Comme on l'a noté ci-dessus, les employés canadiens utilisent un certain nombre de stratégies pour composer avec les différents types de conflit entre le travail et la vie personnelle. L'analyse présentée plus loin vise à départager les stratégies efficaces des inefficaces. Pour ce faire, nous avons examiné la relation entre chacune des 13 stratégies d'adaptation individuelles et les quatre types de conflit entre le travail et la vie personnelle. Nous avons fait deux analyses pour chaque cas de façon à déterminer si l'efficacité des stratégies variait selon le groupe pris en compte. La première analyse visait à mesurer l'incidence du sexe et du type d'emploi sur la relation entre l'adaptation et le conflit entre le travail et la vie personnelle et la deuxième, celle du sexe et de la responsabilité de personnes à charge sur cette même relation. On trouvera à l'annexe F l'ensemble complet de données. Les principaux résultats (R2 &ge 0,04; α < 0,01; Δ &ge 0,338) sont présentés dans les tableaux 15 et 16 et examinés dans la présente section. L'information contenue dans l'encadré 9 vise à faciliter l'interprétation des tableaux.
Ces tableaux résument les principaux résultats concernant la relation entre les différentes stratégies d'adaptation et le conflit entre le travail et la vie personnelle. Ils indiquent au lecteur que cela intéresse quelles stratégies :
Légende des tableaux :
* Le R2 remplit le critère minimum, mais l'effet
principal est non significatif.
** Le R2 remplit le critère minimum, mais est
inférieur à 0,2.
*** La relation entre l'utilisation de la stratégie et
le conflit entre le travail et la vie personnelle n'est pas directe.
- Indique qu'une utilisation accrue de cette
stratégie est associée à des niveaux moindres
de conflit entre le travail et la vie personnelle. À l'inverse, il se pourrait que le soutien de la direction aide les
employés à composer avec les exigences à leur endroit. Or, le fait que le nombre d'heures passZes au travail n'est pas lié au soutien de la direction (données non
présent&eacte;es ici) donne de la crédibilité à la seconde interprétation des données et renforce notre idée que les employés relevant d'un gestionnaire conciliant arrivent mieux que les autres à composer avec le conflit entre le travail et la vie personnelle.
| Stratégies d'adaptation individuelles | Surcharge de rôles | Travail/Famille | Famille/Travail | Pression sur le fournisseur de soins |
|---|---|---|---|---|
| Simplement redoubler d'efforts | ns | F = 3,44; α = 0,002 R2 = 0,091 |
F = 3,79; α = 0,001 R2 = 0,051 |
ns |
| Établir des priorités | F = 2,97; α = 0,008 R2 = 0,047 |
ns | ns | ns |
| Déléguer | F = 5,01; α = 0,000 R2 = 0,049 |
ns | F = 7,22; α = 0,000 R2 = 0,046 |
ns |
| Simplement s'efforcer d'oublier | ns | ns | F = 2,78; α = 0,01 R2 = 0,049 |
ns |
| Trouver une autre activité | F = 6,35; α = 0,000 R2 = 0,041 |
ns | F = 5,87; α = 0,000 R2 = 0,041 |
R2 = 0,041 ** |
| Réduire la qualité de ce qu'on fait | F = 5,99; α = 0,000 R2 = 0,111 |
F = 3,61; α = 0,001 R2 = 0,067 |
F = 2,45; α = 0,01 R2 = 0,071 |
ns |
| Prévoir, organiser, planifier | F = 28,5; α = 0,000 R2 = 0,041 |
ns | ns | ns |
| Stratégies d'adaptation individuelles | Surcharge de rôles | Travail/Famille | Famille/Travail | Pression sur le fournisseur de soins |
|---|---|---|---|---|
| Simplement redoubler d'efforts | ns | F = 7,2; α = 0,000 R2 = 0,111 |
ns | ns |
| Établir des priorités | ns | F = 6,1; α = 0,000 R2 = 0,041 |
ns | ns |
L'utilisation de huit des 13 stratégies d'adaptation individuelles examinées ici est liée de façon importante à la surcharge de rôles39. Dans chaque cas sauf un (consommation de médicaments sur ordonnance), plus le niveau de surcharge de rôles est élevé, plus la stratégie d'adaptation est utilisée (relation positive entre l'utilisation des stratégies et la surcharge). La relation observée permet de tirer les conclusions suivantes :
