Étiquetage nutritionnel : cadre stratégique d'éducation du public
ISBN: 0-662-87938-4
No cat. : H39-655/2002F-IN
Étiquetage nutritionnel - cadre d'éducation
Les opinions exprimées dans la présente publication sont celles des auteurs et des collaborateurs et ne reflètent pas nécessairement les vues officielles de Santé Canada.
Remerciements
Les auteures du présent document tiennent à remercier les personnes suivantes :
- Les membres du Comité consultatif sur l'étiquetage nutritionnel et le personnel de Santé Canada pour leurs précieux commentaires sur l'ébauche et une version préliminaire du présent document;
- Randy Adams, B.Sc., M.B.A., coordonnateur des programmes, Unité de la condition physique et de la vie active, Direction générale de la promotion et des programmes de la santé, pour avoir donné de l'information concernant le Guide canadien d'activité physique pour une vie active saine;
- Cara Oszpar, B.A., technicienne aux prêts entre bibliothèques, Unité de prêt entre bibliothèques, Bibliothèque ministérielle, Santé Canada, et Jean Harvey, M.H.Sc., R.D., nutritionniste, Division de l'évaluation en nutrition, Direction générale de la protection de la santé, Santé Canada, pour leur aide documentaire diligente.
Table des matières
Sommaire
L'étiquetage nutritionnel est un élément clé permettant aux consommateurs de choisir des aliments sains. Santé Canada, dans le cadre de l'examen de l'étiquetage amorcé en février 1998, vise à élaborer un système d'étiquetage nutritionnel amélioré qui, associé à l'éducation du public, renforcera les bonnes habitudes alimentaires et améliorera la santé nutritionnelle et le bien-être de tous les Canadiens et Canadiennes. On reconnaît la nécessité de mettre sur pied une initiative d'éducation globale pour aider la population à bien utiliser l'outil qu'est l'étiquetage et à faire un choix éclairé en ce qui a trait aux aliments.
Le présent document propose un cadre stratégique de présentation efficace du nouveau système d'étiquetage nutritionnel aux Canadiens et Canadiennes, et ce, par la voie d'une initiative intégrée, multisectorielle, à long terme, d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel. On croit que la participation d'un vaste éventail d'intervenants à la planification et à la mise en oeuvre de l'initiative, alliée à la présentation de messages cohérents et vérifiés auprès des consommateurs, facilitera l'utilisation soutenue de l'information nutritionnelle figurant sur les étiquettes et son intégration à d'autres outils de promotion d'une saine alimentation
Revue de la documentation et point de vue d'informateurs clés
Une revue sélective de la documentation ainsi que le point de vue d'informateurs clés offrent une mine d'informations valables, utiles à l'élaboration d'une initiative d'éducation intégrée en matière d'étiquetage nutritionnel. À ces sources d'information s'ajoutent les leçons à tirer de l'analyse du contexte canadien dans lequel sera introduit le nouveau système d'étiquetage, analyse fondée sur les données suivantes : les connaissances acquises sur les consommateurs à partir d'enquêtes et des commentaires d'intervenants clés qui ont de l'expérience dans l'éducation des consommateurs; la réforme récente de l'étiquetage aux États-Unis; les principales théories en éducation et sur la modification du comportement, de même que les campagnes de promotion de la santé qui ont réussi à intégrer ces théories; enfin, la théorie de la collaboration ainsi que des ressources et des différents modèles de collaboration existant au Canada..
Le grand intérêt que portent les consommateurs canadiens à la nutrition et l'utilisation qu'ils font de l'information figurant sur les étiquettes forment de solides assises sur lesquelles on peut bâtir une stratégie d'éducation ciblée en matière d'étiquetage nutritionnel.
