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Santé de l'environnement et du milieu de travail

Les coliformes totaux

3.0 Application de la recommandation

3.1 Systèmes publics d'approvisionnement en eau potable

3.1.1 Conditions d'analyse

Il faut déterminer la concentration résiduelle de désinfectant et la turbidité au moins une fois par jour dans l'eau qui sort d'une usine de traitement. Ces recommandations ne s'appliquent pas aux systèmes alimentés par des eaux souterraines d'excellente qualité dans lesquels on pratique la désinfection pour augmenter la marge de sécurité. Dans la mesure du possible, en plus de l'analyse quotidienne visant à déterminer la concentration résiduelle de désinfectant et la turbidité, il faut effectuer au moins une fois par semaine des analyses de détection de la présence de coliformes totaux. Dans les réseaux publics de distribution d'eau potable, le nombre d'échantillons prélevés aux fins de la détection des coliformes totaux doit tenir compte de la taille de la population desservie, avec un minimum de quatre échantillons par mois. La fréquence de l'échantillonnage et de l'analyse pour la détermination de la présence de coliformes totaux, de la concentration résiduelle de désinfectant et de la turbidité dans l'eau traitée qui entre et passe dans les réseaux de distribution sera décidée par les autorités compétentes.

3.1.2 Notification

La présence de coliformes totaux dans l'eau qui sort d'une usine de traitement indique une sérieuse défaillance du traitement et est donc inacceptable. Il faut intervenir immédiatement. Dans un réseau de distribution, il ne faut pas détecter la présence de coliformes totaux dans deux échantillons consécutifs prélevés au même endroit ni dans plus de 10 % des échantillons prélevés au cours d'une période d'échantillonnage donnée, en se fondant sur un minimum de 10 échantillons. Dans les réseaux de distribution où l'on prélève moins de 10 échantillons, aucun échantillon ne doit contenir de coliformes totaux. La présence de coliformes totaux dans un réseau de distribution indique une dégradation de la qualité de l'eau qui peut être attribuable à une recroissance ou à une contamination consécutive au traitement. Il faut par conséquent faire enquête.

Si les conditions ci-dessus sont dépassées, le propriétaire du réseau doit prévenir toutes les autorités compétentes, réanalyser immédiatement les échantillons positifs pour y détecter la présence de coliformes et soumettre les sites qui ont donné un résultat positif à un nouvel échantillonnage et à une nouvelle analyse pour confirmer la présence ou l'absence à la fois d'E. coli et de coliformes totaux (voir l'annexe A : Arbre décisionnel relatif à l'analyse microbiologique régulière des systèmes publics). On suggère une méthode quantitative pour les nouvelles analyses, car elle donne des renseignements utiles sur la contamination à chaque endroit. Le document Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada : document technique - Escherichia coli (Santé Canada, 2006a) décrit les mesures à prendre lorsque l'on confirme la présence d'E. coli. Si l'on confirme la présence de coliformes totaux (en l'absence d'E. coli), une partie ou la totalité des mesures correctives ci-dessous peuvent s'imposer.

3.1.3 Mesures correctives

Il faut discuter avec les organismes compétents de l'envergure de la réponse à la présence de coliformes totaux (en l'absence d'E. coli), qui dépendra des facteurs suivants :

  • évaluation fondée sur les risques de l'importance et de l'ampleur du problème, compte tenu de l'historique du réseau au complet;
  • antécédents et variabilité de la qualité de la source d'approvisionnement en eau brute;
  • efficacité historique documentée du procédé de traitement et intégrité du réseau de distribution.

L'historique du réseau permet au personnel qualifié d'envisager des interventions appropriées lorsque l'on détecte à l'occasion de faibles concentrations ou fréquences de coliformes totaux en l'absence d'E. coli. Ces niveaux et fréquences varieront en fonction des dossiers historiques du réseau.

