Pour tenter de déterminer si le bruit de la circulation aérienne pouvait augmenter le risque de maladie cardio-vasculaire, nous avons examiné les données disponibles à la lumière des critères exposés dans l'Annexe 1 qui ont servi à orienter l'analyse des relations de cause à effet des études en-vironnementales. Il n'existe que très peu d'études portant sur le lien qui pourrait exister entre le bruit des avions et les maladies cardio-vasculaires chez les personnes qui habitent à proximité des aéroports. Les plus importantes sont l'étude qui a été effectuée par Altena et coll. (1989) (citée dans Passchier Vermeer, 1993; et Pulles et coll., 1990) et celles faites par Knipschild (Knipschild, 1977a; Knipschild, 1977b; Knips-child, 1977c). Pour tenter d'obtenir une évaluation des risques de maladies cardio-vasculaires, nous avons donc également tenu compte des études portant sur le bruit dû à la circulation.
Parmi ces études sur le bruit de la circulation, la recherche de Caerphilly et Speedwell (Babisch et coll., 1993; Babisch et coll., 1999) concernant les effets du bruit sur les maladies cardio-vasculaires, et ses facteurs de risque, est la plus convaincante parce qu'elle utilise une approche longitu-dinale et prospective, assortie d'un suivi de 10 ans. Les réper-cussions sur la santé et les niveaux d'exposition y sont assez bien définis et les facteurs de confusion sont davantage pris en compte que dans les autres études.
Altena et coll. (1988) (Pulles et coll., 1990) ont effectué une étude transversale dans le cadre de laquelle 830 personnes exposées au bruit des avions militaires et de la circulation rou-tière ont été examinées. La population étudiée était divisée en 6 groupes, selon 6 intervalles d'exposition. Avant que les ajus-tements relatifs aux facteurs de confusion n'aient été faits, l'analyse de régression indiquait une augmentation statistique-ment importante de la pression artérielle systolique chez les personnes exposées au bruit des avions. Aucune relation significative n'a pu cependant être établie entre le niveau de bruit et le niveau de pression artérielle après correction pour tenir compte des facteurs de risque connus comme l'âge, le sexe, la masse corporelle relative, etc.
Knipschild a étudié les effets de l'exposition au bruit des avions à proximité de l'aéroport Schipold. Sa recherche com-portait trois volets : une étude sur la prévalence des maladies cardio-vasculaires (Knipschild, 1977a), une enquête auprès d'omnipraticiens pour évaluer le nombre de consultations liées à des problèmes cardio-vasculaires (Knipschild, 1977b), et une enquête visant à déterminer le nombre de médicaments pour l'hypertension et les problèmes cardio-vasculaires ache-tés par les pharmaciens (Knipschild, 1977c). Dans l'ordre, ces études ont démontré que : (i) le taux de prévalence de l'hypertension artérielle; (i ) le nombre de consultations chez les omnipraticiens pour des problèmes cardio-vasculaires; et (iii) le nombre de médicaments pour l'hypertension artérielle, en particulier le nombre d'antihypertenseurs, achetés par les pharmaciens augmentaient en fonction du niveau d'exposition au bruit des avions.
On a rassemblé des données pour l'étude sur la préva-lence des maladies cardio-vasculaires (Knipschild, 1977a) en invitant les membres d'une collectivité regroupant huit villages à se soumettre à un examen médical. L'examen comportait une collecte de renseignements concernant les antécédents médicaux, la prise de la tension artérielle, une radiographie du coeur et un électrocardiogramme. Environ 6 000 personnes ont passé l'examen médical, ce qui représentait un taux de réponse de 40 %. Les répondants ont été séparés en deux groupes, c'est-à-dire un groupe fortement exposé et un groupe faible-ment exposé au bruit. Le niveau d'exposition le plus faible du groupe fortement exposé était un niveau sonore jour-nuit d'environ 62 dBA. (Le niveau sonore jour-nuit (Ldn) est obte-nu en faisant la moyenne de l'exposition à partir de 7 h le matin jusqu'au lendemain à la même heure, avec une augmentation de niveau équivalente à 10 dB entre 22 h et 7 h. La valeur Ldn équivalente à 62 dBA a été calculée à partir des unités d'exposition néerlandaises, données dans les travaux de Knipschild et en utilisant un facteur de conversion tiré de la section 2.1 de l'étude de Passchier-Vermeer, 1993).
