L'appareil respiratoire est la principale voie par laquelle l'antimoine s'introduit dans le corps lors de l'exposition professionnelle. On manque cependant d'informations précises concernant l'absorption par voie respiratoire, 21 même si l'on sait qu'il existe une corrélation entre celle-ci et la taille des particules.27 On pense que l'absorption d'antimoine par le tractus gastrointestinal s'effectue lentement et par petites quantités.28 L'importance de l'absorption par le tractus digestif dépend de la solubilité et de la forme chimique. On a constaté, après administration par gavage de solutions de 1 mL de tartrate de 124Sb à huit hamsters syriens, que seuls 1,6 et 2 p. cent des charges corporelles initiales respectives d'antimoine trivalent et pentavalent étaient encore présents chez les sujets au 4e jour, dont 61 p. cent et 64 p. cent dans le tractus gastrointestinal.29 Le taux médian de 1,6 p. cent incluait les deux hamsters qui avaient reçu la quantité la plus élevée d'antimoine trivalent et qui conservaient au 4e jour 15 p. cent et 9 p. cent de la charge corporelle initiale.
Environ 15 p. cent d'une dose unique de tartrate double d'antimoine et de potassium isotopique soluble (4,4 mg/kg p.c. ou 7 µg d'antimoine) administrée par voie orale ont été absorbés dans le tractus gastrointestinal de rats blancs; l'absorption a été déterminée à la suite du recouvrement de l'antimoine dans l'urine, les fèces et les tissus.30 Des vaches ayant reçu une dose unique de trichlorure de 124Sb (21 mg Sb/kg p.c.) par voie orale en ont absorbé moins de 5 p. cent par le tractus gastrointestinal.31 Aucune estimation de l'absorption par voie gastrointestinale chez les humains n'a été signalée.
La répartition de l'antimoine dans le corps et son excrétion dépendent de la voie d'administration et de l'état de valence de l'antimoine. Après inhalation, les études sur la répartition dans les tissus montrent que la forme trivalente s'accumule dans le foie plus rapidement que la forme pentavalente, qui s'accumule essentiellement dans le squelette. Dans le sang, la forme trivalente se loge principalement dans les globules rouges, alors que la forme pentavalente est transportée par le plasma.29 Chez les animaux, en plus du tractus gastrointestinal, ce sont le foie, les reins, les os, les poumons, la rate et la thyroïde qui constituent les principaux sites d'accumulation.10 Chez les humains, l'utilisation thérapeutique de l'antimoine trivalent pour lutter contre les parasites entraîne une plus grande accumulation dans le foie, la thyroïde et le coeur.32 On a détecté de l'antimoine dans le tissu placentaire, le lait, le liquide amniotique et le cordon ombilical de femmes enceintes ou allaitantes qui avaient travaillé dans des fonderies.33 Chez la souris, l'antimoine semble traverser la barrière placentaire plus facilement après injection intrapéritonéale que lorsqu'il est administré dans les aliments. Le nouveau-né de la souris peut également absorber de l'antimoine par le lait de sa mère lorsque celle-ci reçoit des aliments contaminés durant la gestation et après la mise bas.34 On a mesuré les concentrations d'antimoine dans le lait de 21 Italiennes ( >130 échantillons) pendant une période de 2 à 3 mois commençant 15 jours après l'accouchement; les concentrations relevées allaient de moins de 0,05 à 12,9 ng/g, la concentration moyenne étant de 3,0 ± 0,4 ng/g.35
Les taux et les voies d'excrétion diffèrent en fonction des espèces animales, de la voie d'administration et de la valence de l'antimoine. En général, l'antimoine trivalent est excrété principalement dans les fèces, alors que l'antimoine organique pentavalent est excrété principalement dans l'urine.36 Au cours d'une étude sur le métabolisme de l'antimoine,31 on a administré par voie orale à trois vaches (en période de lactation) des doses d'antimoine (sous forme de 124SbCl3) de 2,84, 2,72 et 2,00 mCi respectivement. 82 p. cent de la dose totale a été excrétée dans les fèces, contre 0,008 p. cent et 1,1 p. cent respectivement dans le lait et l'urine. Les concentrations les plus élevées ont été constatées dans la rate, le foie, les os et la peau. Au cours d'une étude parallèle menée par les mêmes auteurs, on a administré par voie intraveineuse à une vache du 124SbCl3 (0,234 mCi), soit l'équivalent de 1,5 mg Sb/kg p.c.; 2,4 p. cent seulement de la dose administrée a été excrétée dans les fèces, contre 0,08 p. cent et 51 p. cent respectivement dans le lait et l'urine.
