Santé Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Liens de la barre de menu commune

Santé de l'environnement et du milieu de travail

L'évaluation du risque pour les lieux contaminés fédéraux au Canada - Partie I : L'évaluation quantitative préliminaire des risques (ÉQPR) pour la santé humaine

Annexe B

Risques de cancer essentiellement négligeables pour l'évaluation des risques d'un site contaminé

Lors de l'évaluation des risques posés par l'exposition aux substances cancérogènes, les organismes de réglementation tels que Santé Canada et la Environmental Protection Agency (U.S. EPA) supposent que tout niveau d'exposition (autre que nul) est associé à un certain risque hypothétique quelconque de cancer. Par conséquent, les organismes de réglementation spécifient le niveau des risques cancérogènes qui est considéré acceptable, tolérable ou essentiellement négligeable.

Dans les années 1970, la Food and Drug Agency (FDA) était la première à aborder ce sujet en adoptant un niveau du risque défini à un risque de cancer de 1 sur 1 million (10-6), puisque les risques à croissance incrémentielle associés avec les résidus cancérogènes contenus dans les aliments étaient considérés être « essentiellement nuls » (Kelly, 1991). L'origine de ce niveau du risque « essentiellement nul » était purement arbitraire. Le niveau du risque de 10-6 est depuis devenu courant dans la régulation et la gestion des contaminants environnementaux, dont l'appui le plus important provient de la U.S. EPA, laquelle utilise 10-6 comme son jalon principal pour une exposition « acceptable » aux substances cancérogènes auxquelles est exposée la population en général.

Bien que le risque de cancer de 1 sur 1 million (10-6) représente le niveau du risque le plus souvent utilisé pour la gestion des risques associés à la contamination environnementale (et du sol), plusieurs organismes fédéraux et provinciaux, y compris la U.S. EPA, identifient des risques d'incidence de cancer à croissance incrémentielle, variant généralement de 1 sur 10 000 (ou 1 x 10-4) à 1 sur 1 000 000 (ou 1 x 10-6), comme échelle des valeurs acceptables du risque, selon la situation et les circonstances d'exposition (Graham, 1993 ; Kelly, 1991 ; Lohner, 1997 ; Travis, 1987 ; U.S. EPA, 1991).

En revanche, de nombreuses normes industrielles relatives aux milieux de travail (par exemple, la American Conference of Governmental Industrial Hygienists [ACGIH], 2002) offrent seulement le niveau du risque de 1 x 10-3 ou supérieur (par exemple, un risque de 1 x 10-2, ou de 1 sur 100, soit une chance de 1 %). Ce risque de cancer plus élevé est « accepté » dans les milieux de travail, puisqu'il est d'ordre technologique ou financier impossible de contrôler les expositions à des niveaux plus bas et que la nature de l'exposition est habituellement considérée comme tant connue et « volontaire » au site de travail. La Cour suprême des États-Unis respecte les prémisses industrielles pour de telles normes (Graham, 1993).

En établissant les lignes directrices sur la qualité du sol au Canada, le Conseil canadien des ministres de l'environnement (CCME, 1996) a prescrit le niveau du risque de 10-6 comme étant essentiellement négligeable. Ce dernier a été établi comme le plus bas point commun parmi les organismes provinciaux et fédéraux participant au processus d'élaboration des lignes directrices du CCME. Cependant, le CCME (1996) reconnaît que la désignation du risque de cancer négligeable est une question politique plutôt que scientifique, permettant à différents organismes d'établir une telle politique en cohérence avec leurs activités de réglementation environnementale. À cet effet, Santé Canada, lors de la publication des lignes directrices pour la qualité des sols pour protéger la santé humaine, en soutien au processus du CCME, a publié la concentration de substances cancérogènes dans les sols associée aux risques s'étendant de 1 sur 10 000 (10-4) à 1 sur 10 000 000 (10-7) (voir Santé Canada, 1995, par exemple).

