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Santé de l'environnement et du milieu de travail

Les bactéries hétérotrophes

5.0 Rôle des bactéries hétérotrophes dans le maintien de la qualité de l'eau potable

La mise au point de milieux de culture à la fin du 19e siècle a rendu possible l'analyse rudimentaire des micro-organismes hétérotrophes. À la fin du siècle, on utilisait des épreuves NBH comme indicateur indirect de la qualité de l'eau en produisant de l'information sur le procédé de traitement - c.-à-d. que ces tests indiquaient le niveau d'élimination des bactéries par filtration. En se fondant sur les observations des concentrations de bactéries hétérotrophes et des éclosions de choléra, Robert Koch a suggéré que si l'eau potable contenait moins de 100 ufc de la bactérie hétérotrophe par millilitre, il n'y aurait pas d'éclosion (c.-à-d. de choléra et de typhoïde). L'utilisation de la numération des bactéries hétérotrophes comme indicateur de la salubrité a diminué au 20e siècle avec l'avènement des analyses spécifiques aux matières fécales.

Les exploitants d'usines de traitement peuvent actuellement mesurer les concentrations de bactéries hétérotrophes dans l'eau pendant le traitement et immédiatement à la sortie de l'usine. Cette mesure constitue un des nombreux tests courants servant à surveiller le fonctionnement de l'usine. D'autres tests comprennent notamment ceux qui portent sur les coliformes, la turbidité et les concentrations résiduelles de désinfectant. La numération des bactéries hétérotrophes peut aussi servir à mesurer la dégradation de la qualité dans les puits, les conduites de distribution et les réservoirs (Geldreich et coll., 1972; Fiksdal et coll., 1982; Reasoner et Geldreich, 1985). Dans les réseaux de distribution, la numération des bactéries hétérotrophes donne une idée de la stagnation, de la tuberculation, de la concentration résiduelle de désinfectant et de la disponibilité de nutriments pour la multiplication des bactéries. Dans les réseaux chloraminés, les résultats peuvent aussi indiquer un mauvais ratio chlore/ammoniac ou un problème de nitrification. En 1989, l'Environmental Protection Agency des États-Unis a décidé que les municipalités ne pouvaient avoir des concentrations résiduelles non détectables de désinfectant dans plus de 5 % de leurs échantillons mensuels pendant deux mois consécutifs. Lorsque le nombre de bactéries hétérotrophes est de 500/ml ou moins, on considère que l'échantillon correspondant contient une concentration résiduelle détectable conforme au règlement (EPA des États-Unis, 1989). En se fondant sur la directive du Conseil de l'Union européenne relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine (Conseil de l'Union européenne, 1998), l'Inspectorat de l'eau potable de l'Angleterre et du Pays de Galles n'a pas établi de limite numérique pour les concentrations de bactéries hétérotrophes dans l'eau potable, mais a plutôt prescrit que les concentrations de bactéries hétérotrophes ne devaient pas montrer de changements anormaux au niveau du robinet du consommateur, ni dans les usines de traitement ou les réservoirs (DWI, 2000). Une montée subite de la concentration de bactéries hétérotrophes dans les échantillons prélevés dans un site qui a toujours présenté de faibles concentrations devrait être une source de préoccupation. Même si l'on n'a pas établi de lien entre des concentrations élevées de bactéries hétérotrophes et l'incidence de maladies, ni de lien direct entre des éclosions et des concentrations élevées de flore hétérotrophe dans l'eau du robinet, des concentrations élevées de bactéries hétérotrophes indiquent des conditions favorables à la recroissance bactérienne et il faut y remédier. La recroissance bactérienne peut favoriser ou provoquer la corrosion des tuyaux, donner un mauvais goût à l'eau ou causer sa décoloration, et favoriser la formation d'une pellicule biologique. On peut donc utiliser les bactéries hétérotrophes comme marqueurs des causes sous-jacentes de certains problèmes d'ordre esthétique (OMS, 2002). La recroissance bactérienne peut en outre héberger des agents pathogènes respiratoires secondaires comme l'espèce Legionella, et augmenter la demande de désinfectant.

Traditionnellement, dans certains secteurs de compétence, on a utilisé le dénombrement des colonies secondaires sur membrane filtrante pour coliformes totaux comme substitut commode et peu coûteux de la numération des bactéries hétérotrophes. Le dénombrement des colonies secondaires ne doit plus être employé comme substitut de la numération des bactéries hétérotrophes, mais peut être utile pour déterminer l'existence d'interférences nuisant à la récupération des coliformes lors de l'utilisation de milieux à base de lactose (Geldreich et coll., 1972). Il convient de signaler que l'inhibition des coliformes totaux par des bactéries hétérotrophes ne se produit pas au cours des tests sur substrat enzymatique qui utilisent des substrats définis; il n'est donc pas nécessaire de dénombrer les bactéries hétérotrophes ou les colonies secondaires à des fins de détection d'une éventuelle inhibition.