Chez les humains, l'urine représente 1,2-3,6 µg de l'excrétion quotidienne d'antimoine. Environ 0,3-0,9 µg/j est excrété dans les fèces et moins de 1 µg/j est excrété par les autres voies.8
Une intoxication à l'antimoine s'est produite après inhalation accidentelle au travail, après ingestion d'aliments contaminés par les contenants et après traitement thérapeutique avec de l'émétique (tartrate double d'antimoine et de potassium).37 Les composés d'antimoine ont été longtemps utilisés comme agents thérapeutiques pour les maladies parasitaires, telles que la schistosomiase, la leishmaniose, la trypanosomiase et le granulome ulcéreux. Les effets secondaires de la thérapie à l'antimoine (la dose moyenne peut atteindre 1 g/j pendant 10 jours) comprennent la myocardite, l'hépatite et la néphrite.4 Une intoxication aiguë à l'antimoine se caractérise par des douleurs abdominales, des vomissements, une diarrhée, une déshydratation, des douleurs musculaires, un état de choc, une hémoglobinurie, une anurie et une urémie.37 De plus, on a observé de graves symptômes myocardiques et des convulsions avec des doses aiguës d'antimoniés et on a attribué des décès à une nécrose du foie. Chez les humains, la dose létale minimale par ingestion était de 0,75 mg de tartrate double d'antimoine et de potassium/kg p.c.38 Des niveaux d'antimoine d'environ 30 mg/L dans une boisson contaminée ont provoqué des nausées, des vomissements et une diarrhée chez 150 enfants.39
Un contact cutané avec l'antimoine peut provoquer de l'eczéma et une dermite, entraînant des éruptions papuleuses, vésiculaires et pustuleuses.37 Des symptômes de dérangement gastrointestinal et d'ictère léger apparaissent également 2 à 3 semaines après une série d'injections de composés d'antimoine.40
L'exposition chronique à des doses moins élevées de composés d'antimoine est principalement associée à des effets myocardiques. Des complications cardiaques, un tracé indiquant des troubles à l'électrocardiogramme et une mort subite ont été observés chez huit des 125 travailleurs ayant été professionnellement exposés au tri-sulfure d'antimoine à des concentrations de 0,58 à 5,5 mg/m3 (moyenne de 3,0 mg/m3) pendant 8-24 mois.41 On a constaté que sept des 111 (6,3 p. cent) travailleurs survivants souffraient d'ulcères, contre 59 sur 3 912 (1,5 p. cent) chez les travailleurs du groupe témoin.
