La cancérogénicité des PCB chez l'humain a été examinée dans des études de cohorte prospectives sur la mortalité par cancer des travailleurs exposés et dans des études cas-témoins sur l'exposition environnementale qui ont cherché à établir les liens entre les concentrations de PCB dans le sérum et dans les tissus adipeux et les cas de cancer (US ATSDR, 2000). Selon l'Agence ATSDR des États-Unis :
Certaines des études sur la mortalité donnent à penser que l'exposition professionnelle aux PCB était associée à divers sièges de cancer, en particulier le foie, les voies biliaires, l'intestin et la peau (mélanome). Un rapport sur le cancer du foie chez les victimes de l'incident de Yusho semble confirmer les données sur l'hépatocancérogénicité professionnelle. On ne constate pas d'association nette entre l'exposition professionnelle aux PCB et d'autres sièges de cancer, dont le cerveau et les systèmes hématopoïétique et lymphatique. Les études cas-témoins portant sur la population générale ne permettent pas de conclure à des associations entre les expositions aux PCB dans l'environnement et le risque de cancer du sein ou de lymphome non hodgkinien, bien que des données préliminaires indiquent que certains sous-groupes de femmes pourraient avoir un risque plus élevé de cancer du sein. Dans l'ensemble, les études sur les humains donnent à penser que les PCB sont cancérogènes. Contrairement aux études s'intéressant aux humains, les études ayant porté sur les animaux établissent de manière concluante que les mélanges commerciaux de PCB sont cancérogènes pour les animaux, des expériences ayant fait apparaître des tumeurs du foie et de la thyroïde.
Cogliano (1998) a étudié la toxicité et l'évolution dans l'environnement (clivage, conversion chimique et bioaccumulation préférentielle) de mélanges de PCB présents dans l'environnement pour en évaluer le potentiel cancérogène et a conclu que tous ces mélanges pouvaient causer le cancer.
Le tableau 7 résume les relations concentration-réponse concernant le cancer du sein, effet dont le lien avec les expositions environnementales a été évalué dans plusieurs études.
Deux études ont fait ressortir un lien entre le risque de lymphome non hodgkinien (LNH) et l'exposition aux PCB (Hardell et coll., 1996; Rothman et coll., 1997). En Suède, on a comparé les concentrations des PCB totaux et de 34 congénères non coplanaires dans les tissus adipeux de 27 patients hospitalisés pour un lymphome non hodgkinien (de type B) et de 17 témoins opérés d'une tumeur non maligne (Hardell et coll., 1996). La concentration moyenne des PCB totaux, calculée en tant que somme de trois congénères coplanaires (PCB 77, 126 et 169), était d'environ 33 % plus élevée (p = 0,06) chez les cas que chez les témoins. Les taux moyens individuels de 11 congénères non coplanaires étaient plus élevés de manière statistiquement significative (p < 0,05) par rapport aux témoins; la différence la plus importante (p < 0,01) concernait les congénères 156 et 208. L'association entre une concentration de PCB totaux supérieure à la concentration médiane (1 300 ng/g de lipides) et le risque de LNH présentait un rapport de cotes (RC) de 2,7 (IC à 95 %, 0,8-9,4).
Une association entre les taux sériques de PCB et une élévation du risque de LNH a été mise en évidence dans une étude prospective sur des cas-témoins sélectionnés au sein d'une cohorte d'habitants du Maryland (Rothman et coll., 1997). Les taux sériques de PCB totaux ont été comparés chez 74 cas atteints d'un LNH et 147 témoins appariés issus d'une cohorte constituée en 1974. La concentration moyenne des PCB était plus élevée de façon statistiquement significative chez les cas que chez les témoins (10 % de plus, p = 0,0014). Une analyse de régression logistique conditionnelle a montré que le risque de LNH s'élevait significativement de pair avec les concentrations sériques de PCB (p de la tendance = 0,0008); dans les deux quartiles des concentrations les plus élevés, les RC s'établissaient à 2,8 (IC à 95 %, 1,1-7,6) et à 4,5 (IC à 95 %, 1,7-12,0). Une autre analyse a montré que l'effet des PCB sur le risque de LNH augmentait chez les participants qui présentaient une sérologie positive pour l'antigène précoce du virus d'Epstein-Barr.
