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Environmental and Workplace Health

Rapport de l'atelier pour les professionnels de la santé sur la santé des enfants et sur l'environnement

Ce rapport résume les discussions et les activités qui ont pris place à l'Atelier pour les professionnels de la santé sur la santé des enfants et sur l'environnement, du 26 au 28 novembre 2007, Ottawa. Les résultats et recommandations découlant de cet événement reflètent les discussions et conclusions ayant eu lieu entre les participants. Les opinions qui y sont exprimées ne sont pas nécessairement approuvées par Santé Canada.

Bureau des populations vulnérables

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Table des matières

Sommaire

Du 26 au 28 novembre 2007, à Ottawa, Santé Canada a tenu un atelier pour les professionnels de la santé et d'autres experts afin de discuter du rôle des professionnels de la santé dans la prévention, le diagnostic et le traitement des maladies infantiles liées à l'environnement. Environ 85 représentants provenant des professions de la santé, d'organisations professionnelles et de tous les paliers du gouvernement y ont assisté, tout comme des organismes autochtones et des universitaires de tout le pays. Les présentations et les discussions ont porté sur quatre principaux thèmes : le rôle des professionnels de la santé en matière de santé des enfants et de l'environnement au Canada; les modèles de prestation des services liés à la santé des enfants et à l'environnement; les possibilités d'éducation et de formation pour les professionnels de la santé; ainsi que les outils pour la prévention, le diagnostic et le traitement des maladies liées à l'environnement. Une dernière séance a porté sur des recommandations pour aller vers l'avant en matière de santé des enfants et de l'environnement au Canada.

En plus de discuter des principaux thèmes de l'atelier (dont les résultats se trouvent dans le présent rapport), les participants de l'atelier se sont appliqués à déterminer ce à quoi l'atteinte des objectifs en matière de santé des enfants et de l'environnement « ressemblerait » et les étapes pour y parvenir.

Au cours de discussions dynamiques, les participants de l'atelier ont conclu que les éléments suivants sont essentiels pour protéger la santé des enfants contre l'exposition aux risques environnementaux :

  • le suivi des résultats pour la santé améliorés grâce à une meilleure capacité de recherche et de surveillance;
  • une infrastructure appropriée de cliniques, de laboratoires, d'éducation, de recherche et d'aménagement urbain, afin d'établir un cadre solide pour le travail en matière de santé des enfants et de l'environnement;
  • l'encouragement et la reconnaissance des professionnels de la santé qui entreprennent du travail lié à la santé des enfants et à l'environnement et plus d'accès à des ressources et à des outils pour les aider à cet égard;
  • la reconnaissance chez les professionnels de la santé et les dirigeants politiques de l'importance des questions liées à la santé environnementale, de leur rôle dans la protection et du pouvoir des approches collaboratives;
  • l'accès des parents et des personnes qui prennent soin des enfants à des connaissances, à des ressources éducatives et à des outils pour intégrer les considérations en matière de santé des enfants et de l'environnement dans leur quotidien;
  • une législation pour prévenir l'exposition aux substances dangereuses dans le cadre d'une stratégie politique qui témoigne d'un engagement en matière de santé des enfants et de l'environnement.

On a demandé aux participants de déterminer les cinq meilleures mesures à prendre, respectivement et collectivement, pour atteindre ces objectifs. Voici un résumé de ces mesures :

  1. développer un dossier pour que tous les professionnels de la santé prennent des mesures pour mieux protéger la santé des enfants contre les risques environnementaux connus;
  2. établir une base solide sur laquelle de nouveaux efforts en matière de santé des enfants et de l'environnement peuvent s'appuyer en assurant la mise en place de champions appropriés, d'infrastructures de support, de politiques et de lois durables;
  3. assurer le soutien des institutions quant à la priorité de la santé des enfants et de l'environnement;
  4. former les professionnels de la santé sur les questions liées à la santé des enfants et à l'environnement;
  5. renseigner les parents, les personnes qui prennent soin des enfants et d'autres personnes sur les questions liées à la santé des enfants et à l'environnement.

De nombreuses démarches ont été suggérées pour chacune de ces mesures. Celles-ci partaient plus particulièrement sur plus de collaboration entre les professionnels de la santé et tous les paliers du gouvernement en ce qui concerne les priorités en matière de santé des enfants et de l'environnement, plus d'occasions de formation et plus de matériel de sensibilisation auprès du public ainsi qu'un renouveau de la politique, de la réglementation et de la législation. À cet égard, les participants de l'atelier ont fortement soutenu le développement de la capacité des professionnels de la santé.

Le présent document n'a pas pour but de tracer un plan d'action et de déterminer des responsabilités; on espère plutôt que suite à des consultations qui mèneront à une meilleure définition de ces mesures prioritaires, des stratégies seront développées afin de favoriser un environnement qui encourage les professionnels de la santé à protéger les enfants des risques environnementaux à l'aide des outils et des ressources mis à leur disposition pour y parvenir.

1. Introduction

Les professionnels de la santé, dont les médecins, les infirmières et les infirmiers, les sage-femmes, les doulas1, les diététistes ainsi que les praticiens de la santé publique ont de grandes responsabilités en ce qui concerne la promotion de la santé des Canadiens aux niveaux individuel familial et communautaire. Il leur faut des connaissances sur un grand nombre de maladies, de déterminants de la santé et de facteurs de risque. Selon les sondages d'opinion, les Canadiens font confiance aux professionnels de la santé plus qu'à toute autre source d'information quant à l'impact de l'environnement sur la santé (Association médicale canadienne, 2007, p. 25). Tel que le décrivent les médias et les revues scientifiques, de nombreux professionnels de la santé observent une augmentation des maladies infantiles dont la cause soupçonnée ou prouvée est liée à l'environnement. C'est le cas, notamment, de l'asthme et d'autres troubles respiratoires, des issues défavorables de la grossesse, des troubles neurologiques du développement, des troubles d'apprentissage et de certains cancers. Ces observations, de concert avec l'attention soutenue des communautés politiques et scientifiques et des médias sur les risques environnementaux, exercent une pression sur les professionnels de la santé afin qu'ils élargissent leurs connaissances des effets du milieu physique (dont les risques chimiques, biologiques et radiologiques) sur la santé humaine. En outre, la pression sur les professionnels de la santé augmente pour qu'ils développent leurs compétences quant à la prévention, au diagnostic et au traitement des affections de cause environnementale et à la protection de la santé des enfants contre l'exposition aux risques environnementaux.

Au Canada, il y a des ressources pour développer la capacité en matière de santé des enfants et de l'environnement. Toutefois, des consultations ont permis de constater que, selon certains professionnels de la santé, ces ressources sont insuffisantes par rapport à l'envergure des enjeux, à la diversité des professions et à l'urgence associée à la nature de leur travail. Après avoir consulté divers professionnels de la santé à ce sujet, le Bureau des populations vulnérables de Santé Canada a décidé de tenir un atelier afin de rassembler les représentants d'un éventail de professions de la santé au Canada et d'autres intervenants dont les activités liées aux professionnels de la santé sont considérables. Lors de l'atelier, les discussions ont porté sur le(les) rôle(s) des professionnels de la santé en matière de santé des enfants et de l'environnement ainsi que sur les moyens possibles pour augmenter et améliorer les ressources disponibles à cet égard. L'« atelier pour les professionnels de la santé sur la santé des enfants et l'environnement » a eu lieu à Ottawa, du 26 au 28 novembre 2007.

Afin de préparer l'atelier, Santé Canada a organisé des consultations auprès des professionnels de la santé et de leurs associations professionnelles, des représentants de tous les paliers de gouvernement, des organismes autochtones et d'autres intervenants concernant l'objet de l'atelier et ses objectifs. Au cours de ces consultations, quatre thèmes ont été jugés prioritaires :

  1. le rôle des professionnels de la santé en matière de santé des enfants et de l'environnement;
  2. les modèles de prestation des services liés à la santé des enfants et à l'environnement;
  3. les possibilités d'éducation et de formation en matière de santé des enfants et de l'environnement;
  4. les outils pour la prévention, le diagnostic et le traitement des maladies infantiles liées à l'environnement.

Le présent rapport décrit les conclusions résultant des discussions ayant porté sur les thèmes mentionnés ci-dessus, ainsi que les recommandations pour l'aller de l'avant en matière de santé des enfants et de l'environnement au Canada.