Santé Canada (autrefois Santé et Bien-être social Canada [SBSC], 1989), à titre de conseiller fédéral à l'égard des questions de santé environnementale, a établi que le risque de cancer entre 1 sur 1 millier (10-5) et 1 sur 1 million (10-6) est « essentiellement négligeable » pour les substances cancérogènes présentes dans l'eau potable. Bien qu'une directive publiée à cet effet par Santé Canada ait été restreinte aux expositions par le biais de l'eau potable, le niveau du risque de 10-5 est généralement accepté par les organismes fédéraux et les autres participants à l'évaluation des risques de sites contaminés. Par exemple, ce niveau du risque a été jugé essentiellement négligeable pour les évaluations du risque menées à Syndey, en Nouvelle-Écosse, pour les contaminants du sol associés aux étangs de goudron de Sydney (JDAC Environment Ltd., 2002).

Les provinces de l'Atlantique (N.-É., N.-B., Î.-P.-É., T.-N./Lab.) ont mis en application une approche commune pour procéder à l'évaluation des risques de sites contaminés, connue sous l'acronyme RBCA de l'Atlantique (Risk-Based Corrective Action) (Comité PIRI de l'Atlantique, 1999). Suivant ce cadre commun d'évaluation et de gestion des risques, un niveau du risque acceptable ou essentiellement négligeable de 10-5 a été adopté.

L'incidence de fond du cancer au Canada et aux États-Unis est élevée, étant associée à un niveau du risque de 10-5 ou 10-6. La probabilité d'être atteint du cancer aux États-Unis et au Canada est d'environ 0,4 ou 40 % au cours d'une vie (Institut national sur le cancer de Canada [INCC], 2001; National Cancer Institute [NCI], 1999). Ainsi, un risque de cancer excédentaire ou incrémentiel de 1 x 10-5 fait passer le risque à vie d'une personne d'être atteinte du cancer de 0,40000 à 0,40001.

Une certaine proportion inconnue de cette incidence « de fond » de cancer est attribuée être associée à l'exposition aux contaminants environnementaux. Néanmoins, un risque de cancer incrémentiel (supérieur au niveau de fond) de 10-5 ne représente qu'une augmentation de 0,0025 % par rapport à l'incidence de fond du cancer; une augmentation qui passerait inaperçue dans les données statistiques et épidémiologiques, notamment dans les plus petites populations vivant à proximité des sites contaminés.

Les taux incrémentiels de cancer hypothétiques associés aux substances cancérogènes des sites contaminés sont évalués par des coefficients de cancérogénicité élaborés à partir d'études épidémiologiques chez l'humain et d'analyses biologiques sur le cancer chez les animaux. En général, l'incidence de cancer chez les adultes professionnellement exposés ou chez les animaux de laboratoire (les deux étant exposés à des doses beaucoup plus élevées que les niveaux d'exposition de la population en général ou des populations habitant à proximité de sites contaminés) est tracée point par point en fonction de la dose d'exposition (souvent normalisée pour la durée de l'exposition, notamment dans les études professionnelles) et une courbe de dose-réponse est ajustée à ces données. Cette courbe de dose-réponse est par la suite extrapolée à partir des niveaux d'exposition de l'étude jusqu'à une dose nulle, en supposant qu'il n'existe pas de seuil en dessous duquel le cancer est improbable. Aux États-Unis (Crump, 1996), l'extrapolation des niveaux d'exposition faibles est établie par l'application du modèle linéaire à stages multiples, un modèle statistique pouvant décrire les relations dose-effet et non linéaires, et produisant une limite supérieure de confiance sur la pente linéaire des niveaux faibles d'exposition de la courbe dose-réponse. Santé Canada applique régulièrement cette même méthodologie pour l'élaboration de TC05 (la concentration dans l'air ou l'eau correspondant à une augmentation de 5 % des cas ou décès dus à des tumeurs considérées être associées à l'exposition; voir Santé Canada, 1996) ou TD05 (dose trouvée provoquant une augmentation de 5 % des cas ou décès dus à des tumeurs considérées être associées à l'exposition). Santé Canada pourrait en outre appliquer une méthode d'extrapolation des niveaux d'exposition faibles sans modèle (Krewski et al., 1989), en ne rendant pas de jugements empiriques à l'égard de la forme de la courbe de dose-réponse pour les doses faibles. L'approche sans modèle peut par ailleurs déterminer l'évaluation d'une limite supérieure sur la pente de la courbe dose-réponse des niveaux faibles d'exposition. Ces limites supérieures de la courbe dose-réponse deviennent les coefficients de cancérogénicité utilisés pour l'évaluation des taux de cancer hypothétiques. À savoir, c'est un fait réputé (mais non prouvé) que le facteur de pente ou risque unitaire des substances cancérogènes vont surestimer l'incidence réelle de cancer associée aux faibles doses des contaminants environnementaux, comme ceux retrouvés dans les sites contaminés (Kelly, 1991).

