On entend par modification génétique toute modification des caractéristiques héréditaires d'un organisme produite par manipulation intentionnelle.
Les caractéristiques d'un organisme sont codées dans son matériel génétique (ADN ou ARN). Ce matériel génétique est organisé en unités individuelles appelées gènes. On produit une modification génétique en modifiant le code ou la structure du matériel génétique d'un organisme. Ces modifications peuvent être obtenues par des techniques de recombinaison des acides nucléiques qui consistent à introduire un ou plusieurs gènes d'une espèce dans une autre espèce non parente (c'est ce qu'on appelle habituellement le génie génétique). Une autre technique de modification, la mutagenèse artificielle, consiste à traiter les cellules d'un organisme au moyen d'agents extérieurs (p. ex., rayons UV, certains produits chimiques) afin de modifier son matériel génétique.
Depuis longtemps, des méthodes de sélection et d'amélioration sont utilisées par les agriculteurs pour transférer des caractéristiques recherchées d'une variété à une autre. Les techniques modernes de modification génétique permettent aux scientifiques de transférer d'une espèce à une autre, plus rapidement et avec plus de précision, le matériel génétique à l'origine de ces caractéristiques.
Il y a des années que les agriculteurs utilisent des méthodes classiques de production pour améliorer leurs récoltes en transférant d'une variété à une autre des gènes qui codent pour des caractéristiques recherchées comme la résistance aux maladies et aux insectes. Les techniques traditionnelles de croisement consistent à mélanger des milliers de gènes, sans compter qu'elles produisent les caractéristiques recherchées. Par contre, ces techniques entraînent aussi la perte d'autres caractéristiques jugées précieuses.
Les modifications génétiques permettent aux producteurs d'aliments d'ajouter et d'améliorer des caractéristiques utiles de façon plus spécifique ou d'éliminer des caractéristiques non souhaitables. La technologie permet aux créateurs d'aliments d'ajouter une caractéristique recherchée de façon plus précise que par le croisement traditionnel sans perdre d'autres caractéristiques bénéfiques puisque les gènes non recherchés ne sont pas transférés.
Les techniques de la biotechnologie moderne n'entraînent pas de risques différents de ceux qui sont déjà associés à l'approvisionnement alimentaire. Un grand nombre des questions soulevées par les aliments issus de modifications génétiques s'appliquent autant aux aliments conventionnels. Les dangers éventuels demeurent ceux associés à la présence de composés toxiques ou d'allergènes dans l'approvisionnement alimentaire. Contrairement aux méthodes traditionnelles, les techniques comme la technologie de l'ADN recombinant permettent toutefois de transférer du matériel génétique d'espèces non apparentées et c'est précisément pourquoi on juge qu'une évaluation de l'innocuité s'impose. De même, il est possible de transférer un gène d'un organisme codant pour une protéine qui n'a jamais été présente dans notre alimentation. L'évaluation de l'innocuité permet de garantir qu'aucun composé toxique ou allergène ne soit transféré en même temps que le caractère recherché lorsqu'on introduit de l'ADN nouveau dans un organisme.
Les avantages découlant de telles modifications peuvent comprendre notamment une amélioration de la durée et du goût des fruits et des légumes, des récoltes qui exigent moins de pesticides, une amélioration de la teneur en nutriments de certains aliments, etc. En général, la production d'aliments pourrait être plus efficiente ou moins coûteuse et contribuer à améliorer l'approvisionnement mondial en aliments.
Il y a plusieurs années, on a effectué des recherches afin d'améliorer la qualité du tourteau de soya comme aliment du bétail. Il a fallu à cette fin transférer d'une noix du Brésil au soya du matériel génétique codant pour une protéine de stockage. Comme il est démontré que la noix du Brésil provoque des réactions allergènes chez certaines personnes sensibles, on a procédé à des analyses de laboratoire en utilisant du sérum provenant de sujets sensibles à la noix du Brésil afin de déterminer si une protéine allergène avait été transférée au soya. Les résultats des analyses de laboratoire ont montré que le gène provenant de la noix du Brésil correspondait au principal allergène de celle-ci. On a donc mis fin à la recherche sur ce produit.
Le produit n'a jamais été commercialisé. Aucun soya contenant une protéine de la noix du Brésil n'est disponible sur le marché.
Les résultats d'une étude menée par un chercheur du Royaume-Uni ( Dr Arpad Pusztai) portant sur l'innocuité de pommes de terre génétiquement modifiées ont été décrits dans un article paru dans le Globe and Mail le 20 février 1999. Plusieurs groupes, y compris la British Royal Society, ont étudié depuis les résultats de ces études et ont conclu que ceux-ci n'appuient pas les affirmations selon lesquelles les pommes de terre génétiquement modifiées examinées lors de ces études avaient des effets indésirables sur la santé des rats. La Direction générale des produits de santé et des aliments de Santé Canada n'a pas évalué l'innocuité des pommes de terre en question. De même, aucun organisme international de réglementation n'a évalué l'innocuité de ces pommes de terre. Ces pommes de terre n'ont jamais été disponibles sur le marché.
La famille de protéines insecticides Bt (tirées du Bacillus thuringiensis) sont des protéines naturelles utilisées comme agent insecticide actif dans certains produits antiparasitaires commerciaux. Les jardiniers, les producteurs d'aliments biologiques et autres agriculteurs utilisent sans danger depuis plus de 30 ans, dans la lutte antiparasitaire, ces produits reconnus pour affecter spécifiquement certains insectes parasites.
