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Santé de l'environnement et du milieu de travail

Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada : document technique - Le chlorite et le chlorate

Partie II. Science et considérations techniques

9.0 Effets sur la santé

9.1 Effets chez les êtres humains

9.1.1 Toxicité aiguë et à court terme

Étant donné que le chlorate est utilisé comme herbicide, un grand nombre de cas d'intoxication à cette substance ont été signalés (NRC des États-Unis, 1987). Les symptômes comprennent entre autres les suivants : méthémoglobinémie, anurie, douleurs abdominales et insuffisance rénale. On estime que la dose orale létale pour l'humain adulte est aussi faible que 20 g de chlorate de sodium ou de 230 mg de chlorate/kg p.c. (NRC des États-Unis, 1982).

Six doses différentes de dioxyde de chlore (0,1, 1, 5, 10, 18 et 24 mg/L), d'ion chlorite (0,01, 0,1, 0,5, 1,0, 1,8 et 2,4 mg/L) et d'ion chlorate (0,01, 0,1, 0,5, 1,0, 1,8 et 2,4 mg/L) incorporées à l'eau potable ont été administrées à 10 hommes volontaires (Lubbers et al., 1981). Chacun d'eux a ingéré 1000 mL d'eau répartis en deux portions. Cette étude comportait six séquences de trois jours. Un suivi des paramètres chimiques du sérum, de la numération globulaire et de l'analyse d'urine a été effectué. Une variation liée au traitement a été observée en ce qui concerne la valeur moyenne du taux sérique d'acide urique du groupe exposé au dioxyde de chlore, mais selon les auteurs, elle n'a pas eu d'effet physiologique nocif. La dose de dioxyde de chlore la plus élevée à avoir été testée, soit 24 mg/L (environ 0,34 mg/kg p.c. par jour), peut être définie comme la dose sans effet nocif observé (NOAEL). Chez les sujets exposés au chlorite, on a noté un changement des taux sériques moyens d'azote uréique, de créatinine et du rapport azote uréique/créatinine. Chez les sujets exposés au chlorate, on a observé de très légers changements des taux moyens de bilirubine sérique, de fer et de méthémoglobine. Dans les deux cas, les auteurs ont conclu que les variations n'avaient pas d'effets physiologiques néfastes. On a établi la NOAEL à 2,4 mg/L (0,034 mg/kg p.c. par jour) pour l'ion chlorite et l'ion chlorate (Lubbers et coll., 1981).

Les mêmes hommes volontaires ont bu 0,5 L d'eau contenant 5 mg/L de dioxyde de chlore chaque jour pendant environ 12 semaines. Ils ont ensuite été observés pendant huit semaines. Les paramètres sériques, la numération globulaire et l'analyse d'urine sont demeurés normaux, à l'exception d'une légère variation du taux sanguin d'azote uréique. Les auteurs ont conclu que l'effet physiologique ou toxicologique de ce changement était incertain. Cette exposition, équivalente à 0,036 mg/kg p.c par jour., peut être considérée comme la NOAEL (Lubbers et coll., 1981).

Dans une étude prospective menée sur 197 personnes, on a exposé une partie de la population d'un village rural à de l'eau traitée au dioxyde de chlore (contenant entre 0,25 et 1,1 mg/L de dioxyde de chlore et entre 0,45 et 0,91 mg/L de chlore libre) pendant 12 semaines. On n'a observé aucun changement significatif des paramètres hématologiques, de la créatinine sérique et de la bilirubine totale chez ces personnes (CMA, 1989).

9.1.2 Effets sur la reproduction

Durant les années 1988 et 1989, on a mené une étude transversale sur 548 naissances à l'hôpital Galliera de Gênes et 128 naissances à l'hôpital Chiavari de Chiavari (Italie). Les mères des bébés habitaient dans l'une ou l'autre des deux villes (Kanitz et al., 1996). À Gênes, les femmes ont été exposées à de l'eau filtrée désinfectée au dioxyde de chlore (eau de réservoir, de surface et de puits provenant de la rivière Brugneto) et/ou au chlore (réservoir du Val Noci). Les femmes habitant à Chiavari ont utilisé de l'eau de puits non traitée. On a noté la source de l'eau, le type de désinfectant, le revenu familial, l'âge de la mère, si elle fumait ou non, sa consommation d'alcool, son niveau de scolarité et les données relatives au bébé (faible poids à la naissance, naissance avant terme, longueur du corps, circonférence de la tête et présence ou absence d'ictère néonatal). La probabilité d'être atteints d'un ictère néonatal était presque deux fois plus élevée (rapport de cotes de 1,7; 95 %, intervalle de confiance de 1,1 à 3,1) chez les bébés dont la mère avait utilisé de l'eau de surface désinfectée au dioxyde de chlore que chez ceux dont la mère avait utilisé de l'eau de puits non traitée. L'eau de surface traitée au chlore n'a pas produit d'effets similaires. On a relié le fait de mettre au monde un bébé dont la tête et le corps sont plus petits à l'utilisation d'eau de surface désinfectée au chlore ou au dioxyde de chlore. Les risques de mettre au monde un bébé de faible poids (#2 500 g) étaient aussi augmentés dans les cas où la mère avait bu de l'eau désinfectée au chlore ou au dioxyde de chlore, mais l'augmentation n'était pas significative sur le plan statistique. Quoique faibles, les risques d'accouchement avant terme (#37 semaines) liés à la consommation d'eau désinfectée au chlore ou au dioxyde de chlore étaient augmentés, mais l'augmentation n'était pas significative. Cette étude suggère l'existence possible de risques associés à la consommation d'eau de surface désinfectée au chlore ou au dioxyde de chlore, mais les résultats doivent être interprétés avec beaucoup de prudence. En effet, on n'a recueilli aucune donnée sur la quantité d'eau consommée par les mères (y compris la quantité d'eau embouteillée consommée) ni sur leurs habitudes alimentaires, et la distribution de l'âge des mères n'a pas été prise en considération. En outre, les données relatives aux naissances ne sont peut-être pas complètes, et il pourrait y avoir entre les deux populations d'autres différences que le réseau d'eau potable étudié. Dans cette étude, on a comparé l'exposition aux sources d'eau de surface et d'eau souterraine, mais sans présenter de données quant à d'éventuelles différences qualitatives entre ces eaux. On ne peut tirer aucune conclusion à partir de cette étude, puisque certains des effets notés n'étaient pas significatifs sur le plan statistique et qu'on y a aussi décelé de nombreux biais (Kanitz et coll., 1996).