada qui se concentre sur l'élaboration d'un programme de recherche sur la santé et le changement climatique. Il déclare que Santé Canada aimerait que cet événement se déroule sur une base annuelle et il insiste sur le thème de la concertation.
Il mentionne que la conférence vise à améliorer la compréhension des sensibilités et des points névralgiques du système humain face à tous les éléments du changement climatique et de la capacité d'adaptation des humains pour s'ajuster au changement climatique.
La synchronisation est primordiale dans l'étude du changement climatique. Au cours des 10 dernières années, les climatologues sont parvenus à mieux comprendre les facteurs physiques qui influencent le changement et la variabilité climatiques. Ils ont également amélioré la technologie utilisée pour évaluer comment le climat mondial et régional pourrait changer. Maintenant il est possible d'étudier de quelle façon la santé pourrait être affectée dans les régions et les sous-groupes démographiques.
Cette conférence a pour but de réunir des scientifiques et des chercheurs de diverses disciplines en vue d'identifier le travail à accomplir, les lacunes qui existent actuellement dans la recherche et les questions qui devraient composer le programme de recherche pour les prochaines années. Michael Sharpe fait remarquer que le programme de recherche peut être utilisé pour alerter les gouvernements, les organismes de financement de la recherche et les autres groupes dont le soutien est indispensable pour effectuer le travail.
Lors de chaque conférence annuelle, le programme de recherche élaboré cette semaine sera révisé. Le but consiste à bâtir inlassablement une base de preuves scientifiques et expérientielles qui contribueront à une conférence pancanadienne d'orientation et de planification organisée chaque année en septembre.
Pour revenir au programme de la conférence, Michael Sharpe explique que les présentations de la matinée sont destinées à nous sensibiliser davantage aux nouvelles méthodes, sources de données et disciplines de recherche avec lesquelles les chercheurs sociaux et les analystes des politiques ne sont pas familiers et qu'ils doivent apprendre pour les inclure dans leurs travaux. Il insiste sur la nécessité de passer d'un axe de recherche multidisciplinaire à un pôle interdisciplinaire vraiment concerté et, en fin de compte, à un programme transdisciplinaire conduisant à de nouveaux modèles qui peuvent expliquer certains des nouveaux problèmes auxquels sont confrontés les climatologues.
Michael Sharpe cite un modèle contenu dans un document de l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) qui révèle les interactions entre les systèmes atmosphériques et écologiques, laissant entendre que le modèle climatique physique reflète le monde de la recherche et de l'élaboration des politiques sur le changement climatique tel qu'il a été dirigé jusqu'à présent. Même si le modèle considère l'activité humaine comme un facteur, il souligne la nécessité de faire une distinction entre la dynamique de la santé et du bien-être et les catégories plus larges des activités humaines et des systèmes climatiques physiques si l'on veut comprendre convenablement la moitié humaine de l'équation du changement climatique.
À l'aide d'un tableau utilisé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et par l'EPA aux États- Unis pour classer les sensibilités et les vulnérabilités directes et indirectes de la santé face au changement climatique, Michael Sharpe fait remarquer que Santé Canada a ajouté deux domaines clés d'examen : les vulnérabilités de la population dans les villes et les collectivités ainsi que les répercussions socio-économiques et sur la santé. Les nouvelles catégories traduisent un désir de s'assurer que les sensibilités sociales font partie de la discussion et que la capacité d'adaptation des sous-populations éventuellement touchées au Canada est examinée convenablement.
Michael Sharpe mentionne que le compte rendu de la conférence sera affiché sur le site Web de Santé Canada (www.hc-sc.gc.ca) durant toute la durée de la conférence et que le programme de recherche final sera affiché d'ici la semaine prochaine. Il énonce les questions qui seront abordées dans chaque séance d'atelier.
