Le présent rapport a été préparé pour Santé Canada dans le but de résumer et d'évaluer l'information disponible sur deux sujets indispensables à la réalisation d'études cherchant à chiffrer les avantages de mesures politiques visant une réduction accélérée de l'exposition aux polychlorobiphényles (PCB) dans l'environnement au Canada. Le premier sujet est l'analyse de l'information existante sur les risques des PCB pour la santé humaine. Le deuxième sujet est l'analyse et l'évaluation des estimations économiques nécessaires pour attribuer une valeur monétaire (avantages) à la réduction des effets des PCB sur la santé (effets évités). Ces deux sujets sont les composantes essentielles d'une analyse menée selon la méthode de la fonction de dommage (MFD) pour évaluer les avantages d'un projet environnemental.
L'objet du présent rapport est de déterminer si l'on peut trouver dans les études existantes des relations concentration-réponse et des estimations chiffrées, établies sur des bases scientifiques solides, qui permettent de mesurer la valeur économique des effets sur la santé humaine qui pourraient être évités par des mesures de réduction accélérée de l'exposition aux PCB dans l'environnement. Comme on le verra dans les pages qui suivent, la présente étude aboutit à la conclusion que, pour l'heure, il n'existe pas de relations concentration-réponse dont l'utilisation puisse être recommandée dans une analyse des avantages des réductions des effets liés aux PCB. En revanche, pour ce qui concerne une série restreinte d'effets sur la santé dont on sait ou soupçonne qu'ils ont un lien avec les PCB, le rapport fournit des valeurs estimatives qui pourraient être utilisées dans une analyse des avantages menée selon la méthode de la fonction de dommage (MFD).
La méthode de la fonction de dommage (MFD) est une démarche analytique souvent employée pour chiffrer les avantages physiques (en particulier les avantages pour la santé humaine) engendrés par une diminution de l'exposition aux polluants ambiants et leur attribuer une valeur économique. La MFD est conforme aux principes scientifiques fondamentaux de l'évaluation des risques et de la théorie économique. Elle exploite l'information disponible dans les domaines des sciences naturelles et de l'économie pour évaluer quantitativement l'incidence qu'une modification des conditions environnementales peut avoir sur le bien-être de la société. Les résultats d'analyses menées selon la MFD ont été mis à profit pour évaluer des projets de lutte contre la pollution impliquant d'importants coûts de mise en conformité pour l'industrie et pour la société. Les estimations des avantages chiffrés, tant physiques que monétaires, peuvent aider les décideurs politiques, les secteurs réglementés et le public à mieux comparer les avantages (effets bénéfiques) et les désavantages (coûts) d'une nouvelle mesure visant à protéger l'environnement.
La figure 1 illustre les principales étapes de la MFD. La première consiste à estimer la réduction de l'exposition qui résultera d'un projet de mesure réglementaire. Elle implique habituellement de déterminer les voies, ou chemins d'impact, par lesquelles s'opère la contamination des humains ainsi que le niveau de la contamination. L'étape 2 implique d'établir les relations concentration-réponse qui relient les modifications de l'exposition à un certain nombre de paramètres de santé. Le résultat de cette étape prend d'ordinaire la forme d'estimations de la quantité des effets sur la santé (p. ex. cas évités de cancers, d'éruptions cutanées). Au cours de l'étape 3, une valeur monétaire est calculée pour chacun des paramètres de santé, et la somme de toutes ces valeurs représente la valeur totale des avantages chiffrés que la nouvelle politique devrait engendrer. À cause du facteur d'incertitude inhérent à chaque étape de la MFD, l'incertitude cumulée croît à mesure que l'on se rapproche des estimations finales. Pour saisir ce facteur de manière explicite et faciliter l'interprétation des résultats, le facteur d'incertitude est chiffré dans toute la mesure du possible et précisé dans les estimations finales des avantages.
Le présent rapport fait un tour d'horizon des renseignements biologiques et économiques qui sont disponibles et qu'il est nécessaire d'avoir pour réaliser l'étape 2 (relations concentration-réponse) et l'étape 3 (estimation monétaire) d'une analyse de la réduction de l'exposition aux PCB au Canada selon la MFD.
Figure 1. Méthode de la fonction de dommage (MFD).

Les PCB sont des mélanges de différents composés organochlorés de synthèse, dont le nombre peut atteindre 209. Comme ils résistent au feu, qu'ils sont stables et ne conduisent pas l'électricité, les PCB ont été utilisés dans des produits industriels et de consommation les plus divers. Les PCB ont commencé à être fabriqués à l'échelle commerciale en 1929 en Amérique du Nord , et ont été couramment utilisés comme liquides de refroidissement, matériaux ignifuges et isolants dans toutes sortes d'appareils électriques, ainsi que dans diverses applications comme les liquides hydrauliques et lubrifiants, les plastiques, les peintures et le bitume (Santé Canada, 2007a).