Voici les éléments d'une initiative efficace d'éducation :
- fonder la stratégie sur un cadre déjà éprouvé d'intégration de plusieurs théories de la modification du comportement;
- établir des partenariats afin d'élargir le champ de diffusion de messages clés cohérents au moyen de nombreuses stratégies de renforcement;
- intégrer l'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel au continuum d'éducation en nutrition :
- la présenter dans le cadre des autres renseignements donnés sur les étiquettes;
- l'intégrer à d'autres types d'information et à d'autres outils faisant la promotion d'une alimentation saine et d'une vie active;
- présenter le nouvel étiquetage par étape de façon que les gens y soient tout d'abord sensibilisés, puis le comprennent, l'acceptent et l'utilisent;
- cerner les obstacles ou les défis que pose l'éducation, s'y attaquer ou les surmonter;
- avoir recours à une approche fondée sur la recherche, à la segmentation des groupes cibles et à la vérification préalable des messages à chacune des étapes;
- faire appel à l'échange d'information et au suivi des recherches pour évaluer les progrès, surveiller les efforts et améliorer les méthodes
Groupes cibles
Les différents segments de la population ont des champs d'intérêt, des besoins, des préoccupations et des priorités très diversifiés. Aussi est-il nécessaire de diviser « le grand public » en sous-groupes cibles selon des facteurs physiques, comportementaux, démographiques et psychographiques au moment de la planification d'une initiative en éducation. Le profil des segments cibles devrait être défini à partir de recherches menées auprès des consommateurs.
Dans le présent cadre stratégique, les groupes cibles se divisent en deux grandes catégories : les groupes primaires (sous-groupes du public en général, autrement dit les consommateurs) et les groupes secondaires (sous-groupes d'intermédiaires qui donneront de l'information sur l'étiquetage nutritionnel aux groupes primaires). Par exemple, il faudra concevoir des stratégies différentes pour les consommateurs qui sont des lecteurs avides d'étiquettes et ceux qui ne lisent pas les étiquettes ou ne savent pas s'en servir à bon escient.
Pour bien répondre aux besoins des groupes cibles, il faudrait avoir recours à une approche séquentielle. Celle-ci commencerait par les intermédiaires, qu'on inciterait à collaborer et à participer aux efforts d'éducation par la transmission d'information sur l'étiquetage nutritionnel à leurs clients. Parmi les intermédiaires prioritaires, notons les professionnels et les réseaux dans les domaines de l'alimentation, de la nutrition et de la diététique, ainsi que les professionnels des relations avec les consommateurs dans les supermarchés.
Stratégie de mise en oeuvre
Le nouveau système d'étiquetage sur les produits alimentaires fera graduellement son entrée sur le marché, au fur et à mesure que disparaîtra l'ancien. Cette façon de faire permettra de concevoir une stratégie en plusieurs étapes visant à préparer les professionnels de l'éducation et d'autres intermédiaires à assumer leur rôle d'informateurs et d'éducateurs une fois que le nouvel étiquetage sera arrivé sur le marché. Il faudra donc prévoir des stratégies à court, à moyen et à long terme afin d'informer et d'éduquer le public, l'accent étant mis au point de départ sur les différences entre les deux systèmes.
L'initiative d'éducation en plusieurs étapes, ici proposée, vise à sensibiliser davantage les intermédiaires et les consommateurs au nouveau système d'étiquetage et à ses principaux éléments distinctifs, à améliorer les capacités de lecture des étiquettes et, finalement, à permettre aux consommateurs d'utiliser l'information figurant sur les étiquettes pour choisir des aliments sains. Parmi les éléments à considérer dans la stratégie de mise en oeuvre figurent l'établissement et le maintien de partenariats, l'élaboration de messages efficaces ainsi que la détermination de moyens communication et la préparation de matériel adaptés aux groupes cibles.
