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Aliments et nutrition
Guide alimentaire canadien

Révision du Guide alimentaire canadien
Développement des modèles d'alimentation

Contexte

Les travaux entourant la révision comportaient une modélisation des modèles d'alimentation. Cette modélisation a permis de tester différentes combinaisons de types et quantités d'aliments jusqu'à l'obtention d'un modèle final pouvant :

  • combler les besoins nutritionnels de la plupart des Canadiennes et Canadiens,
  • contribuer à la diminution du risque de maladies chroniques.

Nous avons utilisé les Apports nutritionnels de référence, c'est-à-dire les normes nutritionnelles en vigueur, ainsi que diverses méthodes d'évaluation lors du processus de modélisation.

Méthodes

Un processus en deux étapes a été retenu pour la modélisation des modèles d'alimentation.  La première étape consistait à créer des «  composites  » d'aliments.  Chaque composite représentait un groupe ou sous-groupe de modélisation. Par exemple, le composite «  fruits  » représentait un choix de n'importe quel fruit. Nous avons ensuite manipulé les quantités dans les divers groupes et sous-groupes jusqu'à l'obtention d'un modèle satisfaisant. L'utilisation de composites avait pour but de simplifier les tests effectués à partir de différentes quantités d'aliments des divers groupes alimentaires en vue de pouvoir respecter les normes nutritionnelles.

La deuxième étape consistait à tester le modèle d'alimentation créé lors de la première étape afin de permettre une évaluation plus globale à la lumière des méthodes utilisées dans le cadre des ANREF. Cinq cents diètes simulées renfermant des aliments particuliers ont été créées à partir du modèle obtenu lors de la première étape pour chaque groupe d'âge et de sexe. Par exemple, lorsque le modèle d'alimentation créé lors de la première étape recommandait trois portions de fruits, on pouvait retrouver les combinaisons suivantes dans quatre différentes diètes simulées : 1 pomme, 1 banane, 1 poire; 1 prune, 1 orange, 1 banane; 3 pommes; 1 pomme, 2 bananes.

Les deux étapes de la modélisation s'appuyaient sur des données canadiennes.

  • Dans le cadre de la première étape, nous avons utilisé les données de l'Enquête sur les dépenses alimentaires des ménages 2001 (EDA) de Statistique Canada.
  • La deuxième étape s'inspirait des choix alimentaires rapportés lors des quatre plus récentes enquêtes provinciales sur l'alimentation et la nutrition (enquêtes menées en Colombie-Britannique, au Manitoba et en Ontario dans le cas des données relatives aux adultes; enquête sur les enfants et les jeunes menée au Québec).
  • Nous avons utilisé une version adaptée du Fichier canadien sur les éléments nutritifs 1997 (FCÉN) tenant compte de l'enrichissement obligatoire en acide folique de la farine et des pâtes alimentaires enrichies pour obtenir la valeur nutritive ou la teneur en nutriments des aliments.

Les diètes simulées ont été évaluées pour vérifier si les besoins nutritionnels étaient comblés. Lorsqu'une telle évaluation ne donnait pas de résultats satisfaisants, il fallait revenir à la première étape de la modélisation afin de trouver un meilleur modèle à tester. Plus de cinquante modèles ont ainsi été évalués avant d'obtenir un modèle d'alimentation satisfaisant.

Les distributions de nutriments des diètes simulées ont été évaluées à la lumière des valeurs indiquées dans les Apports nutritionnels de référence (ANREF) en tenant compte des méthodologies recommandées.

  • Dans le cas des vitamines et minéraux pour lesquels un Besoin moyen estimatif (BME) a été fixé, le but visé était que 10 % ou moins des diètes simulées aient une teneur en nutriments inférieure au BME. Parmi les nutriments ayant un BME, mentionnons le folate, le fer, le magnésium, la niacine, le phosphore, la riboflavine, la thiamine, la vitamine A, la vitamine B6, la vitamine B12, la vitamine C et le zinc.
  • Dans le cas des nutriments pour lesquels un Apport suffisant (AS) a été fixé, la teneur médiane en nutriment des diètes simulées a été comparée à l'AS. Parmi les nutriments ayant un AS, mentionnons le calcium, l'acide linoléique, l'acide alpha-linolénique, le potassium, le sodium, les fibres et la vitamine D.
  • La teneur en glucides, lipides et protéines de la majorité (au moins 80 %) des diètes simulées devait se situer dans l'Étendue des valeurs acceptables pour les macronutriments (ÉVAM).
  • La teneur en lipides saturés et en cholestérol alimentaire des diètes simulées devait être la plus faible possible.  Nous avons utilisé les seuils suivants : 10 % ou moins des calories devaient provenir des lipides saturés; les diètes devaient renfermer 300 mg ou moins de cholestérol.
  • La valeur médiane en énergie des diètes simulées devait correspondre ou être inférieure à la médiane du Besoin énergétique estimatif (BÉE) fixé pour les personnes sédentaires. Le BÉE a été calculé pour chaque groupe d'âge et de sexe à partir de la taille médiane et du poids calculé à partir de la médiane de l'IMC normal.  Le niveau d'activité sédentaire a été retenu afin d'éviter toute surestimation des besoins.

En plus de procéder à une modélisation, nous avons préparé un sommaire des associations rapportées entre les aliments et les maladies chroniques en nous appuyant sur les résultats de deux rapports importants : le Rapport conjoint de l'OMS/FAO sur l'alimentation, la nutrition et la prévention des maladies chroniques (2003) et les Dietary Guidelines Advisory Committee Report de 2005 (USA). Nous avons examiné les associations entre des aliments particuliers et les maladies chroniques rapportées dans ces travaux. Parmi les aliments évalués, on retrouvait notamment les grains entiers, les légumes et fruits, les viandes rouges et les viandes transformées, les légumineuses, les noix, les oeufs, les huiles végétales, le poisson, les aliments riches en énergie, les boissons sucrées, les produits laitiers et les aliments en conserve renfermant du sel. Ces aliments ont été évalués à la lumière du risque de certaines maladies chroniques comme l'excès de poids ou l'obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires, le cancer et l'ostéoporose. Ces travaux ont fourni les informations additionnelles nécessaires à la formulation des recommandations relatives à certains aliments.

