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Santé de l'environnement et du milieu de travail

Chlorobenzène - LSIP1

3.0 Évaluation des « substances toxiques » en vertu de la LCPE

Comme on le décrit dans l'introduction du présent rapport, l'évaluation suivante est organisée en fonction de la source de monochlorobenzène, de l'exposition des humains et des autres biotes, ainsi que des effets délétères potentiels.

3.1 Sources

Le monochlorobenzène est rejeté directement sur le sol durant l'épandage de pesticides et dans l'environnement en général par l'industrie de la fabrication et de la transformation. Il est également présent dans le lixiviat de certaines aires de décharge. Il existe aussi des raisons de croire qu'il se forme du monochlorobenzène, donc des rejets de cette substance, durant l'incinération de déchets dangereux. On a mesuré le monochlorobenzène présent dans l'atmosphère, dans certains effluents industriels ainsi que dans les eaux souterraines et les eaux des lixiviations dans le voisinage de certaines décharges publiques au Canada. On en a aussi décelé dans l'eau potable traitée.

3.2 Exposition

On n'a pas décelé de concentrations mesurables de monochlorobenzène dans les eaux de surface au Canada, pas plus d'ailleurs que dans les sédiments des Grands Lacs, comme on pourrait s'y attendre étant donné ses propriétés physico-chimiques. On a mesuré le monochlorobenzène présent dans les effluents bruts de quatre usines ontariennes de fabrication de produits organochimiques : leur concentration moyenne était 7,4 µg/L et la concentration maximale signalée, 50 µg/L. On ne croit pas qu'il y ait une importante bioconcentration du monochlorobenzène dans le biote.

Les concentrations de monochlorobenzène trouvées dans les échantillons d'air prélevé dans l'ensemble du Canada s'élevaient en moyenne à 0,15 µg/m3 (plage des valeurs moyennes de 0,10 à 0,21µg/m3 ); la concentration maximale trouvée était 1,74 µg/m3 .

L'utilisation de monochlorobenzène comme solvant vecteur des pesticides peut entraîner des concentrations temporairement élevées dans les couches supérieures du sol ainsi que dans l'atmosphère au-dessus des champs traités. Par modélisation, on a prévu que la concentration trouvée après l'épandage d'un pesticide serait 5,5 µg/g dans le sol et 1 µg/m3 dans l'air au-dessus du champ traité. À l'échelle régionale, on a prévu des concentrations inférieures à 1 µg/g dans le sol et à 1 x 10-3 µg/m3 dans l'air.

Comme les humains sont exposés au monochlorobenzène par tous les milieux, on a évalué l'exposition totale due aux divers milieux. Bien qu'il existe peu de données concernant les concentrations de monochlorobenzène présentes dans les milieux environnementaux auxquels le grand public est exposé, il est possible d'évaluer l'absorption de cette substance entraînée par les diverses sources, à l'exception de l'alimentation (tableau 1). Toutefois, d'après leurs propriétés physicochimiques et les données qu'on possède sur les concentrations des autres monochlorobenzènes dans les aliments et les renseignements limités concernant les teneurs en monochlorobenzène trouvées dans l'air et dans l'eau potable, il est probable que les quantités de monochlorobenzène absorbées avec l'air dépassent celles ingérées avec les aliments ou l'eau potable. Dans le cas d'enfants nourris au sein, le lait maternel peut être une autre source importante d'exposition. Toutefois, il n'existe aucune donnée quantitative pouvant servir de base à l'estimation des quantités absorbées ainsi. D'après les données existantes, on a évalué -comme on l'indique au tableau 1 - que la quantité totale de monochlorobenzène absorbée quotidiennement (dans l'air et dans l'eau potable) varie de 0,047 à 0,087 µg/kg (m.c.), de 0,102 à 0,142 µg/kg (m.c.), de 0,081 à 0,131 µg/kg (m.c.), de 0,06 à 0,1 µg/kg (m.c.) et de 0,051 à 0,081 µg/kg (m.c.) chez les Canadiens âgés respectivement de moins de 6 mois, de 6 mois à 4 ans, de 5 à 11 ans, de 12 à 19 ans et de 20 à 70 ans. Ces estimations des quantités absorbées, qui devraient être représentatives de la majorité de la population, sont basées sur les valeurs moyennes mesurées dans l'environnement en général. Les teneurs élevées observées dans certains cas isolés (par exemple, dans les eaux souterraines par suite d'une mauvaise méthode d'élimination des déchets) n'ont pas été jugées pertinentes pour l'évaluation de l'exposition du grand public.

