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Santé de l'environnement et du milieu de travail

Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada : documentation à l'appui - Les virus entériques

Effets sur la santé

Effets chez l'être humain

La gastro-entérite et la diarrhée sont les symptômes les plus courants des infections entérovirales, mais certains virus entériques causent aussi des symptômes respiratoires, des infections du système nerveux central (méningite non purulente, poliomyélite), des infections hépatiques et des syndromes musculaires (fibromyalgie, myocardite). On a également incriminé les virus entériques dans certaines formes de diabète et dans le syndrome de fatigue chronique (Payment 1993; Fields et al. 1996; Murray 1999; Chin 2000).

Norovirus

Les éclosions de norovirus atteignent les nouveau-nés, les enfants et les adultes. Les effets sur la santé associés aux infections à norovirus ont tendance à être bénins et résolutifs et durent habituellement de 24 à 48 heures. Les nausées, les vomissements, la diarrhée, les douleurs abdominales et la fièvre sont au nombre des symptômes. On ne connaît pas la dose infectieuse, mais on suppose qu'elle est faible. La période d'incubation est de 24 à 48 heures (Kapikian et al. 1996; Chin 2000). On a associé beaucoup de cas de gastro-entérite causée par le norovirus à des groupes de personnes vivant dans des milieux clos : écoles, camps de vacances, établissements et navires de croisière, par exemple.

Virus de l'hépatite

Il y a cinq types de virus de l'hépatite, dont deux seulement (VHA et VHE) semblent se transmettre par la voie fécale-orale et sont associés à la transmission par voie hydrique. Les infections à VHA communément appelées hépatites infectieuses, peuvent causer au foie des dommages qui peuvent être mortels. On ne connaît pas la dose infectieuse, mais on la situe dans une plage de 10 à 100 virions. La période d'incubation d'une infection à VHA varie de 10 à 50 jours, la moyenne s'établissant à environ 28-30 jours. La période d'incubation est reliée de façon inversement proportionnelle à la dose : plus la dose est forte, plus la période d'incubation est brève. Les symptômes de la maladie comprennent de la fièvre, des malaises (fatigue), de l'anorexie, des nausées et une gêne abdominale. La jaunisse suit quelques jours plus tard. La maladie est habituellement résolutive, mais le taux de mortalité peut atteindre 2 % chez les adultes de plus de 40 ans. Les sujets infectés excrètent le virus dans leurs matières fécales pendant une à deux semaines avant que l'hépatite se déclare et le virus se propage par la voie fécale-orale (Hollinger et Tricehurst 1996; Chin 2000).

La maladie causée par le VHE est appelée hépatite E, ou hépatite non A non B transmise par voie fécale. Sur le plan clinique, on ne peut distinguer l'hépatite E de l'hépatite A. Ses symptômes comprennent des malaises, de l'anorexie, des douleurs abdominales, de l'arthralgie et de la fièvre. On ne connaît pas la dose infectieuse. La période d'infection de l'hépatite E varie de deux à neuf semaines; l'affection est habituellement bénigne et se résorbe en deux semaines sans laisser de séquelles. Le taux de mortalité s'établit à 0,1-1 %, sauf chez les femmes enceintes où il atteint presque 20 %. La maladie touche le plus souvent des sujets jeunes ou d'âge moyen (15 à 40 ans).

Rotavirus

La gastro-entérite à rotavirus peut se manifester sous des formes variant de la diarrhée bénigne d'une durée de moins de 24 heures à la gastro-entérite grave qui peut être mortelle. Le sujet peut vomir pendant une période allant jusqu'à 48 heures avant l'apparition de la gastro-entérite. La période d'incubation varie d'environ 19 heures à deux jours. La maladie dure en général de 5 à 8 jours. On suppose que la dose infectieuse est de 10 à 100 virions (Graham et al. 1987).

Le rotavirus du groupe A est endémique dans le monde entier et constitue le groupe le plus courant et le plus répandu. On qualifie les infections qu'il cause de diarrhée infantile, diarrhée hivernale, gastro-entérite infectieuse non bactérienne aiguë et gastro-entérite virale aiguë. Les enfants de six mois à deux ans, les nouveau-nés prématurés, les personnes âgées et les sujets dont le système immunitaire est compromis sont particulièrement vulnérables aux symptômes plus graves causés par l'infection à rotavirus du groupe A. Celui-ci est la principale cause de diarrhée grave chez les nourrissons et les enfants et il cause environ la moitié des cas qui nécessitent une hospitalisation. Aux États-Unis, on enregistre près de 3,5 millions de cas par année (Glass et al. 1996). Dans les régions tempérées, la maladie se manifeste principalement au cours de l'hiver, mais elle est présente pendant toute l'année sous les Tropiques (Moe et Shirley 1982; Nakajima 2001). On a aussi signalé des éclosions causées par le rotavirus du groupe B, également appelé rotavirus de la diarrhée de l'adulte, chez les personnes âgées et les adultes, même si l'infection chez ces derniers est très rare et habituellement subclinique. On a établi un lien entre le rotavirus du groupe C et des cas rares et sporadiques de diarrhée chez les enfants dans de nombreux pays. Ce sont toutefois le Japon et l'Angleterre qui ont signalé les premières éclosions (Caul et al. 1990; Hamano et al. 1999).

