Comité fédéral-provincial-territorial sur l'eau potable
Comité fédéral-provincial-territorial sur la santé et l'environnement
Février 2009
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Le rôle principal du Comité fédéral-provincial-territorial sur l'eau potable est de formuler les Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada. Ce rôle a évolué au fil des ans, et grâce à de nouvelles méthodologies et approches, le Comité a pu mettre au point un nouveau type de document, soit des documents de conseils, pour fournir des conseils et des avis sur des questions liées à la qualité de l'eau potable pour des paramètres qui ne requièrent pas de recommandations officielles pour la qualité de l'eau potable au Canada.
Le Comité fédéral-provincial-territorial sur l'eau potable peut décider de rédiger des documents de conseils dans les deux situations qui suivent. Premièrement, lorsqu'il s'agit de fournir des conseils sur les opérations et la gestion portant sur certaines questions liées à l'eau potable (comme les avis d'ébullition de l'eau). Dans ce cas, les documents ne présentent que des renseignements scientifiques ou une évaluation des risques pour la santé qui sont limités.
Deuxièmement, lorsqu'il s'agit de rendre accessibles des renseignements sur l'évaluation des risques lorsqu'une recommandation n'est pas nécessaire. Le Comité fédéral-provincial-territorial sur l'eau potable établit les Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada dans le cas de contaminants qui répondent à tous les critères suivants :
Si un contaminant d'intérêt ne satisfait pas à ces critères, le Comité fédéral-provincial-territorial sur l'eau potable peut décider de ne pas établir de recommandation numérique ou de document technique. Dans ce cas, un document de conseils peut être élaboré.
Le processus d'élaboration des documents de conseils est sensiblement le même que pour les documents techniques et comprend également des consultations publiques au moyen du site Web de Santé Canada. Ces documents permettent de fournir des renseignements aux autorités en matière d'eau potable et, dans certains cas, peuvent aider à orienter les interventions en cas de déversement ou d'autres situations d'urgence.
Les avis d'ébullition de l'eau sont des annonces publiques émises par l'autorité compétente pour conseiller au public de faire bouillir leur eau potable avant de la consommer. Ils sont généralement diffusés en raison d'une contamination microbiologique possible ou confirmée. La terminologie employée peut varier selon l'autorité émettrice : les termes ordre d'ébullition de l'eau et ordonnance d'ébullition de l'eau sont parfois utilisés en remplacement du terme avis d'ébullition de l'eau ou conjointement avec celui-ci.
Plus fréquents que les avis de non-consommation de l'eau potable, les avis d'ébullition de l'eau peuvent être diffusés pour prévenir l'éclosion d'une maladie d'origine hydrique ou en réponse à celle-ci. La décision d'émettre un avis est prise à l'échelon provincial, territorial ou local dans le cadre d'une approche de gestion ou d'évaluation des risques qui repose sur les conditions et les connaissances particulières du milieu. Des directives précises sur le recours à des avis d'ébullition de l'eau, y compris leur émission et leur annulation, doivent être obtenues des autorités compétentes en matière d'eau potable dans le secteur de compétence touché.
Le présent document renferme un résumé des facteurs à prendre en considération avant d'émettre ou d'annuler un avis d'ébullition de l'eau. Il renferme aussi des conseils précis en cas d'émission d'un avis, notamment des instructions sur la manière de faire bouillir et de désinfecter l'eau, de même que des conseils pour l'analyse microbiologique régulière de l'eau des systèmes publics et semi-publics, sous forme d'arbres décisionnels.
Une intervention efficace et rapide en cas d'incident, notamment par l'émission d'un avis d'ébullition de l'eau, constitue un élément essentiel de l'approche « de la source au robinet » en matière d'approvisionnement en eau potable (Conseil canadien des ministres de l'Environnement, 2004). D'où l'importance de mettre sur pied une équipe d'intervention avant que survienne un incident ayant ou pouvant avoir des répercussions sur la qualité de l'eau potable ou la santé publique, et ce, afin de garantir une intervention rapide, le cas échéant. Cette équipe doit compter des professionnels responsables des secteurs suivants : protection des sources d'approvisionnement, fonctionnement des usines de traitement et des réseaux de distribution d'eau, surveillance de la qualité de l'eau, réglementation en matière d'eau potable et surveillance de la santé publique. Les équipes d'intervention en cas d'incident représentent un mécanisme efficace pour l'échange rapide de renseignements, ce qui permet d'appliquer rapidement des mesures correctives dans le bassin hydrologique, à l'usine de traitement d'eau ou dans le réseau de distribution d'eau. Il est également important d'établir des mécanismes de communication adéquats avant qu'un incident survienne, afin de pouvoir aviser les personnes touchées le plus rapidement possible et fournir des directives détaillées à certains groupes cibles : médecins, dentistes, exploitants d'établissements de santé, fabricants de produits alimentaires, établissements de vente de produits alimentaires au détail, garderies, écoles, hôtels, restaurants, stations thermales et piscines publiques.