La relation entre l'utilisation des trois autres stratégies (c. à d. trouver une autre activité pour se changer les idées; déléguer; prévoir et organiser) et la surcharge de rôles est plus complexe et varie à la fois selon le sexe de la personne et le fait qu'elle soit ou non responsable de personnes à charge. On trouvera une discussion plus approfondie de ces stratégies (et de l'établissement de priorités, stratégie également liée au sexe et à la responsabilité de personnes à charge) plus loin.
On peut tirer les conclusions suivantes à propos du lien entre la surcharge de rôles et l'adaptation individuelle :
L'interférence du travail dans la famille est associée de façon significative à 11 des 15 stratégies d'adaptation, mais six seulement sont importantes selon le critère expliqué plus tôt. De plus, quatre d'entre elles s'observent uniquement dans l'analyse selon le sexe/type d'emploi, ce qui semble indiquer que la capacité d'un employé à composer avec ce type de conflit entre le travail et la vie personnelle dépend davantage de sa situation professionnelle que familiale.
Tous les employés canadiens aux prises avec des niveaux élevés d'interférence du travail dans la famille sont plus susceptibles, peu importe leur sexe, leur type d'emploi et le fait qu'ils aient ou non des personnes à charge, de tenter de composer avec cette forme de conflit en :
De plus, l'analyse tenant compte du type d'emploi révèle que les hommes et les femmes aux prises avec des niveaux élevés d'interférence du travail dans la famille sont plus susceptibles de :
La relation entre les deux dernières stratégies (prendre des médicaments sur ordonnance et établir des priorités) et l'interférence du travail dans la famille varie selon le sexe et le type d'emploi. Ces résultats sont abordés plus en détail plus loin.
La présente étude révèle que les employés ont tendance à utiliser des stratégies d'adaptation passives ou axées sur l'esquive pour composer avec l'interférence du travail dans la famille. Or, ces stratégies visent à atténuer les symptômes physiques et psychologiques déplaisants associés avec le conflit entre le travail et la vie personnelle et non à en repérer et à en éliminer la cause. Le tout concorde avec le fait que ces stratégies sont associées à des niveaux plus élevés, et non moindres, d'interférence.
La relation entre les stratégies individuelles et l'interférence de la famille dans le travail diffère de plusieurs façons importantes de celle qui unit ces mêmes stratégies à l'interférence du travail dans la famille ou à la surcharge de rôles. Premièrement, elle est très faible lorsqu'on tient compte du sexe et du type d'emploi. De plus, elle n'est significative pour aucune des stratégies et le R2 (la portion de la variation entre les niveaux de conflit expliquée par chaque stratégie) est inférieur à 1 % dans huit des 13 cas. Ce résultat semble indiquer que la fréquence à laquelle un employé utilise une stratégie donnée n'a pas d'incidence sur cette forme d'interférence et que l'adaptation à cette dernière n'est pas associée au type d'emploi. En second lieu, six des stratégies (redoubler d'efforts, déléguer, s'efforcer d'oublier, réduire la qualité de ce qu'on fait, trouver une autre activité pour se changer les idées, prendre des médicaments sur ordonnance) sont associées de façon importante à l'interférence de la famille dans le travail, mais dans chaque cas, l'incidence de la stratégie dépend du sexe de la personne et du fait qu'il soit ou non responsable de personnes à charge. On trouvera des détails sur chacune de ces relations plus loin dans la présente section.