Sommaire des phases de mise en oeuvre
Court terme
Pré-lancement (plusieurs mois)
sensibilisation (intermédiaires)
- Santé Canada à la direction/rôle d'animateur
- formation d'une alliance pour l'éducation en matière d'étiquetage
- information et préparation des intermédiaires (p. ex. trousse)
- élaboration et vérification des messages et du matériel pour des segments de groupes cibles primaires (évaluation formative)
- choix de partenaires pour la transmission de l'information
Court terme
Lancement (plusieurs mois)
sensibilisation (consommateurs)
- présentation du nouveau système au public par une campagne médiatique nationale (trousse de communication)
- campagne parrainée par Santé Canada, en collaboration avec des partenaires de plusieurs secteurs
Moyen terme
(1 à 2 ans après le lancement)
compréhension / acceptation / utilisation
- maintien de l'attention sur le sujet dans l'actualité par une couverture médiatique supplémentaire :
- incidence du nouvel étiquetage (enquête sur les tendances, évaluation des résultats)
- poursuite de la réforme de l'étiquetage (réexamen de la politique relative à l'étiquetage)
- constitution de bases de données pour assurer le suivi (processus et évaluation des résultats) :
- recherche sur l'utilisation et l'efficacité des étiquettes
- initiatives canadiennes d'éducation
- poursuite de l'élaboration, de la mise en oeuvre, de l'évaluation et de l'amélioration des programmes et du matériel ciblés
- évolution du partenariat jusqu'à admettre des partenaires non traditionnels pour la transmission de l'information
Long terme
(jusqu'à 5 ans après le lancement)
utilisation / intégration
- poursuite de la mise en oeuvre, de l'évaluation et de l'amélioration des programmes et du matériel
- poursuite du suivi et de l'évaluation
- examen périodique de la politique relative à l'étiquetage alimentaire
- intégration de l'information nutritionnelle dans des programmes élargis de saine alimentation et de vie active
- dissolution de l'alliance/remise en branle au besoin
Buts et objectifs
On peut fixer des buts et des objectifs pour différents aspects de l'initiative d'éducation. Par exemple, il est possible d'établir des buts pour les changements de comportements de groupes cibles primaires ou pour la participation de groupes cibles secondaires dans le cadre du partenariat multisectoriel. Quant aux objectifs, ils peuvent servir à déterminer la sensibilisation, l'acceptation ou la compréhension de différents segments de groupes cibles à l'égard de l'étiquetage alimentaire ou de certains de ses éléments. Enfin, on peut arrêter des objectifs pour chacune des phases de mise en oeuvre.
Comme Santé Canada et ses partenaires multisectoriels entreprennent la mise en oeuvre de l'initiative d'éducation en matière d'étiquetage, ils peuvent établir des objectifs précis qui guideront l'élaboration et la mise en oeuvre des plans du programme et qui serviront de base à l'évaluation du processus et de ses résultats.
Stratégie de partenariat
Les partenaires reconnaissent que, même si la responsabilité ultime d'éduquer les Canadiens et Canadiennes en matière d'étiquetage nutritionnel revient à Santé Canada, il est essentiel d'en arriver à un effort commun, soutenu, multisectoriel de collaboration pour s'assurer que le nouvel étiquetage réalise son plein potentiel. L'approche fondée sur la ration alimentaire totale, telle qu'elle est définie dans le Guide alimentaire canadien pour manger sainement, devrait orienter le travail des partenaires.
Il serait bon de former une alliance diversifiée pour l'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel afin de faciliter la collaboration tant à la phase d'élaboration qu'à la phase de mise en oeuvre de l'initiative d'éducation du consommateur.
La théorie de la collaboration ainsi que les ressources et les modèles canadiens de collaboration peuvent fournir la matière de base. Les partenaires devront, à court terme, établir des buts et des objectifs communs auxquels ils peuvent adhérer. Ils leur faudra également mettre en place des moyens de communication efficaces, essentiels à un partenariat efficace. L'alliance devrait aussi voir aux besoins de recherche et de collecte de données, déceler des lacunes dans la stratégie d'éducation et proposer des mesures correctrices.
À moyen et à long terme, l'alliance pourrait s'élargir et accueillir des partenaires extérieurs au domaine alimentaire et nutritionnel traditionnel pour la transmission de l'information.
