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Santé de l'environnement et du milieu de travail

Réduire le conflit entre le travail et la vie personnelle : Quoi faire? Quoi éviter?

4.1 De quelle façon les employés canadiens composent-ils avec le stress37?

Dans le but d'aider le lecteur à suivre la discussion, nous avons catégorisé les stratégies d'adaptation individuelles à l'aide de l'analyse en composantes principales et ainsi dégagé quatre types principaux de stratégies utilisées par les Canadiens pour composer avec le conflit entre le travail et la vie personnelle (tableau 12) : (1) le soutien social, (2) des techniques d'adaptation active visant à réduire ou à éliminer la source de conflit, (3) l'esquive et (4) les techniques d'adaptation passive, qui s'attaquent aux symptômes du stress plutôt qu'à sa source.

Les tableaux 13 (échantillon total) et 14 (analyses selon le sexe/type d'emploi et selon le sexe/la responsabilité de personnes à charge) présentent les données sur la disponibilité et l'utilisation des différentes stratégies d'adaptation individuelles. On peut voir que les Canadiens utilisent toute une gamme de stratégies pour composer avec le stress.

Tableau 12 : Analyse factorielle des stratégies d'adaptation individuelles
  Soutien social Adaptation active Esquive Adaptation passive % Utilisation quotidienne
Demander l'aide des collègues 0,80       16
Discuter avec des collègues 0,79       32
Demander l'aide de la famille ou d'amis 0,74       23
Discuter avec des membres de la famille ou des amis 0,73       45
Établir des priorités   0,82     69
Prévoir, organiser et planifier l'emploi du temps plus soigneusement   0,89     49
Déléguer du travail aux autres   0,75     27
Simplement s'efforcer d'oublier     0,76   19
Trouver une autre activité pour se changer les idées     0,63   32
Consommer des médicaments (sur ordonnance ou autres)       0,72 11
Simplement redoubler d'efforts (tenter de tout faire)       0,61 43
Réduire la qualité de ce qu'on fait       0,55 10
Consommer de l'alcool       0,53 12
Tableau 13 : Utilisation des stratégies d'adaptation individuelles (échantillon total)
Stratégies d'adaptation  % de répondants qui utilisent la stratégie
Rarement Chaque semaine Chaque jour
Établir des priorités 9 21 69
Prévoir, organiser et planifier l'emploi du temps plus soigneusement 22 32 47
Discuter avec des membres de la famille ou des amis 26 29 45
Simplement redoubler d'efforts (tenter de tout faire) 31 26 43
Trouver une autre activité pour se changer les idées 36 32 32
Discuter avec des collègues 40 27 32
Déléguer du travail aux autres 49 24 27
Demander l'aide de la famille ou d'amis 51 25 23
Simplement s'efforcer d'oublier 60 20 19
Demander l'aide des collègues 65 19 16
Consommer de l'alcool 65 23 12
Consommer des médicaments (sur ordonnance ou en vente libre) ou d'autres substances 86 4 11
Réduire la qualité de ce qu'on fait 72 18 10

N = 31 571
« Rarement » regroupe « jamais » et «  chaque mois ».
« Chaque jour » regroupe « plusieurs fois par semaine » et « chaque jour ».

Tableau 14 : Utilisation des stratégies d'adaptation individuelles
a. Analyse selon le sexe et la responsabilité de personnes à charge
Stratégies d'adaptation % de répondants qui utilisent fréquemment la stratégie
Hommes Femmes
Sans PC RPC Sans PC RPC
Discuter avec des membres de la famille ou des amis 37 37 52 49
Discuter avec des collègues 28 26 36 36
Demander l'aide de la famille ou d'amis 13 11 20 29
Demander l'aide des collègues 19 19 20 21
Simplement redoubler d'efforts (tenter de tout faire) 36 37 45 55
Établir des priorités 64 66 72 72
Déléguer du travail aux autres 29 36 22 26
Simplement s'efforcer d'oublier 18 18 20 20
Trouver une autre activité pour se changer les idées 38 37 35 25
Réduire la qualité de ce qu'on fait 9 10 9 12
Prévoir, organiser et planifier l'emploi du temps plus soigneusement 45 44 49 49
Consommer de l'alcool 15 17 7 7
Consommer des médicaments (sur ordonnance ou en vente libre) ou d'autres substances 8 8 13 13

