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Santé de l'environnement et du milieu de travail

Le bromate

Classification et évaluation

Il n'existe aucune information sur l'induction de tumeurs liée au bromate chez l'humain. Le bromate de potassium administré dans l'eau potable a entraîné une augmentation des tumeurs des cellules rénales bénignes et malignes liée à la dose chez des rats F344 des deux sexes. Les données suggèrent l'incidence d'induction de tumeurs bénignes des cellules rénales chez des hamsters et chez trois souches de souris. On a également signalé des tumeurs de la thyroïde et des mésothéliomes périto-néaux bénins et malins chez des rats mâles, ainsi qu'une augmentation significative des adénomes de l'intestin grêle et du foie chez des souris. Certaines données sug-gèrent que le bromate est détoxifié en bromure par méta-bolisme de la GSH, bien que des réactions intermé-diaires avec des composants cellulaires se produisent également, libérant des peroxydases lipidiques qui pro-voquent des effets génotoxiques. Lors d'essais bactério-logiques de mutagénicité, on a obtenu des résultats en grande partie négatifs avec le bromate, alors que les résultats se sont révélés positifs pour les effets clastogè-nes et les altérations de l'ADN lors de tous les essais in vivo réalisés à ce jour. Le bromate a donc été classé comme probablement cancérogène pour l'humain (preu-ves suffisantes chez les animaux; aucune donnée chez l'humain).

Les risques de cancer ont été évalués sur la base des tumeurs des cellules rénales observées lors de deux essais biologiques, l'un mené sur des rats F344 mâles et femelles39 et l'autre mené dans le même laboratoire sur des mâles uniquement et dans une plage de doses moins élevées.40,41 Étant donné que ces études montrent que le bromate est un cancérogène sans seuil, la méthode d'ex-trapolation non basée sur un modèle63 peut être utilisée. En utilisant cette méthode, on peut déterminer que le ris-que unitaire de cancer excédentaire à vie lié à l'ingestion de bromate à une concentration de 1 µg/L dans l'eau potable varie entre 1,55 × 10-6 et 2,19 × 10-6 si l'on se base sur les tumeurs des cellules rénales chez le rat. La plage estimée des concentrations de bromate dans l'eau potable correspondant aux risques de cancer excédentaires à vie de 10-4, 10-5 et 10-6 pour les tumeurs des cellules ré-nales, basée sur trois ensembles de données provenant d'études menées par Kurokawa et ses collègues, est la suivante :

Risque à vie Concentration dans l'eau potable (µg/L)
10-4 46 - 65
10-5 4.6 - 6.5
10-6 0.46 - 0.65

La question de savoir si la cancérogénicité du bromate résulte d'un effet de seuil fait l'objet d'un débat. Une étude réalisée chez des rats F344 mâles sur les effets promoteurs du bromate de potassium avec et sans initiation par l'EHEN44,45 semble indiquer un niveau seuil de promotion de la tumorigenèse rénale. Cela laisse entendre que les résultats des études réalisées sur des rats exposés à des doses élevées peuvent ne pas être pertinents pour les humains exposés à de faibles doses; les modèles mathématiques pour l'évaluation des risques peuvent donc ne pas être appropriés dans ce cas. Il existe également une préoccupation quant à la pertinence pour les humains des données de toxicité obtenues chez les rats, étant donné que le bromate peut être génotoxique par un mécanisme indirect (la POL) et avec un seuil. Cela semble de nouveau indiquer que les données obte-nues lors d'études réalisées sur des rats exposés à des

doses élevées ne sont pas pertinentes pour les humains exposés à de faibles doses. Toutefois, le bromate doit être considéré comme un cancérogène sans seuil jusqu'à ce que des recherches supplémentaires apportent des preuves suffisantes du contraire.

Il faut préciser que les mésothéliomes péritonéaux qui ont été observés39,40 peuvent provenir de tissus spéci-fiques aux rats (tunique qui recouvre les testicules des rats mâles) et se propager ensuite dans d'autres tissus. Par conséquent, cette tumeur ne serait pas pertinente pour les humains et, pour cette raison, elle n'a pas été utilisée pour déterminer le risque de cancer excédentaire vie. Bien qu'il existe une troisième étude49 à partir de laquelle le risque de cancer à vie aurait pu être calculé, elle n'était pas disponible lorsque les calculs ont été réa-lisés. Étant donné que le niveau d'effet de l'étude à par-tir de laquelle le risque a été calculé était de 1,7 mg/kg p.c. par jour et que celui de l'étude de DeAngelo et al.49 était de 1,5 mg/kg p.c. par jour, on s'attend à ce que le risque soit du même ordre de grandeur.

Justification

Le bromate ayant été classifié comme substance probablement cancérogène pour les humains, la concentration maximale acceptable (CMA) est calculée en tenant compte du risque de cancer à vie estimé et des techniques pratiques disponibles de traitement de l'eau. Étant donné que la CMA doit également être mesurable par les méthodes d'analyse disponibles, le PQL est aussi pris en considération lors de l'établissement de la CMA.

Une concentration maximale acceptable provisoire (CMAP) de 10 µg/L a été établie pour le bromate en raison des considérations suivantes : (1) La CMAP doit pouvoir être mesurée et appli-quée à un coût raisonnable. Il n'existe pas de technique de traitement pour éliminer le bromate de l'eau potable; cependant, l'utilisation minutieuse des techniques de traitement à l'ozone peut en réduire au minimum la formation dans les eaux contenant des concentrations élevées de bromure sans compromettre le niveau de désinfection.

(2) Le PQL (basé sur la capacité des laboratoires à mesurer le bromate dans des limites de précision et d'exactitude raisonnables) pour le bromate dans l'eau potable est de 2 µg/L et il est nettement inférieur à la CMAP. Le PQL est basé sur la méthode signalée par Lo et Subramanian,25 qui parvient à éliminer ou à réduire l'interférence d'autres sous-produits de la désinfection. C'est la méthode recommandée pour l'analyse du bromate dans l'eau potable; toutefois, elle est complexe et exige des chromatographistes expérimentés. Actuelle-ment, la Method 300.019 de l'EPA, avec un PQL de 10 µg/L, semble néanmoins rester la méthode la plus pratique et la plus largement disponible.

(3) La CMA est provisoire, car le risque de cancer rénal à vie associé à l'ingestion d'eau potable contenant du bromate à la valeur de la CMAP est plus élevé que la gamme qui est généralement jugée assez négligeable. En se basant sur l'incidence de tumeurs rénales chez les rats, le risque de cancer rénal à vie associé à l'ingestion d'eau potable contenant du bromate à la valeur de la CMAP, qui est de 0,01 mg/L (10 µg/L), est de 2,19 × 10-4.

La CMAP sera révisée de façon périodique, à la lu-mière des progrès réalisés dans les techniques d'analyse et de traitement et des donnés supplémentaires sur les ris-ques pour la santé associés à l'exposition au bromate dans l'eau potable.

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