Dans le groupe fortement exposé au bruit, un plus grand pourcentage d'individus avaient une pression artérielle supé-rieure à 175/100 (risque relatif = 1,8, p < 0,05). Le pourcentage de participants traités pour l'hypertension artérielle était également plus élevé dans ce groupe (risque relatif = 1,5, p < 0,05). De telles données sont par convention considérées comme statistiquement significatives. Dans cette analyse, on a tenu compte des effets de l'âge et du sexe. L'influence exercée par d'autres facteurs de confusion n'a pas été démontrée de façon explicite dans l'étude. L'auteur a toutefois indiqué que la cigarette, la masse corporelle et la grosseur du village avaient été pris en compte lorsqu'il était possible de le faire; ces renseignements avaient été obtenus lors de l'examen médical. L'auteur a aussi souligné que certains éléments portaient à croire que le statut socio-économique du groupe fortement exposé était peut-être moins élevé. Rien n'indique cependant qu'il ait tenu compte de ce facteur. Le fait que ce facteur de confusion n'ait pas été pris en compte dans l'étude a été fortement critiqué par ceux qui l'ont passée en revue (Cohen et coll., 1986; Thompson et coll., 1989; Berglund et Lindvall, 1995).
Pour ce qui est de l'enquête auprès des omnipraticiens, elle s'est déroulée dans trois villages situés à proximité de l'aéroport. Pendant une semaine, dix-neuf omnipraticiens ont noté l'âge, le sexe, l'adresse, la raison de la consultation (diagnostic) et les divers médicaments utilisés par leurs patients. Le taux de consultation pour des maladies cardio-vasculaires était ainsi le plus élevé dans le village où l'exposition au bruit était la plus intense. Le taux d'utilisation de médicaments anti-hypertenseurs était également plus élevé, en particulier che z les femmes. Tout comme dans l'étude précédente, les effets du statut socio-économique n'ont pas été pris en compte. L'auteur a noté que la population du village témoin, soit le groupe le moins exposé, avait un statut économique plus élevé et comptait un plus grand nombre de travailleurs de bureau.
L'enquête portant sur les médicaments (Knipschild, 1977c) a été menée dans 2 villages situés aux environs de l'aéroport de Schipold, soit le village fortement exposé et le village témoin qui avaient fait l'objet de l'enquête auprès des omnipraticiens (Knipschild, 1977b). Les achats de médica-ments par les pharmaciens de ces villages durant la période allant de 1967 à 1974, par adulte par année, ont été utilisés comme indicateurs pour évaluer la consommation de médica-ments des populations étudiées. Le niveau de bruit dans le village qu'on considérait le plus fortement exposé a varié durant cette période, passant de peu élevé, en 1969, à élevé, de 1969 à 1973, et à strictement diurne, de 1973 à 1974. Durant cette même période, le niveau de bruit du village témoin est demeuré constant. Dans la région exposée au bruit, on a noté une augmentation graduelle de l'achat de médicaments pour les troubles cardio-vasculaires par les pharmaciens du village. À la fin de l'étude, les achats avaient doublé par rapport aux taux de départ et cette augmentation était principalement attribuable à l'achat de médicaments antihypertenseurs. Le volume des achats n'a pas changé après la réduction, en 1973, du niveau sonore nocturne. Dans le village témoin, aucun changement n'a été observé pendant toute la période d'observation.
Ces études portent à croire qu'il pourrait y avoir un lien entre l'hypertension artérielle et le bruit des avions lorsque les valeurs Ldn dépassent à peu près 62 dBA. Cependant, les preu-ves en la matière ne sont pas convaincantes vu l'absence d'ajustement pour tenir compte des variables liées au statut socio-économique dans les deux premières études et l'absence d'analyse statistique dans la troisième étude.