Sans PC = Sans personnes à charge
RPC = Responsable de personnes à charge

b. Analyse selon le sexe et le type d'emploi
Stratégies d'adaptation % de répondants qui utilisent fréquemment la stratégie
Hommes Femmes
G/P A G/P A
Discuter avec des membres de la famille ou des amis 39 35 55 47
Discuter avec des collègues 28 25 38 35
Demander l'aide de la famille ou d'amis 20 18 28 25
Demander l'aide des collègues 12 22 24 18
Simplement redoubler d'efforts (tenter de tout faire) 38 36 48 48
Établir des priorités 74 58 75 69
Déléguer du travail aux autres 45 24 32 17
Simplement s'efforcer d'oublier 17 20 18 21
Trouver une autre activité pour se changer les idées 35 32 33 29
Réduire la qualité de ce qu'on fait 10 9 11 9
Prévoir, organiser et planifier l'emploi du temps plus soigneusement 49 38 53 46
Consommer de l'alcool 19 15 9 8
Consommer des médicaments (sur ordonnance ou en vente libre) ou d'autres substances 8 9 11 15
La majorité des Canadiens tentent de s'adapter en établissant des priorités

Près de 70 % des 31 571 Canadiens qui ont répondu à notre sondage tentent de composer avec le stress en classant leurs engagements par ordre de priorité. Autrement dit, la première ligne de défense utilisée pour contrer le stress associé à la conciliation travail/vie personnelle est une stratégie cognitive (selon Hall, une redéfinition personnelle des rôles). Cette stratégie consiste à classer par ordre de priorité les différentes activités associées à chaque rôle pour se concentrer sur les plus importantes, sans toutefois éliminer d'activités ou de rôles. Malheureusement, les données (Duxbury et Higgins, 2003), indiquent que dans ces circonstances, la plupart des Canadiens accordent plus d'importance au travail qu'à la famille, une stratégie non viable à long terme.

Les hommes et les femmes gestionnaires ou professionnels sont les plus susceptibles d'utiliser cette stratégie et les hommes occupant d'autres types d'emploi, les moins susceptibles d'y recourir.

De nombreux Canadiens tentent de s'adapter en prévoyant, en organisant, en planifiant et en « tentant de tout faire  »

Environ la moitié des répondants tentent de composer avec le stress en prévoyant, en organisant et en planifiant leur emploi du temps avec plus de soin (47 %), en discutant avec des membres de leur famille ou des amis (45 %) ou en tentant simplement de tout faire en redoublant d'efforts (43 %). Il est à noter que chacune de ces stratégies est de nature passive, c'est-à-dire qu'elle vise à éliminer l'agent stressant une fois qu'il s'est manifesté et non pas à le prévenir en éliminant sa source. Les femmes sont plus susceptibles que les hommes de tenter de s'adapter en discutant avec des membres de leur famille ou en redoublant simplement d'efforts. Les gestionnaires et les professionnels sont plus susceptibles de le faire en prévoyant, en organisant et en planifiant leur emploi du temps.

Un employé sur trois tente de s'adapter en fixant son esprit sur autre chose et en cherchant du soutien au travail

Deux autres stratégies, soit trouver une autre activité pour éviter de penser à l'agent stressant (évasion) et discuter avec les collègues (soutien social), sont utilisées par 32 % des répondants. Environ le même pourcentage de répondants indiquent qu'ils utilisent ces stratégies chaque semaine ou rarement. Les femmes sont plus susceptibles de discuter avec leurs collègues, mais les hommes sont plus susceptibles de participer à d'autres activités (p. ex. sports).

