Santé Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Liens de la barre de menu commune

Santé de l'environnement et du milieu de travail

Les bactéries hétérotrophes

4.0 Importance de la numération des bactéries hétérotrophes dans l'eau potable

4.1 Description et sources

Les bactéries hétérotrophes sont des micro-organismes qui utilisent des composés organiques pour tirer la majeure partie ou la totalité du carbone dont ils ont besoin (Singleton et Sainsburry, 2001). La plupart des bactéries, y compris un grand nombre des bactéries associées aux systèmes d'approvisionnement en eau potable, sont hétérotrophes.

La numération des bactéries hétérotrophes est une méthode d'analyse microbienne qui utilise la formation de colonies dans des milieux de culture pour calculer approximativement les concentrations de la flore hétérotrophe. Cette méthode ne donne toutefois pas d'indication sur les types d'organismes présents ou leurs sources. Il faut aussi signaler que les résultats obtenus par cette méthode ne constituent pas une évaluation exacte des concentrations totales de bactéries hétérotrophes : ils indiquent plutôt les organismes cultivables présents. On a démontré, par exemple, que les méthodes de numération des bactéries hétérotrophes dénombraient environ un pour cent seulement des bactéries totales déterminées par microscopie directe (Wagner et coll., 1993). La présence de certaines bactéries dans un état viable mais non cultivable et le fait que les milieux NBH ne fournissent pas les éléments nutritifs complexes nécessaires pour la multiplication de toutes les bactéries hétérotrophes peuvent expliquer cette différence.

La composition et les concentrations des espèces récupérées pendant la numération des bactéries hétérotrophes varieront en fonction de nombreux facteurs, y compris les caractéristiques physiques et chimiques de l'eau. Le nombre et les types de micro-organismes récupérés au même point d'échantillonnage varieront aussi. Les micro-organismes récupérés peuvent inclure ceux qui sont présents naturellement dans l'environnement hydrique et d'autres qui proviennent de diverses sources de pollution. Ils peuvent inclure notamment des espèces des genres Pseudomonas, Aeromonas, Alcaligenes, Acinetobacter, Klebsiella, Flavobacterium et Chromobacterium. Les analyses de numération des bactéries hétérotrophes récupèrent un vaste éventail d'espèces bactériennes, dont certaines peuvent être des bactéries pathogènes opportunistes. Cette question sera examinée plus en détail dans la section 4.2.

Contrairement à d'autres indicateurs, comme Escherichia coli ou les coliformes totaux, les bactéries hétérotrophes demeurent présentes en faibles concentrations même après le traitement de l'eau potable. En général, les services de distribution d'eau peuvent parvenir à des concentrations de bactéries hétérotrophes de 10 unités formant colonie (ufc) par millilitre ou moins dans l'eau prête au débit (Fox et Reasoner, 1999). Dans un réseau de distribution, les augmentations de la densité des bactéries hétérotrophes découlent habituellement d'une recroissance bactérienne. La qualité bactérienne de l'eau prête au débit qui pénètre dans le réseau, la température, la durée de résidence (c.-à-d. la stagnation), la présence ou l'absence d'une concentration résiduelle de désinfectant, les matériaux de construction, les ratios surface/volume, les conditions de débit, la disponibilité de nutriments pour la multiplication (Prévost et coll., 1997; Payment, 1999) et, dans les réseaux chloraminés, le ratio chlore/ammoniac et l'activité des bactéries nitrifiantes peuvent influer sur la densité.

4.2 Effets sur la santé

Comme mentionné ci-dessus, la population de bactéries hétérotrophes dans l'eau potable peut inclure un vaste éventail de genres, y compris certaines bactéries pathogènes opportunistes. De nombreuses études ont démontré que des bactéries hétérotrophes isolées de l'eau ont très peu de facteurs de virulence (Lye et Dufour, 1991; Payment et coll., 1994; Edberg et coll., 1996, 1997) et n'ont donc aucun effet sur la santé humaine. Au cours d'une récente réunion sur la gestion des bactéries hétérotrophes dans l'eau potable, les experts ont aussi conclu que la présence de bactéries hétérotrophes dans l'eau potable ne constituait pas un risque pour la santé de la population en général (OMS, 2002).

Dans certaines circonstances, toutefois, les agents pathogènes opportunistes de la flore hétérotrophe peuvent constituer un risque pour la santé des personnes dont le système immunitaire est compromis, y compris les enfants très jeunes. Certaines espèces de Pseudomonas, par exemple, peuvent devenir de sérieux envahisseurs pathogènes secondaires au cours d'infections postopératoires, chez les brûlés et chez les sujets très jeunes (Hunter et Ensign, 1947; Wilson et coll., 1961; Fierer et coll., 1967; Culp, 1969; Lowbury et coll., 1970). On a aussi signalé que le Flavobacterium pouvait constituer un micro-organisme pathogène primaire chez certains patients en chirurgie (Herman et Himelsback, 1965). Cependant, s'ils constituent des sujets de préoccupation sérieux pour la santé, ces problèmes ne découlent pas de la consommation d'eau potable par la population générale. Des précautions supplémentaires s'imposent dans de tels cas pour assurer la sécurité des utilisateurs.

D'autres bactéries hétérotrophes opportunistes ont attiré l'attention à cause de leur capacité de se multiplier dans les systèmes d'approvisionnement en eau potable. Des agents pathogènes secondaires comme Legionella et les mycobactéries non tuberculeuses, par exemple, font partie de la flore hétérotrophe (même si les méthodes NBH standard ne permettent pas de les dénombrer) et peuvent se multiplier dans les systèmes d'approvisionnement en eau. Rien ne prouve toutefois que les concentrations de bactéries hétérotrophes ont un lien direct avec leur présence (OMS, 2002). L'Environmental Protection Agency des États-Unis a placé sur sa liste des contaminants Aeromonas hydrophila, une autre bactérie hétérotrophe capable de se multiplier dans un réseau de distribution. Les micro-organismes figurant sur la liste des contaminants sont ceux dont l'ingestion par l'eau potable peut poser des risques pour la santé et qu'il faut évaluer en vue de les réglementer au besoin (Hilborn et coll., 2002). On trouve d'autres renseignements sur Aeromonas, Legionella et les mycobactéries non tuberculeuses dans Recommandations pour la qualité de l'eau potable : document technique - Les bactéries pathogènes d'origine hydrique : micro-organismes préoccupants courants et émergents (Santé Canada,2006). Dans l'ensemble, des concentrations élevées de bactéries hétérotrophes dans l'eau potable n'ont pas causé d'éclosion de maladies d'origine hydrique et l'on n'a pas établi de lien épidémiologique entre leur présence et les maladies endémiques dans la population générale. L'exposition au microbiote des bactéries hétérotrophes en général est beaucoup plus importante par les produits alimentaires que par l'eau potable (OMS, 2002).