Étant donné qu'il n'existe que peu d'études portant sur les effets que pourrait avoir le bruit des avions sur la santé cardio-vasculaire des adultes, il nous a fallu élargir la portée de notre analyse et tenir compte également des études portant sur le bruit causé par la circulation. M. Babisch a terminé il y a peu de temps un rapport sur le sujet (Babisch, 2000) dans lequel il note que dans la plupart des études disponibles sur le bruit de la circulation, les évaluations des doses étaient brutes et calcu-lées d'après des cartes régionales de mesure de bruit. Les étu-des ne divisaient en général les sujets qu'en deux groupes, fortement et faiblement exposés. De plus, des évaluations subjectives du niveau d'exposition étaient parfois utilisées. Par exemple, Herbold (1989) a basé son calcul sur sa propre éva-luation des routes qui longeaient les maisons des participants à l'étude. Les routes étaient ensuite tout simplement classées se-lon qu'elles correspondaient à une exposition « forte » ou « faible ». Quant à Neus et coll. (1983a, 1983b), leurs évalua-tions du niveau d'exposition étaient fondées sur le volume de circulation sur ces routes.
Selon l'analyse effectuée par Babisch (2000), il est clair que, si l'on utilise des intervalles de confiance à 95 %, les études indépendantes ne montrent pas toutes qu'il existe une association. Seulement 4 des 10 études passées en revue par Babisch ont pu établir un lien entre le bruit dû à la circulation et l'hypertension artérielle. M. Babish a aussi souligné que de ces 4 études, seulement 2 seraient conformes aux normes d'aujourd'hui pour l'ajustement en fonction des facteurs de confusion. Ces études étaient toutes deux transversales. Babisch (2000) en arrive à la conclusion qu'il existe peu de preuves épidémiologiques permettant d'affirmer que les gens exposés au bruit de la circulation sont plus à risque de souffrir d'hypertension artérielle.
L'examen des études portant sur les relations possibles entre l'hypertension artérielle et le bruit des avions ou de la circulation a révélé que les données disponibles ne semblent pas démontrer de façon convaincante qu'il existe une relation entre le bruit des avions et l'hypertension artérielle.
La cardiopathie ischémique se caractérise par une insuf-fisance de l'apport en oxygène au muscle cardiaque. Dans l'étude d'Altena et coll. (Pulles et coll., 1990; Altena et coll., 1988), la cardiopathie ischémique a été évaluée par les symp-tômes cliniques d'angine de poitrine (douleur dans la poitrine), d'infarctus du myocarde (lésion du muscle cardiaque) ou par les anomalies de l'électrocardiogramme (ECG) telles que défi-nies par les critères de l'OMS. Cette étude, décrite dans la section précédente, ne montre aucun accroissement de la prévalence de la cardiopathie à mesure que l'exposition au bruit des avions ou de la circulation augmente. Il est possible que ce résultat négatif ait été la conséquence d'un biais de sé-lection étant donné que les sujets atteints d'hypertension étaient exclus de l'étude et que cette condition est un facteur de risque connu de cardiopathie ischémique.
Les détails de la recension des études de Knipschild sont présentés dans les pages qui précèdent. La prévalence de la maladie cardio-vasculaire a été déterminée au moyen d'un questionnaire et d'un examen clinique (Knipschild, 1977a). Les données qui suivent ont été enregistrées pour chaque participant : symptômes cliniques d'angine de poitrine (évalués par un questionnaire normalisé de l'OMS), traitement médical pour troubles cardiaques et hypertension, usage de médica-ments pour le coeur, anomalies de l'ECG, forme du coeur, mesures de la pression artérielle. Les résultats indiquent que, dans la population exposée au bruit, il y avait un accroissement statistiquement significatif de toutes ces variables sauf deux par rapport au groupe témoin. Les valeurs du risque relatif et de p étaient : (i) 1,4, p < 0,05 pour le traitement médical pour les maladies du coeur; (i ) 1,4, p < 0,01 pour l'utilisation de mé-dicaments pour le coeur; et (iii) 1,6, p < 0.05 pour la forme pa-thologique du coeur. On n'a pas observé de différences statistiquement significatives pour l'angine de poitrine et les anomalies de l'ECG, qui sont des indicateurs importants de cardiopathie ischémique.