Tableau 1 - Dose journalière estimée (µg/kg) de monochlorobenzène, provenant de diverses sources, absorbé par les Canadiens
Milieu Dose journalère estimée (µg/kg [m.c.]/d
0 - 0,5 aa 0, - 4 ab 5 - 11 ac 12 - 19 ad 20 - 70 ae
Air ambiantf 0,03 - 0,07 0,04 - 0,08 0,04 - 0,09 0,04 - 0,08 0,03 - 0,06
Eau potableg <0,017 <0,062 <0,041 <0,020 <0,021
Aliments s.o. s.o. s.o. s.o. s.o.
Dose Totale* 0,047 - 0,087 0,102 - 0,142 0,081 - 0,131 0,06 - 0,1 0,051 - 0,081

a Hypothèse : masse de 6 kg, débit ventilatoire de 2 m3/d et quantité d'eau bue, 0,1 L/d (Direction de l'hygiène du milieu, 1988)
b Hypothèse masse de 13 kg, débit ventilatoire de 5 m3 /d et quantité d'eau bue, 0,8 L/d (Direction de l'hygiène du milieu, 1988> m3 /d
c Hypothèse : masse de 27 kg, débit ventilatoire de 12 m3 /d et quantité d'eau bue, 1,1 L/d (Direction de l'hygiène du milieu, 1988)
d Hypothèse : masse de 55 kg, débit ventilatoire de 21 m3 /d et quantité d'eau bue, 1,1 L/d (Direction de l'hygiène du milieu, 1988)
e Hypothèse : masse de 70 kg, débit ventilatoire de 20 m3 /d et quantité d'eau bue, 1,5 L/d (Direction de l'hygiène du milieu, 1988)
f En fonction de la plage des concentrations moyennes mentionnées dans un relevé des concentrations présentes dans des échantillons d'air ambiant prélevés au Canada à 18 endroits répartis dans cinq provinces (0,10-0,21 µg/m 3 ) [Environnement Canada, 1991a - données non publiées]
g Pour une concentration moyenne de MCB dans l'eau potable inférieure à 1 µg/L (Otson et coll., 1982a; 1982b)

s.o. Aucune donnée disponible

* Aucune donnée n'a été relevée concernant les concentrations de MCB présentes dans l'air à l'intérieur des maisons canadiennes; d'après les renseignements recueillis dans d'autres pays, les concentrations semblent être les mêmes dans les maisons qu'à l'extérieur de celles-ci (Lebret, 1985; Pellizzari et coll., 1986).

3.3 Effets

3.3.1 Effets sur la santé humaine

D'après l'augmentation de l'incidénce des nodules néoplasiques du foie observée chez des rats mâles F344/N lors de l'épreuve biologique de cancérogénèse réalisée pour le NTP (NTP, 1983; Kluwe et coll., 1985), le monochlorobenzène a été classé dans le groupe IIIB (possibilité de cancérogénécité chez l'homme) du schéma de classification mis au point lors de l'élaboration des « Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada » (Direction de l'hygiène du milieu, 1989).