Mais, dans les années 1960, le monde scientifique a commencé à s'interroger sur les dangers associés à l'utilisation et à l'élimination des PCB. En effet, en 1966, des PCB sont détectés dans les Grands Lacs. En 1968, les PCB défrayent la chronique après la découverte, en Suède, d'oiseaux contaminés par les PCB et l'intoxication, au Japon, de 1 200 personnes qui avaient consommé de l'huile de poisson contaminée. En 1973, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a recommandé aux nations membres de restreindre autant que possible l'emploi des PCB et de trouver des moyens de limiter l'exposition des humains à ces substances.
En 1977, le Canada a interdit l'importation et la fabrication des PCB ainsi que leur vente en vue d'une réutilisation. En signant l'Accord sur la qualité de l'eau des Grands Lacs de 1978, le Canada et les États-Unis ont cherché à mettre fin à presque tous les rejets des PCB (et d'autres substances rémanentes) dans les Grands Lacs (US EPA, 2000). Le Canada interdit les émissions de PCB dans l'environnement depuis 1985 et réglemente le stockage de ces substances depuis 1988. Les provinces ont également adopté des règlements sur la manipulation, le transport et la destruction des PCB (Santé Canada, 2007b).
Le Canada n'a jamais fabriqué de PCB, mais il en a importé quelque 40 000 tonnes directement et par le biais de produits qui en contenaient. On a pu calculer qu'un peu plus de 24 000 tonnes de PCB se trouvent dans des appareils électriques encore en service et dans des entrepôts où ils attendent leur élimination définitive. En toute vraisemblance, la différence, soit 16 000 tonnes, est estimée dispersée dans l'environnement au Canada. Avant que l'on se rende compte des risques qu'ils posaient, les PCB étaient intégrés dans les circuits ordinaires de l'élimination des déchets. Depuis l'entrée en vigueur des règlements sur les PCB, des quantités de PCB ont continué de se répandre dans l'environnement au Canada, à cause des incendies touchant de vieilles installations électriques contenant des PCB, de la vaporisation de peintures, de revêtements et de plastiques, d'une élimination inadéquate, et aussi à cause des retombées de PCB transportés par les courants aériens depuis les quatre coins du monde (Fisher Environmental, 2007).
Les rejets de PCB dans l'environnement au Canada et les retombées de PCB venus du monde entier font en sorte que les PCB sont détectables partout au Canada à l'état de traces, même dans les régions sauvages les plus reculées. Presque tous les Canadiens ont d'infimes quantités de PCB dans leur corps, comme d'ailleurs presque tous les autres organismes vivants sur la planète (Santé Canada, 2007a).
Comme ce sont des substances toxiques persistantes qui mettent très longtemps à se dégrader, les PCB s'accumulent dans le réseau trophique. À cet égard, on constate un phénomène particulièrement préoccupant, soit la bioaccumulation des PCB dans les milieux lacustres et marins, dont les eaux sont le point d'aboutissement des PCB, qui s'y déversent par de nombreuses voies. Étant donné que la contamination par les PCB est de faible niveau mais omniprésente au Canada, les principales voies d'exposition aux PCB sont, pour l'être humain, la consommation d'aliments contaminés, notamment le poisson (surtout les captures des pêcheurs à la ligne dans les rivières et les lacs contaminés), la viande et les produits laitiers, et la respiration d'air contaminé par les PCB à proximité de vieilles installations électriques ou de sites d'enfouissement de produits dangereux (ATSDR, 2000).
Les effets sur la santé les plus couramment observés chez les personnes exposées à des taux élevés de PCB (expositions professionnelles) sont des affections de la peau, comme l'acné et les éruptions cutanées. Des études menées chez des travailleurs exposés ont mis en évidence des anomalies au niveau du sang et des urines pouvant être l'indice d'une atteinte hépatique. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) considère que les PCB sont probablement cancérogènes pour l'humain, au vu de données restreintes tendant à démontrer qu'une exposition professionnelle prolongée à des concentrations élevées de PCB peut mener à une incidence accrue des cancers du foie et du rein (CIRC, 2007). En revanche, il semble peu probable que les taux de PCB auxquels est exposée la population générale soient susceptibles de causer des lésions au niveau de la peau et du foie (ATSDR, 2001a, 2001b).
Néanmoins, l'incertitude est plus grande en ce qui concerne les effets d'une exposition chronique aux PCB à des concentrations généralement associées aux expositions environnementales. La plupart des études sur les effets néfastes des PCB sur la population générale ont porté sur des enfants dont la mère avait été exposée aux PCB.
Les renseignements supplémentaires sur les risques pour la santé humaine ont été tirés des nombreuses recherches portant sur les animaux.
Les études portant sur la santé humaine indiquent que les PCB :
(Sources : US ATSDR, 2001a, 2001b)