Lors d'une récente étude de mortalité, le taux de décès par cancer du poumon chez 1 014 hommes (91,5 p. cent d'ascendance espagnole) employés dans une fonderie d'antimoine au Texas entre 1937 et 1971 a été comparé au taux de décès par cancer du poumon propre à chaque ethnie au Texas. La mortalité par cancer du poumon s'est avérée élevée chez les travailleurs de l'industrie de l'antimoine (ratio standardisé de mortalité [RSM] de 1,39; intervalle de confiance [IC] à 90 p. cent de 1,01-1,88), et on a observé une tendance positive significative de la mortalité avec l'augmentation de la durée de l'emploi. Une augmentation significative de la mortalité par cancer du foie, du tractus biliaire et de la vésicule biliaire (RSM de 3,17; IC à 95 p. cent de 1,27-6,52) a été observée chez les travailleurs des fonderies par rapport aux hommes de race blanche.42 Lors d'une étude sur des hommes employés dans une fonderie d'antimoine britannique entre 1961 et 1992, une augmentation significative des décès par cancer du poumon a été constatée dans le recensement démographique des hommes ayant travaillé à la fonderie avant 1961, mais pas dans la cohorte recrutée après cette date. Il n'a été possible d'attribuer le risque accru de cancer du poumon à aucun agent en particulier, car les travailleurs de l'industrie de l'antimoine étaient exposés à divers agents en plus de l'antimoine et de ses oxydes, dont l'arsenic, le dioxyde de soufre et les hydrocarbures aromatiques polycycliques. On n'a constaté aucune relation entre la durée de l'emploi et la mortalité par cancer du poumon.43
Une fréquence plus élevée de dérèglements menstruels et d'avortements spontanés tardifs (77,5 p. cent et 12,5 p. cent, respectivement) a été constatée chez les travailleuses des fonderies exposées à des poussières métalliques et à du trioxyde et du pentoxyde d'antimoine par rapport au groupe témoin (56 p. cent et 4,1 p. cent, respectivement).33 Le poids des bébés nés de ces femmes exposées était légèrement moins élevé à trois mois et nettement moins élevé à un an. On a également détecté de l'antimoine dans le lait maternel (3,3 ± 2 mg/L), dans le tissu placentaire (3,2-12,6 mg/100 mg) et dans le liquide amniotique (6,2 ± 2,8 mg/100 mg).
La valeur de la DL50 orale aiguë pour le tartratedouble d'antimoine et de potassium chez la souris est de 600 mg Sb/kg p.c.44 Des DL50 minimales de 100 et150 mg/kg p.c. pour l'antimoine ont été relevées respectivement chez les rats et les cobayes après injection intrapéritonéale; la mort a été attribuée à une insuffisance myocardique. Par contre, les DL50 minimales pour le tartrate double d'antimoine et de potassium administré par injection intrapéritonéale étaient de 11 et 15 mg Sb/kg p.c. De plus, la dose létale minimale pour le tartrate double d'antimoine et de potassium administré par voie orale était de 300 mg/kg p.c. chez les rats.45 Les valeurs de DL50 par voie sous-cutanée et intraveineuse étaient respectivement de 20 et 24 mg/kg p.c. chez les souris.46 Oelkers47 a signalé qu'une seule dose orale de 115 mg de tartrate double d'antimoine et de potassium/ kg p.c. administrée à des lapins s'était avérée mortelle pour 50 p. cent des sujets. Une seule dose de 300 mg Sb/kg p.c. de tartrate double d'antimoine et de potassium administrée à des rats a causé la mort des sujets, attribuée à une insuffisance myocardique.45 Toute-fois, aucun rat n'a succombé à des doses plus élevées de 188-16 714 mg Sb/kg p.c. ou moins ou à une dose de 7 000 mg d'antimoine métallique.