Kristie Ebi fait état des limitations méthodologiques comme raison expliquant pourquoi les personnes chargées d'évaluer les conséquences du changement climatique sur la santé peuvent souhaiter s'éloigner de la traditionnelle évaluation quantitative des risques (ÉQR). Étant donné que l'ÉQR exige une base de référence précise en vue de mesurer efficacement le changement, elle déclare que la méthode n'est pas applicable en l'absence d'hypothèses sous-jacente s et peut ne pas se révéler utile pour estimer les répercussions sur la santé. En outre, la méthode n'est pas élaborée pour aborder de multiples facteurs et elle envisage rarement les facteurs de risques multiples et/ou interactifs, en particulier en termes d'effets indirects. Elle est d'une utilité limitée pour faciliter la compréhension ou pour évaluer ou projeter les répercussions; elle ne tient pas compte des mécanismes de rétroaction et elle ne peut pas accepter l'incertitude concernant l'ampleur, la synchronisation et la nature des changements dans les systèmes climatiques et socio-économiques. Ce sont là des limitations importantes lorsque le but vise à déterminer les changements au niveau de la santé, entreprise pleine d'incertitudes.
Kristie Ebi énumère un certain nombre de modèles qui peuvent servir à évaluer les conséquences éventuelles du changement climatique sur la santé. Les modèles empirico-statistiques peuvent extrapoler les relations entre le climat et les maladies au fil du temps et au gré de la géographie, les modèles fondés sur les processus peuvent découler de théories biophysiques acceptées et les modèles économiques peuvent projeter les effets éventuels en utilisant des valeurs économiques.
Une quatrième option, l'évaluation intégrée, est très prometteuse et peut être effectuée à différents niveaux. Le modèle appuie à la fois les politiques et la recherche au moyen d'une approche fondée sur des systèmes de cause-effet-interaction qui combine, interprète et communique les connaissances provenant de diverses disciplines scientifiques.
L'évaluation intégrée permet d'évaluer tout un ensemble d'interactions de cause à effet dans une perspective synoptique avec deux caractéristiques : elle doit avoir une valeur ajoutée comparativement à une évaluation fondée sur une seule et unique discipline et elle devrait fournir des renseignements utiles aux décideurs. L'évaluation intégrée a pour but de synthétiser les connaissances multidisciplinaires pour informer les décideurs et les responsables des politiques, au lieu de promouvoir la connaissance pour sa valeur intrinsèque. Comme approche fondée sur des systèmes, elle est conçue pour faciliter la compréhension de problèmes complexes, surtout en générant des introspections qui sont difficiles voire impossibles à réaliser à partir de la recherche unidisciplinaire traditionnelle.
Deux types fondamentaux de méthodes sont utilisés : analytique et/ou statistique et participative et/ou qualitative. D'une façon ou de l'autre, l'évaluation intégrée éclaircit les éléments complexes grâce à une compréhension des interactions et des rétroactions au sein d'un système complet - par exemple, en mettant le changement climatique dans le contexte d'autres facteurs clés de l'état de santé et en évaluant comment des mesures d'adaptation différentes pourraient changer la réaction du système. De cette façon, le modèle permet aux chercheurs d'explorer les incertitudes et de prioriser les besoins de recherche.
Avec l'évaluation intégrée, il est particulièrement important de cerner la question de la recherche. Il faut que l'on sache clairement pourquoi on effectue l'évaluation, à qui est destinée l'information et de quelle façon les résultats seront utilisés. Le processus d'élaboration de l'évaluation intégrée est un cercle permanent de collecte de renseignements qui comporte une définition claire du problème, une modélisation conceptuelle, une modélisation quantitative de l'incertitude ainsi que des analyses ou des expériences de la sensibilité, des évaluations et, en fin de compte, des recommandations pratiques.