Étude |
Année |
Source des témoins |
Nombre de cas/ |
Cas : taux moyens de PCB |
Témoins : taux moyens de PCB |
Rapport de cotes (taux de PCB le plus élevé et le plus bas) (IC à 95 %) |
|---|---|---|---|---|---|---|
Études cas-témoins cliniques de faible envergure |
||||||
Wasserman et coll., 1976 |
1976 (Brésil) |
Victimes d'accident |
9/5 |
9,1 ppm |
3,0 ppm |
ND |
Unger et coll., 1984 |
1982 (Danemark) |
Tissus prélevés à l'autopsie chez des femmes atteintes/non atteintes d'un cancer du sein |
18/35 14/21 |
6,47 ppm 3,89 ppm |
5,12 ppm 3,93 ppm |
ND |
Mussalo-Rauhamaa et coll., 1990 |
1985-1986 (Finlande) |
Victimes d'accident |
41/33 |
1,05 mg/kg |
1,30 mg/kg |
ND |
Falck et coll., 1992 |
1987 (États-Unis) |
Patientes présentant une ABS |
20/20 |
1 669 ng/g |
1 105 ng/g |
ND |
Dewailly et coll., 1994 |
1991-1992 (Canada) |
Patientes présentant une ABS |
20/17 |
ER+ 331,5 µg/kg |
397,0 µg/kg |
ND |
Guttes et coll., 1998 |
1993-1994 (Allemagne) |
Patientes présentant une ABS |
45/20 |
BZ153 624 µg/kg |
BZ153 |
ND |
Liljegren et coll., 1998 |
1993-1995 (Suède) |
Patientes présentant une ABS |
43/35 |
1205 ng/g de lipides |
1149 ng/g de lipides |
1,8 (0,4 - 7,3) |
Études cas-témoins rétrospectives |
||||||
Wolff et coll., 1993 |
1985-1991 (États-Unis) |
Clinique de dépistage par mammographie |
58/171 |
8,0 ppb |
6,7 ppb |
4,4 (0,90 - 20,4) |
Moysich et coll., 1998 |
1986-1991 (États-Unis) |
Femmes vivant dans les comtés d'Érié et de Niagara, État de N.Y. |
154/192 |
4,3 mg/g |
4,1 mg/g |
1,14 (0,6 - 2,2) |
Zheng et coll., 2000 |
1995-1997 (États-Unis) |
Patientes présentant une ABS et vivant dans le comté Tolland, corésidentes |
475/502 |
733,1 ppb |
747,6 ppb |
0,95 (0,7 - 1,3) |
Demers et coll., 2000 |
1994-1997 (Canada) |
Patientes dans des hôpitaux de Québec, femmes vivant au Québec |
315 cas |
BZ153 |
BZ153 |
1er et 5e quintile |
Études cas-témoins nichée dans une cohorte |
||||||
Krieger et coll., 1994 |
1964-1991 (États-Unis) |
Femmes adhérant au programme de soins médicaux de la Kaiser Permanente, dans le Nord de la Californie (n = 57 040) |
150/150 |
4,4 ppb |
4,8 ppb |
0,94 (0,5 - 1,8) |
Hunter et coll., 1997 |
1989-1990 (États-Unis) |
Infirmières diplômées, mariées, habitant dans 11 États américains (n = 121 700) |
230/230 |
5,08 ppb |
5,16 ppb |
0,66 (0,3 - 1,4) |
Hoyer et coll., 1998 |
1976 (Danemark) |
Participantes à une étude sur les maladies du coeur, à Copenhague (n = 7 712) |
240/477 |
1 099,89 ng/g |
1,11 (0,7 - 1,77) |
|
Dorgan et coll., 1999 |
1977-1987 (États-Unis) |
Participantes au projet de démonstration et de dépistage du cancer du sein à Columbia, au Missouri (n = 7 224) |
105/208 |
|
|
0,70 (0,3 - 1,5) |
Helzlsouer et coll., 1999 |
1974/1989 (États-Unis) |
Participantes aux campagnes sur les maladies chroniques, dans le comté de Washington, au Maryland |
235/235 |
4,9 ng/ml |
4,7 ng/ml |
1er et 5e quintile |
Wolff et coll., 2000 |
1985-1991 (États-Unis) |
Femmes de New York se présentant à un dépistage du sein (n = 14 275) |
148/295 |
5,04 ng/ml |
4,97 ng/ml |
2,02 (0,8 - 5,4) |
ABS = affection bénigne des seins |
||||||