Si l'on juge que des mesures correctives s'imposent, le propriétaire du système d'eau doit, en consultation avec les autorités compétentes, prendre les mesures correctives appropriées, qui pourraient consister notamment à :

  • vérifier l'intégrité du procédé de traitement et du réseau de distribution;
  • vérifier que tout le réseau de distribution contient la concentration résiduelle nécessaire de désinfectant;
  • augmenter la dose de chlore, purger les conduites principales, nettoyer les réservoirs d'eau traitée (réservoirs municipaux et citernes domestiques) et vérifier s'il y a des jonctions fautives et des fuites de pression. L'eau doit être déchlorée avant d'être déversée dans des cours d'eau contenant des poissons. Les autorités compétentes doivent être consultées concernant les méthodes de déchloration disponibles et la procédure adéquate;
  • effectuer des échantillonnages et des analyses à des endroits voisins de ceux où l'on a prélevé les échantillons positifs. Les analyses doivent porter sur les coliformes totaux, E. coli, la concentration résiduelle de désinfectant et la turbidité. Il faut analyser au moins un échantillon en amont et un autre en aval des endroits où l'on a prélevé les échantillons à l'origine, ainsi que l'eau prête au débit qui sort de l'usine de traitement au point où elle pénètre dans le réseau de distribution. Il faut également prélever d'autres échantillons et les analyser en suivant un plan d'échantillonnage convenant au réseau de distribution;
  • enquêter pour déterminer le problème et éviter qu'il se répète, et mesurer entre autres la qualité de l'eau brute (p. ex. caractéristiques bactériologiques, couleur, turbidité, conductivité) et sa variabilité;
  • continuer d'effectuer des échantillonnages à tous les endroits identifiés pendant l'enquête et d'analyser les échantillons (p. ex. caractéristiques bactériologiques, concentration résiduelle de désinfectant, turbidité) pour confirmer l'ampleur du problème et vérifier si les mesures correctives portent fruit. Les analyses quantitatives sont meilleures que les analyses de présence-absence à cet égard.

Si une meilleure surveillance sanitaire indique qu'une éclosion d'origine hydrique peut être en cours, ou s'il existe des conditions susceptibles d'entraîner une telle éclosion, il faut discuter immédiatement avec les responsables de l'exploitation du service de distribution d'eau et avec l'autorité compétente de l'opportunité de diffuser un avis* d'ébullition de l'eau. Si le propriétaire est au courant d'un incident qui a pu contaminer le réseau de distribution ou nuire au traitement, on peut prévenir immédiatement les consommateurs afin de leur recommander de faire bouillir leur eau potable. Il convient de signaler qu'il faut annuler un avis d'ébullition de l'eau seulement après que deux séries d'échantillons prélevés à 24 heures d'intervalle ont donné des résultats négatifs démontrant l'intégrité du réseau au complet (y compris une qualité bactériologique, des concentrations résiduelles de désinfectant et/ou une turbidité acceptables). L'autorité locale compétente peut exiger des résultats négatifs supplémentaires. Le document de Santé Canada intitulé Conseils pour l'émission et l'annulation des avis d'ébullition de l'eau contient d'autres renseignements sur les avis d'ébullition de l'eau (Santé Canada, 2001).

Sauf les exemptions spécifiques à des systèmes, il faut désinfecter tous les approvisionnements publics pour produire une eau potable salubre sur le plan microbiologique, et maintenir une concentration résiduelle de désinfectant dans tout le réseau de distribution en tout temps. En outre, tous les approvisionnements publics alimentés par des sources d'eau de surface ou des eaux souterraines assujetties à l'influence directe des eaux de surface devraient être traités conformément au document technique de la recommandation sur la turbidité (Santé Canada, 2003).