2. Contexte

2.1 La santé des enfants et l'environnement

Les enfants sont plus vulnérables à certains dangers environnementaux que les adultes en raison de leur taille, de l'immaturité de leurs organes, de leur physiologie, de leur comportement et du fait qu'ils exercent moins de contrôle sur leur environnement. Certaines voies d'exposition propres aux enfants peuvent augmenter leur risque, notamment, ramper et porter des objets à la bouche. De plus, les enfants, en raison de leur taille, sont plus près du sol, là où les concentrations de certains contaminants, dont le plomb, les pesticides, le radon et la vapeur de mercure peuvent être plus élevées. Les enfants absorbent également une plus grande quantité d'air, d'eau et d'aliments proportionnellement à leur poids corporel, ce qui entraîne des expositions disproportionnelles aux contaminants. Par exemple, dans les six premiers mois de la vie, les enfants consomment sept fois plus d'eau par kilogramme de poids corporel que les adultes et de 1 à 5 ans, les enfants consomment de trois à quatre fois plus de nourriture par kilogramme comparativement aux adultes (Landrigan, 2005, p. 3 à 4). L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que l'on peut attribuer 24 % du fardeau de la maladie dans le monde, 23 % de tous les décès et 36 % des décès d'enfants de 14 ans et moins à des facteurs environnementaux (OSM, 2006, p. 9, 59). Bien qu'il n'y ait actuellement pas de données pour le Canada en ce qui concerne le fardeau de la maladie imputable à l'environnement chez les enfants, l'OMS estime que le fardeau de la maladie causée par des facteurs environnementaux pour l'ensemble du Canada est de 13 % (site Web de l'OMS, Profils nationaux de la charge de morbidité imputable à l'environnement : le Canada).

La croissance physiologique du foetus, du nourrisson et de l'enfant est rapide : les cellules se divisent et les systèmes d'organes se développent. Certains systèmes d'organes atteignent la maturité au cours de la petite enfance alors que d'autres ne se développent pas entièrement avant l'âge adulte. Certaines vulnérabilités à des influences environnementales sont propres aux enfants à des étapes critiques de leur développement, notamment, avant et immédiatement après la conception, pendant la gestation et tout au long de l'enfance (Selevan et coll., 2005, p. 17).

Les effets de l'exposition aux risques environnementaux sur la santé sont divers; selon le Dr Don Wigle, épidémiologiste canadien, l'« [e]xposition à des substances toxiques dans l'environnement pendant la période périnatale et la petite enfance peut perturber les processus développementaux, ayant pour résultat des anomalies structurelles et fonctionnelles subtiles ou évidentes, immédiates ou retardées et transitoires ou permanentes » (Wigle, 2003, p. 1). Les milieux physiques où les enfants vivent, apprennent et jouent sont différents de ceux des adultes et, notamment, ils passent beaucoup plus de temps à l'intérieur. Enfin, les enfants ont beaucoup moins de connaissances et de contrôle sur les dangers auxquels ils sont exposés: il faut ainsi faire plus attention afin de prévenir l'exposition à ces dangers. Les facteurs de vulnérabilité concernant l'exposition aux risques environnementaux en fonction de l'âge comprennent les suivants :

  • La préconception : les expositions pendant la grossesse et au cours de l'enfance et de l'âge adulte peuvent nuire gravement à la fertilité et à l'issue d'une grossesse; cela inclut les expositions professionnelles et plus particulièrement dans le cas des femmes (p. ex., le rayonnement ionisant, les solvants et les biphényles polychlorés [BPC]);
  • La période embryonnaire et la période foetale : pendant ces périodes de croissance rapide des cellules, les expositions aux risques environnementaux peuvent nuire à la santé et au développement de l'enfant de façon permanente. L'exposition in utero à des tératogènes peut causer des anomalies congénitales tandis que les contaminants de l'environnement qui traversent la barrière placentaire (p. ex., le plomb, le mercure, les solvants, l'alcool, la cotinine) peuvent causer des troubles neurologiques du développement et d'autres problèmes de santé;
  • La période néonatale : les organes et les tissus croissent rapidement, le tractus gastro-intestinal et la peau sont très perméables, le développement de la barrière hémato-encéphalique est inachevé et la croissance et le développement des poumons continuent;
  • Les trois premières années de vie : la croissance et le développement des poumons continuent; il pourrait y avoir exposition disproportionnelle en raison d'une fréquence respiratoire plus rapide et d'un apport calorique plus important par kilogramme de masse corporelle; possibilité de plus d'expositions aux risques environnementaux en raison d'une tendance naturelle à porter des objets à la bouche;
  • L'âge préscolaire et l'âge scolaire : la croissance et le développement des poumons continuent et la fréquentation des garderies et des écoles rend possible de nouvelles expositions (p. ex., des autobus à moteur diesel en marche au ralenti devant les écoles);
  • L'adolescence : la croissance et le développement des poumons sont inachevés, mais ont considérablement ralenti, un certain nombre de systèmes et d'organes sont toujours en développement, il y a croissance rapide des viscères, du squelette et des muscles et il y a une différenciation et un développement rapide de l'appareil génital. Parmi d'autres facteurs, mentionnons l'adoption plus fréquente de comportements à risque et la possibilité d'expositions professionnelles dans un premier lieu de travail.

Le diagramme ci-dessous indique les relations entre les sources de dangers environnementaux dont l'air (à l'intérieur et à l'extérieur), le sol/la poussière, l'eau, les aliments/le lait maternel, les produits de consommation et la gestation (in utero) et les voies d'exposition comprenant l'inhalation, l'ingestion et le contact cutané.

Principales voies d'exposition aux contaminants environnementaux pour l'être humain

Source : Ce qu'il faut savoir sur la santé des enfants et l'environnement. Partenariat canadien pour la santé des enfants et l'environnement, 2005

Philip Landrigan, tel qu'il l'a écrit pour l'OMS au sujet de la santé des enfants et de l'environnement, constate que « [p]uisqu'en général, les enfants ont plus longtemps à vivre que les adultes, il leur reste plus de temps pour développer des maladies chroniques déclenchées par des expositions survenues tôt dans la vie. Dans le cas d'un grand nombre de maladies ayant pour cause l'exposition aux substances toxiques dans l'environnement, il faut des dizaines d'années pour qu'elles se manifestent » (Landrigan, 2005, p. 4). L'exposition aux risques environnementaux in utero et pendant la petite enfance est un facteur important dans la détermination de l'état de santé à l'âge adulte. Il s'agit de l'une des nombreuses raisons pour laquelle il est important de se pencher sur la façon dont les facteurs environnementaux influencent la santé des enfants si l'on veut assurer pour l'avenir une population adulte en santé.

2.2 Professionnels de la santé

Un récent sondage national mené auprès de 1 001 adultes canadiens par l'Association médicale canadienne (CMA) a conclu que pour les Canadiens « [a]ctuellement, la question de l'environnement se classe première en importance avec celles des soins de santé et du régime d'assurance maladie » (CMA, 2007, p. 16). En outre, 65 % des participants au sondage avaient pris des mesures pour protéger leur état de santé contre les risques environnementaux et 83 % avaient modifié leur mode de vie pour réduire leurs empreintes sur l'environnement. Les professionnels de la santé constituent l'avant-garde des soins de santé auprès des personnes et dans les communautés et ils constituent la source d'information en matière de santé à laquelle les Canadiens font le plus confiance. Étant donné que les arènes politiques, scientifiques et médiatiques examinent les questions à cet égard de plus en plus près et que le public est de plus en plus conscient de l'impact de l'environnement sur la santé humaine, il y a plus de pression sur les professionnels de la santé pour assurer qu'ils sont capables d'aborder ces questions avec leurs patients. Malheureusement, ils n'ont pas toujours accès aux ressources et à la formation qu'il leur faudrait pour remplir un tel rôle. Selon l'American Academy of Pediatrics:

« [d]ans les écoles de médecine et au cours de la formation en résidence, peu de temps est consacré aux dangers environnementaux et aux maladies connexes. Les manuels de médecine générale et pédiatrique abordent à peine les maladies liées aux facteurs environnementaux. L'information pertinente à la santé des enfants et à l'environnement est éparpillée dans des revues scientifiques, épidémiologiques et spécialisées que les cliniciens ne lisent pas de façon régulière ».

American Academy of Pediatrics Committee on Environmental Health, 2003, p. 1

Des discussions auprès de professionnels de la santé canadiens ont permis de découvrir que la situation est semblable au Canada et qu'il y a peu d'occasions d'aborder des questions en matière de santé des enfants et de l'environnement à travers les études, la formation ou l'expérience clinique.

Tous les professionnels de la santé profiteraient de l'approfondissement des connaissances sur la santé environnementale; toutefois, certains professionnels sont plus aptes à influer directement sur la prévention, le diagnostic et le traitement des maladies infantiles liées à l'environnement au Canada. C'est le cas, notamment, des médecins de famille, des obstétriciens et des gynécologues, des pédiatres, des sages-femmes et des doulas, des diététistes, des infirmières et des infirmiers ainsi que des praticiens de la santé publique. Les activités de ces professionnels sont, surtout ou en partie, concentrées sur la santé des enfants, des familles et des communautés.

3. Compte rendu de l'atelier

L'« Atelier pour les professionnels de la santé sur la santé des enfants et sur l'environnement » de Santé Canada a eu lieu au Centre RA à Ottawa, en Ontario, du 26 au 28 novembre 2007. La première journée de l'atelier a été consacrée à de la formation de type magistral sur la santé des enfants et sur l'environnement. Cette formation fut basée sur des modules élaborés par l'OMS et a été coordonnée par l'Institut canadien de la santé infantile. Cependant, ces modules ne sont pas abordés dans le présent rapport. Les deux journées suivantes se composaient de présentations sur de différents thèmes et de discussions entre les participants.