Tandis que les modèles traditionnels ont tendance à se concentrer sur des questions quantitatives, l'évaluation intégrée commence avec l'élaboration d'un cadre conceptuel, avant de remplir des estimations quantitatives, et révèle clairement l'interrelation entre les facteurs quantitatifs et qualitatifs. Kristie Ebi cite le modeleur "Analytica"comme exemple d'un cadre d'évaluation intégrée qui appuie une panoplie de modules constitutifs, chacun ayant des représentations mathématiques de relations de cause à effet. Les estimations qualitatives sont utilisées au besoin et les modules sont reliés pour montrer les liens et les mécanismes de rétroaction parmi les principales composantes. Le modèle résultant peut servir à identifier les lacunes en matière de recherche qui surgissent fréquemment lorsqu'un enjeu dépasse les frontières du domaine.
En fin de compte, Kristie Ebi précise que les forces du modèle d'évaluation intégrative englobent sa capacité de mettre le changement climatique en perspective avec les autres éléments-clés de l'état de santé, d'explorer les interactions et les rétroactions, notamment les adaptations, d'étudier les effets des incertitudes, de fournir un cadre pour comprendre les connaissances scientifiques, notamment d'établir les priorités des besoins de recherche et d'appuyer des communications efficaces. Ses limitations englobent le niveau élevé d'intégration exigé, l'accumulation des incertitudes à cause d'une modélisation à grande échelle et des possibilités limitées d'étalonnage et de validation.
Questions
Un participant demande si l'incertitude importante dans chaque section du modèle d'évaluation intégrée empêcherait des résultats sérieux au niveau des politiques. Kristie Ebi déclare qu'il est important d'équilibrer la crainte des incertitudes contenue dans le modèle avec la réalité voulant que la politique sera élaborée de toute façon. Elle ajoute qu'avec une approche intégrée, le secteur de la santé aura au moins une possibilité de s'asseoir à la table des décideurs. Un membre de l'assistance appuie ses dires et ajoute que l'on peut minimiser les incertitudes en abordant la question étudiée sous un certain nombre de perspectives. Le résultat des diverses études donnera une mesure rapide de la solidité des résultats.
Un délégué demande comment les valeurs et l'éthique appliquée cadrent dans le modèle de l'évaluation intégrée. Même si la réponse dépend de la façon dont une question de recherche est cernée, Kristie Ebi mentionne que l'expérience révèle un sentiment d'éthique profond. Lorsque la discussion est centrée sur la hausse du niveau des mers pouvant entraîner l'ennoyage d'une île, les enjeux sont nettement sociaux et scientifiques.
Un participant mentionne qu'Environnement Canada entreprend actuellement un projet intégré sur les incidences du changement climatique sur les écosystèmes. Le projet abordera les liens, comme l'impact de l'utilisation accrue du sel de voirie sur le changement climatique. Les participants peuvent trouver tous les détails en ligne à l'adresse
www.utoronto.ca/imap.
Dieter Riedel informe les participants qu'au cours des 25 dernières années il y a eu toute une série de crises environnementales, notamment des problèmes reliés aux pluies acides, au smog, aux produits chimiques destructeurs d'ozone et au transport de substances toxiques sur de grandes distances. Ces problèmes ont été causés par la pollution de l'environnement et ont soulevé de graves préoccupations concernant les écosystèmes et la santé humaine. Dans chaque cas, l'approche prudente a été utilisée pour gérer les risques et des recherches ont été nécessaires pour clarifier les risques pour les écosystèmes et pour la santé des humains ainsi que pour trouver des mesures efficaces pour gérer les risques. Le besoin de collaboration à maints niveaux est l'une des leçons que nous avons retenues en essayant de gérer ces crises. Santé Canada a aussi appris que le gouvernement n'est pas toujours le meilleur gestionnaire des risques - les citoyens et les experts ont beaucoup à apporter à de telles initiatives. L'expérience acquise dans la gestion passée des risques est maintenant appliquée à la gestion des risques associés au changement climatique.
Passant aux répercussions du changement climatique sur la santé, Dieter Riedel déclare aux participants qu'ils peuvent s'attendre à un mélange d'effets directs et indirects de l'environnement sur la santé, à court et à long terme. Ce qu'il faut évaluer, ce sont les points névralgiques des écosystèmes et des groupes démographiques humains, ainsi que l'éventail complet des répercussions (incluant les coûts et les avantages) des mesures d'atténuation et d'adaptation.
