On a détecté des concentrations d'uranium atteignant 700 µg/L dans des approvisionnements privés d'eau souterraine au Canada24,25. Une étude réalisée en 1980-1981 sur 13 sites sélectionnés du centre-sud de la Colombie-Britannique a révélé que la concentration moyenne d'uranium (n = 519) dans les approvisionnements d'eau de surface et d'eau souterraine (dont certains étaient traités) s'établissait à 4,06 µg/L26. Les concentrations moyenne et médiane d'uranium d'origine naturelle dans les eaux souterraines de 287 puits du sud-est du Manitoba (1982-1984) étaient de 58,3 µg/L et de 10 µg/L respectivement. La valeur maximale était de 2 020 µg/L27. Les concentrations d'uranium étaient les plus élevées dans les aquifères de roche précambrienne (moyenne de 115,6 µg/L) et les plus basses dans les aquifères de roche sédimentaire paléozoïque (moyenne de 3,5 µg/L). Au cours d'une étude sur les radionucléides (n = 154) effectuée au Manitoba en 1984 et en 1987 par le Bureau de la radioprotection de Santé Canada, les concentrations d'uranium trouvées ont varié de moins de 5 µg/L (limite de détection) à 96 µg/L et la concentration moyenne dans les échantillons présentant des niveaux supérieurs à la limite de détection (45 p. cent des échantillons) a été de 16,1 µg/L28. Au cours d'une autre étude menée par Santé Canada entre 1975 et 1986, on n'a pas trouvé d'uranium à des concentrations dépassant la limite de détection (5 µg/L) dans les échantillons d'eau brute et d'eau traitée provenant de l'Alberta, de la Colombie-Britannique, du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, du Québec, de Terre-Neuve et du Yukon. On a détecté par contre des concentrations d'uranium de plus de 5 µg/L dans des échantillons d'eau provenant de la Saskatchewan (80 échantillons sur 243; plage de 5 à 51 µg/L), du Manitoba (7 échantillons sur 88; plage de 6,1 à 26 µg/L), de l'Ontario (7 échantillons sur 629; plage de 5,2 à 39 µg/L) et des Territoires du Nord-Ouest (9 échantillons sur 12; plage de 19 à 2 500 µg/L)29. Lors d'une étude faite en Ontario entre 1990 et 1995 et portant sur 130 sites (environ 3 700 échantillons), la moyenne des concentrations moyennes d'uranium (plage de <0,05 à 4,21 µg/L; limite de détection de 0,05 µg/L) dans l'eau potable traitée s'est établie à 0,40 µg/L30. Au Québec, on a détecté de l'uranium (limite de détection <5 µg/L) dans 1,7 p. cent seulement des échantillons (n = 2 809) prélevés entre 1993 et 1996 (plage de <5 à 20 µg/L)31. L'étude a porté sur plus de 5,9 millions de personnes. Au cours d'une étude réalisée en 1994-1995 sur 322 puits de la collectivité des premières nations Kitigan Zibi au Québec, on a détecté de l'uranium (n = 525) à des concentrations variant de 0,01 à 1 481 µg/L. Les concentrations moyenne et médiane s'établissaient respectivement à 5,1 µg/L et à 5,2 µg/L. Les concentrations dans l'eau de surface (n = 11) n'atteignaient pas 1,1 µg/L32. Un échantillonnage multiple effectué dans certains des puits a révélé d'importantes fluctuations des niveaux d'uranium dans chacun d'entre eux. Par exemple, la concentration dans l'un des puits était d'environ 400 µg/L le 14 juillet 1994, de plus de 1 400 µg/L le 1er septembre 1994 et d'un peu plus de 200 µg/L le 6 février 1995. On n'a constaté aucun lien entre les concentrations d'uranium et le pH, l'oxydo-réduction, les matières solides totales dissoutes, la dureté, les anions, la profondeur du puits ou la température32. Au Nouveau-Brunswick, la concentration moyenne d'uranium dans 1 382 échantillons prélevés entre 1994 et 1997 était de 1,83 µg/L33. Une étude réalisée en 1981 dans 72 réseaux municipaux de distribution d'eau traitée de la Nouvelle-Écosse a montré que 98,6 p. cent des échantillons analysés contenaient des concentrations d'uranium de moins de 10 µg/L34.
On a signalé une concentration moyenne d'uranium de 2,55 µg/L dans l'eau potable de 978 sites aux États-Unis au cours des années 8035,36. La concentration moyenne d'uranium dans l'eau potable de la ville de New York variait entre 0,03 et 0,08 µg/L37. Dans cinq villes japonaises, la concentration moyenne d'uranium dans les approvisionnements d'eau potable s'est établie à 0,9 ng/L38. L'uranium peut être libéré dans l'eau à partir d'articles en verre à l'oxyde d'urane (maximum de 30 µg/L) ou d'articles en céramique émaillée où l'uranium est utilisé comme colorant (environ 300 mg/L)39.
