La majorité des données répertoriées en vue de l'évaluation du risque pour la santé humaine se rapportent aux mélanges commerciaux; les renseignements concernant chacun des congénères sont beaucoup moins nombreux. L'évaluation préliminaire des données toxicologiques disponibles a permis de présenter, au tableau 2, les concentrations ou doses avec effet observé et les effets critiques pour les mélanges ComPeBDE, ComOcBDE et ComDeBDE ainsi que pour chacun des groupes de congénères dont il est question ici (dans la mesure du possible); le tableau 3 résume de façon plus détaillée les effets sur la santé associés à chacun de ces mélanges et congénères. Les PBDE semblent avoir des effets critiques sur le foie et le développement neurocomportemental. Comme la base de données pour certaines substances est limitée, la confiance dans l'évaluation de chaque groupe de congénères et de chaque mélange commercial varie.
Compte tenu de ce qui précède, on a jugé que la dose avec effet critique qui convenait le mieux à l'évaluation préalable du risque pour la santé humaine est de 0,8 mg/kg de poids corporel (p.c.) (pour le PeBDE). Cette valeur prudente est fondée sur les effets neurocomportementaux consistant en des changements dans la locomotion, le redressement et l'activité totale en lien avec la dose et le temps, observés chez des souris néonates auxquelles on a administré par gavage une seule dose orale 10 jours après leur naissance et qui ont fait l'objet d'observations pendant une période subséquente de 5 mois (Eriksson et al., 1998, 2001). Des effets sur le développement neurocomportemental ont aussi été observés chez des souris néonates exposées à des doses plus élevées de PeBDE à différents jours après leur naissance (Eriksson et al., 1999, 2002; Viberg et al., 2000 [résumé], 2002b) ainsi que chez des souriceaux exposés au PeBDE par le biais d'une dose administrée à la mère (bien qu'il n'y ait eu aucun rapport entre la dose et l'ampleur de l'effet) (Branchi et al., 2002, 2003). Toutefois, aucun effet sur l'activité motrice n'a été constaté chez des rats exposés à des doses allant jusqu'à 100 mg de ComPeBDE/kg p.c./jour à partir du 6e jour de gestation jusqu'au 21e jour après la naissance (Taylor et al., 2002 [résumé], 2003 [résumé]; MacPhail et al., 2003 [résumé]), même si des effets semblables à ceux observés à une dose de 0,8 mg de PeBDE/kg p.c. ont été constatés par le même groupe de chercheurs chez des souris néonates auxquelles on avait administré une seule dose relativement faible de TeBDE, de HxBDE et de DeBDE (Eriksson et al., 1998, 2001; Viberg et al., 2001a [résumé], 2001b [résumé], 2002a [résumé], 2003; Viberg, 2002 [comm. pers.]). Puisque ces groupes de congénères sont aussi présents dans les mélanges ComPeBDE, ComOcBDE ou ComDeBDE, il est justifié de croire que cette dose minimale avec effet observé (DMEO) pour le PeBDE dans une évaluation préalable du danger pour la santé de l'ensemble du présent groupe de PBDE est critique. [Nota : Même si une DMEO plus faible de 0,44 mg/kg p.c./jour a été observée pour le ComPeBDE, cette valeur était fondée sur des modifications de l'activité des enzymes hépatiques, et aucun changement histopathologique dans le foie n'a été observé à cette dose ou à des doses plus élevées (Carlson, 1980b).] En outre, les DMEO critiques pour d'autres effets (changements dans le poids du foie ou l'histopathologie) observés dans des études à long terme comportant l'administration de ComPeBDE ou de ComOcBDE à des rongeurs sont dans le même ordre de grandeur que cette DMEO prudente. On considère aussi que cette dose avec effet critique modéré permet de tenir compte de l'incidence légèrement accrue des tumeurs du foie observées chez les souris et de l'augmentation du nombre de nodules néoplasiques observés chez les rats auxquels des doses beaucoup plus élevées de DeBDE ont été administrées de façon chronique, parce que le poids de la preuve pour ce qui est de la génotoxicité des PBDE n'est pas irréfutable.
Les données permettant de calculer les valeurs estimatives de l'exposition de la population aux PBDE sont très disparates, car certains chercheurs ont signalé les concentrations de congénères individuels ou de groupes de congénères dans divers milieux, tandis que d'autres ont fait état des concentrations des PBDE totaux, sans spécifier les congénères mesurés. Il est donc difficile de calculer des valeurs sûres de l'exposition à chacun des congénères ou groupes de congénères. Aux fins de la présente évaluation préalable, en raison de la similarité des effets sur la santé associés aux divers PBDE dont il est question ici, les doses ou concentrations avec effet critique ont été comparées aux limites supérieures estimatives de l'exposition aux PBDE totaux (c.-à-d. les congénères TeBDE à DeBDE) pour déterminer les marges prudentes.
