Réduire le conflit entre le travail et la vie personnelle : Quoi faire? Quoi éviter?
1.3 Pourquoi avons-nous besoin d'une étude
de ce genre?
Nos données montrent qu'une importante proportion de la
main-d'oeuvre canadienne éprouve des difficultés
à concilier exigences professionnelles et familiales. Les
chiffres présentés ici peuvent être utilisés
pour justifier un passage à l'action8.
Pourquoi faut-il réduire le nombre de Canadiens signalant
des niveaux élevés de surcharge de rôles?
Environ 60 % des employés canadiens signalent une importante
surcharge de rôles, dont les conséquences, comme en
fait foi cette étude, sont stupéfiantes. Comparativement
à leurs homologues dont la surcharge est faible, les employés
très surchargés sont :
- 13 fois plus susceptibles de songer à quitter leur employeur
actuel parce que les attentes de ce dernier sont irréalistes;
- 12 fois plus susceptibles de signaler des niveaux élevés
d'épuisement;
- six fois plus susceptibles de signaler des niveaux élevés
de stress lié à l'emploi;
- cinq fois plus susceptibles de songer à quitter leur
employeur parce qu'ils souhaitent consacrer davantage de temps
à leur vie familiale ou personnelle;
- quatre fois plus susceptibles de songer à quitter leur
employeur actuel parce qu'ils ressentent de la frustration à
l'égard de leur milieu de travail et en raison de l'absence
de soutien qu'ils y remarquent;
- quatre fois plus susceptibles de s'absenter fréquemment
en raison de fatigue émotive, physique ou mentale et de
signaler des niveaux élevés de stress ressenti;
- trois fois plus susceptibles de signaler des niveaux élevés
d'humeur dépressive, d'avoir consulté un professionnel
de la santé mentale et de se dire en mauvaise condition
physique;
- trois fois plus susceptibles de songer à quitter leur
employeur parce que leurs valeurs sont incompatibles avec celles
de l'organisation;
- deux fois plus susceptibles d'avoir reçu des soins en
consultation externe, d'avoir consulté un médecin
six fois ou plus par année, d'avoir consulté un
autre professionnel de la santé huit fois ou plus par année,
d'avoir été hospitalisés, d'avoir dépensé
plus de 300 $ par année en médicaments sur ordonnance
pour leur usage personnel;
- deux fois plus susceptibles de signaler une forte intention
de roulement;
- deux fois plus susceptibles de s'absenter en raison de problèmes
liés aux soins aux enfants et de s'absenter trois jours
ou plus dans une période de six mois en raison de problèmes
de santé;
- deux fois moins susceptibles de dire que leur famille est bien
adaptée;
- deux fois moins susceptibles de signaler des niveaux élevés
de satisfaction au travail, d'avoir une opinion favorable de leur
employeur, de signaler des niveaux élevés de satisfaction
de vivre.
Les conséquences financières des niveaux élevés
de surcharge de rôles sont également stupéfiantes
:
- les coûts directs de l'absentéisme attribuable
à une surcharge de rôles élevée sont
estimés à environ trois milliards de dollars par
année. Les coûts directs et indirects de l'absentéisme
en raison de la surcharge de rôles varient entre quatre
milliards et demi (chiffres prudents) et six milliards de dollars
par année;
- le coût direct de la consultation de médecins attribuable
à une surcharge de rôles élevée est
estimé à environ 1,8 milliard de dollars par année;
- le coût direct des hospitalisations résultant d'une
surcharge de rôles élevée est estimé
à quatre milliards de dollars par année;
- le coût direct des consultations au service d'urgence
d'un hôpital découlant d'une surcharge de rôles
élevée est d'environ un quart de milliard de dollars
par année.
Autrement dit, une meilleure connaissance des façons d'atténuer
la surcharge de rôles devrait aider le gouvernement canadien
à réduire la pression sur le système de soins
de santé canadien et aider les organisations canadiennes
à améliorer leur productivité. Elle devrait
également favoriser l'amélioration du fonctionnement
des familles (qu'on associe souvent à des questions comme
le taux de criminalité et la violence familiale) et de la
santé mentale et physique des Canadiens.
Pourquoi faut-il réduire le nombre de Canadiens se disant
aux prises avec un haut niveau d'interférence du travail
dans la famille?