La présente initiative de recherche n'a pas permis de dégager de stratégies d'adaptation individuelles associées à des niveaux moindres de pression sur le fournisseur de soins. Cependant, les données révèlent la présence de plusieurs liens dignes de mention entre l'adaptation et ce type de pression, dont :
La relation entre la consommation de médicaments sur ordonnance et la pression sur le fournisseur de soins est également importante, mais ne semble pas directe. On trouvera plus de détails sur cette relation plus loin dans cette section.
Les données révèlent que l'utilisation de stratégies d'adaptation faisant appel au soutien social (chercher de l'aide auprès des collègues, de la famille ou des amis, discuter avec ces personnes) n'est pas liée au conflit entre le travail et la vie personnelle. À une exception près41, aucune de ces stratégies n'est associée de façon significative aux différents types de conflit examinés ici. Il est possible de tirer deux conclusions de ces résultats. Premièrement, le niveau de conflit entre le travail et la vie personnelle ne permet pas de prédire si une personne cherchera ou non de l'aide auprès de son entourage. Certaines personnes (peu importe leur sexe, leur type d'emploi et qu'elles soient ou non responsables de personnes à charge) le feront, mais d'autres pas. En second lieu, aucune de ces stratégies n'est associée à une réduction du conflit entre le travail et la vie personnelle. Il s'agit d'un constat malheureux, car de nombreux Canadiens tentent de composer avec ce conflit en cherchant du soutien social (45 % des employés discutent quotidiennement avec leurs collègues et leurs proches dans le but de composer avec leur stress).
Les employés qui utilisent des stratégies d'adaptation actives pour composer avec le conflit entre le travail et la vie personnelle tentent de s'attaquer à la source du stress en établissant des priorités, en déléguant du travail aux autres et en prévoyant, planifiant et organisant plus efficacement leur emploi du temps.
L'analyse indique que l'utilisation de ces trois stratégies est associée de façon significative et importante à des niveaux élevés de surcharge de rôles (plus la personne est surchargée, plus elle a tendance à tenter de s'adapter en établissant des priorités, en déléguant et en prévoyant/planifiant). Comme on l'a noté plus tôt, l'incidence de ces stratégies sur la surcharge de rôles dépend de la responsabilité de personnes à charge. La relation est similaire dans les trois cas (figure 42) :
Ces résultats semblent indiquer que l'utilisation de stratégies d'adaptation actives aide les employés ayant des personnes à charge à composer avec la surcharge de rôles (c.-à-d. que ces stratégies empêchent l'augmentation de la surcharge). Cette conclusion est appuyée par le fait que dans l'analyse selon le sexe et le type d'emploi (donc lorsqu'on ne tient pas compte de la responsabilité de personnes à charge) :
Selon les résultats, l'utilisation de stratégies d'adaptation actives n'est pas liée à l'interférence du travail dans la famille, à l'interférence de la famille dans le travail ou à la pression sur le fournisseur de soins. À deux exceptions près42, aucune de ces stratégies n'est associée de façon significative à ces trois formes de conflit entre le travail et la vie personnelle. Il s'agit là de constats malheureux, car de nombreux Canadiens tentent de composer quotidiennement avec ce conflit en établissant des priorités (69 %), en prévoyant (29 %) et en déléguant (27 %).
Le recours à l'établissement de priorités est positivement associé à l'interférence du travail dans la famille dans l'analyse selon le sexe et le type d'emploi. Malheureusement, ces résultats révèlent une tendance accrue chez les gestionnaires et les professionnels à composer avec ce type de conflit en faisant passer leurs responsabilités professionnelles avant leurs responsabilités familiales.