Entérovirus

La voie orale est la principale voie d'infection par les entérovirus, dont la période d'incubation varie de 2 à 35 jours, la médiane se situant entre 7 et 14 jours. Les entérovirus peuvent survivre au transit dans l'estomac et infecter le tractus intestinal inférieur. La virémie (c.-à-d. le passage du virus dans le sang) est fréquente et le passage dans divers organes cibles entraîne tout un éventail de symptômes. La poliomyélite et la méningite sont les maladies les plus graves causées par les entérovirus, mais on a également incriminé ces derniers dans la myalgie, le syndrome de Guillain-Barré, l'hépatite, les maladies fébriles et la conjonctivite. Les entérovirus sont endémiques dans le monde entier, mais on a signalé peu d'éclosions d'origine hydrique. Les entérovirus demeurent un important problème de santé publique dans les pays en développement. Le nombre élevé de sérotypes, la nature habituellement bénigne des infections et le fait que celles-ci sont très transmissibles par contact personnel dans une collectivité expliquent probablement pourquoi on connaît si peu de choses sur leur transmission par voie hydrique (Field et al. 1968; Lenaway et al. 1989; Ikeda et al. 1993; Kee et al. 1994; Melnick 1996; Jaykus 2000; Lees 2000; Amvrosieva et al. 2001).

Autres virus entériques

Les adénovirus humains peuvent causer des infections respiratoires et gastro-intestinales. La gastro-entérite à adénovirus atteint surtout les jeunes enfants. Sa période d'incubation varie d'un à trois jours et ses symptômes comprennent la diarrhée et les vomissements. Les adénovirus peuvent être transmis par contact direct, par la voie fécale orale ou par les eaux utilisées à des fins récréatives. On n'a pas incriminé l'eau potable comme voie de transmission.

L'infection à astrovirus cause habituellement des symptômes qui ressemblent énormément à ceux qu'on observe dans le cas de l'infection à rotavirus et elle atteint surtout les jeunes enfants. Sa période d'incubation varie d'un à quatre jours. Les astrovirus sont transmis par la voie fécale-orale, par les eaux utilisées à des fins récréatives ou par les aliments. On n'a pas incriminé l'eau potable comme voie de transmission.

Une infection à parvovirus cause habituellement une affection bénine ressemblant à la grippe, parfois accompagnée d'une éruption (« cinquième maladie »). Les complications, qui comprennent l'anémie et l'arthralgie, peuvent atteindre les femmes enceintes et les sujets dont le système immunitaire est compromis. La période d'incubation varie de quatre à 14 jours. On ne connaît pas trop le rôle des parvovirus dans la gastro-entérite humaine. Des preuves limitées indiquent que le parvovirus est transmis par les aliments (mollusques et crustacés) et les eaux utilisées à des fins récréatives. On n'a pas incriminé l'eau potable comme voie de transmission.

Éclosions

Les virus entériques sont une cause fréquente d'éclosions de maladies d'origine hydrique dans le monde entier. Certains des agents viraux à l'origine de ces éclosions n'ont été identifiés que récemment (Craun 1986, 1992; Fields et al. 1996; Payment et Hunter 2001). On ne connaît pas la prévalence réelle des éclosions d'infections virales d'origine hydrique.

Aux États-Unis, on a signalé 28 éclosions déclarées et 11 195 cas confirmés d'infection virale d'origine hydrique entre 1980 et 1994 (les données de 1984 manquent). On a attribué 9 038 de ces cas aux norovirus et 396 au VHA. On a signalé une éclosion chez des adultes attribuée à la contamination par des rotavirus d'un approvisionnement en eau municipal (Hopkins et al. 1984). Des éclosions d'infection par le VHA se sont produites dans des garderies et des établissements en raison d'une détérioration des conditions d'hygiène ou de la contamination d'aliments ou de l'eau (MMWR 1980-1994; Gerba et al. 1985; Hollinger et Tricehurst 1996; AWWA 1999b; Chin 2000). Au cours de ces périodes, on a aussi signalé de nombreuses éclosions d'étiologie inconnue. Il est probable que des virus entériques en ont causé un pourcentage important (MMWR 1980-1994; Craun 1986, 1992).

Au Canada, il y a eu 21 éclosions déclarées et 1 358 cas confirmés de maladies d'origine hydrique causées par des virus entériques entre 1974 et 1995. On a attribué 11 de ces éclosions au VHA, huit à des norovirus, une au rotavirus et une à un virus d'éthiologie inconnue (Santé Canada 1974-1995). Quatre des 11 éclosions d'origine hydrique déclarées d'infection par le VHA étaient attribuables à la contamination d'approvisionnements publics en eau potable et sept à la contamination d'approvisionnements en eau privés (Santé Canada 1974-1995). Les huit éclosions déclarées d'infections à norovirus d'origine hydrique au Canada se sont produites dans des appprovisionnements publics en eau (Santé Canada 1974-1995). L'éclosion d'infections par rotavirus était attribuable à la contamination d'un approvisionnement public en eau potable.

D'importantes épidémies d'infections par le VHE d'origine hydrique ont éclaté dans le monde entier, mais on n'en a signalé aucune en Amérique du Nord et il n'y a aucune preuve d'immunité contre cet agent dans la population nord-américaine (Purcell 1996; Chin 2000). Les astrovirus, adénovirus et parvovirus sont des virus entériques qu'on a incriminés dans des éclosions provenant d'eaux utilisées à des fins récréatives et d'origine alimentaire (produits de la mer). On n'a pas signalé d'éclosions reliées à l'eau potable, mais la mise au point de nouvelles méthodes de détection pourrait changer la situation (Martone et al. 1980; Turner et al. 1987; Hedberg et Osterholm 1993; Gray et al. 1997; Kukkula et al. 1997, 1999; Lees 2000).