Le sondage auprès des cabinets d'omnipraticiens a fait ressortir une augmentation des consultations pour maladie cardio-vasculaire dans la zone exposée au bruit. Le sondage sur l'usage de médicaments a aussi révélé que l'utilisation des médicaments pour le coeur augmentait avec le temps dans les zones exposées au bruit. Toutefois, aucune de ces deux études ne fournit suffisamment d'informations pour qu'on puisse juger de leur pertinence pour la cardiopathie ischémique.
Les lacunes des études de Knipschild ont été décrites dans l'analyse ci-dessu s sur l'hypertension. Ces lacunes valent aussi pour les variables de la cardiopathie ischémique. De plus, étant donné le manque d'associations statistiquement significatives entre le niveau de bruit et deux indicateurs importants de la cardiopathie ischémique dans ces études, les études disponibles sur le bruit des avions ne prouvent pas de façon convaincante l'existence d'un lien entre la cardiopathie ischémique et l'exposition au bruit des avions dans l'environnement.
Les autres études sur les liens entre le bruit dans l'environnement et la cardiopathie ischémique portent sur le bruit de la circulation. Elles comprennent entre autres une étude rétrospective de l'infarctus du myocarde dans la ville d'Erfurt (Babisch, 2000) et deux études prospectives castémoins sur l'infarctus du myocarde à Berlin, Allemagne (Babisch et coll., 1994). De plus, des études prospectives lon-gitudinales de dix ans sur le risque de maladies cardio-vasculaires ont été effectuées dans les villes de Caerphilly, au pays de Galles, et de Speedwell, en Angleterre (Babisch et coll., 1993; Babisch et coll., 1999). Dans la recension de ces études par Babisch (Babisch, 2000), les niveaux de bruit ont été donnés sous forme de moyenne des niveaux de bruit de la circulation à l'extérieur en fonction du temps (06:00-22:00).
Comme Babisch l'a signalé (2000), un taux proportion-nel de morbidité élevé et significatif a été enregistré dans l'étude d'Erfurt pour les zones dont les niveaux de bruit étaient compris entre 71 et 75 dBA par rapport aux zones dont les niveaux de bruit se situaient entre 61 et 65 dBA. Toutefois, des questions méthodologiques sur la validité des résultats ont été soulevées par Babisch (2000). (Cette étude n'est disponible qu'en allemand et ses résultats n'ont pas été examinés par les auteurs.) Au cours de l'étude préalable et de l'étude principale de Berlin (Babisch et coll., 1994), on a évalué l'augmentation de l'incidence de l'infarctus du myocarde chez les sujets par rapport à des populations vivant dans des zones où les niveaux de bruit étaient de moins de 60 dBA. Des augmentations ont été observées mais n'étaient pas statistiquement significatives à un niveau de confiance de 95 %. La limite inférieure de l'intervalle de confiance à 95 % était de moins de 1,0 pour tous les rapports de cotes calculés dans ces études. Les valeurs pu-bliées des rapports de cotes dans l'étude préalable étaient de 1,5 et 1,2 pour des niveaux de bruit compris entre 61 et 65 dBA et 66 et 70 dBA, respectivement. Les intervalles de confiance à 95 % allaient de 0,6 à 3,9 et de 0,5 à 2,9, respectivement. Les rapports de cotes correspondants dans l'étude principale étaient de 1,2 et 0,9 pour des niveaux de bruit de 61 à 65 et de 66 à 70, respectivement. Les intervalles de confiance à 95 % correspondants allaient de 0,8 à 1,7 et de 0,6 à 1,4. Même pour les valeurs moyennes publiées des rapports de cotes, on n'a relevé aucune constante à des niveaux de bruit inférieurs à 70 dBA. En raison de la petite taille de l'échantillon de l'étude préalable, on ne disposait que d'un seul cas dans la plage supé-rieure des niveaux de bruit, d'où l'impossibilité de tirer d'autres conclusions de cette étude. Dans l'étude principale, au-dessus de 70 dBA, la valeur moyenne du risque relatif pas-sait de 1,1 à 1,5 entre la plage de 71 à 75 dBA et celle de 76 à 80 dBA. Les intervalles de confiance à 95 % allaient de 0,7 à 1,7 et de 0,8 à 2,8, respectivement.