Résultats

La modélisation et l'examen des associations rapportées entre les aliments et les maladies chroniques ont permis d'élaborer les modèles d'alimentation présentés plus bas, des modèles considérés satisfaisants pour chacun des 16 groupes d'âge et de sexe.

Modèle d'alimentation du Guide alimentaire révisé

Nombre de portions des groupes alimentaires - Hommes

  2-3 ans 4-8 ans 9-13 ans 14-18 ans 19-30 ans 31-50 ans 51-70 ans 71+ ans
Légumes et fruits 4 5 6 8 10 8 7 7
Produits céréaliers 3 4 6 7 8 8 7 7
Lait et substituts 2 2 3-4 3-4 2 2 3 3
Viandes et substituts 1 1 2 3 3 3 3 3
Lipides insaturés (g) 30 30 30 45 45 45 45 45

Nombre de portions des groupes alimentaires - Femmes

  2-3 ans 4-8 ans 9-13 ans 14-18 ans 19-30 ans 31-50 ans 51-70 ans 71+ ans
Légumes et fruits 4 5 6 7 8 7 7 7
Produits céréaliers 3 4 6 6 7 6 6 6
Lait et substituts 2 2 3-4 3-4 2 2 3 3
Viandes et substituts 1 1 1 2 2 2 2 2
Lipides insaturés (g) 30 30 30 30 30 30 30 30

Les énoncés suivants ont été formulés afin de fournir des recommandations sur les types d'aliments à choisir. Ces énoncés reflètent les types d'aliments pour lesquels des résultats satisfaisants ont été obtenus lors de la modélisation.  Ils tiennent aussi compte des associations rapportées entre les aliments et les maladies chroniques.

  • Mangez au moins un légume vert foncé et un légume orangé chaque jour.
  • Choisissez des légumes et des fruits préparés avec peu ou pas de matières grasses, sucre ou sel.
  • Consommez des légumes et des fruits de préférence aux jus.
  • Consommez au moins la moitié de vos portions de produits céréaliers sous forme de grains entiers.
  • Choisissez des produits céréaliers plus faibles en lipides, sucre ou sel.
  • Buvez chaque jour du lait écrémé ou du lait 1% ou 2% M.G.
  • Choisissez des substituts du lait plus faibles en matières grasses.
  • Consommez souvent des substituts de la viande comme des légumineuses ou du tofu.
  • Consommez au moins deux portions du Guide alimentaire de poisson chaque semaine.
  • Choisissez des viandes maigres et des substituts préparés avec peu ou pas de matières grasses et sel.
  • Consommez une petite quantité, c'est-à-dire de 30 à 45 mL (2 à 3 c. à table.) de lipides insaturés chaque jour.

Les diètes simulées qui respectaient ces modèles d'alimentation (incluant les énoncés) ont donné des résultats satisfaisants pour tous les nutriments et macronutriments examinés. Dans le cas des nutriments pour lesquels un BME a été fixé, la prévalence d'un apport insuffisant en nutriment était inférieure à dix pour cent dans les modèles d'alimentation retenus. La teneur médiane en nutriment de ces diètes simulées correspondait approximativement à l'AS fixé pour le calcium, l'acide alpha-linolénique et la vitamine D (sauf chez les personnes de plus de 50 ans). Parmi les nutriments pour lesquels nous avons accepté des résultats moins satisfaisants après des discussions avec des experts et des consultants, mentionnons l'acide linoléique, le potassium, les fibres (surtout chez les enfants), la vitamine D chez les personnes de plus de 50 ans et le sodium. L'évaluation des diètes simulées a donné des résultats satisfaisants en ce qui a trait à la teneur en macronutriments et à la valeur énergétique.

Le sommaire des données probantes entourant le lien entre les aliments et le risque de maladies chroniques a fourni les informations additionnelles nécessaires à la formulation des recommandations relatives à certains aliments, en particulier celles relatives aux grains entiers, aux légumes et fruits et au poisson. Nous avons également constaté que le sommaire de ces données probantes allait dans le même sens que le modèle d'alimentation global élaboré à partir du processus de modélisation et qu'il l'appuyait.

Conclusions

La présente approche fondée sur des données probantes est innovatrice.  Elle tient compte des méthodes d'évaluation recommandées dans les rapports sur les Apports nutritionnels de référence. La force de cette approche réside dans sa capacité d'évaluer la probabilité d'un apport insuffisant en nutriment lorsqu'on suit un modèle d'alimentation. Le modèle d'alimentation développé à partir de cette méthode a donné des résultats satisfaisants pour la plupart des nutriments évalués; ce modèle s'appuie sur les données probantes entourant le lien entre l'alimentation et la réduction du risque de maladies chroniques. Le recours à une telle approche a permis de justifier les messages spécifiques entourant les grains entiers, les légumes orangés, les légumes vert foncé, le lait liquide, les huiles et autres matières grasses insaturées, le poisson et le choix d'aliments plus faibles en lipides dans chacun des groupes alimentaires. Toute personne qui suit le modèle d'alimentation a une probabilité élevée de combler ses besoins nutritionnels et une faible probabilité d'un excès de nutriments. La mise en pratique de ce modèle d'alimentation et des recommandations spécifiques qui l'accompagnent contribue à réduire le risque d'apparition de maladies chroniques.