 

3.2 Systèmes semi-publics** et privés d'approvisionnement en eau potable

3.2.1 Conditions d'analyse

La fréquence d'analyse de l'eau dans les systèmes semi-publics d'approvisionnement est déterminée par l'autorité compétente et doit inclure les périodes où le risque de contamination est le plus élevé, comme le dégel de printemps, les fortes pluies et les périodes sèches. Il faut encourager les propriétaires de systèmes d'approvisionnement privés à faire analyser leur eau pendant ces mêmes périodes pour y détecter une éventuelle présence de coliformes totaux. L'eau des puits nouvellement créés ou réhabilités doit également être analysée avant l'utilisation du puits, pour confirmer sa salubrité microbiologique.

3.2.2 Notification

Aucun échantillon provenant de systèmes semi-publics ou privés d'approvisionnement en eau potable ne doit contenir de coliformes. Si un échantillon contient des coliformes totaux, il faut l'analyser de nouveau immédiatement, et prélever un nouvel échantillon dans le site qui a produit un résultat positif et l'analyser pour confirmer la présence ou l'absence à la fois d'E. coli et de coliformes totaux. Si un nouvel échantillonnage confirme que le système est contaminé par E. coli, il faut prendre les mesures décrites dans Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada : document technique - Escherichia coli (Santé Canada, 2006a).

Les mesures à prendre lorsque l'on confirme la présence de coliformes totaux dans des échantillons en l'absence d'E. coli peuvent varier selon le secteur de compétence. En guise de précaution, des secteurs de compétence recommanderont toujours au propriétaire de faire bouillir l'eau potable ou d'utiliser provisoirement une autre source sûre en attendant qu'on prenne des mesures correctives. Dans d'autres secteurs de compétence, les avis sur les mesures provisoires sont spécifiques au site et dépendent de facteurs comme la concentration en coliformes totaux, les données historiques sur la qualité de l'eau, l'état de santé des utilisateurs et les retards d'enquête. Que l'on diffuse ou non un avis d'ébullition de l'eau, il faut trouver la source de la contamination de l'eau et prendre les mesures qui s'imposent (voir l'annexe B : Arbre décisionnel relatif à l'analyse microbiologique régulière des systèmes semi-publics et privés). Celles-ci peuvent comprendre une partie ou la totalité des mesures correctives indiquées dans les sections 3.2.3 et 3.2.4.

3.2.3 Mesures correctives : approvisionnements désinfectés (sources d'approvisionnement en eau de surface et eaux souterraines assujetties à l'influence directe des eaux de surface)

Il faut d'abord procéder à une inspection sanitaire pour vérifier la salubrité du système d'eau potable le cas échéant, y compris l'entrée d'eau, le puits, la tête de puits, la pompe, le système de traitement (y compris l'équipement d'alimentation en produits chimiques), la plomberie et la zone voisine. Avant d'aller plus loin, il faut corriger toute défaillance repérée. Si toutes les conditions physiques sont acceptables, une partie ou l'ensemble des mesures correctives suivantes peuvent s'imposer.

  • Vérifier qu'il reste une concentration résiduelle de désinfectant dans tout le système;
  • Augmenter la dose de chlore, purger à fond le système et nettoyer les réservoirs d'eau traitée et les citernes domestiques. L'eau doit être déchlorée avant d'être déversée dans des cours d'eau contenant des poissons. Les autorités compétentes doivent être consultées concernant les méthodes de déchloration disponibles et la procédure adéquate;
  • Procéder à une nouvelle analyse pour confirmer que l'eau est propre à la consommation.

Si l'on détecte la présence de coliformes totaux après avoir pris les mesures correctives décrites ci-dessus, il faut diffuser un avis d'ébullition de l'eau si ce n'est pas déjà fait. Il faut par ailleurs utiliser une source d'eau sûre jusqu'à ce que le problème soit corrigé. La présence de coliformes totaux après la prise de mesures correctives indique que le système demeure vulnérable à la contamination. Si l'on ne peut corriger le problème, il faut envisager d'autres traitements ou l'utilisation d'une nouvelle source d'eau potable.