Évaluer les répercussions pour la santé est une tâche complexe qui exige toute une panoplie de connaissances, de compétences, de renseignements et de bases de données. Dieter Riedel informe les participants qu'il n'existe actuellement aucune méthode unique normalisée pour entreprendre des évaluations. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) déploie des efforts pour élaborer des lignes directrices sur l'évaluation des répercussions du changement climatique sur la santé. Un cadre destiné à évaluer et à gérer les enjeux du changement climatique sera également utile.
Le changement climatique est façonné par des mécanismes naturels qui affectent la répartition et l'intensité des facteurs de risque posés par le changement environnemental sur la santé, notamment des insectes et des produits chimiques. Le processus du changement climatique est long. Il y a des effets directs et indirects lents sur les écosystèmes, ainsi que des facteurs inconnus qui influencent les risques. La gestion du changement climatique et des risques connexes à tous les niveaux exige des connaissances approfondies, transdisciplinaires et intersectorielles afin de pouvoir élaborer des orientations stratégiques aux divers niveaux. Il faut reconnaître la portée internationale des risques du changement climatique et travailler en étroite collaboration pour comprendre le processus du changement climatique.
Le gouvernement canadien a rédigé une ébauche intitulée "Policy Framework for Managing Global Climate Change Issues "(cadre pour une politique visant la gestion des questions liées au changement climatique à l'échelle mondiale). Le cadre a été rédigé par des experts de l'extérieur et s'appuie sur le cadre américain intitulé "US Framework for Environmental Health Risk Management" (FEHRM). Dieter Riedel explique en détail les six étapes interactives du cadre, en faisant remarquer que Santé Canada joue un rôle prépondérant dans le processus de gestion des risques causés par le changement climatique :
Dieter Riedel conclut qu'il faut du réseautage, des consultations, des partenariats et des communications à grande échelle pour gérer le risque du changement climatique.
Ian Rutherford met en relief l'utilisation des scénarios sur le climat dans les évaluations des conséquences. Ces scénarios sur le climat permettent aux chercheurs de comprendre le système de climatologie physique à partir d'analyses de sensibilité, lesquelles permettent de cerner les réactions à certains événements qui se sont écoulés, et de fournir des données sur de possibles conditions climatiques à l'avenir. Il existe plusieurs moyens d'élaborer des scénarios :
M. Rutherford précise que les MCP sont « les seuls outils crédibles auxquels nous avons actuellement accès pour stimuler le processus physique qui détermine le climat planétaire », selon le Comité intergouvernemental sur les changements climatiques (CICC). On se sert de formules mathématiques (algorithmes) pour représenter les processus physiques qui peuvent être fortement linéaires et interactifs. Les MCP ont été très bien élaborés au cours des 40 dernières années, progressant au fur et à mesure que les techniques mathématiques étaient plus perfectionnées et la puissance des ordinateurs plus grande. Il est dorénavant possible de simuler le climat en calculant la météorologie.
Une vaste gamme de scénarios de forçage (soc io-&ea cute;conomiques) sont disponibles, les plus couramment utilisés étant élaborés par le CICC. Les chercheurs intègrent les scénarios socio-économiques au modèle de climat afin de projeter différents résultats possibles. Il n'est toutefois pas encore possible d'intégrer les facteurs socio-économiques et climatiques afin de voir toute la gamme des répercussions possibles qu'ils peuvent avoir les uns sur les autres.
Les scénarios de MCP peuvent être mis en oeuvre avec et sans information sur les aérosols de sulfate. M. Rutherford fait notamment remarquer que les aérosols ont un effet de refroidissement, à l'encontre de celui des gaz à effet de serre. Toutefois, l'incertitude règne toujours quant aux effets indirects. Par exemple, les aérosols peuvent modifier le degré de turbidité qui, à son tour, peut avoir d'autres répercussions sur le climat.