Lors d'une étude subchronique, on a signalé une augmentation du niveau d'azote non protéique dans le sang et l'urine de lapins ayant reçu une dose orale de 15 mg de tartrate double d'antimoine et de potassium/kg p.c.48 Des ictères ont été constatés lors des deux derniers jours d'exposition; en outre, le foie de certains animaux présentait une dégénérescence graisseuse et une nécrose parenchymateuse. À la suite de l'administration de 25 doses sous-cutanées de trifluorure d'antimoine (15 mg/kg p.c.) à des rats pendant une période d'un mois, ces derniers ont présenté des oedèmes, des infiltrations graisseuses et une dégénérescence albumineuse du foie; dans le rein, on a observé une tuméfaction des cellules épithéliales recouvrant les tubes contournés, une desquamation de l'épithélium, des masses protéiques dans les lumières tubulaires et un rétrécissement des glomérules. Cependant, chez un second groupe ayant reçu du trioxyde d'antimoine (à une dose équivalente d'antimoine) par voie sous-cutanée, on a observé peu de modifications significatives d'ordre pathologique, ce qui laisse supposer qu'au moins certaines des modifications observées avec le trifluorure d'antimoine étaient attribuables à la présence de fluor.49 Une diarrhée grave a été observée chez des chiens ayant reçu une dose quotidienne de 84 mg Sb/kg p.c. de trioxyde d'antimoine pendant 32 jours. Aucun effet n'a été observé chez des rats exposés à 501 mg Sb/kg p.c. ou moins de trioxyde d'antimoine par jour pendant 20 jours.50
Des rats, des lapins et des chiens ont été exposés à de la poussière de trisulfure d'antimoine, sept heures par jour, cinq jours par semaine, pendant au moins six semaines, à des concentrations de 3,07, 5,6 et 5,32 mg/m3 respectivement.41 Les rats et les lapins ont présenté une dégénérescence parenchymateuse du myocarde et des troubles fonctionnels du coeur, accompagnés de modifications de l'électrocardiogramme (p. ex. tracé plus plat de l'onde T); ces résultats n'ont pas été aussi prononcés chez les chiens.
Lors d'un essai destiné à déterminer une plage pour la toxicité orale « subaiguë »,51 on a administré à des rats (cinq de chaque sexe par groupe) des aliments contenant du trioxyde d'antimoine à des doses allant de 60 à 1 070 mg/kg p.c. par jour pendant 30 jours. Les animaux ont présenté une réduction de la croissance et de l'appétit, ainsi que des changements d'ordre micropathologique dans le foie, les reins, la rate ou les testicules à la dose la plus élevée. Aucun effet n'a été observé à 270 mg/kg p.c. par jour ou au-dessous.
Un retard de croissance résultant d'une exposition subchronique par voie orale dans les aliments a également été indiqué par une baisse de la prise de poids lors d'une étude au cours de laquelle on a administré de l'antimoine ou du trioxyde d'antimoine dans les aliments (0,1 p. cent ou 1,0 p. cent d'antimoine, 1,0 p. cent de trioxyde d'antimoine) de 10 rats Wistar mâles pendant 12 semaines. Le poids moyen des rats à la fin de l'expérience était de 438,0 ± 22,3 g (0,1 p. cent d'antimoine), 401,0 ± 18,3 g (1,0 p. cent d'antimoine) et 454,3 ± 38,8 g (1,0 p. cent de trioxyde d'antimoine), contre 489,5 ± 60,5 g pour les rats du groupe témoin. Le poids corporel est redevenu normal après 12 semaines d'une alimentation dépourvue d'antimoine.52
Lors d'une étude récemment terminée,53 des rats Sprague-Dawley mâles et femelles (15 de chaque sexe par groupe) ont été exposés à des sels d'antimoine trivalent solubles (tartrate double d'antimoine et de potassium) dans de l'eau du robinet, à des concentrations de 0,5, 5,50 ou 500 mg/L, pendant 13 semaines. Les apports calculés d'antimoine allaient de 0,06 à 42,17 mg/kg p.c. par jour pour les mâles et de 0,06 à 45,69 mg/kg p.c. par jour pour les femelles (quoique les doses « absorbées » véritables aient été plus proches de 0,006-4,5 mg/kg p.c. par jour, en admettant une absorption gastrointestinale de 10 p. cent du tartrate double d'antimoine et de potassium). Les rats témoins ont reçu comme eau potable de l'eau du robinet non additionnée d'antimoine. Dix rats mâles et 10 rats femelles supplémentaires ont été inclus dans chacun des groupes témoins et des groupes recevant une dose de 500 mg/L; on leur a donné de l'eau du robinet pendant quatre semaines supplémentaires après la période d'exposition de 13 semaines. Tous les animaux ont survécu au traitement et aux périodes de récupération sans présenter de signes cliniques de toxicité. Les rats exposés à la dose la plus élevée ont consommé notablement moins d'eau (35 p. cent) que les rats des groupes témoins et des groupes