Stratégie relative aux messages
Les principaux messages destinés à tous les groupes cibles devraient faire connaître le nouvel étiquetage nutritionnel et les éléments clés de la présentation ou de la terminologie qui aideront les Canadiens et Canadiennes à reconnaître l'étiquetage et à le voir comme un outil potentiellement utile. Les messages d'appui devraient être adaptés aux besoins des différents segments, puis conçus, par exemple, en fonction de certains éléments du nouvel étiquetage ou des éléments relatifs aux changements de comportement.
Les messages devraient être présentés comme une excellente nouvelle pour les Canadiens et Canadiennes, renforcer la confiance des consommateurs à l'égard de l'information et leur capacité de comprendre l'information, comporter des exemples positifs et promouvoir la responsabilité personnelle quant aux choix alimentaires éclairés. Enfin, la clarté, la pertinence, l'acceptation des messages et la compréhension de leur contenu devraient être vérifiés auprès des consommateurs.
Tous les messages devraient être le fruit d'un consensus parmi les partenaires pour assurer une communication cohérente avec le public. Cependant, on est conscient du fait que des forces extérieures peuvent venir contredire les messages transmis.
Moyens de communication et matériel
Les moyens de communication et le matériel devraient être adaptés aux besoins de chacun des segments des groupes cibles. Les voies traditionnelles de communication comprennent les médias (radio, télévision, imprimés, Internet), les particuliers (système de santé et fournisseurs de soins de santé), les groupes (systèmes d'éducation, lieux de travail, installations de loisirs) et les organisations (supermarchés, restaurants, services gouvernementaux). L'association de divers moyens, spécialement adaptés à l'initiative d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel, a toutes les chances de réussir. On devrait même faire appel à la technologie de l'information ainsi qu'à des voies et à des stratégies créatives de communication pour rejoindre d'autres sous-groupes cibles.
À court terme, il faudra concevoir une « trousse » pour informer les intermédiaires sur le nouvel étiquetage et les préparer à leur rôle d'informateur et d'éducateur auprès des groupes cibles. Pour la phase de lancement, on devra préparer une trousse de communication comprenant des communiqués ciblés et des articles prêts à photographier, des listes des principaux porte-parole et du matériel éducatif qui peut être utilisé par les consommateurs, avec ou sans l'intervention d'intermédiaires. Enfin, à moyen et à long terme, il devrait y avoir élaboration et amélioration continues de matériel éducatif ciblé, de même que l'institutionnalisation ou l'intégration finale de l'information sur l'étiquetage nutritionnel dans tout le matériel et tous les programmes pertinents d'éducation en matière d'alimentation, de nutrition et de santé.
Stratégies d'évaluation
La grille d'évaluation doit être élaborée par les partenaires multisectoriels de manière à évaluer les progrès réalisés par rapport aux buts et aux objectifs fixés. La collaboration des partenaires devrait elle aussi faire l'objet d'évaluation.
L'évaluation formative comprend la raison d'être du programme ou la théorie qui sous-tend le projet. Elle comporte aussi la vérification préalable des stratégies, des messages et du matériel.
L'évaluation du processus vise à vérifier ou à suivre les progrès de l'initiative. Un exemple d'évaluation serait la réception d'information par des segments ciblés. Figurent parmi les mesures possibles le nombre de personnes atteintes, le nombre de personnes qui saisissent une occasion pour obtenir de l'information et les commentaires reçus sur un sujet.
L'évaluation des résultats comprend des données descriptives sur l'incidence d'un programme sur les groupes cibles, les politiques, les systèmes ou les ressources. Parmi les mesures typiques de résultats, notons les changements observés dans les connaissances, les attitudes, les intentions et les initiatives. Cela pourrait se faire à partir d'une base de données qui suit les recherches sur l'utilisation et l'efficacité des différents éléments de l'étiquette. L'évaluation des résultats peut aussi porter sur l'efficacité ou la pertinence de certaines stratégies ou de certaines tactiques. On pourrait alors se servir d'une base de données sur les programmes d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel au Canada et le matériel utilisé.
Recommandations
Les recommandations suivantes doivent être examinées dans le contexte du cadre stratégique décrit dans le présent document.