3.1 Thèmes

Les présentations et les discussions de l'atelier ont porté sur les quatre thèmes suivants :

  1. le rôle des professionnels de la santé en matière de santé des enfants et de l'environnement;
  2. les modèles de prestation des services liés à la santé des enfants et à l'environnement;
  3. les possibilités d'éducation et de formation en matière de santé des enfants et de l'environnement;
  4. les outils pour la prévention, le diagnostic et le traitement des maladies infantiles liées à l'environnement.

Ces thèmes ont été mis en lumière suite à quatre consultations distinctes, tenues en juin et en juillet 2007, avec différents intervenants dont des professionnels de la santé et leurs associations professionnelles, des organismes autochtones et des représentants de tous les paliers du gouvernement. Afin de procéder à l'examen des trois premiers thèmes, des présentations individuelles d'experts et des discussions ont eu lieu. Le thème portant sur les outils a été couvert en kiosque par la présentation des outils courants utilisés par divers organismes du Canada, des États-Unis et de l'OMS.

3.2 Participants

Environ 85 professionnels de la santé et autres experts en santé environnementale ont assisté à l'atelier. En raison de la nature de leur travail, les participants ont assisté à l'atelier lorsqu'ils le pouvaient au cours des trois jours et il est donc difficile d'obtenir le nombre exact de participants. L'audience était principalement composée de Canadiens, mais aussi de trois conférenciers/ participants États-Uniens et d'un de l'OMS. Plus de 50 % des participants étaient des professionnels de la santé ou des représentants d'associations professionnelles, alors que les autres étaient des représentants du gouvernement, d'organismes autochtones et d'établissements d'enseignement.

3.3 Conférenciers

En raison de la diversité des thèmes abordés lors de l'atelier, 17 présentations ont eu lieu dans le cadre des discussions des groupes d'experts (27 et 28 novembre). Les experts suivants ont fait des présentations lors de l'événement :

Introduction à L'atelier

Sue Milburn-Hopwood, directrice du Bureau de la gestion du risque de Santé Canada, a accueilli les participants aux discussions de l'atelier et elle a fait un survol de la problématique liée à la santé des enfants et à l'environnement selon la perspective du gouvernement fédéral.

Le rôle des professionnels de la santé en matière de santé des enfants et de l'environnement

La séance avait pour but de donner aux participants un sens de la diversité des défis et des opportunités propres à chacune des professions et également, de déterminer des occasions de collaboration et de cerner les priorités interdisciplinaires. La Dre Lynn Marshall a élaboré davantage sur le principe à l'aide d'une présentation sommaire sur les principaux thèmes et sur les points communs à l'ensemble des professions de la santé.

Gloria Fraser, infirmière et éducatrice à la clinique de médecine environnementale du Women's College Hospital à Toronto, a fait un survol des rôles que peuvent jouer les infirmières et les infirmiers au niveau de la santé environnementale. Lors de sa présentation, elle a parlé de la disconnection entre l'information et les conseils demandés par les familles canadiennes au sujet de la santé environnementale auprès des professionnels de la santé et le manque de formation sur la santé environnementale offerte aux infirmières et aux infirmiers au Canada.2 Elle a parlé des efforts du Groupe de référence sur l'environnement et la santé de l'Association des infirmières et infirmiers du Canada ainsi que de quelques ressources pédagogiques qu'elle a élaborées en tant qu'infirmière ayant acquis de l'expertise sur la santé environnementale au cours de ses années de pratique. Elle a terminé sa présentation en mentionnant que les infirmières et que les infirmiers de toutes les spécialisations ont un rôle à jouer au niveau de la santé environnementale.

La Dre Margaret Sanborn, médecin de famille en milieu rural à Chesley, en Ontario, et professeure clinicienne adjointe à la McMaster University, a parlé du rôle que peuvent jouer les médecins de famille dans la prévention, le diagnostic et le traitement des maladies liées à l'environnement. Sa présentation comprenait une esquisse de certaines activités courantes et ultérieures de l'Environmental Health Committee of the Ontario College of Family Physicians, ainsi que des tendances au niveau de la pratique et des résultats des activités de surveillance liées à la santé environnementale parmi les médecins de famille du Canada. La Dre Sanborn a aussi discuté des possibilités de l'intégration en clinique des questions de la santé environnementale liées à l'exposition et des outils liés à l'évaluation de la santé environnementale disponibles aux médecins de famille. Ensuite, elle a présenté une étude de cas aux participants : il s'agissait d'un jeune patient présentant de la diarrhée chez qui, grâce à une évaluation de ses antécédents d'exposition environnementale, on a diagnostiqué une campylobactériose résultant d'une exposition à de l'eau contaminée.

Natsiq Kango, sage-femme traditionnelle et présidente de l'Association des sages-femmes du Nunavut, a fait une présentation sur la nature holistique de la profession de sage-femme traditionnelle et de son inclusion des considérations environnementales. Elle a parlé des principes de la profession de sage-femme traditionnelle au Nunavut et de certains des défis liés à la reconnaissance officielle des sages-femmes traditionnelles en tant que professionnelles de la santé. Madame Kango a cité un certain nombre d'études de cas décrivant des accouchements et des périodes postnatales réussis de sa communauté et elle a parlé du rôle de la sage-femme traditionnelle dans l'encouragement d'une relation mère-enfant saine.

Le Dr Robin Walker, du Centre de soins de santé IWK à Halifax, a parlé des rôles du pédiatre dans la protection des enfants contre les dangers de l'environnement. Dans sa présentation, il a comparé le travail relatif à la santé environnementale de l'American Academy of Pediatrics et de la Société canadienne de pédiatrie (SCP) et il a discuté brièvement d'une proposition faite à la SCP par rapport à l'établissement d'une section consacrée à la santé environnementale3, ce qui constitue un premier pas très important à cet égard. Le Dr Walker a ensuite parlé de quelques tendances qu'il a remarquées dans l'exercice de ses fonctions et plus particulièrement, du plus grand nombre de cas d'asthme. Il a affirmé que les pédiatres ont un rôle important à jouer dans la prévention, le diagnostic et le traitement des maladies liées à l'environnement, mais aussi, dans la promotion.

Nancy Bradshaw, de la clinique de médecine environnementale du Women's College Hospital, à Toronto, a fait un survol de l'importance des diététistes en tant que professionnels dans le domaine de la santé des enfants et de l'environnement. Dans sa présentation, basée sur celle élaborée par la Dre Janice Joneja, elle a parlé du concept de la nourriture comme élément de l'environnement et des responsabilités qu'ont les diététistes en tant que « protecteurs du public » agissant entre le public et l'information sur les contaminants alimentaires, autant dans les foyers qu'auprès des individus. Elle a parlé des activités de promotion et d'éducation que certains diététistes et que Les diététistes du Canada ont entreprises et elle a présenté des études de cas liées au mercure dans le poisson et aux allergies alimentaires.

La Dre Lynn Marshall a fait un lien entre les présentations du premier groupe d'experts et elle a souligné quelques-unes des ressemblances et des différences existantes entre les professions. Ensuite, elle a mis l'accent sur les rôles multiples que peuvent jouer les professionnels de la santé dans le domaine de la santé des enfants et de l'environnement, à la fois individuellement et en collaboration. Parmi ces rôles, il y a la recherche fondamentale et la surveillance, la synthèse des preuves et la traduction en politique, l'élaboration d'outils pratiques et de ressources à l'intention des patients/du public, la formation/ information pour les professionnels de la santé, les soins cliniques, la promotion de la santé, le partage de l'information et la coordination nationale et internationale.

Le Dr Stephen Genuis, obstétricien et professeur adjoint à la faculté de médecine de l'University of Alberta, a fait une présentation sur l'heure du dîner au sujet de l'importance de l'obstétricien comme fournisseur de soins de santé en matière de santé des enfants et de l'environnement. Le Dr Genuis a mentionné quelques cas historiques où les travailleurs de la santé n'avaient pas bien compris les causes de la maladie (p. ex., ne pas se laver les mains et le risque accru d'ulcères, de stress et de mortalité maternelle). De plus, il s'est penché sur les possibilités et les obstacles de la communauté obstétrique d'aujourd'hui en ce qui concerne la santé environnementale. Il a appuyé sa discussion avec des citations provenant des médias et des revues scientifiques portant sur les nouveaux enjeux liés à la santé environnementale et pertinents à la pratique de l'obstétrique. Il a conclu avec un certain nombre de principes pour guider la voie de l'avenir, dont ceux qui concernent l'éducation, l'économie, la politique, les professionnels de la santé et l'ensemble du public canadien.

Les modèles de prestation des services liés à la santé des enfants et à l'environnement

La deuxième séance de discussions de l'atelier a été consacrée à la présentation de différents modèles de prestation des services en matière de santé des enfants et de l'environnement. Parmi les présentateurs de ce sujet, quatre venaient du Canada et un des États-Unis; il y a aussi eu trois présentations de professionnels/établissements se concentrant sur la santé environnementale, alors qu'il y a eu deux présentations de généralistes (médecine familiale et santé publique).