Dans le cas des composés classés dans le groupe IIIB, une dose journalière admissible (DJA) est calculée en divisant la dose sans effet (nocif) observé (DSENO) où la DEENO trouvée lors d'une étude réalisée chez une espèce animale selon la voie d'administration la plus appropriée, par un facteur d'incertitude tenant compte, le cas échéant, du nombre limité de données concernant la cancérogénécité. On ne possède pas de données concernant les concentrations de monochlorobenzène présentes dans les aliments et le lait maternel; de plus, il existe peu de renseignements sur les teneurs qui se rencontrent au Canada dans l'eau potable. Toutefois, d'après les données qui existent sur les concentrations des autres chlorobenzènes trouvées dans les aliments et d'après leurs propriétés physico-chimiques ainsi que le peu de renseignements qu'on possède sur les teneurs en monochlorobenzène présentes dans l'air et l'eau potable, il est probable que la majorité de la population absorbe des quantités de monochlorobenzène plus grandes avec l'air qu'avec les aliments ou l'eau potable. Par conséquent, en se basant sur les résultats des études réalisées par voie d'inhalation, on a établi la DJA suivante :

Formule scientifique

où:

  • 341 mg/m3 est la DFENO la plus faible signalée (« concentration toxique marginale ») - les effets observés à une concentration supérieure étaient une augmentation de la masse des reins et des lésions tubulaires et interstitielles dans les reins, des lésions du cortex surrénal et de petites modifications des paramètres érythrocytaires chez le rat mâle dans le nombre limité d'études relevées (Dilley, 1977);
  • les fractions 7/24 et 5/7 sont des facteurs de conversion pour ramener une exposition de sept heures par jour et de cinq jours par semaine à une exposition continue;
  • 0,144 m3 /d est une estimation du débit ventilatoire du rat (NIOSH, 1985);
  • 0,25 kg est une estimation de la masse corporelle d'un rat adulte (NIOSH, 1985);
  • le chiffre 5 000 correspond au facteur d'incertitude (un facteur de 10 pour les variations d'une espèce à l'autre, un facteur de 10 pour les variations à l'intérieur d'une même espèce, un facteur de 10 parce que l'exposition n'est pas chronique et vu le peu d'études existantes, et un facteur de 5 pour l'emploi d'une DEENO à la place d'une DSENO, bien que les effets observés à cette dose aient été considérés d'une nocivité marginale uniquement).

Étant donné les limitations de l'étude critique ayant servi à établir la DJA, on a aussi calculé comme suit une autre DJA à partir des résultats de l'étude à long terme la plus poussée réalisée pour le NJP par voie orale :

Formule scientifique

où:

  • 60 mg/kg (m.c.)/d est la DSENO où DSEO (souris et rat mâles) trouvée lors de la seule étude chronique ou épreuve biologique de cancérogénèse relevée (NTP, 1983; Kluwe et coll., 1985);
  • la fraction 5/7 est le facteur de conversion pour ramener à sept jours par semaine une exposition de cinq jours par semaine;
  • le chiffre 500 est le facteur d'incertitude (un facteur de 10 pour les variations à l'intérieur d'une même espèce, un facteur de 10 pour les variations d'une espèce à l'autre et un facteur de 5 pour le peu de données de cancérogénicité qu'on possède - c.-à-d. l'augmentation des nodules néoplasiques du foie chez le rat mâle au cours de l'épreuve biologique de cancérogénèse pour le NTP).

Cette évaluation est moins prudente que celle calculée précédemment à partir des résultats des études réalisées selon la voie d'exposition la plus pertinente (c.-à-d. l'inhalation).

3.3.2 Effets sur l'environnement

Dans le biote aquatique, l'organisme le plus sensible identifié est l'achigan à grande bouche (Micropterus salmoides) aux premiers stades du développement. La CL50 signalée pour cette espèce après une exposition d'environ sept jours était 0,05 mg/L. La CL50 la plus faible signalée pour la toxicité aiguë du monochlorobenzène était 4,1 mg/L chez Daphnia magna.