ayant reçu la dose la plus faible et ont présenté une absence de prise de poids corporel. Durant la récupération, la consommation d'eau s'est rapidement rétablie au niveau de celle des groupes témoins et la prise de poids corporel s'est accélérée. À l'autopsie, un mâle dans le groupe ayant reçu la dose de 5 mg/L et trois mâles dans le groupe ayant reçu la dose la plus élevée ont présenté une hématurie macroscopique. Un rat mâle du groupe ayant reçu la dose la plus élevée a présenté une cirrhose du foie et un rat femelle du groupe ayant reçu la dose la moins élevée a présenté une rate fibreuse et nodulaire; cet effet n'ayant pas été observé à des doses plus élevées, les auteurs ont estimé qu'il n'était pas significatif sur le plan biologique.54 Les femelles des groupes ayant reçu une dose de 50 mg/L ont présenté une diminution importante du ratio poids du thymus - poids corporel par rapport aux témoins. Une augmentation importante du ratio poids du rein - poids corporel a été observée dans le groupe ayant reçu la dose la plus élevée chez les mâles et chez les femelles par rapport aux mâles et aux femelles témoins. Les mâles et les femelles du groupe ayant reçu la dose la plus élevée ont présenté une baisse de l'activité de la phosphatase alcaline et des taux sériques de créatinine, mais seuls les mâles ayant reçu 500 mg/L ont présenté une baisse des numérations des globules rouges et des thrombocytes et une légère augmentation du volume globulaire moyen. Les femelles ont présenté une baisse du glucose sérique liée à la dose à partir de 5 mg/L. Chez les groupes ayant reçu la dose la plus élevée, de légers changements histologiques adaptatifs ont été observés dans la thyroïde, le foie et l'hypophyse chez les deux sexes, dans la rate chez les mâles et dans le thymus chez les femelles. Après une période de récupération de quatre semaines, l'hypophyse semblait plutôt normale et les changements observés dans le foie et la thyroïde chez les deux sexes avaient perdu de leur gravité. En revanche, des changements minimes ont persisté dans la rate chez les deux sexes et dans le thymus chez les mâles. Les niveaux d'antimoine dans les tissus ont été liés à la dose selon l'ordre suivant (décroissant) : globules rouges >> rate, foie > rein > cerveau, tissus adipeux > sérum. Après la période de récupération, le niveau d'antimoine chez les animaux ayant reçu la dose la plus élevée a baissé dans tous les tissus (les niveaux d'antimoine dans les globules rouges n'ont pas été déterminés) excepté dans la rate. Une dose sans effet nocif observé (NOAEL) de 0,5 mg/L d'antimoine dans l'eau potable, qui équivaut à un apport moyen de 0,06 mg/kg p.c. par jour, a été établie sur la base des changements histologiques observés à 5 mg/L.
Une baisse des taux d'hématocrite, d'hémoglobine et de protéines plasmatiques a été observée chez des rats exposés à 500-1 000 mg Sb/j pendant 12 à 24 semaines.52,55 Sunagawa55 a constaté une diminution des numérations des globules rouges chez des rats exposés à 418 mg de trioxyde d'antimoine/kg p.c. par jour pendant 24 semaines. Une dégénérescence albumineuse des cordons d'hépatocites a également été observée à une dose de 418 mg de trioxyde d'antimoine/kg p.c. par jour et de 500 mg d'antimoine métallique/kg p.c. par jour. Des concentrations plus faibles de trioxyde d'antimoine ou de tartrate double d'antimoine et de potassium n'ont pas produit les effets mentionnés ci-dessus.50,56
On a constaté de la faiblesse et de la difficulté à bouger les membres arrière chez des chiens auxquels on a administré 6 644 mg Sb/kg p.c. par jour pendant 32 jours.50
Seules deux études sur la toxicité chronique de l'antimoine sont disponibles.56,57 Dans la première,56 du tartrate double d'antimoine et de potassium a été administré dans l'eau potable (5 mg/L d'antimoine) à des souris de souche CD Charles River (54 de chaque sexe par groupe) du sevrage à la mort naturelle. Les animaux ont été pesés une fois par semaine pendant huit semaines, puis une fois par mois. L'apport quotidien d'antimoine a été calculé par les auteurs de façon à être équivalent à 350 µg/kg p.c. L'antimoine n'a pas réduit de façon significative la croissance des souris mâles ou femelles durant la première année, mais il a entraîné une perte de poids chez les mâles après 18 mois (p < 0,025) et une diminution de la prise de poids chez les femelles à 12 et 18 mois (p < 0,005). La longévité médiane et la longévité à 75 p. cent des souris femelles ont été réduites de 49 et 86 jours respectivement. Les effets sur la longévité ont été minimes chez les mâles.