Étant donnée la marge sécuritaire associée à l'élaboration conservatrice des coefficients de cancérogénicité, et de l'impact négligeable d'un niveau du risque incrémentiel de 1 sur 100 000 aux expositions aux sites contaminés, un niveau du risque de cancer de 1 sur 100 000 (1 x 10-5) est recommandé à des fins d'évaluation et de gestion des sites fédéraux contaminés de substances cancérogènes.

Références bibliographiques

American Conference of Governmental Industrial Hygienists (ACGIH). 2002. TLVs and BEIs. (Valeurs-seuils et indices d'exposition biologiques). ACGIH, Cincinnati, OH.

Comité PIRI de l'Atlantique. 1999. Documentation de référence du RBCA de l'Atlantique, version 1.0. Mise en application du RBCA de l'Atlantique (Atlantic Partnership in RBCA Implementation). Avril 1999.

Conseil canadien des ministres de l'environnement (CCME). 1996. Protocole d'élaboration de directives pour la qualité des sols en fonction de l'environnement et de la santé humaine. Rapport CCME EPC-101E, CCME. Mars 1996.

Crump, K.S. 1996. The linearized multistage model and the future of quantitative risk assessment. Hum. Exp. Toxicol. 15(10): 787-798.

Graham, J. 1993. The legacy of one in a million in risk in perspective. Harvard Center for Risk Analysis. Risk in Perspective 1:1-2.

Institut national sur le cancer de Canada (INCC). 2001. Canadian Cancer Statistics 2001. INCC, Toronto, Canada. Disponible en ligne : http://66.59.133.166/stats/maine.htm

JDAC Environment Ltd. 2002. Human Health Risk Assessment - North of Coke Ovens (NOCO) Area, Sydney, NS. Rapport de contrat soumis à Travaux publics et Services gouvernementaux Canada.

Kelly, K.E. 1991. The Myth of 10-6 as a Definition of "Acceptable Risk". Presented at the 84th Annual Meeting and Exhibition of the Air and Waste Management Association, Vancouver, C.-B., du 16 au 21 juin.

Krewski, D., D. Gaylor et M. Szyszkowicz. 1991. A model-free approach to low-dose extrapolation. Environ. Health Perspect. 90: 279-285.

Lohner, T.W. 1997. Is 10-6 an appropriate de minimus cancer risk goal? Risk Policy Report, Le 18 avril 1997, p. 31-33.

National Cancer Institute (NCI). 1999. SEER Cancer Statistics Review, 1973-1996. NCI, National Institutes of Health, Bethesda, MD.

Santé Canada. 1995. Directives pour la qualité des sols dans les lieux contaminés du Canada. Effets sur la santé humaine : arsenic inorganique. Division air et déchets, Direction de l'hygiène du milieu, Ottawa. Rapport final. Mars 1995.

Santé et Bien-être social Canada (SBSC). 1989. Élaboration des concentrations acceptables maximums et objectifs esthétiques des produits chimiques dans l'eau potable. Dans : Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada-Documentation à l'appui. Ministère de la Santé nationale et du Bien-être social. Préparée par le Sous-comité fédéral-provincial sur l'eau potable du Comité fédéral-provincial sur l'hygiène du milieu et du travail. Ottawa, Ontario.

Travis, C.C., et al. 1987. Cancer risk management: a review of 132 federal regulatory agencies. Environmental Science Technology 21: 415-420.

U.S. Environmental Protection Agency (U.S. EPA). 1991. Risk Assessment Guidance for Superfund: Volume 1 Human Health Evaluation Manual (Part sB, Development of Risk-based Preliminary Remediation Goals). Publication 9285.7-01B. Office of Emergency and Remedial Response, U.S. EPA, Washington, DC.