- Santé Canada devrait instaurer, coordonner et promouvoir une initiative d'éducation intégrée en matière d'étiquetage nutritionnel, fondée sur la collaboration et réalisée en plusieurs étapes.
L'initiative d'éducation devrait se réaliser avec l'appui et la collaboration d'un large éventail de secteurs tout au long des processus de planification, de mise en oeuvre et d'évaluation. Cette initiative devrait reposer sur des théories reconnues d'éducation en matière de nutrition et de modification du comportement et utiliser, au besoin, les méthodes de communication en santé et de marketing social, axées sur le consommateur, surtout en ce qui concerne la segmentation des groupes cibles et les enquêtes préalables auprès des consommateurs.
- Pour que le nouvel étiquetage nutritionnel soit un franc succès, l'initiative d'éducation doit reposer sur la collaboration multisectorielle.
Santé Canada devrait continuer à former des partenariats et en assurer la coordination afin de promouvoir l'engagement de divers secteurs dans l'initiative d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel et faciliter leur participation . Il est essentiel d'obtenir la collaboration des partenaires dès le début du processus de planification afin d'établir un consensus sur les messages et les autres éléments de la stratégie de mise en oeuvre. L'approche fondée sur la ration alimentaire totale devrait servir de base au travail des partenaires.
On pourrait commencer par communiquer avec les représentants des parties intéressées qui ont assisté à la séance de consultation organisée par Santé Canada en mars 1998 et les inviter à former une alliance pour l'éducation en matière d'étiquetage des aliments. Le rôle de l'alliance consisterait, entre autres, à encourager les fondations, les organisations et les organismes qui financent l'élaboration de programmes, la recherche, l'évaluation et la remise de prix dans le domaine de la nutrition et de l'alimentation à faire des projets liés à l'étiquetage nutritionnel leur priorité pour une période de trois à cinq ans.
- Les enquêtes menées auprès des consommateurs devraient constituer la base de l'initiative d'éducation.
Les enquêtes menées auprès des consommateurs sont nécessaires à plusieurs égards : pour recueillir, avant l'adoption du nouveau système d'étiquetage nutritionnel, des données de base sur l'utilisation des étiquettes et la compréhension de l'information qui y est présentée; pour segmenter les groupes cibles et en dresser le profil afin de planifier les programmes et le matériel d'éducation, notamment en vue de garantir une utilisation efficace des ressources; pour vérifier, auprès des groupes cibles, au moyen d'enquêtes préalables approfondies, tous les principaux messages et le matériel en cours d'élaboration. Parmi les principaux éléments qui méritent une vérification préalable, notons l'expression étiquette des produits alimentaires par rapport à étiquette nutritionnelle et l'expression allégation concernant la valeur nutritive par rapport à des termes descriptifs.
- La stratégie d'évaluation doit comporter des systèmes de contrôle.
Il est nécessaire d'intégrer des systèmes de contrôle à la stratégie d'évaluation pour diverses raisons : connaître les éléments de l'étiquette qu'utilisent les Canadiens et Canadiennes (pour ce
faire, on pourrait utiliser l'enquête de l'INN, intitulée Nutrition : évolution et tendances); connaître les questions que se posent les consommateurs sur le nouvel étiquetage et leurs réactions à son égard (pour ce faire, Santé Canada pourrait offrir une ligne téléphonique sans frais et un service d'information sur Internet); constituer des bases de données de recherche, quelle qu'en soit la source, sur l'utilisation des étiquettes et leur efficacité (Santé Canada pourrait s'en charger); créer des bases de données sur les programmes d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel et le matériel utilisé (le Réseau de la santé constituerait l'organisme par excellence pour se charger de cette tâche).
- L'information sur l'étiquetage nutritionnel devrait être intégrée dans un contexte élargi.