Lors de la seconde étude,57 on a administré du tartrate double d'antimoine et de potassium dans l'eau potable (5 mg/L d'antimoine) à des rats Long-Evans (50 de chaque sexe par groupe) du sevrage à la mort naturelle. La consommation d'eau des rats n'a pas été indiquée. Cependant, on a signalé une consommation d'eau de 7,5 mL/100 g p.c. par jour pour les femelles et de 6,8 mL/100 g p.c. par jour pour les mâles, pour des rats de la même souche dans le même laboratoire.58 Ces chiffres correspondraient aux doses estimées de 340 µg/kg p.c. par jour et de 375 µg/kg p.c. par jour respectivement pour les rats mâles et femelles. L'antimoine s'est avéré plus toxique pour les rats que pour les souris de la première étude. La longévité des rats exposés a été raccourcie de façon significative (la longévité médiane a été inférieure de 106-107 jours par rapport aux témoins et la longévité à 90 p. cent a été inférieure de 70 et 165 jours respectivement par rapport aux témoins mâles et femelles). La longévité, soit l'âge moyen des derniers 10 p. cent survivants, a également été réduite de façon significative par rapport aux rats témoins. On n'a observé aucune différence mesurable dans le poids corporel entre les rats exposés et les rats témoins. Toutefois, l'antimoine s'est accumulé dans les tissus mous avec l'âge. La concentration moyenne d'antimoine dans cinq tissus (rein, foie, coeur, poumon et rate) chez tous les rats analysés a été de 13,1 µg/g. L'antimoine étant naturellement toxique pour les rats à 5 mg/L (ce qui correspond à 0,340 et 0,375 mg Sb/kg p.c. par jour respectivement pour les mâles et les femelles), ce niveau a constitué une plus faible dose avec effet nocif observé (LOAEL) dans cette étude.
Les deux mêmes études réalisées par voie orale et à vie chez la souris56 et le rat57 ont suggéré que l'antimoine n'était pas cancérogène. Lors de l'étude sur la souris,56 les animaux morts ont été autopsiés, les lésions macroscopiques ont été notées et les tissus ont été examinés sur le plan histologique. Les tumeurs repérées à l'autopsie ont également été examinées au microscope. Des tumeurs ont été observées chez 34,8 p. cent des animaux témoins et chez 18,8 p. cent des animaux exposés à l'antimoine. Aucune raison n'a été fournie pour le taux élevé de tumeurs chez les témoins. Lors de l'étude sur le rat,57 l'antimoine ne s'est pas avéré tumorigène, comme le montre une comparaison à l'autopsie des tumeurs visibles chez les animaux témoins et chez les animaux traités. La fréquence des tumeurs chez les rats témoins mâles et femelles a été respectivement de 20,0 p. cent et de 35,9 p. cent, alors qu'elle a été de 12,0 p. cent et 38,3 p. cent respectivement chez les rats mâles et femelles traités. Lors d'une troisième étude, l'administration de 5 mg Sb/L (sous forme de tartrate de potassium) dans l'eau potable à des souris de souche Charles River CD-1 durant toute leur vie n'a pas entraîné de différence significative dans la fréquence de tumeurs spontanées ou malignes.58 Il faut préciser que ces trois études sont anciennes et inadéquates selon les normes modernes. Leurs principales faiblesses comprennent l'absence d'une histologie complète, l'administration d'un seul niveau de dose et une déclaration limitée des pathologies.
