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Santé de l'environnement et du milieu de travail

Lignes directrices canadiennes pour la gestion des matières radioactives naturelles (MRN)

4 LIMITES PRATIQUES DÉRIVÉES (LPD) POUR LES MRN

Les limites pratiques dérivées (LPD) ont été déterminées à partir des limites de dose de rayonnement annuelles pour aider à effectuer l'évaluation des doses. Les LPD fournissent une estimation des doses à partir des quantités qui peuvent être mesurées directement sur le lieu de travail. Un programme d'évaluation des rayonnements peut permettre de comparer les résultats des mesures aux limites pratiques dérivées (LPD).

4.1 Débit de dose de rayonnement gamma

4.1.1 Seuil d'enquête

Le débit de dose professionnel qui donne une dose de rayonnement gamma incrémentielle de 0,3 mSv/a est de 0,15 µSv/h. La LPD pour le seuil d'enquête gamma est un débit de dose incrémentiel supérieur au fond de rayonnement hors site de 0,15 µSv/h.

4.1.2 Seuil de gestion de dose

Le débit de dose professionnel qui donne une dose de rayonnement gamma incrémentielle de 1 mSv/a est de 0,5 µSv/h. La LPD pour le seuil de gestion de dose est un débit de dose incrémentiel de 0,5 µSv/h.

4.1.3 Seuil de radioprotection

Il n'y a pas de LPD pour le seuil de radioprotection gamma du fait que l'on prévoit que les doses soient dérivées par mesure ou estimation de dosimétrie.

4.2 Concentration du radon

4.2.1 Introduction

Le radon est un gaz radioactif produit par la désintégration des isotopes de radium dans la famille radioactive de l'uranium et du thorium (voir figure 1.1). Comme c'est un gaz, le radon peut être déplacé de sont point d'origine par une circulation d'air ou d'eau et libéré dans l'air du lieu de travail. En général, le radon 222 est le seul isotope présent en concentrations suffisamment élevées pour transmettre une dose importante, mais le radon 220 (thoron 220) peut être présent aux endroits où l'on manipule et stocke le thorium.

Bien que les fortes concentrations de radon attribuables à des causes naturelles soient communes dans les bâtiments, les présentes Lignes directrices ne portent pas sur la gestion du radon en dehors des milieux de travail. On trouvera des informations sur les lignes directrices d'exposition au radon dans les lieux publics et les habitations dans le document Le radon : Guide à l'usage des propriétaires canadiens(10) publié par la Société canadienne d'hypothèques et de logement et Santé Canada.

Le radon qui se dégage du sol sous un bâtiment crée une concentration naturelle intérieure moyenne d'environ 50 Bq/m3, mais des valeurs bien supérieures sont possibles dans certains secteurs. Cette concentration est si variable avec le temps qu'il est peu probable que des mesures d'évaluation à court terme fassent une distinction convaincante entre le radon naturel et celui rejeté par une pratique industrielle. Lors des travaux d'excavation et de creusement de tunnels, du radon se dégage du sol, aussi il ne peut pas y avoir de distinction entre le radon naturel et celui qui a été introduit ou libéré par des activités industrielles (radon artificiel).

En conséquence, les recommandations pour le radon sont modifiées pour prendre en compte les contraintes pratiques. Du fait que l'on ne peut distinguer généralement le radon naturel du radon artificiel, les limites de dose données ici sont fondées sur la dose TOTALE d'exposition au radon, et non sur la dose INCRÉMENTIELLE de la pratique utilisée ailleurs dans les présentes Lignes directrices.

On peut estimer la dose provenant du radon soit à partir de la concentration du radon (gaz) (Bq/m3) ou à partir de la concentration d'énergie des descendants (joules par mètre cube (J/m3)). Au point de vue des coûts et du côté pratique, on recommande que la concentration de radon 222 soit la méthode de mesure retenue aux fins de dépistage dans le cas où les estimations de dose sont inférieures à
5 mSv/a. Le seul système de dosimétrie individuelle approuvé mesure la concentration des descendants (J/m3), et par conséquent on doit évaluer les débits de dose supérieurs à 5 mSv/a sur cette base. On ne peut estimer la dose provenant du thoron qu'à partir de la concentration des descendants.

Les facteurs de conversion reliant la dose d'une exposition au radon provenant de la concentration de radon (gaz) et de la concentration d'énergie des descendants sont donnés à l'annexe C. Les hypothèses et incertitudes de ces facteurs de conversion sont décrites dans la publication 65(4) de la CIPR. D'autres relations entre les mesures du gaz et des descendants sont également données à l'annexe C.