Selon la nature et la gravité de l'incident, le représentant du secteur de l'hygiène publique, ou tout autre membre désigné de l'équipe, peut émettre un avis d'ébullition de l'eau. L'équipe doit également disposer de critères pour déterminer à quel moment l'avis peut être annulé. Dans certains secteurs, ces critères sont prescrits par la réglementation applicable.
La plupart des avis d'ébullition de l'eau sont émis lorsque la qualité de l'eau est inacceptable sur le plan bactériologique, mais il se peut aussi qu'ils ne soient émis que lorsque la présence d'Escherichia coli (E. coli) est décelée ou confirmée. Dans certains secteurs, ces avis sont également diffusés en réponse à la présence confirmée de coliformes totaux ou de coliformes thermotolérants. La détection ou la confirmation de la présence de coliformes totaux ou de coliformes thermotolérants en l'absence d'E. coli dans le réseau de distribution d'eau, mais non dans l'eau à la sortie de l'usine de traitement, constitue habituellement une indication de recroissance bactérienne.
Un certain nombre d'éléments peuvent mener à l'exécution d'analyses supplémentaires ou à la diffusion d'un avis d'ébullition de l'eau, notamment :
La présence d'E. coli est une indication certaine de contamination fécale d'origine humaine ou animale, et une indication de la présence possible de microorganismes pathogènes. En cas de présence confirmée d'E. coli dans l'eau potable, un avis d'ébullition de l'eau doit être émis immédiatement. D'autres conseils concernant les mesures à prendre en cas de présence d'E. coli dans l'eau potable sont présentées dans le document Recommandations pour qualité de l'eau potable au Canada : document technique - Escherichia coli (Santé Canada, 2006), et dans les annexes du présent document, sous forme d'arbres décisionnels relatifs à l'analyse microbiologique régulière de l'eau des systèmes publics (annexe A) et semi-publics (annexe B).
Comme les coliformes totaux sont omniprésents, leur présence dans le réseau de distribution n'indique pas forcément qu'il existe un risque pour la santé. Toutefois, si des mesures correctives, comme la vidange des conduites maîtresses et l'augmentation des résidus de chlore, ne suffisent pas à enrayer le problème, les autorités locales peuvent tout de même décider d'émettre un avis d'ébullition de l'eau, après avoir consulté le fournisseur d'eau et les autorités municipales compétentes.
Il arrive également, quoique plus rarement, que certaines autorités considèrent la présence de coliformes thermotolérants (coliformes fécaux) comme un déclencheur pour l'émission d'un avis d'ébullition de l'eau. Toutefois, comme certaines espèces de ce groupe de coliformes, par exemple, Klebsiella pneumoniae, sont naturellement présentes non seulement dans les matières fécales, mais aussi dans la végétation et le sol, leur présence ne constitue pas une indication certaine de contamination fécale. En cas de détection de coliformes thermotolérants, il importe d'identifier ces derniers. La présence d'espèces autres que E. coli indique habituellement un problème de recroissance bactérienne dans le système de distribution. Il est alors possible que le fournisseur d'eau souhaite régler le problème avant que la décision d'émettre un avis d'ébullition de l'eau soit prise. Il importe également de tenir compte des conséquences négatives possibles des avis d'ébullition de l'eau, par exemple, le risque de s'ébouillanter, particulièrement chez les personnes âgées et les jeunes enfants.
Si un avis doit être maintenu en vigueur pour une période prolongée, des rappels fréquents doivent être diffusés au public; la fréquence sera déterminée par l'équipe d'intervention.
L'eau destinée à la consommation, sous forme de glaçons ou de boissons chaudes ou froides, à la préparation des aliments, au lavage de fruits et de légumes, et à l'hygiène dentaire doit être bouillie. Cette mesure est particulièrement importante dans le cas des préparations pour nourrissons (Santé Canada, 2005), pour lesquelles l'eau devrait d'ailleurs toujours être bouillie. Il faut également recommander aux personnes souffrant de déficit immunitaire grave de discuter des risques avec leur médecin et des moyens de remédier à ces derniers, comme toujours faire bouillir l'eau (Juranek, 1995; Working Group on Waterborne Cryptosporidiosis, 1997). S'il est impossible de faire bouillir l'eau, les autorités locales en matière de santé publique ou les autres autorités compétentes donneront des directives pour la désinfection de l'eau ou l'utilisation d'une source d'approvisionnement de rechange sécuritaire.
Des études ont révélé que le fait d'amener l'eau à forte ébullition et de la laisser bouillir une minute rend inactifs les microorganismes pathogènes d'origine hydrique (Harp et coll., 1996). L'eau peut être bouillie dans une bouilloire électrique, dans un four à micro-ondes1 ou sur une cuisinière, dans un contenant résistant à la chaleur. L'eau doit ensuite être refroidie et versée dans un contenant propre, puis réfrigérée jusqu'à son utilisation. À une altitude de plus de 2000 m, l'eau bout à une température légèrement inférieure; il faut donc la laisser bouillir au moins deux minutes pour que tous les organismes pathogènes soient éliminés.