D'après les résultats de l'étude réalisée en Ontario30, on estime à 0,6 µg l'apport quotidien d'uranium provenant de l'eau potable pour un adulte qui en consomme 1,5 L/j.
On a détecté de l'uranium dans toutes sortes de denrées alimentaires et observé les concentrations les plus élevées dans les crustacés et les coquillages. Les concentrations d'uranium dans le tissu musculaire de poissons (poids sec) pêchés dans un lac canadien recevant des effluents d'une usine de concentration d'uranium ont été de 7 à 11 fois plus élevées que celles observées dans des poissons provenant de lacs non contaminés40. Les légumes frais et les céréales sont d'autres denrées qui contribuent à l'apport quotidien d'uranium. L'isotope d'uranium prédominant dans les aliments est 238U41. On a signalé des concentrations de 234U et de 238U variant respectivement de <1 à 220 mBq/L et de <2 à 740 mBq/L (0,2 à 60 µg/L) dans des eaux embouteillées de la République fédérale d'Allemagne12. Une étude réalisée par Cheng et al.42 a révélé que la concentration moyenne d'uranium était de 0,98 µg/L (plage de 0,26 à 1,65 µg/L) dans neuf boissons différentes et de 9,2 µg/L dans l'eau minérale.
On a signalé que l'apport quotidien moyen d'uranium dans l'alimentation par habitant était de 1,3 µg41 et de 2 à 3 µg43 aux États-Unis, et de 1,5 µg au Japon38. Lors d'une étude sur les sources naturelles de contamination radioactive des aliments, on a signalé des apports alimentaires de 238U variant de 1,0 à 3,6 µg/j (12 à 45 mBq/j) dans plusieurs pays européens, de 0,9 à 4,8 µg/j (11 à 60 mBq/j) au Japon (les valeurs les plus élevées ayant été observées dans les zones d'exploitation minière de l'uranium) et de 1,2 à 1,4 µg/j (15 à 17 mBq/j) aux États-Unis. L'apport alimentaire quotidien moyen a été de l'ordre de 20 mBq, soit environ 1,6 µg. Il a souvent été difficile de déterminer si les apports mesurés comprenaient celui de l'eau potable et l'on a souligné que dans certains cas, l'apport par l'eau potable était égal à celui des aliments44.
On a signalé des concentrations moyennes d'uranium dans l'air ambiant de 0,02 ng/m3 à Tokyo (selon une étude réalisée de 1979 à 1981)45 et de 0,076 ng/m3 à New York (d'après deux échantillons constitués chacun de deux prélèvements par semaine effectués à l'aide d'un filtre à air en 1985 et en 1986)41. Tracy et Prantl46 ont déterminé que la concentration moyenne d'uranium dans l'air d'un environnement rural du sud de l'Ontario était de 0,1 ng/m3, selon des mesures de 226Ra dans la poussière et une hypothèse d'équilibre entre les taux de 238U et de 226Ra. Si l'on suppose que le volume quotidien d'air respiré est de 20 m3 et que la concentration moyenne dans l'air urbain est de 0,05 ng/m3, l'apport quotidien d'uranium par l'air serait d'environ 1,0 ng. La fumée de tabac (provenant de deux paquets de cigarettes par jour) produit moins de 0,05 µg d'uranium inhalé par jour47.
L'apport quotidien d'uranium de chaque source chez les adultes est donc estimé à : air, 0,001 µg; aliments, 2,0 µg; eau, 0,6 µg. L'apport quotidien total est donc d'environ 2,6 µg ou de 0,037 µg/kg p.c. pour un adulte de 70 kg. La majeure partie (77 p. cent) de l'apport provient des aliments, alors que l'eau potable apporte presque tout le reste. Ces résultats concordent généralement avec ceux d'une étude des données disponibles réalisée pour l'Environmental Protection Agency des États-Unis et selon laquelle l'apport moyen provenant de l'eau potable représenterait 31,1 p. cent de l'apport total d'uranium35,36. Les possibilités d'exposition à l'uranium seront plus grandes pour les personnes qui consomment des aliments cultivés dans des zones où il y a des concentrations élevées d'uranium dans le sol et pour celles qui consomment de l'eau potable contenant des concentrations élevées d'uranium48. Au cours d'une étude canadienne, Limson Zamora et al.49 ont constaté que l'eau fournissait de 31 à 98 p. cent de l'apport quotidien total d'uranium provenant des aliments et de l'eau chez les personnes dont l'eau potable contenait de l'uranium à des concentrations variant de 2 à 780 µg/L. En revanche, l'apport par l'eau ne représentait que de 1 à 9 p. cent de l'apport total d'uranium chez les personnes desservies en eau potable municipale contenant de l'uranium à une concentration de 0,02 ± 0,004 µg/L.