La même argumentation vaut pour le besoin de s'attaquer aux
niveaux élevés d'interférence du travail dans
la famille signalés par un peu plus du quart (28 %) des répondants
de l'échantillon. Les données indiquent que, comparativement
aux employés dont le travail n'interfère que faiblement
avec leur famille, ceux qui sont aux prises avec de hauts niveaux
de ce type de conflit sont :
- sept fois plus susceptibles de déclarer qu'ils envisagent
de quitter leur employeur actuel parce qu'ils souhaitent consacrer
davantage de temps à leur vie familiale ou personnelle
et que les attentes liées à leur travail sont irréalistes;
- six fois plus susceptibles de signaler des niveaux élevés
de stress lié à l'emploi et d'épuisement;
- quatre fois plus susceptibles de dire qu'ils songent à
quitter leur organisation actuelle en raison de l'absence de soutien
qu'ils y notent et de l'incompatibilité de leurs valeurs
avec celles de l'organisation;
- trois fois plus susceptibles de mentionner une intention de
roulement élevée;
- deux fois plus susceptibles de signaler de hauts niveaux d'humeur
dépressive et de stress ressenti ainsi que de se dire en
mauvaise santé physique;
- deux fois plus susceptibles de s'être absentés
du travail en raison de fatigue physique, émotionnelle
ou mentale, d'avoir fait appel aux services d'un professionnel
de la santé mentale, d'avoir reçu des soins en consultation
externe, d'avoir consulté un médecin six fois ou
plus par année, d'avoir été hospitalisés,
d'avoir eu à se rendre à l'urgence d'un hôpital,
d'avoir dépensé plus de 300 $ dans la dernière
année en médicaments sur ordonnance pour leur usage
personnel;
- trois fois moins susceptibles de participer fréquemment
à des activités associées à des niveaux
élevés d'unité familiale;
- trois fois moins susceptibles de mentionner des niveaux élevés
de satisfaction liée à l'emploi;
- deux fois moins susceptibles d'avoir une famille dotée
de grandes capacités d'adaptation;
- deux fois moins susceptibles de faire état de hauts
niveaux de satisfaction en matière de vie familiale, de
compétences parentales et d'existence;
- deux fois moins susceptibles d'avoir une opinion favorable
de leur milieu de travail et de faire état de hauts niveaux
d'engagement envers l'organisation.
- Les conséquences financières de niveaux élevés
d'interférence du travail dans la famille sont également
fort importantes :
- les coûts directs de l'absentéisme attribuable
à des niveaux élevés d'interférence
de la famille dans le travail sont estimés à environ
un milliard de dollars par année (montant qui se situe
entre un milliard et demi et deux milliards quand on inclut les
coûts indirects);
- les coûts directs assumés par le système
de soins de santé pour le traitement des troubles associés
à de hauts niveaux d'interférence du travail dans
la famille sont d'environ 2,8 milliards de dollars par année
(les deux tiers d'un milliard de dollars par année en visites
chez le médecin, deux milliards de dollars par année
en hospitalisations et un peu plus de 100 millions de dollars
par année en visites à l'urgence d'un hôpital).
Autrement
dit, les employeurs canadiens qui utiliseront les résultats
de la présente étude pour réduire leur nombre
d'employés aux prises avec des niveaux élevés
d'interférence du travail dans la famille devraient éprouver
moins de difficulté à recruter et à fidéliser
leur personnel (un important avantage concurrentiel en ces temps
où la main-d'oeuvre est rare) ainsi qu'à diminuer
le coût des avantages sociaux. Les gouvernements qui s'inquiètent
des coûts galopants associés aux soins de santé
et des longues listes d'attentes devraient également être
en mesure d'appliquer les conclusions de cette étude à
ces questions. Enfin, les familles canadiennes pourraient également
profiter de l'amélioration potentielle de la santé physique et mentale de ses membres.
Pourquoi faut-il réduire le nombre de Canadiens signalant
de hauts niveaux d'interférence de la famille dans le travail?
