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Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada : documentation à l'appui - Les virus entériques

Évaluation des risques

Il est difficile de mettre au point une évaluation significative des risques que pose un virus entériques en particulier. La majorité des virus entériques ne se reproduisent pas bien en culture cellulaire; il est donc impossible de déterminer l'exposition avec précision et de produire des données sur l'infectiosité liées à la relation dose-réponse. Il est donc difficile de choisir les mesures appropriées de gestion des risques, surtout lorsqu'une telle imprécision est reliée au fait que l'on connaît mal l'élimination et l'inactivation des virus pendant le traitement de l'eau potable (Macler 1993; Deere et al. 2001; Fewtrell et Bartram 2001; Haas et Eisenburg 2001).

Pour résoudre ces problèmes et déterminer les concentrations acceptables de virus entériques dans l'eau potable, l'EPA des États-Unis a proposé d'utiliser un virus de synthèse hypothétique. Ce virus modèle combine les caractéristiques de divers virus entériques nécessaires pour mettre au point une évaluation utile des risques. Il repose sur des données dose-réponse pour le rotavirus, le plus infectieux des virus d'origine hydrique connus, considéré comme le substitut des autres virus entériques infectieux. Compte tenu d'expériences sur la dose-réponse menées sur des rotavirus chez des volontaires humains par Ward et al. (1986), Regli et al. (1991) ont établi à 2,22 × 10-7 par litre la concentration acceptable de virus entériques dans l'eau potable traitée. Cette valeur correspond à un risque annuel d'infection de moins de 1 pour 10 000 personnes, niveau jugé acceptable par l'EPA des États-Unis (Regli et al. 1991) et le gouvernement hollandais (Staatscourant 2001). Comme les concentrations de virus entériques dans l'eau varient de 0,01 à 10 000 par 100 L, une réduction de l'ordre de 4 à 9 log pendant le traitement peut être nécessaire pour assurer une telle protection (Regli et al. 1991). Gerba et al. (1996) ont utilisé le modèle d'évaluation des risques pour déterminer le risque d'infection endémique d'origine hydrique relié au rotavirus. En se fondant sur les concentrations maximales enregistrées dans les sources d'eau (Raphael et al. 1985a) et en supposant que le traitement entraînerait une réduction de l'ordre de 4 log, ils ont calculé que les risques annuels d'infection, de maladie et de mort dans la population générale s'établissaient respectivement à 8 × 10-1, 0,4 × 10-1 et 4 × 10-5. Ils ont également calculé que le risque de mortalité était 100 fois plus élevé chez les personnes âgées que dans la population générale.

Le modèle d'évaluation des risques comprend des lacunes qui entraînent une sous-estimation ou une surestimation de l'importance des risques (Gerba et al. 1985; Haas et al. 1999; Hurst et al. 2001). L'efficacité de la concentration et de la culture des virus tirés de l'eau, par exemple, est probablement loin de 100 %. On suppose par ailleurs dans le modèle une consommation de 2 L d'eau par jour par personne, mais des études indiquent que l'eau bouillie, qui ne contient donc pas de virus infectieux, pourrait représenter un pourcentage important de ce volume (Gale 1996; Payment et al. 1997). Les modèles d'évaluation des risques supposent aussi que la répartition des virus dans l'eau potable est aléatoire et que la population est normalement exposée à de faibles doses de virus. Gale (1996) a toutefois présenté des données qui indiquent que les micro-organismes présents dans l'eau ne le sont pas de façon aléatoire, mais qu'ils se présentent plutôt par grappes. Le modèle surestimerait alors le risque d'infection puisque la majeure partie de la population ne serait exposée à aucun virus dans l'eau, tandis qu'un faible pourcentage serait exposé à des doses plus élevées. Le modèle repose de plus sur le risque d'infection plutôt que sur le risque de maladie. Les symptômes se manifestent notamment par une interaction complexe reliée à l'âge et au statut immunitaire du sujet infecté, ainsi qu'à la souche du virus et à sa virulence. On ne connaît pas l'effet net de ces observations sur le risque. On a enfin proposé des modèles démographiques pour intégrer la question de la propagation des maladies infectieuses dans la population (Haas et Eisenberg 2001).

En se fondant sur les renseignements disponibles et pour atteindre le but fixé à moins de 1 pour 10 000 personnes par année, l'EPA des États-Unis a préparé des recommandations sur l'élimination et l'inactivation des virus entériques, y compris sur le VHA, reconnu pour être plus résistant aux désinfectants courants de l'eau potable (EPA des États-Unis 1991).