Le Dr Roy Fox, directeur médical du Nova Scotia Environmental Health Centre, a fait un survol de l'histoire et des efforts du centre. De manière plus détaillée, il a parlé du mandat du centre par rapport aux soins, à la recherche et à l'éducation et il a présenté un profil de leur clientèle. De plus, le Dr Fox a parlé des cinq défis prioritaires de son centre : 1) l'incapacité de répondre à la demande en services liés à la santé environnementale dans la région; 2) la définition ou la reconnaissance législative inexistante de la santé environnementale comme sous spécialité; 3) la nature de l'expérience des patients ayant des troubles de la santé, étant donné que les symptômes d'un certain nombre de maladies liées à l'environnement sont « subjectivement » physiologiques et psychologiques, ce qui mène à des problèmes de légitimité; 4) les obstacles à la guérison, y compris le fait que de nombreuses affections liées à l'environnement sont chroniques et qu'elles nécessitent des stratégies de gestion personnalisées, ainsi que l'importance de faire valoir la prévention; 5) les obstacles au progrès, y compris le manque de recherche dans le domaine, la complexité des interactions et la lenteur de l'évolution de la prise de conscience du lien existant entre le milieu physique et la santé humaine.

La Dre Irena Buka a parlé du travail de l'Edmonton Paediatric Environmental Health Specialty Unit (PEHSU) qui fait partie du réseau des PEHSU en Amérique du Nord. Sa présentation comprenait une esquisse du modèle des soins cliniques qui sert au PEHSU d'Edmonton et des activités d'éducation et de promotion entreprises en matière de santé des enfants et de l'environnement à la fois au sein et à l'extérieur de la communauté des professionnels de la santé. De plus, elle a brièvement abordé un certain nombre d'articles universitaires dont elle est co-auteure et qui portent, notamment, sur la pollution atmosphérique ambiante, les tendances au niveau du cancer chez les enfants et le plomb. La Dre Buka a ensuite décrit les liens entre la clinique et l'University of Alberta, dont ceux concernant la recherche et les études de deuxième cycle.

Le Dr Jerome Paulson, codirecteur du Mid-Atlantic Centre for Children's Health and the Environment à Washington DC, également un PEHSU, a présenté une autre perspective. Il a parlé du but et de la portée des activités des PEHSU de façon plus générale, y compris des facteurs pour la réussite de la gestion du centre, des structures de financement et des ressources aux fins de l'éducation et des services. Enfin, il a conclu sa présentation en parlant de trois études de cas et de quelques-unes des réalisations du centre, y compris l'élaboration de cours pour la George Washington University's School of Public Health et de modules didactiques à l'intention de médecins provenant du Mali et du Burundi, ainsi que de la tenue d'une réunion annuelle à but didactique sur la santé des enfants et de l'environnement.

Le Dr Tom Kosatsky, de la direction de santé publique de Montréal, a parlé du modèle de prestation des services de santé publique liés à la santé des enfants et à l'environnement. Il a amorcé sa présentation par un survol de la modernisation de la santé publique et par des exemples de services de santé publique destinés aux enfants et/ou aux familles comprenant des enfants. Ensuite, le Dr Kosatsky a parlé de l'importance pour les professionnels de la santé publique d'agir en tant que promoteurs et en tant que collaborateurs avec des partenaires divers, ainsi que des limites à l'implication de la santé publique dans des questions liées à la santé des enfants et à l'environnement. Après avoir parlé des défis, dont la concurrence des priorités par rapport aux ressources en santé publique, il a fait un survol de quelques questions liées à la santé des enfants et à l'environnement sous l'angle de la santé publique, dont les renversements de mercure dans les écoles, l'exposition à la fumée de tabac et les émissions d'autobus scolaires aux moteurs diesel en marche au ralenti dans des zones scolaires.

La Dre Francine Lemire, du Collège des médecins de famille du Canada, a fait une présentation sur la façon dont la médecine familiale peut contribuer à la prestation de services liés à la santé environnementale. Elle a commencé sa présentation par un profil démographique du médecin de famille « typique » au Canada, puis, elle a discuté des influences de la démographie et d'autres influences sur les champs de pratique. Elle a mentionné certaines statistiques concernant la médecine familiale et les médecins de famille qui provenaient de diverses initiatives de surveillance menées au cours des dernières années et elle a résumé l'importance du modèle de soins de la médecine familiale pour la santé des Canadiens et de leurs familles. Ensuite, elle a fait un survol des difficultés et des possibilités relatives à des questions d'ordre pédagogique, clinique et systémique, et elle a fait le lien entre les valeurs de la médecine familiale et la Charte canadienne de la santé des enfants et des jeunes, un élément issu de l'initiative de collaboration entre l'Association médicale canadienne, la Société canadienne de pédiatrie et le Collège des médecins de famille du Canada.

Éducation et formation en santé des enfants et de l'environnement

Lors de la dernière séance de l'atelier, les présentations du groupe d'experts ont porté sur l'éducation et la formation de professionnels de la santé en matière de santé des enfants et de l'environnement. Les conférenciers provenaient de la communauté internationale oeuvrant pour l'éducation en matière de santé des enfants et de l'environnement. De plus, il y a eu une présentation sur les initiatives courantes en matière d'éducation au Canada.

Marie-Noël Bruné, de l'OMS, a fait une présentation sur l'élaboration et la mise en pratique des modules de formation en santé des enfants et de l'environnement pour les professionnels de la santé (présentés au jour 1 de l'atelier). Dans sa présentation, elle a discuté d'une série de ressources disponibles à l'OMS sur la santé des enfants et de l'environnement et elle a fait un survol de quelquesunes des activités de formation basées sur les modules de formation de l'OMS et ayant eu lieu dans le monde entier. Elle a ensuite parlé des défis généraux liés à ces modules sur le plan international, ainsi que de quelques-unes des prochaines démarches de l'OMS à cet égard, comme l'ajout de modules, la formation à l'intention des infirmières et des infirmiers et l'élaboration d'un outil d'apprentissage en ligne.

Le Dr Bruce Lanphear de l'University of Cincinnati a fait un survol de quelquesunes des opportunités de formation offertes aux professionnels de la santé aux États-Unis dans le domaine de la santé des enfants et de l'environnement et plus particulièrement, de celles offertes à l'intention des futurs chercheurs cliniques. Dans sa présentation, il a traité du programme de bourses de recherche en santé environnementale qu'offre l'University of Cincinnati, y compris des compétences fondamentales en santé des enfants et de l'environnement qui sont encouragées par le programme, ainsi que de quelques-uns des défis ou des « tensions » entre les soins cliniques et les activités de prévention.

La Dre Allison Del Bene Davis, de l'University of Maryland School of Nursing, a parlé de l'élaboration du programme en santé environnementale offert à l'école des sciences infirmières et des réussites du programme, en plus de parler de certaines initiatives connexes. Dans sa présentation, elle a fait un survol des facteurs de motivation, des obstacles et des mesures prises lors de l'élaboration du programme d'études en santé environnementale pour l'école des sciences infirmières, ainsi que des stratégies et des collaborations qui leur ont permis d'attirer des infirmières et des infirmiers actifs. En plus de présenter un certain nombre de ressources et d'organismes importants aux États-Unis qui entreprennent des activités liées aux sciences infirmières et à la santé environnementale, la Dre Davis a conclu sa présentation en mettant l'accent sur l'importance d'appliquer trois règles simples lors de l'introduction d'un changement : accompagner les nouveaux venus, célébrer les victoires et reconnaître les champions.

La Dre Clare Wiseman du Centre for Environment de l'University of Toronto, a présenté les résultats d'un sondage et d'un rapport qu'elle a préparés pour Santé Canada, en collaboration avec ses collègues, concernant les opportunités actuelles d'éducation en santé des enfants et de l'environnement. Ces documents furent préparés à l'intention des professionnels de la santé et des chercheurs prospectifs au Canada. Elle a décrit l'objectif, la méthodologie et les résultats de l'étude dans le cadre de laquelle 86 experts et autres professionnels ont participé en répondant à un sondage. Selon les résultats, la santé des enfants et de l'environnement représente un sujet d'étude restreint et, en général, la santé environnementale n'est pas traitée suffisamment dans les programmes d'études des écoles de médecine et de sciences infirmières du Canada. Parmis l'ensemble des répondants au sondage, seulement deux étaient d'avis que l'offre d'éducation au Canada sur la santé environnementale était suffisante et 37 % des répondants (le pourcentage le plus important) étaient d'avis que le manque de soutien financier et institutionnel constituait le plus important obstacle au progrès à cet égard. La Dre Wiseman a poursuivi en décrivant certaines de ses recommandations, dont l'augmentation du financement de la recherche dans le domaine et l'ajout de cours obligatoires en santé environnementale dans les programmes d'études postsecondaires du domaine de la santé.

4. Résultats des discussions de l'atelier

Les discussions en petits groupes ont constitué un élément très important de l'atelier en permettant aux professionnels de la santé et aux autres experts de cibler les questions relatives à chacun des thèmes de l'atelier. Ces derniers ont partagé leurs idées lors de la plénière et les ont fournies à Santé Canada sous forme de contre-rendu.