Il insiste ensuite sur la recommandation du CICC, à savoir que « les utilisateurs doivent concevoir et mettre en application de multiples scénarios d'évaluation des répercussions, où de tels scénarios englobent une gamme de climats futurs possibles, plutôt que de concevoir et de mettre en application un seul scénario considéré comme le meilleur scénario provisoire ». Il ajoute par ailleurs qu'il y a une gamme de variabilité prévue par les modèles différents qui utilisent les divers scénarios de forçage.
Il souligne ensuite les objectifs du projet du CICC, qui consiste à fournir des scénarios de base sur les changements climatiques et à promouvoir la capacité dans la communauté à travailler avec de tels scénarios. Les scénarios pour le Canada proviennent d'expériences transitoires de type « démarrage à chaud », et sont effectués avec et sans forçage d'aérosol de sulfate, à partir d'un scénario IS92a avec forçage. Les scénarios vont jusqu'en 2100, et les modèles sont inclus dans des exercices internationaux de comparaisons corrélatives de modèles.
Les scénarios sur le climat canadien de l'Institut canadien d'études climatologiques (ICEC) qui figurent sur le site web à l'adresse (www.cics.uvic.ca/scenarios) décrivent plusieurs choix de scénarios à partir d'expériences de MCP, notamment le scénario IS92a avec forçage. Ces scénarios sont effectués à la résolution originale MCP de 400 kilomètres. Des valeurs mensuelles, saisonnières et annuelles sont également disponibles. Un certain nombre de variables climatiques sont prises en considération. Le site web de l'ICEC susmentionné, à l'Université de Victoria, donne également des conseils sur l'élaboration de scénarios et leur utilisation. Les éléments qui sont presque terminés comprennent notamment des scénarios mensuels, une interpolation simple de variations de champ à 0,5 % de résolution latitude/longitude, et des scénarios pour des expériences pour CGCM2. On trouve également sur ce site des cartes qui donnent un aperçu de la tendance globale des résultats ainsi que l'échelle de résolution.
Certaines données ne sont pas disponibles dans le projet de l'ICEC, notamment des données climatiques observées (bien qu'on puisse les trouver en allant sur les hyperliens que propose le site), et des données des MCP quotidiens (que l'on peut obtenir en communiquant directement avec les centres de modélisation individuels). D'autres scénarios sont par ailleurs disponibles auprès de sources internationales qui ont créé leurs propres modèles (notamment en Australie, en Allemagne, aux États-Unis et au Japon).
M. Rutherford présente ensuite un graphique indiquant la gamme des résultats de différents modèles pour différentes régions, précisant que plus la région est petite et plus les résultats sont dispersés et incertains. Ce printemps, l'ICEC procédera à des résumés des scénarios sur le climat qui sont disponibles, ainsi qu'à certaines comparaisons corrélatives et à un examen de l'importance des changements climatiques prévus dans les différents modèles. Les plans futurs comprennent une mise à jour permanente de la collecte des scénarios et l'interprétation des données des scénarios.
Ian Rutherford fait ensuite allusion à certaines limites des scénarios en ce qui a trait aux études sur la santé. Il précise le manque de données modélisées directement pour certaines variables comme la qualité de l'air et de l'eau. Des variables telles que l'ozone de la basse atmosphère, les matières particulaires et la fumée, ainsi que les aérosols de sulfate et d'azote, ne sont pas disponibles dans ces scénarios de simulation du climat. Les chercheurs ont besoin de trouver des moyens créateurs pour obtenir de l'information (par exemple en examinant les facteurs socio-économiques qui sont utilisés pour élaborer les scénarios sur le climat). Les chercheurs devront se tourner ailleurs pour obtenir d'autres données, par exemple l'humidité du sol, les niveaux des eaux souterraines et des lacs et la qualité de l'air. Il ajoute qu'il manque également aux modèles une simulation totale de l'ozone stratosphérique. L'information sur les conditions météorologiques exceptionnelles est un facteur qui est disponible en principe mais qui n'existe peut-être pas dans la pratique.