En se fondant sur les concentrations signalées de PBDE dans l'air ambiant, l'air intérieur2, l'eau, divers produits alimentaires, le lait maternel humain et la poussière, de même que sur les valeurs de référence normalisées pour six différents groupes d'âge, y compris les nouveau-nés allaités naturellement, on a déterminé que la limite supérieure estimative de la dose journalière de PBDE totaux (c.-à-d. les congénères TeBDE à DeBDE dont il est question ici) variait entre 0,2 et 2,6 µg/kg p.c./jour pour divers groupes d'âge de la population canadienne en général. Les aliments (y compris le lait maternel) représentent la principale source d'exposition pour la majorité des groupes d'âge (bien que la poussière soit la principale source d'exposition pour le groupe d'âge comprenant les nouveau-nés de 0-6 mois nourris au lait maternisé) (voir le tableau 4). Le groupe d'âge peut-être le plus exposé comprenait les nouveau-nés de 0-6 mois allaités naturellement, car le lait maternel est à l'origine de 92 % de l'exposition. Étant donné que les évaluations préalables visent en partie à établir la limite supérieure estimative de l'exposition, ce calcul a été fondé sur la concentration maximale de PBDE mesurée dans le lait maternel (589 ng/g de lipides). On doit toutefois noter que les valeurs moyenne et médiane mentionnées dans l'étude étaient environ 40 et 200 fois moins élevées, respectivement, que cette valeur (soit 15 et 2,9 ng/g de lipides respectivement) (Ryan et Patry, 2001a, 2001b; Ryan et al., 2002a, 2002b). Les auteurs ont signalé qu'il existait une grande variation dans les concentrations de PBDE présents dans le lait maternel et que des valeurs très élevées avaient été mesurées dans certains échantillons. Des données limitées indiquent que les concentrations de PBDE dans le lait maternel humain au Canada semblent augmenter avec le temps (p. ex., en 2001, la concentration moyenne était neuf fois plus élevée qu'en 1992) (Ryan et al., 2002a).
On considère que ces limites supérieures estimatives de l'exposition sont prudentes parce qu'elles sont fondées sur la somme des valeurs pour tous les congénères au sujet desquels il existe des données. Les données concernant chacun des congénères ont été fondées sur les concentrations les plus élevées mesurées dans de nombreux milieux. La limite supérieure estimative de la dose dans les aliments pour les sous-populations consommant de la nourriture plus traditionnelle ou locale, qui est fondée sur des données limitées concernant les concentrations maximales de PBDE et les modes de consommation de cette nourriture, n'est pas beaucoup plus élevée (moins de deux fois). Les émissions de PBDE provenant de produits de consommation qui ont été traités avec des préparations ignifuges contenant ces substances (p. ex., les boîtiers de téléviseurs ou d'ordinateurs) pourraient contribuer à l'exposition totale. Toutefois, l'apport par inhalation attribuable à ces sources, calculé à l'aide des données concernant les profils d'utilisation et des concentrations moyennes dans les émissions, est négligeable (jusqu'à 5 × 10-4 µg/kg p.c./jour) comparativement à l'apport attribuable aux aliments. De même, l'apport par contact cutané avec de la poussière ou par contact oral avec des produits ménagers traités au moyen d'agents ignifuges contenant des congénères du PeBDE et du OcBDE (ENVIRON International Corporation, 2003a, 2003b) est aussi négligeable comparativement à l'apport attribuable aux aliments.
En raison de la nature des effets jugés critiques (c.-à-d. les effets neurocomportementaux chez les souris à la suite de leur exposition néonatale), il est approprié de considérer que la limite supérieure estimative de la dose chez les nouveau-nés allaités naturellement est la mesure critique de l'exposition dans la présente évaluation préalable. D'autres méthodes de calcul de la limite supérieure de l'exposition ont aussi été envisagées (p. ex., le rétrocalcul des doses fondé sur un modèle cinétique de premier ordre utilisant des données limitées concernant les concentrations dans le sang de la population générale, et la comparaison de la charge corporelle déterminée pour l'étude critique chez des animaux de laboratoire avec celle calculée pour les nouveau-nés allaités naturellement). Toutefois, la confiance dans les valeurs calculées, qui donnent des écarts d'exposition environ dix fois moindres que ceux présentés ci-dessous, est extrêmement faible en raison des limites considérables des données pertinentes sur les demi-vies biologiques des PBDE chez les humains et de leur incompatibilité apparente avec les résultats prévus, compte tenu des propriétés physiques et chimiques de ces composés (c.-à-d. la valeur élevée du logarithme du coefficient de partage octanol-eau des PBDE).
2 Dans une récente étude (2003) réalisée par Santé Canada, pour laquelle il existe seulement des résultats préliminaires, la concentration maximale de PBDE (du TeBDE au HeBDE) dans des échantillons d'air intérieur de 72 résidences à Ottawa était de 3,6 ng/m3. Toutefois, cette valeur n'influe pas sur celle de la limite supérieure de l'apport journalier de PBDE totaux en raison de la contribution relativement faible de l'air à l'exposition totale.