Pour être efficaces, les politiques d'adaptation devraient s'appuyer sur une solide connaissance des impacts du changement climatique, sur la vulnérabilité et de la sensibilité des Canadiens à ces impacts sur différentes options d'adaptation qui s'offrent pour réduire efficacement les risques. Si le Canada doit élaborer des politiques et stratégies de santé publique efficaces qui aideront les citoyens à composer avec le changement climatique, les chercheurs et les décideurs canadiens doivent évaluer maintenant les incidences de santé publique probables découlant des changements et de la variabilité climatique à l'échelle nationale, régionale et locale.
Tel qu'illustré dans le tableau présenté précédemment, Santé Canada a repéré huit aspects de santé et de bien-être quant aux vulnérabilités qui doivent être évaluées pour protéger la santé des Canadiens contre les effets possibles du changement climatique. Dans le cadre de cet effort, Santé Canada en partenariat avec le Réseau canadien de recherche sur les impacts et l'adaptation au changement climatique (C-CIARN) de Ressources naturelles Canada, a tenu en mars 2001 une Conférence annuelle de concertation nationale pour la recherche scientifique et stratégique sur la santé et le changement climatique, qui a réuni un large éventail national et international de chercheurs et d'analystes de politiques. En identifiant les lacunes actuelles dans les connaissances, la conférence a permis de produire un programme de recherche sur le changement climatique et la santé qui servira de guide aux travaux futurs des scientifiques. De futures conférences annuelles de concertation pour la recherche scientifique et stratégique sur la santé et le changement climatique vont améliorer la capacité de tous les paliers d'administration du Canada afin de prévenir les risques pour le public découlant du changement climatique.
Afin de faciliter l'analyse et la discussion, la Conférence sur les politiques et la planification (du 5 au 7 septembre 2001) porterait sur un nombre limité de préoccupations pour la santé, notamment la pollution atmosphérique, la contamination par l'eau et les aliments, les maladies infectieuses et les populations vulnérables. Pour cette raison, seuls les résultats de la Conférence de concertation sur la recherche liés à ces aspects précis sont présentés ci-dessous. Les autres aspects de la santé liés aux changements climatiques, notamment la morbidité et la mortalité liées à la température, les effets sur la santé des conditions météorologiques extrêmes, l'appauvrissement de l'ozone stratosphérique et l'exposition accrue aux rayons ultraviolets et les incidences socio-économiques sur la santé de la collectivité seront les thèmes d'ateliers et de conférences ultérieurs.
Dans les environnements urbains, la formation de polluants atmosphériques secondaires, tels que l'ozone au niveau du sol, augmente à des températures élevées. Le changement climatique peut accélérer les réactions chimiques atmosphériques qui produisent les polluants atmosphériques secondaires. De même, les concentrations de fumard sont plus élevées pendant les jours chauds et ensoleillés, soit lorsque ses composants (ozone au niveau du sol, oxydes d'azote et COV) réagissent au rayonnement solaire. Cela est causé en partie par les températures élevées qui accroissent l'évaporation des liquides volatils tels que l'essence et les solides organiques.
L'augmentation de l'asthme, des affections allergiques et des maladies cardio-respiratoires peut résulter des changements provoqués par le climat dans la formation et la persistance du pollen, des spores et d`autres polluants de l`air. Le changement climatique peut aussi influencer la durée des périodes passées à l'intérieur, entraînant ainsi la modification de l'exposition aux polluants intérieurs et aux allergènes. La tendance à construire des édifices plus hermétiquement isolés et aux mesures de conservation de l'énergie a été suivie par un accroissement du nombre de plaintes liées à la qualité de l'air à l'intérieur.
Les principaux secteurs de recherche inexploités liés à cet aspect de la santé sont la nécessité d'obtenir de l'information exhaustive sur les conséquences pour la santé des mesures d'atténuation des émissions des gaz à effet de serre (p. ex., la qualité de l'air intérieur dans les maisons dont le taux d'efficacité énergétique est élevé) et les études longitudinales sur la santé des populations afin de déterminer objectivement les incidences du changement climatique et la valeur des stratégies d'atténuation. Nous devons savoir si les températures plus élevées prévues peuvent contribuer à produire plus de smog ou plus de contaminants biologiques présents dans l'air tels les pollens ou les spores de moisissure, et de quelle façon cela pourrait nuire à la santé humaine.
Au Canada, le changement et la variabilité climatiques entraînent la menace des maladies d'origine hydrique, des maladies d'origine alimentaire ainsi que des problèmes marins et côtiers, notamment la prolifération d'algues nuisibles et le déséquilibre écologique. La modification des régimes de précipitation, de température, d'humidité, de salinité et de vents ont un effet mesurable sur la qualité de l'eau potable et des plans d'eaux utilisés pour les activités récréatives et commerciales. La forte pluviosité a été associée aux épidémies de maladies d'origine hydrique au Canada, tel qu`à Walkerton en Ontario.
La température influence aussi l'occurrence des agents bactériens, la prolifération d'algues toxiques (marées rouges) et la survie des pathogènes viraux qui causent l'intoxication aux fruits de mer. En outre, toute déficience actuelle en matière de protection des bassins hydrographiques et des réseaux de collecte des eaux pluviales peut augmenter le risque de contamination en cas d'augmentation des pluies, tel que projeté à la suite du changement climatique.