Il y a également « toute une famille d'effets secondaires » qui ne figurent pas dans ces modèles. Parmi les répercussions du changement climatique sur des variables non climatiques, il cite les modifications aux groupements de végétation naturelle et à la disponibilité de l'eau. Les répercussions liées à l'adaptation et/ou à l'atténuation du changement climatique comprennent les modifications aux pratiques agricoles et l'utilisation des combustibles fossiles. Une partie de ces données peuvent être obtenues par le scénario socio-économique de forçage qui y est associé. M. Rutherford laisse entendre qu'en prenant les résultats des modèles de changement climatique, les chercheurs « devraient être au courant des projections et facteurs socio-économiques » inclus dans ces modèles.
Questions
Un participant pose une question sur le rôle des trajectoires par les airs dans la transmission des maladies, ce à quoi Ian Rutherford lui répond qu'il y a dorénavant des données sur les vents de surface dans de nombreux modèles, et qu'on peut les utiliser pour élaborer des trajectoires.
Un autre participant fait remarquer que les MCP sont sur une très grande échelle : dans un modèle, les Grands Lacs n'existent pas, alors que dans un autre la Floride est absente, ce qui rend difficile de comprendre les effets des changements climatiques sur la santé au niveau régional. Ian Rutherford reconnaît que les chercheurs doivent prendre cette question en considération et que les résultats sur une petite échelle pourraient être tributaires de tendances sur une plus grande échelle ou être indépendants de ces tendances. Certains chercheurs essaent aujourd'hui d'élaborer des modèles extrêmement détaillés dans une résolution fondamentale incluse dans un plus grand modèle. Toutefois, même une résolution de 50 kilomètres, considérée comme &ea cute;tan t sur une échelle relativement grande, ignore les petites régions telles que les vallées des montagnes.
À la question d'un participant sur les progrès réalisés par le Canada et d'autres pays dans l'élaboration de modèles régionaux, Ian Rutherford répond que l'Université du Québec à Montréal travaille sur une résolution de 50 kilomètres. Il est possible, en principe, d'avoir des modèles d'une plus petite résolution, mais ils ne seront pas en place avant quelques années. Certains groupes aux États-Unis et ailleurs travaillent quant à eux sur des modèles régionaux, et des efforts sont en cours pour comparer les divers modèles par rapport à une région standard.
Un participant demande pourquoi l'élaboration de nouveaux modèles demande autant de temps, ce à quoi M. Rutherford explique que le processus nécessite une approche informatique. Les progrès sont fonction de l'élaboration de nouveaux algorithmes et de la disponibilité d'ordinateurs de plus grande puissance. Le problème vient du fait que les modèles sont quadridimensionnels (y compris le temps et l'espace), et que par conséquent il faut des ordinateurs 16 fois plus puissants pour doubler la résolution. Une douzaine de groupes environ dans le monde travaillent sur des modèles de changement climatique, ajoute-t-il, mais « les choses avancent lentement ».
Un participant demande ensuite dans quelle mesure la simulation de la modélisation a pris en considération la possibilité que des systèmes écologiques puissent absorber un certain degré de pression puis basculer soudainement : « Les modèles tiennent-ils compte du fait que nous pourrions passer d'un début de réchauffement à un froid polaire soudain? »
Ian Rutherford lui répond qu'en principe les modèles prennent effectivement cet élément en considération. Certaines expériences révèlent ce genre de comportement mais uniquement dans des circonstances exceptionnelles.