Le recours à la délégation est associé positivement à l'interférence de la famille dans le travail dans l'analyse selon le sexe et la responsabilité de personnes à charge, ce qui indiquerait que les employés ayant des personnes à charge confient à d'autres les responsabilités familiales qui entravent leur travail.
Les employés qui tentent de composer avec le conflit entre le travail et la vie personnelle à l'aide de stratégies axées sur l'évasion s'efforcent d'oublier la source du conflit et de trouver une autre activité pour se changer les idées. Ces deux stratégies laissent la source de stress intacte et se concentrent plutôt sur des façons saines d'améliorer l'humeur des personnes. Elles aident, dans une certaine mesure, les employés sans personnes à charge à composer avec la surcharge de rôles (figure 43) et l'interférence de la famille dans le travail (figure 44), mais pas leurs homologues ayant des personnes à charge. En effet :
Les résultats suivants renforcent notre idée que les stratégies axées sur l'évasion ne sont pas efficaces pour composer avec le conflit entre le travail et la vie personnelle :
Les employés qui utilisent des stratégies d'adaptation passives tentent de composer avec le stress associé à de hauts niveaux de conflit entre le travail et la vie personnelle de façon malsaine. Ils consomment de l'alcool, des médicaments (sur ordonnance ou autres), redoublent simplement d'efforts ou réduisent la qualité de ce qu'ils font. Toutes ces stratégies peuvent soulager temporairement les employés, mais ne sont pas viables à long terme. Le lien entre l'utilisation de telles stratégies et le conflit entre le travail et la vie personnelle est décrit en détail plus loin.
Environ 43 % des répondants tentent de composer avec le conflit entre le travail et la vie personnelle en redoublant simplement d'efforts, ce qui semble indiquer que cette stratégie n'aide certainement pas les employés à composer avec le conflit, qu'elle peut même exacerber. Cette conclusion est appuyée par le fait que l'utilisation fréquente de cette stratégie est associée à des niveaux plus importants de surcharge de rôles, d'interférence du travail dans la famille, d'interférence de la famille dans le travail et de pression sur le fournisseur de soins chez les employés des deux sexes (association positive entre cette stratégie et les quatre types de conflit).
La relation entre cette stratégie et la surcharge de rôles est très importante, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d'abord, cette stratégie représente la première variable prédictive de ce type de conflit. Deuxièmement, elle a une très forte incidence directe sur les niveaux de surcharge de rôles, car elle y est associée positivement peu importe le sexe de l'employé, son type d'emploi et qu'il soit ou non responsable de personne à charge. Troisièmement, la différence de surcharge de rôles entre les personnes qui utilisent rarement cette stratégie et celles qui l'utilisent chaque jour est plutôt importante (Δ = +0,8). Il est difficile de déterminer si la forte surcharge de rôles est la cause ou la conséquence du recours à cette stratégie, mais dans un cas comme dans l'autre, la conclusion demeure inchangée : cette stratégie n'aide pas les employés à composer avec la surcharge de rôles.
Un peu comme pour la surcharge de rôles, le fait de redoubler d'efforts est une très importante variable prédictive de l'interférence du travail dans la famille. Ici, par contre, la relation entre la stratégie et ce type d'interférence varie selon la situation familiale et professionnelle de la personne. Cette phase de l'analyse permet de tirer les conclusions suivantes :
Figure 42 : Incidence
de l'adaptation active sur la surcharge de rôles
a. Établir des priorités