Dans le cadre d'une stratégie à long terme, Santé Canada et ses partenaires multisectoriels devraient examiner la possibilité d'intégrer l'information sur l'étiquetage nutritionnel ou sur l'étiquetage des produits alimentaires à toutes les activités et à tous les programmes d'éducation et de communication en matière de nutrition et de vie active. Il faudrait évaluer les possibilités de collaboration au programme VITALITÉ ou au programme de la condition physique et de la vie active de Santé Canada.
Renseignement de base et introduction
L'étiquetage nutritionnel est un élément clé qui aide les consommateurs à choisir des aliments sains. L'étiquetage fait encore une fois l'objet au Canada d'un examen mené en collaboration avec différents partenaires (Santé Canada, 1998a). Le présent examen, amorcé en février 1998 par Santé Canada, constitue une autre étape d'un processus évolutif. Santé Canada reconnaît la nécessité de mettre sur pied une initiative d'éducation intégrée pour aider les Canadiens et Canadiennes à bien utiliser l'outil qu'est l'étiquetage et à en tirer le meilleur profit possible pour faire des choix éclairés en ce qui a trait aux aliments.
Là où a tout commencé
L'histoire de l'étiquetage nutritionnel au Canada ne remonte pas très loin dans le temps. Figurent ci-dessous quelques-uns des facteurs qui ont contribué à la mise en place d'un système d'étiquetage au pays :
- changements dans l'approvisionnement en aliments, notamment une plus grande variété de produits sur le marché;
- information nutritionnelle plus détaillée sur les étiquettes;
- explosion d'information nutritionnelle provenant de diverses sources;
- sensibilisation accrue à l'importance de l'alimentation pour être en santé;
- nécessité pour les professionnels de la santé de disposer d'information nutritionnelle sur les produits alimentaires pour mieux informer et éduquer leurs clients;
- besoin des consommateurs d'avoir de l'information pour faire des choix sensés.
Un système volontaire d'étiquetage nutritionnel a été mis en place au Canada en 1988, au terme de cinq années de travaux multisectoriels préparatoires (Steele et Cheney, 1989). Les changements législatifs ont permis, d'une part, la présentation plus systématique et plus instructive d'information nutritionnelle sur les emballages et réglementé, d'autre part, de façon rigoureuse les allégations concernant la valeur nutritive, en accord avec les nouvelles connaissances en nutrition et les besoins d'information des consommateurs.
Parallèlement à la mise en place du système d'étiquetage nutritionnel, d'autres parties du système concernant l'alimentation faisaient également l'objet d'un examen, notamment les Recommandations sur la nutrition pour les Canadiens et le Guide alimentaire canadien. En 1989, Santé Canada, à l'époque Santé et Bien-être social Canada, a formulé des recommandations précises sur l'étiquetage nutritionnel dans un document intitulé Recommandations sur la nutrition : un appel à l'action et issu du Comité des communications et de la mise en application des recommandations sur la nutrition. Déjà, l'étiquetage nutritionnel était considéré comme un outil pour recommander des portions plus petites d'aliments riches en matières grasses, faire la promotion de produits d'après leur valeur alimentaire et aider le public à suivre les Recommandations alimentaires pour la santé des Canadiens. Le guide révisé, Guide alimentaire canadien pour manger sainement, publié en 1992, invite également les gens à lire l'information nutritionnelle sur les étiquettes des produits alimentaires.
Parmi les quelques programmes nationaux d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel qui ont vu le jour à la suite du processus de révision, notons Consulter les étiquettes des aliments pour faire un choix-santé, de Santé Canada, ainsi que les messages d'intérêt public et la trousse d'éducation Qui lit bien mange mieux de l'Institut national de la nutrition (INN). Des tournées dans des supermarchés ont également été organisées un peu partout au pays pour aider les participants à bien comprendre les étiquettes.
En vertu de la Nutrition Labeling and Education Act (NLEA), loi votée aux États-Unis en 1990 et promulguée en 1994, l'étiquetage nutritionnel est obligatoire pour presque tous les produits alimentaires emballés vendus là-bas. Étant donné la proximité géographique de ce pays et l'influence des médias américains, bon nombre de Canadiens et Canadiennes connaissent le système d'étiquetage en vigueur aux États-Unis, qui comporte notamment l'obligation de présenter l'information nutritionnelle sous la rubrique « Nutrition Facts » (Faits nutritionnels) et des définitions strictes d'allégations concernant la valeur nutritive et d'allégations relatives aux effets sur la santé.
