Bien que l'uranium naturel administré par voie orale puisse présenter un risque de toxicité radiologique, on n'a pas observé cette toxicité chez les êtres humains ou les animaux, probablement en raison de l'activité spécifique relativement faible de ce mélange de radionucléides d'uranium. Les preuves expérimentales de la cancérogénicité de l'uranium se limitent à des composés d'uranium très insolubles ou enrichis administrés par inhalation ou par injection. Même si ces observations ne semblent pas pertinentes dans le cas de l'ingestion de l'uranium naturel dans l'eau potable52, on a déduit du risque connu découlant de l'exposition au 226Ra le risque connexe d'induction du cancer des os. Le risque excédentaire estimé d'induction de sarcome osseux est jugé négligeable par rapport au risque de fond à vie normal52. Une toxicité chimique de l'uranium naturel a été observée chez les êtres humains et les animaux. Comme les données chimiques analysées à ce jour semblent indiquer qu'il faut formuler une recommandation plus rigoureuse que celle qui est basée sur les critères radiologiques disponibles, il est recommandé de fonder l'évaluation de la toxicité de l'uranium dans l'eau potable sur des critères chimiques. L'uranium a par conséquent été inclus dans le groupe V (données inadéquates pour l'évaluation de la cancérogénicité).
Dans le cas des composés classés dans le groupe V, on calcule la concentration maximale acceptable (CMA) en divisant par un facteur d'incertitude approprié la NOAEL ou la LOAEL pour la réaction critique (c.-à-d. néphrotoxicité dans le cas de l'uranium) chez les êtres humains ou chez une espèce animale. En l'absence de toute étude chronique adéquate, on a calculé l'apport quotidien tolérable (AQT) en fonction des résultats observés chez le sexe et l'espèce les plus sensibles, tels qu'ils ressortent des études subchroniques les plus approfondies réalisées à ce jour en administrant aux sujets de l'uranium dans l'eau potable73. Au cours de l'étude de 91 jours menée sur le rat, on a fixé la LOAEL pour les lésions dégénératives du tube contourné proximal du rein chez les mâles à 0,96 mg d'hexahydrate de nitrate d'uranyle/L, ce qui équivaut à 0,06 mg d'uranium/kg p.c. par jour (ou 60 µg/kg p.c. par jour). On calcule l'AQT comme suit :
AQT = [ 60 µg/kg p.c. par jour] / 100 = 0,6 µg/kg p.c. par jour
où :
* Il n'est pas nécessaire d'ajouter un autre facteur d'incertitude pour tenir compte de l'utilisation d'une LOAEL plutôt que d'une NOAEL, en raison de la gravité minimale des lésions signalées. Il n'est pas nécessaire non plus d'ajouter un facteur d'incertitude lié à la durée de l'étude (91 jours) parce que l'on estime à 15 jours la demi-vie de l'uranium dans le rein.