Un traitement efficace comprenant la désinfection devrait produire une eau ne contenant aucun coliforme, peu importe le degré de pollution de la source d'eau. La présence de n'importe quel type de coliforme dans l'eau quittant une usine de traitement indique donc que le traitement et la désinfection sont inadéquats et est inacceptable. Si l'eau ne contient pas de coliformes totaux à la sortie de l'usine de traitement, mais qu'on détecte la présence de coliformes totaux dans le réseau, ceci indique qu'il y a eu recroissance ou infiltration d'eau dans le réseau de distribution. Même si la présence de coliformes totaux ne constitue pas un indicateur fiable de la présence de contamination fécale, il faut enquêter sur la cause de leur présence et prendre les mesures qui s'imposent au besoin. Dans un réseau de distribution, les décisions relatives à la santé publique ne doivent pas reposer uniquement sur la présence de coliformes totaux en l'absence d'E. coli, sauf si l'enquête révèle un problème qui représente une menace pour la santé publique.
Lorsqu'on utilise des milieux lactosés, il faut compléter l'analyse régulière pour la détection des coliformes par la numération des bactéries hétérotrophes ou des colonies secondaires sur membrane filtrante pour coliformes totaux. Il n'est pas nécessaire de procéder à ces numérations lorsqu'on utilise des méthodes enzymatiques à substrats définis. Il y a toutefois d'autres raisons de mesurer les bactéries hétérotrophes, que l'on peut trouver dans le document technique de la recommandation de Santé Canada sur les bactéries hétérotrophes (Santé Canada, 2006b).
Compte tenu de l'analyse ci-dessus, la concentration maximale acceptable de coliformes dans les systèmes publics d'approvisionnement en eau potable et dans l'eau sortant d'une usine de traitement est d'aucun micro-organisme détectable par 100 ml. Dans les réseaux publics de distribution d'eau, les coliformes totaux sont un indicateur de la qualité de l'eau et ne sont pas utilisés uniquement pour prendre des décisions de santé publique. Leur présence doit toutefois conduire à la prise de mesures supplémentaires.
La présence de coliformes totaux dans les systèmes semi-publics et privés d'approvisionnement en eau potable peut être le résultat d'une désinfection et d'un traitement inadéquats, d'une recroissance dans le réseau de distribution, ou d'une infiltration en provenance du réseau lui-même ou de l'eau de la source d'approvisionnement.
La concentration maximale acceptable de coliformes dans les systèmes semi-publics et privés d'approvisionnement en eau potable est d'aucun micro-organisme détectable par 100 ml. Comme les coliformes totaux ne sont pas distribués uniformément dans l'eau et que leur importance pour la santé publique peut varier considérablement, les mesures prises lorsqu'on les détecte dans l'eau en l'absence d'E. coli peuvent différer selon les secteurs de compétence, mais l'eau sera cependant considérée comme étant conforme à la CMA.
Dans le cas des systèmes publics, il revient à l'autorité compétente de déterminer la fréquence de l'échantillonnage et les points d'échantillonnage après avoir tenu dûment compte des conditions locales --par exemple, variations de la qualité de l'eau brute et données historiques sur la qualité de l'eau traitée. Il faut analyser l'eau qui quitte une usine de traitement au moins une fois par jour pour en déterminer la concentration résiduelle de désinfectant et la turbidité, et la soumettre au moins une fois par semaine à une analyse de détection des coliformes totaux. Dans le cas des approvisionnements où une analyse hebdomadaire de détection des coliformes totaux n'est pas pratique (p. ex., les petits systèmes), il faut s'en remettre aux déterminations des concentrations résiduelles de désinfectant pour vérifier l'innocuité microbiologique. Les petits systèmes doivent également effectuer périodiquement des enquêtes sanitaires comme mesure supplémentaire pour vérifier la salubrité du système. Les recommandations sur l'échantillonnage quotidien pour la détermination des concentrations résiduelles de désinfectant et de la turbidité ne s'appliquent pas aux systèmes alimentés par des sources d'eaux souterraines d'excellente qualité où la désinfection vise seulement à accroître la marge de sécurité.
Dans le réseau de distribution, le nombre d'échantillons prélevés pour l'analyse bactériologique doit augmenter en fonction de la taille de la population desservie. On recommande toutefois d'analyser au moins quatre échantillons par mois, quelle que soit la taille de la population desservie. On peut se servir du tableau 5 ci-dessous, qui reproduit le tableau 2, comme guide :
Il faut prélever les échantillons à intervalles réguliers pendant le mois. La concentration résiduelle de désinfectant doit être mesurée au moment où l'on prélève les échantillons pour l'analyse bactériologique. La majorité des échantillons doivent provenir d'endroits susceptibles de poser un problème.