Les protéines Bt introduites dans les végétaux sont toxiques pour certaines espèces d'insecte, mais inoffensives pour les être humains. Elles sont digérées comme tout autre protéine dans l'appareil digestif humain. Santé Canada a examiné rigoureusement les pommes de terres, le maïs, le coton et les tomates génétiquement modifiés exprimant ces protéines et n'a aucune inquiétude en ce qui a trait à leur innocuité ou valeur nutritive. Le Ministère ne connaît pas de preuves établissant un lien entre des réactions indésirables et la consommation de ces variétés contenant les protéines Bt.
Les gènes codant pour des résistances aux antibiotiques sont utilisés comme marqueurs à des fins de sélection dans la conception de certains aliments nouveaux. L'évaluation de l'innocuité des aliments génétiquement modifiés tient compte des conséquences possibles du transfert et de l'expression de ces gènes marqueurs, ainsi que de l'importance clinique et vétérinaire des antibiotiques en question.
Il est très important de signaler qu'il n'existe aucune preuve appuyant le transfert de gènes résistants aux antibiotiques de produits alimentaires issus du génie génétique à des micro-organismes dans le tractus gastro-intestinal (GI). Une série d'événements très improbables et complexes doit se produire dans le tractus GI humain pour qu'un tel événement ait lieu. La nature hostile du tractus GI constitue un environnement très défavorable à la survie de l'ADN codant pour les gènes de résistances aux antibiotiques qui pourrait être libéré des cellules de l'aliment modifié. L'ADN libre qui pourrait être absorbé par les micro-organismes est dégradé constamment dans le tractus GI. Une série d'étapes s'impose en outre pour que l'ADN soit transféré et exprimé dans un micro-organisme receveur. Il n'y a pas de preuve connue d'une telle transformation bactérienne dans le tractus GI, de même qu'on ne connaît pas de mécanisme permettant le transfert de gènes de végétaux ou d'animaux à des micro-organismes et aucun cas n'a d'ailleurs été signalé.
Non. Santé Canada n'a évalué aucun végétal génétiquement modifié qui contienne des gènes d'origine animale.
Le gouvernement reconnaît que certains aspects éthiques constituent des enjeux importants en ce qui a trait au choix des consommateurs. La collectivité devra se pencher et s'entendre sur des modifications qui pourraient être délicates sur le plan éthique comme l'inclusion de gènes d'animaux ou de poisson dans des végétaux. Pour certains, l'utilisation d'un produit génétiquement modifié à quelque degré que ce soit pose un problème d'éthique. À cette fin, le gouvernement fédéral a annoncé la création du Comité consultatif canadien de la biotechnologie (CCCB) dans le cadre de sa stratégie renouvelée sur la biotechnologie en 1999.
Le CCCB est un comité indépendant d'experts chargé de conseiller les ministres sur les grandes questions qui ont trait à la biotechnologie comme l'éthique, mais aussi les aspects liés aux sciences, à la société, à l'économie, à la réglementation, à l'environnement et à la santé. Le CCCB s'efforce de sensibiliser davantage la population au processus réglementaire et d'offrir une tribune permanente qui permet au public de se faire entendre. Le Comité consultatif créé en vertu de la Stratégie canadienne en matière de biotechnologie se penche sur des enjeux éthiques dans un contexte plus général que les approbations individuelles en vertu du Règlement sur les aliments nouveaux .
Le rapport final du CCCB intitulé "Améliorer la réglementation des aliments génétiquement modifiés et d'autres aliments nouveaux au Canada" a été rendu public en 2002. Le rapport contient des recommandations sur la façon d'aborder les questions d'éthique au sein du cadre réglementaire des aliments nouveaux. Santé Canada mène l'évaluation interdépartementale des recommandations proposées par le CCCB dont plusieurs ont été mis en application.
En 1989-1990, on a enregistré 37 morts et environ 1 500 cas de syndrome d'éosinophilie-myalgique (SEM). Le seul lien commun entre les victimes a été la consommation d'un supplément alimentaire, le L-tryptophane. Les lots contaminés ont été produits par une entreprise japonaise qui avait utilisé une bactérie génétiquement modifiée conçue pour surproduire du tryptophane. Non seulement l'organisme de production, mais aussi les étapes de récupération et de purification, et plus particulièrement celles de l'élimination des impuretés, avaient été changés. Le métabolite toxique étant également produit par des souches de bactéries naturelles (non modifiées génétiquement), il est fort probable que la modification de l'étape de purification a permis au métabolite toxique de contaminer le tryptophane. Rien n'a indiqué que les maladies ont été causées par la modification génétique de la culture bactérienne utilisée comme organisme de production.
Le maïs StarlinkMC est un maïs tolérant aux insectes issu de la biotechnologie. Bien qu'il ait été autorisé pour l'alimentation du bétail (mais non pour la consommation humaine) aux États Unis, le maïs StarlinkMC n'a jamais été autorisé comme aliment pour la consommation humaine ou animale, ni pour sa dissémination environnementale au Canada.
De l'information au sujet des
activités de renforcement sur l'importation de produits contenant du maïs en provenance des États-Unis est disponible sur le site de l'Agence canadienne d'inspection des aliments.