Figure 42 : Incidence
de l'adaptation active sur la surcharge de rôles
b. Prévoir, organiser
et planifier l'emploi du temps avec plus de soin

Figure 42 : Incidence
de l'adaptation active sur la surcharge de rôles
c. Déléguer
du travail aux autres

Figure 43 : Incidence de l'évasion sur la surcharge de rôles

Figure 44 : Incidence
de l'évasion sur l'interférence de la
famille dans le travail
a. Simplement s'efforcer d'oublier

Figure 44 : Incidence
de l'évasion sur l'interférence de la
famille dans le travail
b. Trouver une autre activité
pour se changer les idées

Figure 45 : Relation entre
l'interférence du travail dans la famille et le fait
de simplement redoubler d'efforts
a. Selon le sexe et le type d'emploi

Figure 45 : Relation entre
l'interférence du travail dans la famille et le fait
de simplement redoubler d'efforts
b. Selon le sexe et la responsabilité de personnes à charge

Les résultats sont similaires dans le cas de l'interférence de la famille dans le travail (figure 46). L'association entre ce type d'interférence et le fait de redoubler d'efforts est plus forte chez les hommes et les femmes responsables de personnes à charge (Δ = +0,4) que chez les employés qui n'ont pas de telles responsabilités (Δ = +0,2). Ces résultats semblent indiquer que, peu importe la source des demandes à leur endroit (milieu professionnel ou familial), les employés qui tentent de s'adapter en redoublant d'efforts verront s'intensifier l'interférence entre leurs rôles.
Un répondant sur dix indique réduire quotidiennement la qualité de ce qu'il fait dans le but de composer avec le conflit entre le travail et la vie personnelle. Les résultats concernant la relation entre l'utilisation de cette stratégie et ce type de conflit sont très similaires à ceux obtenus pour la stratégie « redoubler d'efforts ». Ils appuient notre argument selon lequel l'adaptation passive est associée à des niveaux accrus de conflit entre le travail et la vie personnelle.
La surcharge de rôles est étroitement associée au fait de réduire la qualité de ce qu'on fait. Cette relation est plutôt directe dans l'analyse selon le sexe et le type d'emploi (forte association positive entre les deux, peu importe le sexe et le type d'emploi des personnes), mais varie lorsqu'on tient compte de la responsabilité de personnes à charge (figure 47). L'association positive entre cette stratégie et la surcharge de rôles demeure lorsqu'on tient compte du sexe, mais l'effet varie selon les responsabilités extraprofessionnelles des employés. La nature de cette relation semble indiquer que la stratégie est plus efficace pour les employés ayant des personnes à charge (écart [Δ] de +0,5 entre la surcharge de rôles des employés qui utilisent rarement la stratégie et de ceux qui l'utilisent chaque jour) que pour ceux qui n'en ont pas (écart de surcharge entre utilisation quotidienne/rare de +0,8 chez les hommes et de +0,7 chez les femmes sans personnes à charge).
Il est difficile de d'expliquer ces résultats avec certitude. Il se pourrait que les personnes surchargées réduisent la qualité de ce qu'elles font pour s'adapter ou encore que les personnes qui utilisent cette stratégie voient leur surcharge de rôles augmenter parce qu'elles doivent reprendre certaines tâches. Dans un cas comme dans l'autre, par contre, on peut tirer la même conclusion : cette stratégie n'aide pas les employés à composer avec la surcharge de rôles. Il est également intéressant de noter que nous n'avons pas observé ce genre de relation dans l'analyse selon le type d'emploi, ce qui pourrait indiquer que les employés responsables de personnes à charge tentent de s'adapter en réduisant la qualité de ce qu'ils font à la maison, et non au travail.
Les résultats concernant le lien entre la réduction de la qualité de ce qu'on fait et l'interférence du travail dans la famille sont très semblables à ceux présentés pour la surcharge de rôles. Ici encore, la relation est forte. Elle est également forte et positive dans l'analyse selon le sexe et le type d'emploi, mais varie selon le sexe et la responsabilité de personnes à charge (figure 48). Il semblerait que les hommes, qu'ils aient ou non des personnes à charge, ne tirent pas profit de la stratégie (écart [Δ] de +0,7 entre les niveaux d'interférence associés respectivement à une utilisation rare ou quotidienne). Par contre, cette stratégie pourrait aider les femmes, surtout celles qui n'ont pas de personnes à charge, à composer avec l'interférence du travail dans la famille (écart [Δ] de +0,5 entre les niveaux d'interférence associés respectivement à une utilisation rare ou quotidienne chez les femmes sans personnes à charge et de +0,6 chez les femmes ayant des personnes à charge).
Les résultats touchant la surcharge de rôles et l'interférence du travail dans la famille nous amènent à poser la question suivante : les employés réduisent-ils la qualité de ce qu'ils font à la maison ou au travail? L'examen des résultats concernant le lien entre cette stratégie et l'interférence de la famille dans le travail fournit des éléments de réponse. Comme on peut le voir à la figure 49, l'utilisation de cette stratégie n'est pas associée à l'interférence de la famille dans le travail chez les hommes et les femmes sans personnes à charge. Par contre, elle y est associée positivement chez les hommes et les femmes responsables de personnes à charge (Δ = +0,5). Ces résultats laissent entendre que les employés ayant des personnes à charge sont capables de composer avec l'interférence du travail dans la famille en abaissant leurs propres exigences en matière de qualité au travail, mais que l'utilisation de cette stratégie se paye d'une augmentation de l'interférence de la famille dans le travail. Par conséquent, les employeurs soucieux de la qualité du travail effectué doivent mettre en place des stratégies pour réduire la surcharge de rôles des employés et favoriser l'équilibre entre le travail et la vie familiale.
Figure 46: Relation entre
l'interférence de la famille dans le travail et le
fait de simplement redoubler d'efforts
a. Selon le sexe et la responsabilité de personnes à charge

Figure 47 : Relation entre la surcharge de rôles et le fait de réduire la qualité de ce qu'on fait

Figure 48 Relation entre l'interférence du travail dans la famille et le fait de réduire la qualité de ce qu'on fait