Dans les systèmes semi-publics et privés, on prélève les échantillons aux endroits recommandés par l'autorité compétente. Il faut prélever les échantillons lorsque les risques de contamination sont les plus élevés : p. ex., dégel du printemps, fortes pluies ou périodes de sécheresse. Il faut aussi prélever au départ des échantillons dans les puits nouvellement créés ou réhabilités pour confirmer que leur qualité bactériologique est acceptable.
Le volume de l'échantillon doit être suffisant pour permettre d'effectuer tous les tests nécessaires. Dans le cas de l'eau potable traitée, il faut procéder à la détection des coliformes dans un volume d'au moins 100 ml, quelle que soit la méthode utilisée. Le volume maximal pour l'analyse au moyen de la méthode P-A est habituellement de 100 ml. Il faut toutefois prélever un échantillon de 500 ml pour pouvoir procéder au besoin à la numération des bactéries hétérotrophes et à une analyse ultérieure par la technique FM, à condition d'avoir bien entreposé l'échantillon. Lorsqu'on utilise des milieux lactosés, il faut compléter l'analyse régulière visant à la détection des coliformes par la numération des bactéries hétérotrophes ou des colonies secondaires sur membrane filtrante pour coliformes totaux.
Comme les techniques modernes de traitement de l'eau peuvent produire de l'eau potable de grande qualité même à partir de sources très contaminées, on ne propose pas de limites numériques en matière de qualité microbiologique des approvisionnements en eau brute. Il faut toutefois tenir compte de la qualité microbiologique de l'eau brute lorsque l'on choisit l'emplacement d'une nouvelle usine de traitement, ou avant de procéder à des mises à niveau majeures d'usines existantes. De même, il faut surveiller de près la qualité de l'eau brute afin de pouvoir modifier en conséquence les méthodes de traitement en vigueur. Il faut en outre mettre en oeuvre des mesures de protection des approvisionnements en eau brute contre la contamination là où cela est possible.
Lorsqu'on évalue la qualité bactériologique de l'approvisionnement, on préfère utiliser l'analyse de détection d'E. coli pour déterminer la présence de contamination fécale. La présence de coliformes totaux en l'absence d'E. coli est probablement attribuable à la présence de bactéries que l'on trouve naturellement dans le sol et la végétation.
La qualité de l'eau brute varie avec le temps et selon les endroits. C'est pourquoi l'organisme de surveillance doit établir, en collaboration avec l'autorité compétente locale, la fréquence d'échantillonnage pour l'analyse bactériologique d'une source d'approvisionnement en eau en particulier.
Sauf les exemptions spécifiques à des systèmes, il faut désinfecter tous les approvisionnements en eau potable pour produire une eau potable salubre sur le plan microbiologique. Dans tous les systèmes publics et semi-publics où l'on pratique la désinfection, il faut maintenir en tout temps une concentration résiduelle de désinfectant dans tout le réseau de distribution. Le maintien et la surveillance d'une concentration résiduelle de désinfectant offrent deux avantages. Premièrement, une concentration résiduelle de désinfectant limite la multiplication des micro-organismes à l'intérieur du système et peut protéger contre la contamination de l'extérieur. Deuxièmement, la disparition de la concentration résiduelle de désinfectant constitue une indication immédiate de la pénétration de matières oxydables dans le réseau ou d'une défaillance du traitement. Il est donc recommandé de maintenir une concentration résiduelle de désinfectant dans tout le réseau et de la surveiller tous les jours. On reconnaît toutefois qu'un excès de désinfectant peut causer des problèmes de goût et d'odeur. Dans de tels cas, l'autorité compétente peut donner des conseils sur le type et la concentration résiduelle de désinfectant nécessaires pour garantir l'innocuité microbiologique de l'eau.
Outre la désinfection, tous les systèmes publics alimentés par des sources d'eau de surface ou des eaux souterraines assujetties à l'influence directe des eaux de surface devraient être traités conformément au document technique de la recommandation sur la turbidité (Santé Canada, 2003). Les systèmes semi-publics et privés qui utilisent des sources semblables doivent pratiquer une filtration (ou utiliser des techniques permettant d'obtenir une qualité équivalente) et une désinfection adéquates. L'eau potable provenant de sources d'eau de surface intactes peut être exemptée de filtration (Santé Canada, 2003).
Il ne faut pas déduire que la présente recommandation garantira la production d'une eau potable de qualité acceptable à partir de n'importe quelle source d'eau brute. Il peut être nécessaire, par exemple, de protéger l'approvisionnement ou de le soumettre à un traitement partiel pour en réduire la turbidité même lorsqu'elle ne contient pas de coliformes. De plus, pour satisfaire à d'autres critères de qualité de l'eau, il peut être nécessaire de recourir à d'autres traitements qui ne sont pas indiqués ci-dessus.