4.2.2 Limite pratique dérivée d'enquête pour le radon

La concentration de radon professionnelle qui donne une dose de 0,3 mSv/a est d'environ 50 Bq/m3, ce qui est comparable à la concentration naturelle du radon dans les bâtiments. Toutefois, comme la concentration de radon naturel peut varier considérablement, la limite pratique dérivée pour le radon est de 150 Bq/m3. Par conséquent la classification non limitée s'applique à tous les cas où la concentration de radon moyenne est inférieure à 150 Bq/m3. Si l'on prévoit que la concentration moyenne annuelle de radon (gaz) est supérieure à 150 Bq/m3, on doit effectuer des mesures pour estimer cette concentration.

4.2.3 Gestion des MRN pour le radon

Si la concentration moyenne annuelle estimée de radon dans une zone occupée est supérieure à 150 Bq/m3 mais inférieure à 800 Bq/m3, la classification MRN est gestion des MRN. Selon la source de radon, l'application de l'ALARA peut comprendre :

  • la mise en oeuvre d'une gestion d'accès du public et des travailleurs exposés occasionnellement,

  • des changements dans les pratiques de travail.

On doit vérifier périodiquement les lieux de travail pour vérifier que les conditions n'ont pas changé.

4.2.4 Gestion de la radioprotection pour le radon

La LPD pour le seuil de gestion de la radioprotection du radon 222 est une concentration de radon annuelle de 800 Bq/m3. Si la concentration moyenne annuelle estimée de radon est supérieure à 800 Bq/m3, la classification MRN est gestion de la radioprotection. On doit mettre en oeuvre un programme de gestion de la radioprotection comme le décrit la section 3.3.3.4. Le programme devrait comprendre les étapes pour réduire les concentrations de radon au-dessous de 800 Bq/m3.

4.3 Limite annuelle d'incorporation (LAI)

La limite annuelle d'incorporation est la quantité de matière radioactive qu'un travailleur peut ingérer ou inhaler chaque année et qui transmet une dose efficace annuelle de 20 mSv. Les valeurs de la LAI sont dérivées des valeurs du coefficient de dose (CD) établies par la CIPR. Elles sont fondées sur un examen critique de la recherche disponible sur l'estimation de la dose de rayonnement transmise à des organes et tissus particuliers attribuable à une incorporation d'une quantité donnée du radionucléide.

Les paramètres d'incorporation (débit respiratoire, grosseur des particules, etc.) sont différents pour les conditions d'exposition professionnelle ou du public et ainsi il y a des valeurs de CD différentes pour l'exposition professionnelle (CDw) ou du public (CDp).

4.3.1 LAI professionnelle

On doit prendre en compte deux groupes de travailleurs quand on attribue les LAI :

  • Les travailleurs exposés professionnellement sont des employés qui sont exposés à des sources de rayonnement de MRN au cours de leurs travaux normaux. Ils sont classés comme des travailleurs MRN qui travaillent dans un milieu d'exposition professionnelle, et leur dose efficace annuelle moyenne ne doit pas dépasser 20 mSv.

  • Les travailleurs exposés occasionnellement sont d'autres employés dont les tâches courantes ne comprennent pas une exposition aux sources de rayonnement de MRN. Ils sont considérés comme des membres du public qui travaillent dans un milieu d'exposition professionnelle et, en tant que tels, la limite de dose efficace annuelle pour ces travailleurs est de 1 mSv.

Le tableau 4.1 montre les valeurs du CDw et de la LAI pour les travailleurs MRN exposés à des radionucléides MRN importants. Les valeurs du CDw sont tirées de la publication 68(5) de la CIPR, et sont fondées sur une limite de dose efficace moyenne de 20 mSv par an.

Les valeurs appropriées des LAI pour les travailleurs exposés occasionnellement sont 1/20e des valeurs des LAI dont la liste figure au tableau 4.1.

Figure 4.1 Classifications du programme du radon(a)

DOSE ANNUELLE CLASSIFICATION SELON LE PROGRAMME MRN

flèche 3000 Bq/m3 (Limite de dose professionnelle de 20 mSV/a; cinq ans, moyenne)(b)
  GESTION DE LA RADIOPROTECTION
800 Bq/m3 (LPD de gestion de la radioprotection 5 mSv)(c)

flèche 150 Bq/m3

GESTION DES MRN

(LPD d'enquête)(c)


flèche   NON LIMITÉ

Fond naturel de rayonnement

Notes :

(a) Le contrôle du radon 222 et de ses descendants dans la valeurs données à la figure 4.1 contrôlera parallèlement le radon 220 et ses descendants dans les limites applicables.

(b), (c) On suppose un facteur d'équilibre de 0,4 pour le radon 222 et ses descendants et une dose professionnelle de 2 000 heures par an. (Références 4).