L'apparition de néoplasmes du poumon a été signalée chez des rats CDF femelles, mais non chez des rats CDF mâles, après inhalation de trioxyde d'antimoine ou de concentré de minerai d'antimoine (concentrations allant de 1,6 à 45 mg/m3 dans les deux études) pendant une période pouvant atteindre un an, suivie d'une surveillance d'une durée de 20 semaines à 15 mois.59,60
Plusieurs composés d'antimoine ont présenté un pouvoir mutagène lors d'essais in vitro à court terme. Ils ont engendré des cassures chromosomiques dans des cultures de leucocytes humains 61 et ont accru la transformation de cellules de hamsters par le SA virus 7.62 Trois composés d'antimoine (trioxyde d'antimoine, trichlorure d'antimoine et pentachlorure d'antimoine) se sont avérés positifs lors de l'essai rec avec Bacillus subtilis, inhibant davantage la croissance cellulaire d'une souche de B. subtilis manquant de recombinant que celle d'une souche sauvage.63
Les informations recueillies au cours d'études expérimentales limitées chez l'animal concernant les effets sur la reproduction et le développement semblent indiquer qu'une exposition prénatale à l'antimoine peut réduire le taux de conception.33 Des rats femelles ont été exposés à de la poussière d'antimoine par injection intrapéritonéale unique de 50 mg/kg p.c. (exposition aiguë) ou à de la poussière de trioxyde d'antimoine quatre heures par jour pendant 1,5-2 mois à une concentration de 250 mg/m3 (exposition subchronique).33 Les femelles ont été accouplées 3 à 5 jours après l'injection et l'exposition par inhalation s'est poursuivie pendant toute la période de gestation. Après l'accouplement, seules 15 des 30 femelles soumises à une exposition aiguë et 16 des 24 femelles soumises à une exposition subchronique ont conçu, contre 9 femelles sur 10 et 10 femelles sur 10 dans les deux groupes témoins. Un nombre moins élevé de pet its sont nés dans les deux groupes exposés (moyenne de 6,2 par portée) que dans le groupe témoin (8,3 par portée). Aucun changement morphologique n'a été observé chez les foetus. La résorption foetale et la mortalité intrautérine n'ont pas été examinées.
Lors d'une étude destinée à évaluer l'effet de l'antimoine sur le développement de la réactivité vasomotrice chez les petits,64 des rats albinos femelles (30 par groupe) ont reçu ad libitum du trichlorure d'antimoine à 0, 0,1 ou 1 mg/100 mL (0, 1 ou 10 mg/L) dans l'eau potable du premier jour de la gestation au sevrage des petits (22 jours après la mise bas). Les petits (10 par mère) ont reçu ad libitum de l'antimoine à 0, 1 ou 10 mg/L dans l'eau potable, du sevrage au 60e jour. Les mères ont présenté une baisse significative du poids corporel liée à la dose (p < 0,05) au 20e jour de la gestation, mais pas au 10e jour. Les petits du groupe ayant reçu la dose élevée ont également présenté un poids corporel sensiblement réduit (p < 0,05) entre l'âge de 10 jours et l'âge de 60 jours. Les données concernant la consommation d'eau et d'aliments n'ayant pas été fournies, il n'est pas possible de déterminer si les effets sur le poids corporel sont attribuables à la toxicité directe du produit chimique ou à la diminution de la consommation d'aliments et/ou d'eau. La réaction des petits aux drogues entraînant une hypertension et une hypotension a été modifiée aux deux doses d'antimoine.
Aucune anomalie foetale n'a été observée au 20e jour de la gestation chez des rates en gestation après administration par voie intramusculaire d'une solution contenant du glycoside d'antimoine dextran (125 ou 250 mg Sb/kg p.c.) à cinq reprises entre le 8e et le 14e jours de la gestation. On n'a pas détecté d'antimoine chez les foetus.65