Sauf les exemptions spécifiques à des systèmes, il faut désinfecter tous les approvisionnements semi-publics pour produire une eau potable salubre sur le plan microbiologique. Les autorités compétentes peuvent également recommander la désinfection d'approvisionnements privés. Outre la désinfection, les systèmes semi-publics et privés alimentés par des sources d'eau de surface ou des eaux souterraines assujetties à l'influence directe des eaux de surface devraient être soumis à une filtration adéquate (ou utiliser des techniques permettant d'obtenir une qualité équivalente). L'eau potable provenant de sources d'eau de surface intactes peut être exemptée de filtration (Santé Canada, 2003).
3.2.4 Mesures correctives : puits non désinfectés

Si ce n'est pas encore fait, il faut d'abord procéder à une inspection sanitaire pour vérifier la salubrité du puits, de la tête de puits, de la pompe, de la plomberie et de la zone voisine. Avant d'aller plus loin, il faut corriger toute défaillance repérée. Si toutes les conditions physiques sont acceptables, il faut alors prendre les mesures correctives qui suivent :

  • Donner un choc de chlore au puits et au réseau de plomberie. e document de Santé Canada intitulé Qu'est-ce qu'il y a dans votre puits? Un guide de traitement et d'entretien de l'eau de puits (Santé Canada, 2004) contient d'autres renseignements à ce sujet;
  • Purger le système à fond et procéder à une autre analyse pour confirmer que l'eau est propre à la consommation. Des analyses de confirmation doivent être effectuées au moins 48 heures après que des analyses ont indiqué l'absence de résidus de chlore ou cinq jours après le traitement du puits. Les conditions locales peuvent déterminer la pratique acceptable. L'eau doit être déchlorée avant d'être déversée dans des cours d'eau contenant des poissons. Les autorités compétentes doivent être consultées concernant les méthodes de déchloration disponibles et la procédure adéquate.

Si l'on détecte la présence de coliformes totaux après avoir pris les mesures correctives décrites ci-dessus, il faut diffuser un avis d'ébullition de l'eau si ce n'est pas déjà fait. Il faut par ailleurs utiliser une source d'eau propre à la consommation jusqu'à ce que le problème soit corrigé. La présence de coliformes totaux après un choc de chlore et l'opération de purge indique que le puits demeure vulnérable à la contamination. Si l'on ne peut déterminer ou corriger raisonnablement le problème, il faut envisager d'installer un dispositif approprié de désinfection, de reconstruire le puits ou de le remplacer.

Il convient de signaler qu'un seul résultat négatif concernant la présence de coliformes totaux dans un système semi-public ou privé n'indique pas nécessairement que l'approvisionnement en eau est salubre. Il faut obtenir au moins deux résultats négatifs consécutifs à l'échantillonnage. Il faut procéder à une autre analyse trois à quatre mois plus tard pour vérifier que la contamination n'est pas réapparue. Seules des données historiques permettent de confirmer l'intégrité à long terme d'un système d'approvisionnement lorsqu'on les conjugue à des inspections sanitaires. La section 8.0, Échantillonnage pour la détection des coliformes totaux, contient de plus amples renseignements sur la surveillance régulière.


* Pour les besoins du présent document, on entend par « avis d'ébullition de l'eau » un conseil donné à la population par les autorités compétentes lui recommandant de faire bouillir son eau potable, que cet avis soit émis par mesure de précaution ou à la suite d'une éclosion de maladies. L'utilisation de ce terme peut varier selon les secteurs de compétence. Il arrive également que le terme « ordre d'ébullition de l'eau » soit utilisé à la place du terme « avis d'ébullition de l'eau » ou conjointement avec lui.

** Pour les besoins du présent document, on entend par système semi-public d'approvisionnement en eau un système sans réseau de distribution ou doté d'un réseau minimal qui fournit de l'eau au public à partir d'une installation non reliée à une source d'approvisionnement publique. Les écoles, les foyers de soins, les garderies, les hôpitaux, les puits communautaires, les hôtels et les restaurants constituent des exemples de ce type d'installation. La définition d'un système semi-public d'approvisionnement peut varier selon les secteurs de compétence.