4.1 Le rôle des professionnels de la santé en matière de santé des enfants et de l'environnement

Après les présentations des groupes d'experts, les participants se sont répartis en dix groupes, auxquels on a demandé de discuter des deux questions suivantes :

  1. Dans votre travail quotidien, avez-vous vu des affections dont la cause soupçonnée est liée à l'environnement? Lesquelles?
  2. Selon vous, quel est votre rôle au sein de votre profession en matière de santé des enfants et de l'environnement, aujourd'hui et à l'avenir?

Voici un sommaire de leurs réponses à ces questions.

Affections liées à l'environnement

Le groupe a mentionné des affections telles que l'asthme, les allergies, l'obésité, des maladies telles que le diabète, la maladie de Parkinson et les infections chroniques. Les troubles de comportement (p. ex., le THADA) et d'apprentissage ainsi que les troubles neurologiques du développement tels que l'autisme faisaient également partie des affections dont on soupçonne un lien avec l'environnement. D'autres affections moins courantes ont également été mentionnées, notamment les migraines, l'eczéma, les anomalies congénitales, les cancers et les maladies telles que la tuberculose qui peuvent parfois être le résultat d'un manque d'accès aux nécessités de base, dont un logement, des aliments et de l'eau salubres.

L'un des groupes était de l'avis que la formulation de la question était problématique. Les membres ont répondu : « [Y] a-t-il des affections qui n'ont pas de lien avec l'environnement? » (c'est l'auteur qui souligne). Par moments, les participants se sont aussi interrogés sur le caractère « connu » ou « soupçonné » des liens à l'environnement. Certains groupes ont mentionné un besoin d'élargir la définition de l'environnement afin qu'elle comprenne les facteurs « psychologiques, physiques, chimiques, sociaux, etc. » dans le cadre d'une « approche holistique à la santé environnementale », tandis que certaines réponses portaient plus sur les sources d'exposition, telles qu'une augmentation des agents pathogènes alimentaires et hydriques et des contaminants de l'air intérieur. Un nombre moins important de réponses a porté sur les expositions en milieu de travail qui ont des effets indirects possibles sur les enfants, comme le syndrome des édifices hermétiques.

Les rôles des professionnels de la santé en matière de santé des enfants et de l'environnement

Les réponses à cette question étaient diverses : d'une part, certaines ont fait valoir le rôle ou les rôles potentiels du praticien à l'échelle individuelle, d'autre part, certaines ont discuté des professionnels en tant que communauté, alors que d'autres ont fait valoir le rôle des professionnels de la santé dans le lobbyisme ou les autres groupes de pression. De nombreuses réponses ont mis l'accent sur l'importance de la promotion, de l'éducation et de la formation à l'échelle individuelle (p. ex., la promotion en pratique privée, l'élaboration et la diffusion de matériel didactique aux patients) ainsi qu'à l'échelle des établissements (p. ex., le lobbyisme de la part des associations professionnelles dans le but d'obtenir du financement supplémentaire pour les initiatives liées à la santé environnementale et pour influencer les politiques fédérales, la collaboration avec les universités pour modifier les programmes d'études existants et y intégrer le domaine de la santé environnementale, etc.). Ils ont également mentionné l'importance d'agir en tant que leaders et champions en ce qui concerne la santé des enfants et de l'environnement au sein de leurs professions respectives, ainsi que l'importance de l'anamnèse des affections liées à l'environnement.

Parmi les autres sujets discutés, il y a eu les mesures que les gouvernements peuvent prendre (p. ex., la réglementation plus rigoureuse des produits chimiques et de consommation, de nouvelles lignes directrices et un règlement sur le contrôle biologique). De plus, on a proposé un changement dans la culture actuelle des professions de la santé vers la prévention des maladies/blessures et la promotion de la santé, plutôt que le diagnostic et le traitement. Le besoin d'effectuer plus de recherche a également été souligné, ainsi que le besoin de trouver des moyens plus efficaces de rejoindre les familles et les communautés du Canada afin de leur fournir l'information nécessaire à la prise de décisions éclairées.

Plusieurs groupes ont mentionné les médias en tant qu'outil important dans les efforts d'éducation du public et de promotion. L'importance de trouver les occasions de communiquer avec divers publics (en pratique privée, dans les foyers, les lieux de travail, les centres de traitement, les établissements, etc.) et l'importance de travailler en collaboration interdisciplinaire ont aussi été soulignées. On a mentionné l'importance de la promotion et de l'éducation auprès des infirmières et des infirmiers puisque que « [l]es infirmières et les infirmiers représentent la profession la plus importante du domaine de la santé. Si l'on arrive à en informer un plus grand nombre [au sujet de la santé environnementale], cela aidera ».

Un dernier point a été soulevé lors des discussions sur le rôle ou les rôles des professionnels de la santé en matière de santé des enfants et de l'environnement. Il s'agissait du besoin d'exploiter et d'augmenter les ressources actuelles plutôt que de chevaucher les efforts; par exemple, les fiches de renseignements Hidden Exposures (Expositions toxiques cachées), élaborées par le South Riverdale Community Health Centre en collaboration avec le Bureau de santé publique de Toronto, pourraient servir dans d'autres milieux.

4.2 Modèles de prestation des services liés à la santé des enfants et à l'environnement

Après les présentations, les participants se sont répartis en onze groupes, auxquels on a demandé de délibérer sur la question suivante:

  • À votre avis, quels seraient les principaux facteurs de réussite quant à l'intégration de la santé des enfants et de l'environnement dans le système de soins de santé au Canada?

Les réponses à cette question ont été extrêmement diverses, mais elles peuvent être classées en six catégories : financement et ressources; sensibilisation et éducation des professionnels de la santé et du grand public; changement de l'accent sur la prévention; reconnaissance de la santé des enfants et de l'environnement en tant que domaine d'intérêt particulier; collaboration et inclusion; initiatives politiques et stratégiques.

Financement et ressources

Un point a été soulevé plusieurs fois et il concernait l'importance de la création d'un code d'honoraires pour les services liés à la santé environnementale dans le système des soins de santé provincial. Ceci permettrait de compenser les médecins en cabinet privé qui offrent des consultations liées à la santé des enfants et de l'environnement. Le financement nécessaire pour avoir un plus grand nombre de centres spécialisés en santé environnementale et pour augmenter la capacité des laboratoires et le financement supplémentaire de la recherche, dont le contrôle biologique en particulier, ont aussi été des thèmes de discussion courants. L'intégration de considérations liées à la santé environnementale dans des ressources telles que les outils d'évaluation normalisés (p. ex., le relevé postnatal Rourke) a aussi été mentionnée dans quelques-unes des discussions, de concert avec la diffusion générale de ces outils. On a proposé l'idée d'un plan d'activités en tant que mesure importante pour justifier et obtenir des ressources.

Sensibilisation et éducation des professionnels de la santé et du grand public

Un grand nombre des discussions ont souligné le fait que les études et la formation postsecondaires sont essentielles et de surcroît, que les études en santé environnementale doivent faire partie des programmes d'études de toutes les écoles, en commençant par l'école primaire. Les participants ont aussi exprimé le besoin que des campagnes de sensibilisation ciblant les enfants, le grand public et les professionnels de la santé, hors du cadre des programmes d'études, soient effectuées. L'application des connaissances et plus particulièrement la capacité d'interpréter la nouvelle recherche et de la présenter de façon à ce qu'elle ait du sens pour les professionnels et le public a été mentionnée comme une mesure prioritaire à la réalisation des objectifs de sensibilisation du public.

Changement de l'accent sur la prévention

Certaines discussions ont porté sur le fait que le domaine de la santé des enfants et de l'environnement est incompatible avec le « modèle médical » et qu'un changement dans la façon dont les professionnels de la santé abordent les questions liées à la santé environnementale est nécessaire. Les participants ont suggéré qu'un modèle de santé publique serait plus convenable, et que, par rapport à la santé environnementale, les professionnels ont besoin de mettre l'accent sur le « bien-être » plutôt que sur la « maladie », comme c'est le cas actuellement. Ils doivent également investir plus dans la prévention des expositions et dans la promotion de la santé (l'un des groupes a suggéré « le finance[ment] de la santé publique à 25 % des soins actifs », une idée qui a suscité les applaudissements des participants de l'atelier). L'une des suggestions faites pour encourager ce changement était d'inclure des questions liées à la santé des enfants et à l'environnement dans les examens d'agrément des professionnels de la santé; une autre suggestion était de diriger par l'exemple en investissant dans des hôpitaux écologiques et sains.