Le s principaux secteurs de recherche inexploités relativement à la contamination par l'eau et les aliments sont notamment la nécessité d'améliorer les connaissances et la compréhension des contaminants ou des agents pathogènes dans les aliments et l'eau de même qu'améliorer les connaissances sur les incidences du changement climatique sur la production de l'eau et des aliments. De plus, il faut déterminer les régions et les sous-populations qui sont moins résistantes aux maladies d'origine hydrique et alimentaire découlant du changement climatique (p. ex., populations urbaines, côtières et nordiques, peuples des Premières Nations, personnes âgées, personnes immuno-déficientes) et accroître la communication entre les agences gouvernementales et les autres chercheurs afin d'éviter le chevauchement du travail et tenir le public au courant.
Les maladies à transmission vectorielle résultent des infections transmises aux humains et aux animaux par les insectes hématophages, tels que les moustiques, les tiques et les puces. La plupart des maladies à transmission vectorielle ont des régimes saisonniers différents, ce qui laisse croire qu'elles sont attribuables aux conditions météorologiques. Par exemple, l'épidémie d'encéphalite de Saint-Louis, survenue aux États-Unis, a été associée à un régime d'hivers doux et humides, de printemps froids et d'étés chauds et secs.
Les maladies transmises par les rats sont moins directement influencées par la température. Toutefois, l'influence des conditions météorologiques sur les populations de rats porteuses de maladie (par exemple, l'augmentation de l'approvisionnement alimentaire ou l'exposition des aliments durant les inondations) peut influencer la transmission des maladies comme le virus Hantaan et la peste transmise par les puces.
Les principaux secteurs de recherche inexploités sont la nécessité d'augmenter les données de référence et les autres renseignements par l'intermédiaire des approches multidisciplinaires intégrées visant à repérer les tendances des maladies. Il faut aussi améliorer la recherche et les méthodes visant à repérer et à contrer les maladies à transmission vectorielle et à comprendre les interactions entre les vecteurs et leur environnement. De plus, il faut accroître les mesures de santé publique afin d'identifier les maladies à transmission vectorielle ainsi que la surveillance et l'éradication des vecteurs et des maladies.
Les personnes âgées : Les personnes âgées constituent une des sous-populations, qui augmentent en taille et qui est particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique. Le vieillissement est souvent accompagné de maladies chroniques qui peuvent diminuer la résistance aux maladies infectieuses ou aux autres conditions extrêmes liées à la santé et à l'environnement (p. ex., fumard, contamination hydrique). La pauvreté, qui augmente avec l'âge chez les personnes âgées, peut s'ajouter à la liste des risques qui touche ce groupe d'âge relativement aux phénomènes météorologiques violents.
Les enfants : Les enfants forment une des sous-populations particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique (p. ex., augmentation du fumard, contamination hydrique, maladies infectieuses, etc.). Les facteurs qui peuvent influencer la vulnérabilité particulière des enfants aux éventuels futurs changements climatiques sont la pauvreté, l'accès aux soins médicaux et le manque de résistance aux risques environnementaux en raison de leur taille, de leur comportement et du fait qu'ils sont en pleine croissance.
Les personnes à faible revenu : La pauvreté est un facteur de risque en ce qui a trait aux maladies et aux décès causés par la chaleur puisque les personnes à faible revenu sont plus susceptibles de vivre dans les régions urbaines (où les températures estivales sont souvent plus élevées), sont moins susceptibles d'avoir les moyens de s'offrir un système de climatisation et peuvent avoir moins accès aux soins de santé.
Les personnes immuno-compromises : Bon nombre de maladies comme le cancer, le SIDA et le diabète diminuent les capacités du système immunitaire. Les personnes qui en sont atteintes peuvent présenter moins de résistance aux maladies d'origine hydrique ou alimentaire et aux stress physiques, tels que ceux qu'on connaît lors des vagues de chaleur ou des inondations. La protection adéquate contre ces stress est importante et suppose l'accès à la climatisation, aux services sanitaires et à l'eau potable.
Les populations autochtones : Bon nombre de peuples autochtones vivent dans le Nord, pour laquelle on prévoit des changements climatiques à long terme. La vulnérabilité de nombreuses collectivités du Nord quant aux effets sur la santé des perturbations environnementales, telles que la disparition de la faune et des autres ressources, est passablement élevée. Il se peut, en outre, que plusieurs de ces collectivités ne disposent pas suffisamment de ressources financières, technologiques ou institutionnelles ni même des connaissances nécessaires pour s'adapter à ces changements. Cette vulnérabilité peut aussi caractériser d'autres populations autochtones vivant ailleurs au Canada.
Les principaux secteurs de recherche inexploités liés à ces populations vulnérables sont l'élaboration d'une approche exhaustive pour déterminer et régler les problèmes d'adaptation aux changements climatiques touchant ces populations. De plus, il faut colliger des données normalisées afin d'établir des données de référence servant à déterminer la relation entre les conditions météorologiques, la santé et les personnes vulnérables. Il existe aussi des questions de recherche prioritaires précises qui sont notamment : À quoi ressembleront les populations vulnérables dans une vingtaine ou une trentaine d'années? Comment les changements environnementaux à venir influenceront-ils les disparités sociales et économiques actuelles? De quels indicateurs de santé avons-nous besoin pour explorer les relations entre le changement climatique, la santé et le bien-être? Qui sont les chercheurs les plus qualifiés pour évaluer les incidences des changements environnementaux sur la santé et le bien-être des populations?
Les résultats de la Conférence de concertation nationale pour la recherche scientifique et stratégique sur le changement climatique sont utilisés par divers organismes de financement de la recherche au Canada pour établir des propositions de recherche. Les résultats de ces recherches seront ensuite mis à la disponibilité des décideurs du domaine de la santé publique au Canada et les coordonnateurs du réseau des politiques dans le cadre de leurs efforts de collaboration en vue d'atténuer les risques pour la santé et le bien-être découlant du changement climatique.