Depuis quelques années, les Canadiens réclament une application élargie de l'étiquetage nutritionnel volontaire sur le plus de produits possible. En outre, des données provenant d'études menées auprès des consommateurs montrent les forces et les faiblesses du système d'étiquetage nutritionnel au Canada.
« Améliorer l'utilité de l'étiquetage nutritionnel, en augmenter la disponibilité et éduquer le public à s'en servir » : voilà les principales mesures proposées dans La nutrition pour un virage santé : voies d'action, le plan national d'action sur la nutrition, publié en 1996, pour renforcer les bonnes habitudes alimentaires (Comité directeur conjoint, 1996). On a reconnu que les aliments et l'étiquetage nutritionnel constituaient des facteurs environnementaux importants exerçant une influence sur la santé et le bien-être nutritionnels.
Compte tenu de la reconnaissance toujours plus grande des liens entre l'alimentation et la santé, de l'attention des médias ainsi que de l'intérêt accru du public pour la nutrition et de sa sensibilisation à l'étiquetage nutritionnel, en réaction pour une part au nouveau système d'étiquetage aux États-Unis, beaucoup d'organisations de consommateurs et de professionnels de la santé commencent à réclamer avec plus de vigueur une amélioration du système d'étiquetage en vigueur au Canada. Certains même militent activement en faveur d'un système obligatoire d'étiquetage par opposition au système volontaire actuel.
Processus actuel de révision
Misant sur le même esprit de coopération intersectoriel qui a mené, en 1988, à la mise en place du système actuel d'étiquetage, Santé Canada a entrepris un examen, axé sur le consommateur, de la politique sur l'étiquetage nutritionnel, y compris du tableau d'information nutritionnelle et des allégations concernant la valeur nutritive.
Dans l'optique de Santé Canada, le système amélioré d'étiquetage nutritionnel, joint à l'éducation du public, renforcera les saines habitudes alimentaires et améliorera la santé et le bien-être nutritionnels des Canadiens et Canadiennes (Santé Canada, 1998a). Aux fins du processus actuel de révision, l'étiquetage nutritionnel se rapporte à la présentation normalisée des éléments nutritifs qui composent les aliments, et ce, tant sur le plan du contenu (énoncés sur l'apport calorique et les éléments nutritifs) que sur celui de la présentation.
Le processus de révision devrait mener à la formulation de nouvelles lignes directrices concernant le format et le contenu de l'information présentée sur les étiquettes, de manière à mieux répondre aux besoins des Canadiens et Canadiennes au cours du nouveau millénaire. Le nouvel outil formera la deuxième génération du système actuel d'étiquetage nutritionnel.
Reconnaissant les efforts limités d'éducation du public dans le passé, les intervenants recommandent fortement que la mise en place du système amélioré d'étiquetage nutritionnel soit accompagné d'un important volet d'éducation du public pour que ce dernier en tire le maximum de profit.
Même si le nouveau système d'étiquetage est conçu en fonction des consommateurs (clair, pertinent, simple, précis, pratique, lisible, instructif, non fallacieux, cohérent et compréhensible), aucun système d'étiquetage nutritionnel, si bon soit-il, ne pourra à lui seul convenir à tous les consommateurs.
Initiative d'éducation intégrée
Le présent document propose un cadre stratégique pour une initiative d'éducation intégrée en matière de nutrition afin d'aider les consommateurs à prendre des décisions éclairées lorsqu'ils veulent planifier des repas sains et choisir des aliments qui les aideront à prévenir et à traiter des maladies considérées comme des problèmes de santé publique.