Reconnaissance de la santé des enfants et de l'environnement en tant que domaine d'intérêt particulier

Un autre thème commun de discussion dans les groupes a été la reconnaissance du domaine de la santé environnementale et plus particulièrement, de la santé des enfants et de l'environnement. Parmi les suggestions pour y parvenir, mentionnons : l'appui et la reconnaissance des associations professionnelles, telles que l'Association médicale canadienne, l'Association des infirmières et infirmiers du Canada, la Société canadienne de pédiatrie, l'Association canadienne des centres de santé pédiatriques et le Collège des médecins de famille du Canada, pour l'exercice dans le domaine de la santé des enfants et de l'environnement; la désignation de champions de la santé environnementale parmi les professionnels de la santé partout au pays; ainsi que la détermination de mesures pour augmenter la crédibilité des organismes oeuvrant dans le domaine de la santé environnementale, entre autres le partenariat canadien pour la santé des enfants et l'environnement.

Collaboration et inclusion

Un thème relevé dans presque toutes les discussions a été celui de l'importance de la collaboration intersectorielle et multisectorielle, en plus de l'inclusion des groupes marginalisés. La collaboration intersectorielle a été soulignée comme importante pour arriver à une « vision claire [et] des messages cohérents », et certains groupes ont aussi souligné l'importance d'établir des liens plus solides entre les médecins de famille et les professionnels de la santé publique, les professionnels de la santé et la communauté, ainsi qu'au sein des diverses professions de la santé. Les discussions ont aussi pris en considération les « fournisseurs de soins de santé non traditionnels » comme les doulas, ainsi que les populations marginalisées, dont les Canadiens à faible revenu et les nouveaux immigrants. On a également discuté des problèmes particuliers des peuples autochtones.

Initiatives politiques et stratégiques

L'implication et l'appui du gouvernement fédéral, des gouvernements provinciaux et territoriaux et des organismes d'agrément étaient considérés comme essentiels à la réussite dans le domaine. Selon les participants, il faudrait que ces gouvernements prescrivent la santé environnementale en tant que domaine d'intérêt des professionnels de la santé et que des lois soient adoptées à cet égard. Les participants ont suggéré qu'une stratégie nationale contribuerait au « renforcement de l'importance de la santé environnementale ».

4.3 Éducation et formation

Après les présentations, les participants se sont répartis en onze groupes auxquels on a demandé de discuter des deux questions suivantes :

  1. Ce matin, des idées ou des concepts ont été mentionnés. Desquels pouvons-nous apprendre? Sur lesquels pouvons-nous miser?
  2. Quelles sont les lacunes à combler dans l'éducation et la formation au Canada en ce qui concerne votre profession et de quelle façon devons nous les combler? Que faut-il créer?

Voici un sommaire de leurs réponses à ces questions.

Idées et concepts dont nous pouvons apprendre et sur lesquels nous pouvons miser

Les réponses ont été diverses : parfois réfléchies et spécifiques (p. ex., « L'approche de l'University of Maryland est excellente »), parfois plus générales et prospectives (p. ex., donner une conférence sur la santé environnementale lors de tout congrès/atelier planifié). Les idées et les concepts suivants sont ressortis de quelques-unes des réponses à la première question :

  • la mise en pratique plus générale des modules de l'OMS au Canada;
  • l'investissement dans une étude de cohorte canadienne et d'autres recherches, telles que des études sur le fardeau économique;
  • le besoin de formuler un énoncé de position nationale sur la santé des enfants et de l'environnement;
  • le besoin d'établir une coalition canadienne de professionnels de la santé appuyée par des promoteurs professionnels et par un instructeur principal;
  • la création de possibilités d'éducation permanente, telles que des bourses de recherche, qui sont plus appropriées comme instrument pédagogique que les programmes d'études des écoles de médecine;
  • l'incitation auprès des cliniciens à déterminer les enjeux pertinents plutôt que de fournir des renseignements génériques à l'ensemble des professionnels;
  • la collaboration intersectorielle comme initiative importante;
  • le besoin d'établir un organe de coordination canadien pour la santé des enfants et de l'environnement;
  • l'établissement de la crédibilité de la question de la santé des enfants et de l'environnement au Canada en misant sur le travail de l'OMS à cet égard.

Combler les lacunes

Les réponses à la deuxième question ont porté sur les possibilités d'éducation permanente et extrascolaire, ainsi que sur les lacunes et les besoins de la formation officielle et universitaire.

Possibilités d'éducation permanente:

  • engager le public dans l'élaboration de matériel didactique. En particulier, on devrait engager les peuples autochtones dans l'élaboration de modules éducatifs qui abordent les enjeux qui leur sont propres;
  • assurer l'exploitation maximale des ressources existantes (p. ex., les modules de l'OMS) et appuyer et accroître ces ressources autant que possible;
  • rendre les modules sur la santé des enfants et de l'environnement admissibles au crédit en formation médicale permanente;
  • renforcer la capacité et financer l'éducation au sujet de la santé environnementale offerte par les cliniques de médecine environnementale et autres, par les professionnels de la santé individuellement, etc.;
  • fournir un financement supplémentaire afin d'élaborer du matériel didactique sur mesure;
  • étudier la possibilité d'élaborer des modules d'apprentissage électroniques pour en faciliter l'accès;
  • intégrer les considérations liées à la santé environnementale dans les messages de santé publique existants, là où il est approprié.

En milieu universitaire/scolaire :

  • concentrer les efforts sur l'engagement de conférenciers, étant donné l'envergure de l'enjeu;
  • améliorer l'infrastructure de base de l'éducation sur la santé environnementale;
  • élaborer des modules éducatifs que l'on peut adapter en fonction des sous-spécialités des sciences infirmières/de la médecine, etc.;
  • rencontrer les doyens des écoles de médecine et de sciences infirmières pour insister sur l'importance de l'éducation sur la santé environnementale;
  • inclure les considérations liées à la santé environnementale dans les critères d'agrément;
  • intégrer le domaine de la santé des enfants et de l'environnement dans les programmes d'études dès la maternelle, plutôt que de viser uniquement les études postsecondaires;
  • créer plus de programmes de maîtrise en santé environnementale et ce, dans plus d'universités au Canada;
  • créer un réseau de professionnels pour entreprendre l'élaboration des programmes afin de minimiser le chevauchement du travail et de mieux partager les ressources.

De plus, on a suggéré qu'un sondage soit mené afin de déterminer les lacunes et les possibilités en matière d'éducation et de formation, et que l'accent soit mis sur la pression politique auprès des gouvernements provinciaux et territoriaux, puisque l'éducation relève de leur compétence.

5. Aller vers l'avant : la santé des enfants et l'environnement

Lors de la dernière séance de l'atelier, on a demandé aux participants de réfléchir sur les discussions et sur les présentations ayant eu lieu au cours des deux derniers jours et demi et de considérer les deux questions suivantes :

  1. D'après vous, qu'est-ce qui indiquerait l'atteinte de nos objectifs en matière de santé des enfants et de l'environnement? Qu'est-ce que nous aurons réalisé? (Notre destination)
  2. Veuillez indiquer les cinq principales mesures à prendre, respectivement et collectivement, qui sont nécessaires en vue de l'atteinte de ces objectifs. (Le chemin pour y aller)

L'objectif de la discussion de cette dernière séance était d'encourager des échanges sur une vision globale commune de la santé des enfants et de l'environnement au Canada, et de favoriser une discussion plus proactive en vue d'obtenir des résultats tangibles.

5.1 Notre destination

Dans les discussions, on s'est penché sur des sujets directement et indirectement liés à l'atteinte d'objectifs pertinents aux professionnels de la santé, car de nombreux groupes ont décrit un climat général qui soutient et encourage le renforcement de la capacité des professionnels de la santé. En général, six indicateurs de réussite en sont ressortis pour mesurer l'atteinte des objectifs en matière de santé des enfants et de l'environnement au Canada :

La santé en général sera améliorée: à l'aide d'une melleure capacité de recherche et de surveillance, nous pourrons en faire le suivi et en présenter les preuves

La réduction du fardeau des maladies infantiles liées à l'environnement constituait l'objectif qui a été le plus souvent mentionné. Certaines maladies connues ou soupçonnées d'être liées à l'environnement ont été mentionnées (l'asthme, le cancer chez les enfants, l'autisme et d'autres troubles neurologiques, les troubles endocrinologiques, la mortalité foetale, etc.), ainsi que certaines sous populations vulnérables spécifiques, comme les enfants de nouveaux immigrants et ceux qui vivent sous le seuil de la pauvreté. Il se peut que les enfants autochtones soient particulièrement vulnérables à certains dangers environnementaux.

Le désir exprimé de voir l'amélioration de la santé a souvent été lié au besoin d'entreprendre des recherches dont les méthodes sont conçues pour suivre les questions en matière de santé des enfants et de l'environnement de façon fiable et régulière et pour en rendre compte. Une étude nationale de cohorte de naissance, une enquête continu de biosurveillance des expositions environnementales, ainsi que la surveillance structurée des influences de l'environnement et des maladies/déficiences constituaient toutes des initiatives qui ont spécifiquement été mentionnées comme essentielles à la démonstration du progrès lié à la protection des enfants contre les dangers environnementaux.

Mise en place d'une infrastructure de cliniques, de laboratoires, de ressources didactiques, de recherche et de planification urbaine qui servira de base solide sur laquelle poursuivre le travail en matière de santé des enfants et de l'environnement

Selon les participants de l'atelier, l'infrastructure et le financement actuels sont insuffisants pour assurer d'autres initiatives importantes en matière de santé des enfants et de l'environnement.