Une analyse plus poussée des données de l'étude de Berlin a été effectuée par Babisch pour les deux plages de ni-veaux de bruit les plus élevées. D'abord, pour s'assurer que les sujets avaient été suffisamment exposés au bruit, on a limité l'analyse aux sujets qui avaient vécu dans les zones à l'étude pendant plus de 15 ans. Aussi, pour améliorer la puissance sta-tistique, on a rassemblé les données dans une unique plage de niveau élevé d'exposition au bruit allant de 71 à 80 dBA. On a ainsi trouvé un risque relatif de 1,3 pour un intervalle de confiance à 95 % allant de 0,9 à 2,0. Babisch a considéré ce ré-sultat comme étant à la limite du seuil de signification (p < 0,10). Les résultats de cette étude ne suffisent pas à dé-montrer l'existence d'un lien entre le niveau du bruit de la circulation et l'incidence de l'infarctus du myocarde. Toutefois, ils portent à croire qu'il est nécessaire d'effectuer des recher-ches supplémentaires dans les zones très peuplées et exposées à des niveaux de bruit élevés.
Dans les études de Caerphilly et Speedwell, on a évalué l'augmentation du risque dans les zones exposées au bruit par rapport aux populations qui habitent dans des zones où les niveaux de bruit sont inférieurs à 55 dBA. Les études de Caerphilly et Speedwell consistent en des séries d'enquêtes au cours desquelles on a effectué deux études de cohortes sur les effets du bruit de la circulation. Elles faisaient partie d'une étude plus vaste visant à évaluer l'efficacité prédictive des fac-teurs de risque déjà connus et nouvellement découverts de la cardiopathie ischémique. Ces cohortes ont été étudiées sur une période de dix ans. Une analyse combinée est disponible pour une période de six ans.
Par rapport à plusieurs autres études, celle de Caerphilly et Speedwell présente l'avantage d'être prospective. L'évaluation de l'exposition repose sur la mesure du niveau de bruit. Le résultat clinique est établi en fonction de critères bien définis à partir des dossiers des hôpitaux. Et on a tenu compte d'un plus grand nombre de facteurs de confusion dans cette étude que dans toute autre.
Lors du suivi à dix ans de l'étude de Caerphilly, on a observé un risque relatif légèrement plus élevé de cardiopathie ischémique dans les sous-groupes exposés à des plages de 56 à 60 dBA et de 66 à 70 dBA, mais cette augmentation était faible et non significative. Lors du suivi à dix ans de l'étude de Speedwell, on n'a observé une augmentation de l'incidence de la cardiopathie ischémique dans aucun des groupes. Toutefois, Babisch et coll. (1999) ont aussi analysé les données en regroupant les populations dans le cadre d'un suivi après 6 ans. Dans le groupe exposé au niveau de bruit le plus élevé (66 à 70 dBA), le rapport des cotes ajusté pour ces données totali-sées passait de 1,07 à 1,59 à mesure que l'on raffinait la classification de l'exposition des sujets. L'intervalle de confiance à 95 % a aussi varié avec ces changements, passant de 0,70 -1,65 à 0,85 - 2,97. Ces raffinements consistaient entre autres à étudier un sous-échantillon d'individus qui avaient résidé dans la zone pendant au moins 15 ans et à tenir compte de l'orientation des fenêtres et des habitudes concernant l'ouverture des fenêtres.