La moitié des répondants indiquent qu'ils délèguent rarement du travail aux autres et qu'ils cherchent rarement de l'aide auprès de leur famille ou de leurs amis

Il a été démontré que les personnes qui utilisent des stratégies d'adaptation axées sur la résolution de problèmes (p. ex. déléguer du travail aux autres) ou qui peuvent compter sur le soutien de leur famille et de leurs amis arrivent mieux à composer avec le stress. Malheureusement, ces stratégies ne sont pas très répandues. Seulement 27 % des répondants (mais 45  % des gestionnaires et professionnels masculins) disent déléguer quotidiennement du travail aux autres pour composer avec le stress. À l'opposé, la moitié des répondants y ont rarement recours (peut-être parce qu'ils n'ont personne à qui déléguer des tâches dans le milieu du travail canadien toujours à court de temps). De même, un peu plus de la moitié des répondants (51 %) indiquent qu'ils n'ont jamais composé avec leur stress en cherchant de l'aide auprès de leur famille et de leurs amis (peut-être parce que ces personnes se trouvent dans la même situation qu'eux).

Bonne nouvelle, 60 % des répondants n'utilisent pas l'une des principales stratégies d'esquive axées sur les émotions à l'étude : simplement s'efforcer d'oublier. Les stratégies de ce type sont généralement moins efficaces, car la source de stress demeure inchangée et continue donc de poser problème. Il est inquiétant de constater qu'un répondant sur cinq utilise cette stratégie chaque jour.

Peu de Canadiens tentent de composer avec le stress en cherchant de l'aide auprès de leurs collègues

Les deux tiers des répondants indiquent qu'ils se tournent rarement vers leurs collègues pour composer avec le stress, l'anxiété et l'humeur dépressive. Si 32 % des répondants discutent avec leurs collègues pour atténuer leur stress, seulement 16 % de l'échantillon demandent de l'aide. Ces résultats sont malheureux, car les sources de stress sont les mêmes pour le nombre d'employés (charges de travail lourdes, supérieurs non conciliants, cultures organisationnelles non conciliantes). De plus, cette situation limite l'échange de stratégies d'adaptation efficaces entre collègues. Une fois de plus, nous ne pouvons que spéculer sur les raisons de cet état de choses. Il se pourrait que les gens soient tout simplement trop occupés au travail pour parler à leurs collègues et leur demander de l'aide. En second lieu, la culture « macho » au sein de nombreuses organisations canadiennes célèbre les employés qui travaillent beaucoup et acceptent le travail additionnel. Il se pourrait donc que les employés ne demandent pas d'aide parce qu'ils craignent de nuire à leur image et à leurs chances d'avancement.

Un nombre important d'employés canadiens consomment de l'alcool ou des médicaments pour composer avec le stress

Douze pour cent des répondants composent avec le stress en consommant de l'alcool. Un sur quatre prend un verre chaque semaine dans le but de composer avec le stress, l'anxiété et l'humeur dépressive. De même, 11 % des répondants prennent des médicaments sur ordonnance ou en vente libre ou encore des drogues illicites pour composer avec le stress; 4  % de plus le font chaque semaine. Or, ces deux façons passives de composer avec la réaction émotionnelle au stress posent problème, tant sur le plan social (liées à la fois à une plus grande incidence de maladie, à l'accroissement des coûts de santé pour le système et au dysfonctionnement familial) qu'économique (liées à une productivité moindre et à un taux d'absentéisme plus important). Il est intéressant de noter que si hommes et femmes utilisent tous deux l'esquive, les hommes sont plus susceptibles de consommer de l'alcool et les femmes, des médicaments et de la drogue pour composer avec le stress.

Les Canadiens ne tentent pas de s'adapter en réduisant la qualité de ce qu'ils font

Seulement un répondant sur dix s'adapte en réduisant souvent la qualité de ce qu'il fait. Environ un sur cinq utilise cette stratégie chaque semaine, mais la majorité (72 %) ne le fait que rarement ou jamais. Ce résultat est malheureux, car cette forme de réévaluation cognitive peut réduire le stress et l'anxiété générés par de lourdes charges de travail et des priorités concurrentes.