Dans la plupart des cas, il n'est pas nécessaire de faire bouillir l'eau du robinet pour les autres usages domestiques, comme faire la lessive, laver la vaisselle ou prendre un bain ou une douche. Si aucune éclosion n'est signalée, les vêtements et la vaisselle peuvent être lavés à l'eau du robinet, qu'il s'agisse d'un lavage à la main ou à la machine. Il est également acceptable de se laver les mains à l'eau du robinet, en utilisant une bonne technique de lavage, c'est-à-dire en frottant bien toutes les parties de la main à l'eau et au savon pendant au moins 20 secondes. Les adultes, adolescents et enfants plus vieux peuvent prendre une douche ou un bain, ou se laver avec l'eau du robinet, mais ils doivent s'abstenir d'en avaler. Quant aux nourrissons et aux toutpetits, il faut faire leur toilette à l'éponge.
En cas d'éclosion d'origine hydrique, il peut être indiqué d'aviser le public de prendre des précautions supplémentaires pour le bain, la douche, le lavage des mains et de la vaisselle. En général, il incombe aux autorités sanitaires locales d'établir des critères relativement à l'eau utilisée pour le bain ou la douche. Pour ce faire, les Recommandations au sujet de la qualité des eaux utilisées à des fins récréatives au Canada (Santé et Bien-être social Canada, 1992) peuvent être utilisées. Selon ces Recommandations, un échantillon unitaire de 100 mL ne devrait pas contenir plus de 200 E. coli. Si la source de contamination est connue et qu'il s'agit d'eaux usées d'origine humaine, les autorités sanitaires locales peuvent aviser les citoyens de faire leur toilette à l'éponge. La méthode à privilégier pour se désinfecter les mains pendant une éclosion confirmée demeure l'utilisation d'une bonne technique de lavage à l'eau du robinet, suivie de l'application d'un gel désinfectant pour les mains contenant plus de 60 % d'alcool ou de la friction des mains avec une solution contenant de 65 à 95 % d'alcool (Kampf et Kramer, 2004). Les désinfectants à base d'alcool doivent être appliqués sur toutes les parties de la main, jusqu'à ce que ces dernières soient sèches. Il faut éviter de se sécher les mains à l'aide d'une serviette. Pour laver la vaisselle à la main, il faut : 1) la laver et la rincer à l'eau chaude du robinet; 2) la faire tremper dans une solution diluée d'eau de Javel inodore à usage domestique (20 ml d'eau de Javel dans 10 l d'eau) et 3) la laisser sécher à l'air pendant au moins quatre heures (Robertson et coll., 1992). Les trois étapes sont essentielles pour éliminer l'ensemble des agents pathogènes susceptibles de se trouver dans l'eau du robinet. En revanche, les lave-vaisselle fonctionnant à l'eau chaude et munis d'un cycle de séchage désinfectent la vaisselle. Ces précautions devraient réduire à la fois le risque de dissémination de maladies et la nécessité de faire bouillir l'eau du robinet, limitant ainsi le risque de se brûler ou de s'ébouillanter gravement. Mentionnons que les animaux domestiques peuvent eux aussi être porteurs d'agents pathogènes d'origine hydrique et les transmettre aux humains (Working Group on Waterborne Cryptosporidiosis, 1997). Il est donc recommandé de donner de l'eau bouillie aux animaux de compagnie pendant une éclosion.
Les critères pour l'annulation d'un avis d'ébullition de l'eau doivent inclure la résolution du problème de contamination à l'origine de l'émission de l'avis. En général, les avis d'ébullition de l'eau sont annulés dans les circonstances qui suivent :
En cas d'éclosion, les avis sont habituellement annulés lorsque les deux critères susmentionnés sont respectés et que les travaux de surveillance révèlent que l'incidence de la maladie dans la collectivité est revenue à la normale. En raison des périodes d'incubation prolongées et de la propagation secondaire de certains pathogènes, de nouveaux cas de maladie peuvent se déclarer après la fin de la période de contamination. En revanche, l'absence de nouveaux cas peut être interprétée comme une indication que la population respecte l'avis d'ébullition de l'eau, plutôt que comme une preuve que le problème à l'origine de l'émission de l'avis est réglé. D'autres conseils sur les mesures à prendre en cas de détection d'E. coli dans l'eau potable, y compris en ce qui concerne l'annulation d'avis d'ébullition de l'eau, peuvent être consultées en annexe.
En cas de contamination chimique ou radiologique il faudra peut-être consulter d'autres documents de conseils sur les mesures à prendre concernant l'eau potable. Pour obtenir des conseils sur la marche à suivre dans ces cas particuliers, consulter les Conseils concernant l'émission et l'annulation des avis de non-consommation de l'eau potable en situation d'urgence de Santé Canada (2009).