Figure 49 : Relation entre l'interférence de la famille dans le travail et le fait de réduire la qualité de ce qu'on fait

Figure 50 : Relation entre l'interférence de la famille dans le travail et le fait de consommer de l'alcool

Figure 51 : Relation unissant
le conflit entre le travail et la vie personnelle et le fait de
prendre des médicaments sur ordonnance
a. Selon le sexe et la responsabilité de personnes àcharge

Figure 51 : Relation unissant
le conflit entre le travail et la vie personnelle et le fait de
prendre des médicaments sur ordonnance
b. Selon le sexe et le
type d'emploi

À deux exceptions près, la relation unissant le conflit entre le travail et la vie personnelle et la consommation d'alcool (à titre de moyen de composer avec le stress) n'est pas significative. La première exception est digne de mention parce qu'elle se traduit par une relation importante entre l'interférence de la famille dans le travail et la consommation d'alcool chez les hommes responsables de personnes à charge (figure 50). Nous n'avons pas noté de relation similaire chez les hommes et les femmes sans personnes à charge et chez les femmes ayant des personnes à charge. La seconde exception est la relation entre la consommation d'alcool et l'interférence du travail dans la famille. Dans ce cas, des niveaux élevés de ce type d'interférence sont associés à une consommation plus importante d'alcool (Δ = +0,3), peu importe le type d'emploi des personnes.
Comme on peut le voir en examinant les relations présentées à la figure 51, les données brossent un portrait cohérent des relations entre la consommation de médicaments sur ordonnance et le conflit entre le travail et la vie personnelle. Les employés aux niveaux de conflit moindres sont significativement moins susceptibles de consommer des médicaments sur ordonnance. Par contre, ceux dont la consommation est modérée (c.-à-d. hebdomadaire) signalent des niveaux d'interférence beaucoup plus élevés que les employés qui prennent des médicaments chaque jour pour composer avec le stress. Notre confiance en ces résultats est renforcée par le fait que chaque relation suit pratiquement la même courbe, peu importe le type de conflit examiné. Il semble que la prise de médicaments sur ordonnance peut partiellement atténuer les quatre formes de conflit entre le travail et la vie personnelle, mais seulement si elle est quotidienne.
Enfin, il est important de noter une association importante entre un certain nombre de stratégies d'adaptation passives et la pression sur le fournisseur de soins. Les répondants subissant une forte pression à titre de fournisseurs de soins sont, peu importe leur sexe, plus susceptibles de composer avec cette forme de conflit entre le travail et la vie personnelle en :
Tel qu'il a été noté précédemment, les employés subissant une forte pression à titre de fournisseurs de soins prennent également davantage de médicaments sur ordonnance.
Seulement quatre des stratégies d'adaptation individuelles sont associées de façon significative aux quatre types de conflit entre le travail et la vie personnelle : prévoir et planifier, réduire la qualité de ce qu'on fait, prendre des médicaments sur ordonnance et redoubler d'efforts. De plus, trois d'entre elles sont de nature passive, une forme d'adaptation qui vise à atténuer les symptômes du stress, mais qui n'est pas viable à long terme. Ces résultats sont importants, car ils indiquent que :
38 L'écart moyen (Δ) correspond à la variation entre les niveaux de conflit respectifs d'une personne qui utilise fréquemment une stratégie et d'une personne qui l'utilise peu. Un résultat positif indique que l'utilisation fréquente de la stratégie est associée à des niveaux plus élevés de conflit. À l'inverse, un résultat négatif indique que l'utilisation de cette stratégie est associée à des niveaux moindres de conflit.
39 Nous avons noté une relation significative entre la surcharge de rôles et 13 des 15 stratégies d'adaptation individuelles, mais elle n'était importante que dans huit de ces cas.
40 La relation entre la consommation de médicaments sur ordonnance et la surcharge de rôles n'est pas directe.
41 Les employés aux prises avec des niveaux élevés de pression sur le fournisseur de soins sont plus susceptibles de chercher de l'aide auprès de leurs amis et de leur famille.
42 Les employés subissant une forte interférence du travail dans la famille sont plus susceptibles d'établir des priorités, mais ceux aux prises avec de hauts niveaux d'interférence de la famille dans le travail sont plus susceptibles de déléguer.