Voici les recommandations pour l'établissement d'une base solide sur laquelle poursuivre le travail en matière de santé des enfants et de l'environnement :

  • une capacité clinique accrue pour permettre l'évaluation, le traitement, l'éducation communautaire et le soutien à la recherche (par exemple, en rémunérant les professionnels de la santé pour les anamnèses d'affections liées à l'environnement et pour le temps consacré au diagnostic et au traitement de maladies liées à l'environnement, en créant plus de centres et de cliniques de médecine environnementale et en diffusant le modèle du service pédiatrique spécialisé en santé environnementale dans plus de régions au Canada);
  • un accès accru aux laboratoires de pointe pour mesurer les expositions et les biomarqueurs de l'exposition, et pour continuer à répondre à la demande partout au pays;
  • l'établissement d'une base de données crédible sur la santé des enfants et l'environnement à l'intention du grand public et des professionnels de la santé;
  • la création d'un institut de recherche en santé environnementale au sein des Instituts de recherche en santé du Canada;
  • la désignation d'un organe de coordination/organisation multiprofession en matière de santé des enfants et de l'environnement;
  • un meilleur aménagement et une conception urbaine améliorée (selon l'un des groupes, des « villes plus en santé ») par l'intégration d'un plus grand nombre de concepts de planification environnementale dans le design des nouvelles communautés, incluant des considérations au niveau du transport et des codes du bâtiment plus écologiques.

Les professionnels de la santé seront reconnus et encouragés dans leurs efforts pour proteger les enfants contre les dangers environnementaux et auront accès à la formation, aux outils et aux ressources nécessaires pour y parvenire

L'augmentation des connaissances et des capacités des professionnels de la santé a été l'un des objectifs communs mentionné par la plupart des groupes de discussion. Pour y arriver, on pourrait intégrer le domaine de la santé environnementale dans les programmes d'études de base des écoles de médecine et de sciences infirmières et des autres établissements postsecondaires, permettant ainsi à l'ensemble des professionnels de la santé d'avoir plus de connaissances et de capacité en matière de santé des enfants et de l'environnement.

Sur le plan des outils, on a mentionné un modèle d'anamnèse des expositions environnementales comme outil principal à intégrer dans les dossiers de tous les patients et qui serait accessible à tous les professionnels de la santé.

Les participants ont insisté sur le fait que tous les paliers du gouvernement, de même que les associations professionnelles, les doyens de la médecine des écoles de médecine, de sciences infirmières et des autres écoles de formation des professionnels de la santé au Canada, ainsi que les organismes de réglementation devront tous s'impliquer dans le soutien et la reconnaissance du domaine de la santé des enfants et de l'environnement dans les professions de la santé.

Il y aura eu un changement dans la culture actuelle des professionnels de la santé et des dirigeants politiques vers la reconnaissance de l'importance des questions liées à la santé environnementale, la place plus importante accordée à la prévention et le pouvoir des approches collaboratives.

Selon les participants de l'atelier, il faut qu'il y ait un changement dans les perspectives actuelles des professions de la santé envers les questions de santé et d'environnement si l'on veut améliorer le diagnostic et le traitement actuels des maladies liées à l'environnement. Certains des groupes de discussions croient que des questions concernant la santé et l'environnement doivent faire partie de la norme lors des évaluations de santé et que les questionnaires médicaux de même que les examens des écoles de médecine doivent comporter une composante liée à la santé environnementale. Il s'agit de deux objectifs qui nécessiteront « une plus grande sensibilisation et un consensus de la part des professionnels de la santé quant aux enjeux liés à la santé environnementale au Canada, ce qui aura pour résultat de meilleurs diagnostics et plans d'action ».

Selon l'un des groupes de discussion, un changement dans la culture actuelle aurait eu lieu s'il y avait une meilleure plus de compréhension du fait que « l'environnement dans lequel l'enfant grandit et se développe est un élément essentiel de chaque interaction liée à la santé », et que le paradigme médical aurait évolué pour reconnaître l'importance de la prévention dans une optique plus holistique des soins de santé, plutôt que de se concentrer sur le diagnostic et le traitement. Les participants ont affirmé que l'atteinte de ces objectifs nécessitera plus de collaboration et de coordination entre les professions, par opposition au travail limité par le cloisonnement professionnel.

Les gens auront l'éducation et les outis qu'il leur faut pour intégrer les considérations liées à la santé des enfants et à l'environnement dans leur quotidien

À part l'insistance sur l'éducation des professionnels de la santé, beaucoup d'accent a été mis sur l'éducation et sur la sensibilisation du public et des communautés au sujet de la santé des enfants et de l'environnement en ce qui concerne les expositions, les affections et la protection de soi et de sa famille. Les participants ont déterminé que l'information doit être convenable sur le plan culturel et linguistique en fonction des destinataires et qu'elle doit miser sur les mesures pratiques. Cela pourrait possiblement se faire par le biais d'une campagne de marketing social à l'échelle nationale. L'implication du public a été mentionnée comme élément particulièrement important dans l'élaboration de matériel, surtout en ce qui concerne les populations vulnérables telles que les personnes mal-logées, les sans-abris, les nouveaux immigrants et les réfugiés. Il s'agit d'une approche collaborative qui serait également importante dans l'élaboration d'outils pour composer avec les vulnérabilités propres aux peuples autochtones du Canada.

La politique startégique sera mieux placée pour protéger la santé des enfants contre des dangers environnementaux et il y aura des lois pour minimiser/prevenir l'exposition à ces dangers

Un grand nombre des groupes de discussion a insisté sur le besoin de considérer les milieux sociaux et politiques élargis du Canada et les domaines possibles où le changement pourrait créer des avantages importants pour la santé des enfants et l'environnement. Les participants se sont surtout préoccupés de la possibilité d'exposition aux substances toxiques au Canada.

À cet égard, les discussions ont porté sur la possibilité, dans l'idéal, qu'il y ait eu des changements par rapport à la disponibilité des produits de consommation afin d'encourager les « méthodes et les produits les moins toxiques »; des règlements plus rigoureux et d'autres lois dans l'ensemble du Canada portant sur les pesticides ; plus de réglementation sur l'usage des plastiques et des lignes directrices nouvelles au mises à jour.

Sur le plan stratégique, les participants ont trouvé bénéfique l'idée d'avoir une déclaration sur la santé des enfants et sur l'environnement reconnue à l'échelle nationale ainsi que d'avoir une vision, une mission et un plan nationaux. De plus, plusieurs groupes ont mentionné que l'on pourrait réviser la Charte d'Ottawa pour la promotion de la santé (site Web de l'OMS, The Ottawa Charter for Health Promotion) ou d'autres chartes internationales pour la promotion de la santé afin d'y inclure la santé environnementale en ce qui concerne les enfants et les populations vulnérables.

Sur le plan organisationnel, les participants ont trouvé que la réussite à cet égard comporterait un leadership coordonné des ministres fédéraux pour qu'ils considèrent la santé environnementale dans l'ensemble des politiques et des programmes, et qu'un ministère du Bien-être de l'enfant aurait été établi et qu'il serait responsable de produire un rapport public annuel sur la situation de la santé des enfants et de l'environnement.

5.2 Le chemin pour y aller

Les réponses à la deuxième question posée aux participants (« Veuillez indiquer les cinq principales mesures à prendre, respectivement et collectivement, qui sont nécessaires en vue de l'atteinte de ces objectifs ») ont surtout porté sur des mesures concrètes et tangibles à prendre en fonction de calendriers divers.

D'après les contre-rendus qui ont été présentés, il semble que les participants aient pensé à des mesures pouvant être prises à court terme (au cours de 2008), à moyen terme (possiblement d'ici deux ans) et à long terme (possiblement sur cinq ans ou plus). On peut classer les objectifs en cinq thèmes principaux afin de tracer un chemin vers la santé des enfants et de l'environnement au Canada :

  1. développer des arguments pour que tous les professionnels de la santé prennent des mesures prioritaires en vue de mieux protéger la santé des enfants contre les dangers environnementaux connus;
  2. établir une base solide sur laquelle poursuivre le travail en matière de santé des enfants et de l'environnement en assurant que les champions appropriés sont nommés et que des infrastructures, des politiques et des lois sont en place;
  3. assurer un support institutionnel pour la santé des enfants et de l'environnement en tant que priorité;
  4. offrir de la formation aux professionnels de la santé dans le domaine de la santé des enfants et de l'environnement;
  5. informer le public au sujet des questions liées à la santé des enfants et à l'environnement.

1. Développer des arguments pour que tous les professionnels de la santé prennent des mesures prioritaires en vue de mieux protéger la santé des enfants contre les dangers environnementaux connus

Objectifs :

  • ensemble, prendre des mesures, autant que possible, relatives aux dangers connus appuyés par la preuve scientifique;
  • élaborer un message cohérent par rapport à l'importance de la santé des enfants et de l'environnement au sein des organisations de professionnels de la santé et de la société civile;
  • identifier et établir la priorité de certains dangers environnementaux spécifiques et préciser leurs effets connus;
  • analyser le fardeau des maladies infantiles ou des affections soupçonnées d'être liées à des expositions environnementales, en se basant sur les preuves scientifiques disponibles;
  • établir des compétences normalisées de pratique clinique relatives à la santé des enfants et à l'environnement pour les professionnels de la santé.