On n'a relevé aucune étude aiguë ou chronique portant sur la faune. Toutefois, on considère que les doses entraînant un effet lors des études réalisées par voie d'inhalation chez des animaux de laboratoire peuvent s'appliquer aux mammifères sauvages. La dose la plus faible ayant entraîné l'observation d'un effet lors de l'étude la plus longue réalisée jusqu'ici par voie d'inhalation était 341 mg/m3 ; elle provoquait une augmentation de la masse des reins et des lésions tubulaires et interstitielles dans les reins, des lésions du cortex surrénal et de petits changements des paramètres érythrocytaires chez le rat mâle exposé pendant 24 semaines (Dilley et coll., 1977).

3.4 Conclusions

Au Canada, le monochlorobenzène a diverses applications qui entraînent directement (pesticides) et indirectement (effluents, émissions et eaux de lixiviation) sa pénétration dans l'environnement. Ces rejets produisent des concentrations de monochlorobenzène mesurables ou prévisibles, quoique faibles, dans les divers milieux auxquels l'humain et les autres organismes peuvent être exposés.

3.4.1 Alinéa 11a) - Effets sur l'environnement

La CL50 (0,05mg/L) trouvée pour l'espèce aquatique la plus sensible, l'achigan à grande bouche (Micropterus salmoides), dans des conditions d'exposition chroniques, est supérieure de six ordres de grandeur aux concentrations prévues dans les eaux de surface par modélisation informatique. Elle est aussi six fois plus grande que la concentration moyenne trouvée dans les effluents bruts des usines de fabrication de produits organochimiques. La CI50 aiguë la plus faible (4,3 mg/L chez Daphnia magna) est 80 fois plus grande que la concentration la plus forte signalée dans le même effluent brut.

La concentration la plus faible ayant entraîné un effet lors de l'étude la plus longue réalisée jusqu'ici par voie d'inhalation chez des animaux de laboratoire est 341 mg/m3 . Cette valeur dépasse de cinq ordres de grandeur la concentration la plus élevée mesurée (1,74 µg/m3 ) et de plus de six ordres de grandeur la concentration moyenne (0,15 µg/m3 ) signalée au Canada dans l'air auquel des mammifères sauvages peuvent être exposés.

Par conséquent, d'après les données existantes, le monochlorobenzène n'est pas considéré « toxique » selon l'interprétation de l'alinéa 11a) de la LCPE.

3.4.2 Alinéa 11b) - Effets sur l'environnement essentiel pour la vie humaine

Étant donné sa courte persistance dans l'atmosphère et les teneurs relativement faibles des rejets, le monochlorobenzène ne peut être associé à la destruction de la couche d'ozone. De même, on ne croit que pas que ses effets potentiels sur le réchauffement mondial et sur la formation d'un smog photochimique, bien que difficiles à chiffrer, soient importants.

Par conséquent, d'après les données existantes, on ne considère pas que le monochlorobenzène soit « toxique » selon l'interprétation de l'alinéa 11b) de la LCPE.

3.4.3 Alinéa 11c) - Effets sur la santé humaine

D'après le peu de données disponibles, on estime que la dose journalière moyenne totale de monochlorobenzène à laquelle les divers groupes de Canadiens sont exposés varie de 0,047 à 0,142 µg/kg (m.c.) [tableau 1]. Cette estimation est de beaucoup inférieure (de 60 à 170 fois environ) à la DJA la plus prudente calculée ci-dessus d'après les résultats des études effectuées selon la voie d'exposition la plus appropriée (inhalation, 8,1 µg/kg [m.c.]).

Par conséquent, d'après les données existantes, on ne considère pas que le mono-chlorobenzène soit « toxique » selon l'interprétation de l'alinéa 11c) de la LCPE.

3.4.4 Conclusions générales

Par conséquent, d'après les données existantes, on ne considère pas que le mono-chlorobenzène soit « toxique » selon l'interprétation des alinéas 11a), b) et c) de la LCPE.