4.3.2 LAI du public

Au lieu de spécifier les valeurs des LAI pour la dose au public, les Lignes directrices présentent des limites de rejet dérivées qui précisent la radioactivité totale maximale (Bq) des MRN et les valeurs de concentration des MRN (Bq/g; Bq/L; Bq/m3) pour les rejets inconditionnels dans le domaine public aux tableaux 5.1, 5.2 et 5.3. C'est une méthode plus pratique qui permet de donner des renseignements sur la gestion des MRN et elle est en accord avec d'autres normes associées de rejet dans l'environnement.

Ces limites de rejet sont fondées sur la dose provenant de toutes les voies de radioexposition dues au rejet et sont fondées sur une limite de dose annuelle maximale de 0,3 mSv comme le recommande le document CIPR 77(7).

4.3.3 Mesures de contrôle de l'inhalation

Dans certains milieux de travail MRN, la majeure partie de la dose peut être transmise par inhalation. Si les incorporations annuelles dépassent 1/20e des LAI, des mesures d'ingénierie contrôlant la source de matière radioactive en suspension dans l'air sont la méthode de gestion généralement retenue. Ces mesures comprennent l'extraction à la source pour empêcher que la matière ne s'échappe dans l'air et l'augmentation du débit de renouvellement d'air.

Si les incorporations dépassent 25 p. 100 de la LAI (équivalant à 5 mSv/a) une fois que les mesures d'ingénierie ont été mises en oeuvre, un programme de protection respiratoire et/ou la limitation de l'accès des travailleurs doivent être considérés dans le cadre du programme de radioprotection. La protection respiratoire doit suivre les prescriptions des normes spécifiées pour d'autres poussières dangereuses dépendant de l'autorité locale.

Utilisation d'appareils respiratoires

On ne peut obtenir un coefficient de protection élevé que si l'on dispose d'un programme effectif de choix d'entretien et d'utilisation des appareils(11).

Tableau 4.1 Limites annuelles d'incorporation pour les travailleurs exposés professionnellement

Radionucléide MRN

Inhalation (DAMA 5µm)(a) Ingestion

Type(b) CDw
(Sv/ Bq)
LAI
(Bq)(c)
f1(d) CDw
(Sv/ Bq)
LAI
(Bq)(c)

Plomb 210 R 1,1e-06 18 000 0,2 6,8e-07 29 000

Polonium 210 R 7,1e-07 28 000 0,1 2,4e-07 83 000
  M 2,2e-06 9 000      

Radium-226 M 2,2e-06(g) 9 000 0,2 2,8e-07 71 000

Radium 228 M 1,7e-06 12 000 0,2 6,7e-07 30 000

Thorium 228 M 2,3e-05 900 0,0005 7,0e-08 290 000
  L 3,2e-05 600 0,0002 3,5e-08 570 000

Thorium 232 M 2,9e-05 700 0,0005 2,2e-07 91 000
  L 1,2e-05 1 700 0,0002 9,2e-08 200 000

Uranium(e) (tous descendants) Mélangé 7,1e-06 2 800 Composite 1,2e-07 170 000

Uranium (père) (238U, 234U)(f) R 5,8e-07 34 000 0,02 4,4e-08 450 000
M 1,6e-06 13 000 0,002 7,6e-09 2 600 000
L 5,7e-06 3 500      

Notes :

  1. Diamètre aérodynamique médian en activité. Aérosol inhalé moyen de 5 microns (5 µm).

  2. La colonne « type » indique le débit relatif d'absorption de la matière déposée des voies respiratoires au courant sanguin, d'où la probabilité d'incorporation de la matière dans les systèmes biologiques. Les matières de types R, M et L ont respectivement des débits d'absorption rapides (R), moyens (M) et lents (L) dans le sang provenant des voies respiratoires.

  3. Les valeurs de LAI sont fondées uniquement sur les aspects radiologiques, l'incorporation de 1 LAI correspond à une dose efficace annuelle de 20 mSv. Dans le cas des travailleurs exposés occasionnellement, multiplier les valeurs de LAI par 1/20. Dans le cas de certains radionucléides MRN à longue période, la toxicité chimique peut être plus restrictive. La toxicité chimique et radiologique doit être examinée avant de fixer les limites d'exposition des lieux de travail.

  4. Fraction de l'incorporation initiale. Fraction absorbée par rapport à la quantité d'incorporation totale. Le reste passe par les voies gastro-intestinales et est excrété.

  5. Tiré de « Limites annuelles provisoires d'incorporation de poussière radioactive à longue période » Commission de contrôle de l'énergie atomique (CCSN), janvier 1995.

  6. Nucléide d'uranium résiduel subsistant après la séparation chimique ou physique de ses descendants.

  7. Tiré de « Age Dependent Doses to Members of the Public from Intake of Radionuclides : Partie 5 - Compilation of Ingestion and Inhalation Coefficients », Publication CIPR 72, Annales de la CIPR, vol. 26, no 1, 1996.