La zone réservée à la baignade devrait, autant que possible, être exempte d'organismes indésirables qui puissent nuire aux baigneurs. Un organisme dit indésirable peut être nocif, désagréable ou répugnant (Webster's Third New International Dictionary, 1986).
Il est impossible que les plages naturelles soient totalement «exemptes» d'organismes indésirables; on ne peut donc établir de limites quantitatives. Notre étude ne portera que sur les dangers que peuvent présenter ces organismes et sur les conditions du milieu qui peuvent favoriser leur présence.
On ne doit pas aménager d'aires récréatives dans des endroits où les plantes aquatiques sont si abondantes qu'on risque de s'y emmêler, ce qui rendrait dangereuse la pratique d'activités récréatives dans l'eau. Au besoin, il faut prendre des mesures pour éliminer la végétation des aires réservées à la baignade.
Deux types principaux de facteurs biologiques influent sur la valeur récréative des eaux de surface, à savoir : ceux qui mettent en danger la santé ou le bien-être physique des gens et des animaux et ceux qui rendent l'eau inacceptable du point de vue esthétique ou inutilisable par suite d'un enrichissement excessif en éléments nutritifs ou de la présence de substances déplaisantes. Les premiers comprennent les organismes vecteurs et les organismes indésirables; les seconds, les végétaux microscopiques et macroscopiques qui se développent dans l'eau.
L'émergence massive de moucherons non piqueurs, de cousins, de phryganes, d'éphémères, etc. est très désagréable pour les riverains et nuit à la pratique d'activités récréatives (National Academy of Sciences, 1973). Quant aux insectes piqueurs comme les moustiques (maringouins) et les simulis (mouches noires), en plus du désagrément causé par leur présence, ils peuvent infliger de sérieuses irritations par leurs piqûres.
On a signalé des cas d'allergies respiratoires, comme la fièvre des foins causée par l'inhalation de phryganes, d'éphémères et de moucherons ou de fragments de ces insectes lorsqu'ils sont en très grand nombre (Henson, 1966).
Des modifications marquées de la qualité de l'eau, en particulier si elles sont accompagnées d'une charge de matières organiques, peuvent engendrer une forte production de moucherons. Un épuisement soudain de l'approvisionnement en oxygène dans des plans d'eau riches en matières organiques peut entraîner une perturbation de la faune et favoriser les espèces de larves de moucherons moins sensibles ainsi que d'autres organismes tolérants qui peu-vent s'accommoder d'une faible teneur en oxygène dissous. Ces changements sont attribuables en partie à l'augmentation des matières nutritives contenues dans les déchets organiques. Lorsqu'ils émergent en nuées, à l'âge adulte, ces moucherons peuvent être très désagréables.
Le long de la mer, les plages utilisées pour la baignade peuvent aussi être fréquentées par des organismes indésirables ou dangereux comme des méduses et certaines espèces d'oursins de mer.
Les plantes vasculaires aquatiques (macrophytes) exercent une influence sur la qualité de l'eau, sur d'autres organismes aquatiques de même que sur l'utilisation de l'eau. Il est difficile d'évaluer l'ampleur des effets nocifs des macrophytes en terme d'impossibilité totale ou partielle d'utiliser un plan d'eau pour des activités récréatives. Par exemple, la croissance abondante de macrophytes gêne l'utilisation de toutes les sortes d'embarcations, mais l'importance de l'inconvénient est fonction, entre autres, de la forme de croissance des plantes, de leur densité, de l'étendue qu'elles envahissent dans la nappe d'eau, ainsi que des buts, des attitudes et de la tolérance des personnes qui s'adonnent à la navigation.
En général, une végétation aquatique dense est désagréable pour les baigneurs, les plongeurs, ceux qui pratiquent le ski nautique et les fervents de la plongée autonome avec scaphandre. Les plantes empêchent de voir le fond de l'eau et les dangers qui peuvent se présenter sous la surface, et les nageurs peuvent se prendre dans les feuilles. Les préparatifs des skieurs nautiques en eau peu profonde peuvent être gênés par une végétation abondante, et la crainte de tomber dans cette véritable forêt aquatique pendant qu'ils skient les empêche d'apprécier leur sport.
Les activités récréatives comme la navigation de plaisance et la pêche deviennent moins attirantes et peuvent même être pratiquement impossibles si la végétation aquatique est très dense. Il arrive souvent que des masses de plantes flottant librement ou de plantes à racine qui ont été délogées de leur substrat s'amoncellent sur les plages ou dans les zones où l'on pratique la natation. Lorsqu'elles sèchent et se décomposent, les plantes aquatiques produisent souvent des odeurs désagréables et forment des nids où les insectes pullulent.
La prolifération des plantes peut être due à la présence d'une surabondance de nutriments issus, par exemple, de déversements provenant de fermes et de propriétés privées qui augmentent la quantité de phosphore et d'azote. Le résultat de cette augmentation de la concentration des nutriments est appelé eutrophisation culturelle. Le vieillissement naturel (eutrophisation) des nappes d'eau se produit beaucoup plus lentement, et les changements ne surviennent pas assez rapidement pour que nous y prêtions attention dans le cadre du présent document. L'augmentation des charges de limon, les modifications des lignes riveraines et l'utilisation de la terre sont des éléments qui contribuent tous à l'altération des habitats aquatiques.
Les odeurs qui se dégagent de l'eau de certains lacs proviennent de la décomposition naturelle d'algues et d'autres matières végétales. Ce genre d'odeur est de nature typiquement végétale ou rappelle celle du terreau; toutefois, on a signalé que des masses d'algues filamenteuses du genre Cladophora, en décomposition dans le lac Érié et le lac Ontario, dégageaient une odeur de «porcherie» (Neil, 1975).
Plusieurs espèces d'algues dégagent des odeurs très différentes, parfois déplaisantes, lorsqu'elles sont en pleine croissance dans l'eau des lacs. Des odeurs de poisson, d'herbes, d'aromates et de moisi ont été attribuées à plusieurs espèces de diatomées, d'algues bleues et de chrysophycées (Palmer, 1962; Taft, 1965). Nicholls et coll., (1980) ont signalé que des Chrysochromulina breviturrita, une prymnésiophyte présente dans l'eau de lacs utilisés à des fins récréatives en Ontario et dans le New Hampshire, dégageaient une forte odeur. Celle-ci, décrite par les propriétaires de chalets comme une odeur de «chou pourri» ou de «dépotoir», semble être limitée à l'eau de lacs légèrement acides. Chara, une algue macroscopique enracinée qui est souvent confondue avec une plante vasculaire aquatique, dégage une odeur insupportable. Elle tapisse habituellement le fond des lacs (Warrington, 1989).
Les odeurs lacustres peuvent être mesurées au moyen du Threshold Odour Test (American Public Health Association, 1989). Le seuil de perception olfactive (Threshold Odour Number [TON]) correspond à une dilution de l'échantillon avec de l'eau inodore dans des proportions telles que l'odeur soit à peine perceptible par un groupe de plusieurs sujets d'expérience. De nombreuses eaux de surface naturelles qui ne subissent pas l'effet d'algues productrices d'odeur ont un seuil TON de 5, tandis que d'autres dans lesquelles on observe une croissance d'algues excessive ont un TON qui dépasse 200.