Un des effets possibles est un changement dans le Gulf Stream qui transporte des eaux chaudes vers des latitudes au nord et amène des températures modérées en Europe et en Scandinavie. Ce phénomène est tributaire d'un équilibre délicat où les eaux froides descendent à de plus grandes profondeurs et sont transportées vers le sud. Selon certaines théories, les changements dans la salinité causée par le réchauffement dans les régions arctiques pourraient augmenter la flottabilité des eaux froides de sorte que le courant de retour est réduit et que le Gulf Stream est arrêté, ce qui plongerait l'Europe du Nord dans une nouvelle époque glaciaire.
Selon Ian Rutherford, des chercheurs travaillent actuellement sur des modèles climatiques pour stimuler le début d'une époque glaciaire, afin de comprendre les fluctuations et les instabilités que cela entraîne.
Eric Taylor passe en revue l'historique du Réseau canadien de recherche sur les impacts et l'adaptation au changement climatique (C-CIARN), après quoi il invite les participants à prendre en considération la valeur de la création d'un Noeud sectoriel de la santé. Il fait remarquer que la mise en application intégrale du Protocole de Kyoto ne fera que retarder de huit ans la multiplication par deux des concentrations de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, après quoi il insiste sur la nécessité d'avoir un aperçu pragmatique de la façon dont le changement climatique aura des répercussions sur le pays et sur la façon dont les Canadiens pourront s'y adapter au cours des 30 à 50 prochaines années.
Les principaux objectifs du C-CIARN sont d'améliorer la coordination au sein de la communauté de chercheurs sur les impacts et l'adaptation, de donner une plus grande visibilité aux questions touchant le changement climatique, d'encourager les intervenants à prendre part à la recherche sur les impacts et l'adaptation, de diffuser l'information aux communautés, aux gouvernements et à l'industrie, d'inclure une plus vaste gamme de chercheurs dans le changement climatique, et de fournir une évaluation de l'impact du changement climatique. Ce réseau devra inclure une série de noeuds régionaux ainsi que de noeuds sectoriaux traitant des ressources en eaux, de la foresterie, des zones côtières, de l'agriculture, des pêches et de la santé. Chaque noeud sera animé par un bureau d'une personne qui recevra des fonds du gouvernement fédéral jusqu'à hauteur de 125 000 $. M. Taylor propose qu'un noeud de la santé inclue des participants des départements médicaux des universités, de Santé Canada et d'autres ministères fédéraux, provinciaux et territoriaux, ainsi que d'agences, d'entreprises et d'associations du secteur privé, d'organisations non gouvernementales et des Premières nations.
Une brève discussion porte ensuite sur le besoin de coordination parmi les noeuds régionaux et sectoriels, et sur les difficultés que certains participants pourraient rencontrer pour décider où affecter leur temps limité et leur attention. En précisant qu'il devrait être possible de coordonner les efforts, M. Taylor cite le cas d'un chercheur dont le travail a été utile à son noeud régional ainsi qu'à son secteur d'expertise. Mme Kristie Ebi insiste sur la valeur d'une structure qui saisirait les interactions parmi les domaines d'expertise, et avance qu'il pourrait être autrement difficile de bien comprendre certaines questions comme l'impact du changement des systèmes hydrographiques sur la santé. Michael Sharpe ajoute que les noeuds régionaux peuvent faciliter le travail aux niveaux régional et local. « Cela est faisable, et facilite notre travail à Santé Canada », ajoute-t-il. « Bien que nous travaillions au niveau national, nous devons néanmoins jouer un rôle de facilitateur et nous assurer que le travail est effectué au niveau local, puis l'intégrer au niveau national. »
Un participant invite expressément le C-CIARN à se pencher sur les questions politiques et internationales de la gestion des ressources. M. Sharpe ajoute que le Bureau du changement climatique de la santé est déjà en contact avec l'Agence de protection de l'environnement des États-Unis et que certains éléments de son administration des services sanitaires et humains discuteront de possibilités de recherche transfrontalières. La prochaine étape consistera à faire participer les ministères de la santé d'autres pays, au niveau politique, dans le cadre de partenariats avec l'Organisation mondiale de la santé.