Seulement 10 % des répondants de l'échantillon ont
signalé de hauts niveaux d'interférence de la famille
dans le travail. Il ne s'agit donc pas d'un problème encore
très répandu. Or, les employeurs et les gouvernements
canadiens doivent trouver des moyens d'atténuer ce type d'interférence,
car les projections démographiques indiquent qu'il prendra
de l'importance à mesure que la population vieillit. Y a-t-il
d'autres raisons de chercher à réduire l'interférence
de la famille dans le travail? Les données indiquent que,
comparativement à leurs homologues dont le niveau d'interférence
de la famille dans le travail est faible, les employés qui
signalent des niveaux élevés de ce type de conflit
sont :
- sept fois plus susceptibles de s'absenter au moins trois jours
au cours d'une période de six mois en raison de problèmes
liés aux soins des enfants;
- trois fois plus susceptibles de s'absenter du travail (toutes
causes confondues);
- deux fois plus susceptibles de dire que leur santé est
assez bonne ou mauvaise, de signaler des niveaux élevés
de stress ressenti, d'épuisement et d'humeur dépressive,
d'avoir manqué au moins trois jours de travail au cours
des six derniers mois (toutes causes confondues), de s'être
absentés en raison d'une fatigue physique, émotionnelle
ou mentale, d'avoir manqué au moins trois jours de travail
au cours des six derniers mois en raison de problèmes de
santé physique et d'avoir consulté un professionnel
de la santé mentale;
- deux fois moins susceptibles de faire état de hautes
capacités d'adaptation familiales et de hauts niveaux de
satisfaction en matière de vie familiale, de compétences
parentales, de vie personnelle et de vie professionnelle.
- Les répercussions financières de ce type de conflit
entre le travail et la vie personnelle ne sont pas aussi renversantes
que celles associées à l'interférence du
travail dans la famille, mais elles sont tout de même importantes
:
- les coûts directs de l'absentéisme attribuable
à des niveaux élevés d'interférence
de la famille dans le travail sont estimés à quelque
500 millions de dollars par année (environ un milliard
de dollars par année quand on inclut les coûts indirects);
- les coûts directs assumés par le système
de soins de santé pour le traitement des troubles associés
à de hauts niveaux d'interférence de la famille
dans le travail sont d'environ 514 millions de dollars par année
(215 millions en visites chez le médecin, 247 millions
en hospitalisations et 52 millions en visite à l'urgence
d'un hôpital).
L'enquête a permis de déterminer que les employés
aux prises avec de hauts niveaux d'interférence de la famille
dans le travail sont aussi ceux qui déclarent les plus faibles
niveaux de dévouement et de satisfaction au travail, les
plus hauts niveaux de stress et la plus forte intention de roulement,
conclusions qui peuvent être utiles pour des employeurs se
préoccupant du recrutement et de la fidélisation du
personnel. Autre point à noter, les données indiquent
que les employés aux prises avec des niveaux élevés
d'interférence de la famille dans le travail signalent les
plus bas niveaux de satisfaction à l'égard de la vie
familiale, de satisfaction à l'égard des compétences
parentales et de bien-être familial.
Pourquoi faut-il réduire le nombre de Canadiens signalant
de hauts niveaux de pression sur le fournisseurs de soins?
Environ une personne sur quatre (26 %) de l'échantillon
subit des niveaux élevés de pression à titre
de fournisseur de soins, soit un stress physique, financier ou mental
découlant de la responsabilité d'un aîné
à charge. On peut ici encore s'appuyer sur la recherche déjà
effectuée dans ce domaine pour dégager un certain
nombre d'arguments solides qui inciteront les organisations et le
gouvernement à élaborer et à mettre en oeuvre
des stratégies pour réduire la pression sur le fournisseur
de soins. Comparativement à leurs homologues ne subissant
qu'une faible pression de ce type, les employés subissant
une forte pression à titre de fournisseurs de soins sont
:
- treize fois plus susceptibles de manquer au moins trois jours
de travail au cours d'une période de six mois en raison
de problèmes liés aux soins des aînés;
- deux fois plus susceptibles de s'absenter en raison d'une fatigue
mentale, émotionnelle ou physique, de signaler des niveaux
élevés d'humeur dépressive, de stress ressenti
et d'épuisement, d'avoir fait appel aux services d'un professionnel
de la santé mentale, de déclarer que leur santé
est assez bonne ou mauvaise, d'avoir consulté un médecin
six fois ou plus par année, d'avoir reçu des soins
en consultation externe, d'avoir consulté un autre professionnel
de la santé huit fois ou plus par année, d'avoir
été hospitalisés, d'avoir eu à se
rendre à l'urgence d'un hôpital, d'avoir dépensé
plus de 300 $ dans la dernière année en médicaments
sur ordonnance pour leur usage personnel.
En revanche, les employés subissant une faible pression
à titre de fournisseurs de soins sont deux fois plus susceptibles
que les personnes subissant une forte pression de ce type de manifester
un haut niveau de satisfaction par rapport à leur vie.