Babisch et coll. (1999) ont aussi analysé les données à l'aide d'un autre modèle dans lequel l'exposition au bruit cor-respondait au produit du niveau de bruit par le nombre d'années de résidence. À l'aide de cette analyse, on observe une augmentation du rapport des cotes par année de résidence, celui-ci passant de 1,007 à 1,01 7 dans la catégorie d'exposition au niveau de bruit le plus élevé lorsque l'on raffine l'évaluation de l'exposition pour tenir compte de l'orientation des fenêtres et des habitudes concernant l'ouverture des fenêtres. Les intervalles de confiance à 95 % allaient de 0,992 à 1,023 et de 0,998 à 1,036, respectivement. Le risque relatif de 1,017 a été considéré par Babisch et coll. (1999) comme à la limite du seuil de signification puisqu'il était supérieur à un, avec une valeur de p < 0,10.
Les résultats des études de Caerphilly et de Speedwell paraissent équivoques. La tendance à l'augmentation des rapports de cotes observée lorsqu'on améliore l'évaluation de l'exposition et lorsque l'on tient compte du temps pendant lequel les sujets avaient habité dans la région porte à croire que l'incidence de la cardiopathie ischémique pourrait être légèrement plus élevée chez les personnes exposées de façon chronique à des niveaux élevés (> 66 dBA) de bruit dans l'environnement. Néanmoins, il y a un chevauchement considérable des intervalles de confiance à 95 % de ces rapports de cotes et cela donne à penser que l'augmentation pourrait n'avoir été que l'effet du hasard. Aussi, le rapport des cotes de 1,017 par année de résidence a uniquement été considéré comme à la limite du seuil de signification par Babisch et coll. (1999), ce qui semble indiquer que le changement du risque relatif en fonction du temps passé dans la région exposée pourrait lui aussi avoir été le fait du hasard.
Il n'existe pas de preuves convaincantes d'un lien de cause à effet entre le bruit dans l'environnement et la cardiopathie ischémique. Aux niveaux de confiance conventionnels de 95 % utilisés pour évaluer dans quelle mesure les résultats sont statistiquement significatifs, l'existence d'une relation dose-effet n'a pas été démontrée. Aussi, les tendances potentielles qui se sont dessinées lorsqu'on a amélioré les méthodes d'évaluation de l'exposition et examiné les effets d'une augmentation du nombre d'années passées dans la zone exposée peuvent avoir été le produit du hasard. De plus, la force des associations est en général relativement faible, les risques relatifs ou rapports de cotes observés allant de 1,3 à 1,6 au plus dans les études de Berlin, de Caerphilly et de Speedwell. Dans ces études, on a tenu compte d'importants facteurs de confusion et on s'est efforcé de réduire le biais, entre autres en tentant de déterminer l'exposition à l'aide de mesures.
Toutefois, les études disponibles ont fourni certains indices qui portent à croire que le risque de cardiopathie ischémique pourrait être légèrement plus élevé chez les gens qui habitent dans des zones où les niveaux moyens de bruit de la circulation sont supérieurs à 65 dBA. Il faut donc effectuer d'autres recherches sur ce sujet. Aussi, il est nécessaire d'évaluer en permanence les résultats des recherches futures sur l'augmentation potentielle des risques de maladies cardiovasculaires causée par le bruit des avions, à cause de la constance relative avec laquelle on observe un risque plus élevé chez les groupes exposés à des niveaux sonores quotidiens moyens de plus de 65 dBA et de l'effet en fonction du temps suggéré par l'augmentation des rapports de cotes en fonction du nombre d'années de résidence dans les études de Caerphilly et Speedwell. La tendance apparente à l'augmentation des rapports de cotes lorsqu'on améliore l'évaluation de l'exposition vient également souligner la nécessité d'effectuer des recherches supplémentaires dans ce domaine.