Février 1986
(révisé en mars 1989)
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La concentration maximale acceptable (CMA) de chlorpyrifos dans l'eau potable est de 0,09 mg/L (90 µg/L).
Le chlorpyrifos (C9H11Cl3NO3PS) est un insecticide organophosphoré utilisé pour lutter contre les moustiques, les mouches, divers nuisibles dans les cultures par épandage sur le sol ou le feuillage, les nuisibles de maison et les larves aquatiques. Il sert aussi à lutter contre les ectoparasites chez l'agneau et les bêtes à cornes. De 100 000 à 500 000 kg de ce produit sont utilisés chaque année au Canada.1
La pression de vapeur du chlorpyrifos est de 2,49 x 10-3 Pa à 25°C; sa solubilité dans l'eau est de 2 mg/L à 25°C.2 La plage des valeurs signalées du logarithme de son coefficient de partage octanol-eau est élevée, variant de 4,82 à 5,11.3
Le chlorpyrifos est fortement absorbé par le sol; on ne prévoit donc pas qu'il ait beaucoup tendance à la lixiviation.4 Il persiste dans le sol pendant des périodes allant de 60 à 120 jours.5 Sa dégradation est principalement attribuable à l'action microbienne.6 Ses produits de dégradation comprennent le trichloro-3,5,6 pyridinol-2, qui est ensuite scindé en composés organochlorés et en dioxyde de carbone.7 La vitesse d'hydrolyse du chlorpyrifos dans l'eau augmente en fonction du pH et de la température ainsi qu'en présence de cuivre.5 De 30 à 60 pour cent de tout le chlorpyrifos présent en phase aqueuse peut disparaître en moins de 24 heures par adsorption, dégradation et vaporisation.8
On n'a pas décelé la présence de chlorpyrifos dans les 511 échantillons prélevés dans les réseaux publics et privés de distribution d'eau potable, entre autres dans le Toronto Métropolitain (de 1971 à 1982), au Manitoba (1986) ainsi qu'en Alberta (de 1978 à 1985) (limites de détection : 0,20 et 0,04 µg/L).9 On n'en a pas trouvé non plus dans les 446 échantillons d'eau superficielle recueillis dans le bassin hydrographique des rivières Grand et Thames, bien que ce produit ait été utilisé à raison de presque 3 000 et 7 500 kg/année dans l'une et l'autre de ces deux régions (limite de détection : 0,1 µg/L).10
D'après la limite maximale de résidus fixée par la Direction des aliments du ministère de la Santé nationale et du Bien-être social,11 l'apport alimentaire quotidien maximal de chlorpyrifos est, en théorie, de 0,07 mg/jour, ce qui représente 10 pour cent de l'apport quotidien acceptable (AQA), qui est de 0,7 mg/jour pour un adulte pesant 70 kg.12 On a décelé du chlorpyrifos aux États-Unis dans seulement 49 échantillons d'aliments fabriqués au pays sur 6 391, à des concentrations inférieures à 2,0 ppm dans 94 pour cent des cas; dans les aliments importés, on a décelé du chlorpyrifos dans 1 777 échantillons sur 12 044, sauf dans cinq cas, à des teneurs égales ou inférieures à 0,5 µg/g.13 L'apport alimentaire quotidien de chlorpyrifos a été évalué à 0,241 µg d'après une étude du panier de provisions du consommateur américain.14
Le dosage des insecticides organophosphorés peut se faire par extraction séparée à l'hexane et au dichlorométhane, séparation par chromatographie en phase gazeuse et détection thermionique ou photométrique de flamme (limite de détection : 1 µg/L);15 la séparation peut aussi se faire par chromatographie gaz-liquide, puis détection par photométrie de flamme (limite de détection : 0,1 µg/L).16
On n'a trouvé aucun renseignement concernant l'efficacité des techniques actuelles de traitement permettant d'éliminer le chlorpyrifos de l'eau potable.
Le chlorpyrifos est facilement absorbé par le tube digestif et sa métabolisation est rapide. Les métabolites sont excrétés principalement dans les urines et, à un degré moindre, dans les fèces; les principaux métabolites sont le phosphate de trichloro-3,5,6 pyridyle-2 et le trichloro-3,5,6 pyridinol-2.17 On a décelé de petites quantités de chlorpyrifos non métabolisé dans le sang, le cerveau et le foie après ingestion accidentelle par les humains.18
Le chlorpyrifos est un inhibiteur de la cholinestérase. Des humains (quatre hommes par groupe) ont été soumis volontairement à l'administration de chlorpyrifos par voie orale à raison de 0,014 mg/kg p.c. par jour pendant 27 jours, de 0,03 mg/kg p.c. par jour pendant 20 jours ou de 0,10 mg/kg p.c. par jour pendant neuf jours.19 Aucune de ces doses n'a modifié chez eux l'activité de la cholinestérase érythrocytaire.
Des chiens beagle ont été exposés pendant deux ans à des aliments renfermant des teneurs en chlorpyrifos de 0, de 0,01, de 0,03, de 0,1, de 1,0 ou de 3,0 mg/kg p.c. par jour.20 Les doses de 1,0 et de 3,0 mg/kg p.c. par jour ont inhibé la cholinestérase érythrocytaire tant chez les mâles que chez les femelles. Au cours d'une étude analogue,21 des rats ont reçu une alimentation renfermant des doses de chlorpyrifos de 0, de 0,01, de 0,03, de 0,1, de 1,0 et de 3,0 mg/kg p.c. par jour pendant deux ans. On a constaté que l'activité de la cholinestérase du cerveau était inhibée à la dose de 3,0 mg/kg p.c. par jour alors qu'elle était légèrement abaissée à la dose de 1,0 mg/kg p.c. par jour. D'après ces résultats, la dose sans effet nocif observé (DSENO) pour l'inhibition de la cholinestérase des érythrocytes et du cerveau serait de 0,1 mg/kg p.c. par jour. On a observé une DSENO analogue chez des singes Rhésus ayant reçu par gavage une dose quotidienne de chlorpyrifos de 0,08 mg/kg p.c. pendant six mois; on n'a constaté aucune diminution de l'activité de la cholinestérase érythrocytaire chez ces animaux.22
Au cours d'une étude du pouvoir cancérogène chez la souris CD-1, l'administration de doses de chlorpyrifos atteignant 15 ppm (1,5 mg/kg p.c. par jour) pendant 105 semaines avec les aliments n'a pas entraîné d'effet oncogène.23 Le chlorpyrifos ne s'est pas révélé mutagène dans cinq systèmes de dosage microbien24. Au cours d'une étude du pouvoir tératogène chez la souris CF-1, l'administration de doses quotidiennes de chlorpyrifos atteignant 25 mg/kg p.c. n'a pas occasionné d'effet tératogène, bien que des réductions importantes des taux de cholinestérase plasmatique ou érythrocytaire aient été observés à des doses quotidiennes d'au moins 1 mg/kg p.c. chez les mères et d'au moins 10 mg/kg p.c. chez les foetus.25
L'AQA de chlorpyrifos a été calculé par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS)12 comme suit :
| AQA | = | 0,1 mg/kg p.c. par jour | = | 0,01 mg/kg p.c. par jour |
| 10 |
où :
La concentration maximale acceptable (CMA) de chlorpyrifos dans l'eau potable a été calculée à partir de l'AQA comme suit :
| CMA | = | 0,01 mg/kg p.c. par jour × 70 kg × 0,20 | ≈ | 0,09 mg/L |
| 1,5 L/jour |
où :