2. Établir une base solide sur laquelle poursuivre le travail en matière de santé des enfants et de l'environnement en assurant que les champions appropriés sont nommés et que des infrastructures, des politiques et des lois sont en place

Objectifs :

  • appuyer les modèles, les guides d'opinion et les champions de la santé des enfants et de l'environnement dans les communautés;
  • inciter les organisations professionnelles et non gouvernementales à distinguer la priorisation des questions liées à la santé des enfants et à l'environnement des priorités politiques;
  • créer des sections d'intérêt spécial sur la santé des enfants et l'environnement dans les associations de professionnels de la santé;
  • renforcer et maintenir une relation entre les ministères fédéraux de la Santé et de l'Environnement quant aux enjeux liés à la santé des enfants et à l'environnement;
  • établir des centres de coordination en matière de santé des enfants et de l'environnement (recherche, éducation, promotion, surveillance clinique et soutien) et assurer un financement multisectoriel durable;
  • élaborer un plan cohérent et durable pour les initiatives en matière de santé des enfants et de l'environnement;
  • se concentrer sur l'écologisation des établissements, tels que les écoles, les hôpitaux, les commerces, l'industrie alimentaire;
  • modifier les priorités de financement du gouvernement fédéral pour que ces dernières visent les éléments critiques que représentent les produits de consommation, les analyses alimentaires et les évaluations de la charge corporelle;
  • établir des laboratoires partout au Canada capables de répondre aux besoins en évaluation de la charge corporelle liée a l'environnement au Canada;
  • intégrer entièrement le principe de précaution dans les règlements et les lois relatives à la santé des enfants et à l'environnement;
  • orienter par l'exemple.

3. Assurer un support institutionnel pour la santé des enfants et l'environnement en tant que priorité

Objectifs :

  • élaborer une stratégie nationale axée sur l'action, menée par Santé Canada, en matière de santé des enfants et de l'environnement;
  • publier une déclaration officielle de la part de Santé Canada sur le besoin de l'engagement des professionnels de la santé dans le domaine de la santé des enfants et de l'environnement;
  • établir un comité consultatif national sur la santé des enfants et l'environnement devant se rapporter au premier ministre et aux ministres de la Santé et de l'Environnement;
  • faire de la pression auprès des organes d'agrément et du gouvernement pour faire de la santé environnementale une priorité;
  • encourager le leadership du ministre fédéral de la Santé et des ministres provinciaux et territoriaux de la Santé en matière de santé des enfants et de l'environnement, et en témoigner;
  • offrir une rémunération en fonction du temps aux médecins fournissant des soins cliniques et préventifs liés à la santé des enfants et à l'environnement, et des services de promotion de la santé;
  • faire de la santé des enfants et de l'environnement une priorité nationale continue pour les gouvernements, les établissements d'enseignement et les associations de professionnels de la santé.

4. Offrir de las formation aux professionnels de la santé dans le domaine de la santé des enfants et de l'environnement

Objectifs :

  • évaluer ou mettre à jour les outils et le matériel existants et les diffuser à grande échelle;
  • mettre en oeuvre des programmes de formation des formateurs en matière de santé des enfants et de l'environnement basés sur les modules de l'OMS;
  • intégrer la santé des enfants et de l'environnement dans les programmes d'études des écoles de médecine, de sciences infirmières et des autres professions de la santé.

5. Informer le public au sujet des questions liées à la santé des enfants et à l'environnement

Objectifs :

  • encourager le public à faire du lobbyisme relativement à leur droit de connaître les enjeux liés à la santé environnementale;
  • élaborer des boîtes à outils au sujet de la santé environnementale à l'intention des enfants au primaire et les diffuser;
  • créer et lancer une campagne multimédia visant l'éducation du public, en collaboration avec des organismes professionnels;
  • intégrer le domaine de la santé des enfants et de l'environnement dans les programmes d'études des écoles primaires, secondaires et postsecondaires.

6. Conclusion

L'« Atelier pour les professionnels de la santé sur la santé des enfants et sur l'environnement » constituait une étape importante vers les discussions avec des professionnels de la santé à propos de leur rôle dans la protection des enfants contre les dangers de leurs environnements. Le but du présent rapport est de résumer les discussions qui ont eu lieu à l'atelier et d'organiser les résultats des délibérations afin d'identifier le point culminant à atteindre en matière de santé des enfants et de l'environnement (« Notre destination ») et certaines des mesures nécessaires à l'atteinte de ces objectifs (« Le chemin pour y arriver »).

Bien que les séances de l'atelier aient été conçues pour cibler les questions spécifiques aux professionnels de la santé, les discussions ont aussi porté sur des objectifs étant en dehors de leur juridiction, mais qui, pourtant, pourraient avoir un impact sur leurs activités. Plusieurs de ces objectifs contribuent de façon importante à la création d'une culture au Canada dans laquelle les professionnels de la santé auront confiance en eux et se sentiront à l'aise dans leurs efforts pour prévenir, diagnostiquer et traiter des maladies infantiles liées à l'environnement.

L'atelier a permis des progrès importants vers l'engagement des professionnels de la santé au niveau des questions liées à la santé des enfants et à l'environnement et l'intention de l'atelier était de fournir un cadre initial afin d'agir à cet égard. Étant donné la portée de l'enjeu, les partenariats avec le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux, territoriaux et municipaux, ainsi qu'avec d'autres professionnels de la santé et leurs associations professionnelles seront cruciaux dans l'élaboration d'une approche visant l'atteinte des objectifs en matière de santé des enfants et de l'environnement au Canada.

Références

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Annexe 1 : Évaluations

À la fin de l'atelier, seize participants ont soumis une évaluation. Un peu moins des deux tiers de ceux qui ont soumis une évaluation étaient de l'avis que l'atelier a atteint les objectifs voulus et un peu plus des deux tiers étaient de l'avis que le format était convenable à l'atteinte des objectifs énoncés. Une majorité écrasante de répondants étaient de l'avis qu'ils ont eu l'occasion d'exprimer leurs opinions, que la facilitation de l'atelier était efficace et que les matériels de l'atelier étaient pertinents et convenables (4,19/5 en moyenne pour chacun). En général, les répondants étaient satisfaits des lieux et de la nourriture offerte, mais ils s'intéressaient à la possibilité de tenir des ateliers ultérieurs plus près du centre-ville et d'offrir des produits locaux et biologiques lors du dîner et des pauses.

Selon les seize participants qui ont soumis une évaluation, les éléments suivants étaient les plus importants :

  • les occasions de réseautage;
  • l'énergie et l'enthousiasme des participants;
  • l'intérêt et le soutien de Santé Canada;
  • l'occasion de partager et d'apprendre en compagnie de professionnels qui partagent les mêmes opinions;
  • la reconnaissance du travail fait relativement à l'hygiène du milieu;
  • la diversité des professions représentées;
  • l'occasion de connaître des perspectives des peuples inuits;
  • l'occasion de connaître des perspectives internationales.

Les répondants ont suggéré d'apporter les améliorations suivantes :

  • moins de présentations;
  • mieux organiser les séances de discussion en groupes et avoir un moyen de rétroaction des discussions plus efficace ;
  • assigner les places pour assurer la diversité;
  • inclure d'autres professionnels, comme des pharmaciens et des naturopathes;
  • cibler le modèle de la santé communautaire en plus de la médecine clinique;
  • moins d'accent sur la médecine de famille et plus sur d'autres professions;
  • inclure des éducateurs;
  • organiser des occasions de réseautage moins formelles.

« De façon générale », les répondants ont coté l'atelier à 4,1/5. Selon eux, les présentations des groupes d'experts étaient utiles et pertinentes, surtout la troisième, sur l'éducation et la formation des professionnels de la santé (4,3/5). Ils ont également bien apprécié les deux présentations des autres groupes d'experts (« Le rôle des professionnels de la santé » : 4,2/5; et « Modèles de prestation des services » : 4,1/5).



1 Une « doula » (ou accompagnante à la naissance) offre du soutien à la femme enceinte et à sa famille avant, pendant et après la naissance du bébé. La doula certifiée est formée pour offrir un soutien émotionnel durant toute la période périnatale, pour faciliter la transition au milieu hospitalier et pour offrir une présence constante lors des changements de quarts et de fournisseurs de soins. www.cappacanada.ca/labordo.html

2 Il faut souligner que la présentation a eu lieu avant l'élaboration et la diffusion d'un module sur la santé environnementale à l'intention des infirmières et des infirmiers par l'Association canadienne des infirmières et infirmiers, une initiative dont Madame Fraser a fait part comme initiative en cours lors de sa présentation.

3 La SCP a approuvé la proposition depuis, et La section de la santé environnementale en pédiatrie est établie.