Mme Kirsty Duncan donne un aperçu des effets sur la santé relevés dans le cadre de l'étude pancanadienne en question entreprise en 1997, ainsi que des mises à jour pour tenir compte du rapport de 2001 du Comité intergouvernemental sur les changements climatiques (CICC). Tout en passant quelque peu sous silence les incertitudes entourant les changements climatiques, elle insiste sur le fait que la fluctuation de 1 à 3,5°C en moyenne des temp éra tures de la terre prévues par le CICC serait très grave. Une diminution de la température de l'ordre de 2 à 4°C serait suffisante pour entraîner une époque glaciaire qui couvrirait la moitié de la planète, dit-elle, et « une agumentation de 3°C au cours du siècle à venir constituerait un taux sans précédent de changement rapide pour la population de la terre ». Le dernier rapport du CICC fixe les prévisions entre 1,4 et 5,8°C.
En ce qui concerner le sud du Canada, les chercheurs anticipent un réchauffement de 4 à 8°C. Dans le Nord, l'échelle est de 0 à 6°C l'été et de 8 à 12°C l'hiver. « Ces changements auront de toute évidence des conséquences directes et indirectes sur la santé des Canadiens. »
Elle ajoute par ailleurs que les effets directs suivants pourraient découler de changements climatiques :
Elle donne ensuite une liste de certains effets indirects, notamment :
« Le réchauffement qui va se produire au cours du prochain siècle sera le plus rapide des 10 000 dernières années » selon Mme Duncan. « Nous pouvons dès maintenant prendre des mesures d'adaptation. D'autres mesures devront attendre jusqu'à ce que le changement climatique se produise. » Elle insiste toutefois sur le fait que l'adaptation coûte de l'argent, que les coûts seront fonction de la rapidité avec laquelle le climat change, et que l'efficaci té de s mesures en question n'est pas encore connue.
Un participant cherche à savoir si la recherche sur la santé humaine dans l'Étude pancanadienne a été mise à jour au cours des quatre dernières années, ce à quoi Mme Duncan lui répond qu'environ 25 études empiriques seulement ont été entreprises au Canada, de sorte que la plupart des documents de l'étude ont dû être obtenus ailleurs.
Quelques participants font remarquer qu'il faudrait faire cas des aspects positifs à court terme liés au changement climatique tout autant que des éléments négatifs. « Autrement, nous perdons toute crédibilité » précise un des participants. « Les gens pensent qu'il y a aussi du bien à tirer du réchauffement de la planète et, à moins de se pencher sur cette question, on ne fera pas grand cas de ce que nous dirons sur la gravité des conséquences à long terme. » Mme Duncan abonde dans le sens du participant et reconnaît elle aussi que cela pose un grand défi d'un point de vue communication, mais elle ajoute que le CICC doit se limiter à l'examen des travaux existants sur la santé et le changement climatique, dont la plupart se concentrent sur les points négatifs. Elle fait remarquer que ce pourrait être là un point important du programme du Bureau du changement climatique de la santé.
Le groupe discute ensuite de la diminution de la mortalité causée par les températures froides qui pourraient découler d'un changement dans le climat. Mme Duncan précise que les conditions météorologiques extrêmement froides tuent dix fois plus de Canadiens que la chaleur de l'été. Un chercheur ayant de l'expérience dans ce domaine fait remarquer que la comparaison est exacte mais ajoute toutefois que personne ne peut prévoir de quelle manière le changement climatique modifiera ce ratio.
Un participant venant de l'industrie agroalimentaire fait remarquer quant à lui que l'accent mis sur les données négatives pourrait déboucher sur une certaine sensationalisation dans les médias et une campagne «d'effarouchement de la population », après quoi il avance que les problèmes concernant la qualité des aliments aux États-Unis pourraient entraîner des possibilités pour les agriculteurs canadiens. Avec des augmentations de la température de 4 à 8°C, ajoute-t-il, l'Ontario peut ouvrir des plantations de bananes et être le chef de file du monde entier en matière d'adaptation au changement climatique.