Les femmes sont plus susceptibles que les hommes de tenter de s'adapter en cherchant du soutien social

Les données indiquent que le sexe de la personne a une forte incidence sur la façon dont elle choisit de composer avec le stress, l'anxiété et l'humeur dépressive. Les femmes, peu importe leur type d'emploi et qu'elles soient ou non responsables de personnes à charge, sont plus susceptibles que les hommes d'utiliser les stratégies d'adaptation suivantes :

  • chercher du soutien social (discuter avec les membres de la famille, les amis, les collègues);
  • chercher de l'aide auprès de leur famille ou de leurs amis;
  • redoubler d'efforts;
  • consommer des médicaments sur ordonnance/en vente libre ou des drogues illicites.

L'examen des données permet de noter trois autres différences intéressantes associées à ces trois stratégies. Tout d'abord, il est important de noter que les femmes responsables de personnes à charge sont significativement plus susceptibles que les femmes sans personnes à charge de tenter de s'adapter en cherchant de l'aide auprès de leur famille et de leurs amis et en redoublant d'efforts. On ne retrouve pas de distinction similaire du côté des hommes de l'échantillon. Enfin, la différence entre l'utilisation, chez les deux sexes, des médicaments sur ordonnance pour composer avec le stress s'explique en grande partie par le fait que les femmes occupant des emplois « autres » sont plus susceptibles que tout autre groupe d'utiliser cette stratégie d'adaptation (15  % d'entre elles y ont recours quotidiennement).

Les hommes sont plus susceptibles que les femmes de tenter de s'adapter en déléguant du travail aux autres et en consommant de l'alcool

Les hommes étaient plus susceptibles que les femmes d'utiliser les stratégies d'adaptation suivantes :

  • déléguer du travail aux autres;
  • consommer de l'alcool.

Ici encore, l'examen des différences entre les sexes permet de mieux comprendre les résultats. Les données indiquent que les hommes responsables de personnes à charge (36 %) et les hommes gestionnaires ou professionnels (45 %) sont significativement plus susceptibles que leurs homologues sans personnes à charge ou occupant d'autres types d'emploi de déléguer du travail aux autres. Un gestionnaire/professionnel masculin sur cinq et 15 % des hommes occupant d'autres types d'emploi consomment de l'alcool pour composer avec le stress, ce qui représente environ le double des femmes faisant de même.

Les gestionnaires et les professionnels s'adaptent en planifiant, en déléguant et en s'organisant

Lorsqu'on tient compte du sexe et du type d'emploi, les gestionnaires et les professionnels de l'échantillon sont plus susceptibles que les autres :

  • de déléguer du travail aux autres;
  • de prévoir, d'organiser et de planifier leur emploi du temps.

Il est probable que les membres de ce groupe utilisent ces stratégies parce qu'ils le peuvent, étant plus susceptibles que les autres d'occuper des postes d'autorité au sein de l'organisation, mais aussi parce qu'ils ont développé ces compétences au travail et qu'ils les appliquent à d'autres domaines.

La tendance à chercher de l'aide, à s'efforcer d'oublier et à réduire la qualité de ce qu'on fait n'est pas associée aux caractéristiques démographiques

Enfin, trois des stratégies examinées ici ne sont pas associées au sexe, au type d'emploi et au fait d'être ou non responsable de personnes à charge : chercher de l'aide auprès des collègues, simplement s'efforcer d'oublier et réduire la qualité de ce qu'on fait. Dans les trois cas, très peu d'employés utilisent ces stratégies.

Les stratégies d'adaptation individuelles ne sont pas associées au fait d'être responsable de personnes à charge

L'utilisation des différentes stratégies d'adaptation abordées ici n'est pas associée à la responsabilité de personnes à charge. En effet, les employés responsables de personnes à charge (enfants ou aînés) sont aussi susceptibles que les autres de prendre appui sur leur famille et leurs amis; de réduire la qualité de ce qu'ils font; de consommer de l'alcool ou des médicaments; de prévoir, d'organiser et de planifier leur emploi du temps; de simplement redoubler d'efforts. Ces observations sont intéressantes, car elles ne donnent aucun appui aux préconceptions favorables ou défavorables que de nombreuses personnes entretiennent à propos des parents et des fournisseurs de soins qui travaillent.



37 Les répondants devaient indiquer la fréquence à laquelle ils utilisaient différentes stratégies d'adaptation pour composer avec le stress, l'anxiété et l'humeur dépressive.