Il est particulièrement préoccupant de constater
que les répondants qui doivent composer avec des niveaux
élevés de pression à titre de fournisseurs
de soins sont ceux qui risquent le plus de ressentir du stress,
de se montrer d'humeur dépressive et d'avoir des problèmes
de santé. Ils sont aussi les moins susceptibles d'être
satisfaits de leur vie.
Les répercussions financières d'une forte pression
sur les fournisseurs de soins sont également impressionnantes
:
- les coûts directs de l'absentéisme attribuable
à des niveaux élevés de pression sur le fournisseur
de soins s'élèvent à un peu plus d'un milliard
de dollars par année (les coûts indirects varient
entre un et deux milliards de dollars);
- les coûts de santé annuels directs associés
à une forte pression sur le fournisseur de soins sont d'environ
quatre milliards pour les hospitalisations, un milliard pour les
visites chez le médecin et 100 millions pour les visites
à l'urgence d'un hôpital (le coût total de
ces trois services s'élève donc à environ
cinq milliards de dollars par année);
- les organisations pourraient économiser environ 128
$ par employé par année uniquement en coûts
d'ordonnance en réduisant la pression sur les fournisseurs
de soins.
On s'attend à ce que ces coûts augmentent au rythme
de l'accroissement du nombre d'employés qui devront s'acquitter
de responsabilités relatives aux soins aux aînés
(voir l'examen de cette question dans Higgins et Duxbury [2002]).
L'atténuation du conflit entre le travail et la vie personnelle,
sous toutes ses formes, profitera à l'ensemble de la population
canadienne
Ces conclusions ne permettent guère de douter que le conflit
entre le travail et la vie personnelle est associé à
un certain nombre d'indicateurs de problèmes de santé
physique et mentale chez l'employé. Les employés stressés,
déprimés et épuisés ne sont pas aussi
productifs que ceux qui jouissent d'une bonne santé mentale.
Le stress ressenti, l'humeur dépressive et l'épuisement
sont également liés à un absentéisme
accru, à une plus grande consommation de médicaments
sur ordonnance, à une utilisation accrue des programmes d'aide
aux employés, à des niveaux moindres de créativité,
d'innovation et de prise de risque, autant de facteurs qui, à
leur tour, pourraient avoir une incidence négative sur les
résultats de l'organisation et sur la capacité du
Canada de soutenir la concurrence mondiale. Nous avons également
déterminé que des niveaux élevés de
conflit entre le travail et la vie personnelle avaient une incidence
négative sur le rendement de l'organisation, en plus de nuire
à la santé mentale et physique des employés,
de réduire la participation à la vie familiale et
la satisfaction qu'on peut tirer de ces rôles, de nuire à
la capacité des employés de profiter de leur vie familiale
et de soutenir leur famille ainsi que d'augmenter les coûts
des soins de santé.
Si rien ne change, on peut s'attendre à ce que la proportion
de l'effectif canadien susceptible de vivre un conflit entre le
travail et la vie personnelle augmente en raison de changements
d'ordre démographique et structurel d'ordre familial9 et professionnel10 (Barnett, 1998;
Frone, 2002; Hammer et coll., 2002) très bien documentés.
Nous espérons que les conclusions de ce rapport aideront
les décideurs et les employeurs à prévoir des
stratégies, des politiques et des interventions qui endigueront
la vague de conflit entre le travail et la vie personnelle. Ce rapport
devrait également être utile aux Canadiens qui désirent
rééquilibrer leur mode de vie.
8 Pour faciliter la lecture du rapport, on a arrondi les données sur le risque relatif au nombre entier le plus proche. Seuls les risques supérieurs à deux sont présentés dans le résumé.
9 La documentation sur le sujet répertorie, entre autres changements, l'augmentation du nombre de femmes sur le marché du travail, l'augmentation du taux de divorce, la prolongation de l'espérance de vie, le nombre accru de familles monoparentales, à salaire unique ou devant prodiguer simultanément des soins aux enfants et aux aînés, la nouvelle répartition des tâches et le resserrement de l'interdépendance entre le travail et la famille.
10 La documentation sur le sujet répertorie, entre autres changements, la mondialisation, l'intégration de composantes de bureautique de pointe, la nécessité de s'adapter à de constants changements, l'augmentation des emplois atypiques et des formules de travail non conventionnelles.