Pour améliorer l'utilité et la pertinence du nouveau système d'étiquetage nutritionnel et lui permettre d'atteindre son objectif ultime, soit d'aider les Canadiens et Canadiennes à adopter des habitudes alimentaires plus saines, le présent cadre de travail passera en revue :
- le contexte dans lequel se fera la mise en oeuvre du système au Canada, notamment les connaissances sur les consommateurs acquises à partir d'enquêtes et des commentaires des principaux intervenants;
- les leçons à tirer de l'expérience d'autres pays, notamment des États-Unis qui ont procédé dernièrement à une réforme du système d'étiquetage des aliments;
- les principales théories d'éducation et de modification du comportement qui s'avéreraient pertinentes dans une initiative d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel, ainsi que des campagnes de promotion de la santé qui ont réussi à intégrer ces théories.
L'initiative d'éducation, divisée en plusieurs phases, vise à sensibiliser les intermédiaires et les consommateurs au nouveau système d'étiquetage et à ses principales caractéristiques, à aider les consommateurs à lire les étiquettes et, finalement, à inciter ceux-ci à passer aux actes, c'est-à-dire à opter pour une alimentation saine grâce à leur capacité de lire les étiquettes.
À des fins pédagogiques, l'étiquetage nutritionnel doit être présenté aux consommateurs dans un contexte dépassant l'information présentée sur les étiquettes, comme la liste d'ingrédients ou les marques et les symboles d'approbation ou d'homologation de produits, par exemple le coche-santé (Visez santé) de la Fondation des maladies du coeur du Canada.
Les intervenants reconnaissent que, même si Santé Canada doit jouer le rôle de chef de file dans l'éducation des Canadiens et Canadiennes en ce qui concerne l'étiquetage nutritionnel, il ne sera pas possible d'exploiter le nouveau système au maximum sans un effort de collaboration soutenu et constant de tous dans leur secteur respectif.
Revue de la documentation et point de vue des principaux intervenants
La révision du système d'étiquetage nutritionnel au Canada présente à la fois des défis et des possibilités sur le plan de l'éducation, et les principales leçons tirées de l'expérience des dix dernières années écoulées depuis la mise en place du système actuel d'étiquetage, viendront maximiser ces possibilités.
La revue de la documentation et du point de vue des principaux intervenants portera, entre autres, sur :
- le contexte dans lequel se fera la mise en oeuvre du système au Canada, y compris l'apport des principaux intervenants qui ont de l'expérience dans l'éducation des consommateurs;
- les leçons à tirer de l'expérience d'autres pays, notamment des États-Unis qui ont procédé dernièrement à une réforme du système d'étiquetage alimentaire;
- les principales théories d'éducation et de modification du comportement qui s'avéreraient pertinentes dans une initiative d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel;
- les campagnes de promotion de la santé qui ont réussi à intégrer certaines théories de modification du comportement.
Finalement, les leçons tirées de la revue de la documentation et du point de vue des principaux intervenants serviront d'assises à l'élaboration d'une initiative d'éducation globale en matière d'étiquetage nutritionnel.
I. Le contexte au Canada
A. Point de vue des consommateurs
Bien comprendre le consommateur canadien est un élément essentiel à l'élaboration d'une stratégie efficace d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel. À défaut d'un système national de surveillance des aliments et de la nutrition, il est possible de découvrir l'état d'esprit du consommateur à partir de données provenant d'enquêtes nationales sur les tendances, d'enquêtes provinciales sur la nutrition et d'autres types d'enquête. Ces données nous révèlent l'intérêt du consommateur pour la nutrition en général ou certaines questions particulières, sa connaissance, sa compréhension et son utilisation du système actuel d'étiquetage nutritionnel ainsi que son opinion sur celui-ci. Le présent document repose surtout sur les enquêtes nationales.
1. Commentaires des consommateurs au gouvernement canadien
Entre janvier 1996 et janvier 1998, Santé Canada a reçu 1 541 lettres concernant l'étiquetage nutritionnel, ce qui indique que les consommateurs considèrent l'étiquetage comme un outil permettant de faire des choix éclairés quand vient le temps d'acheter des aliments (Santé Canada, 1998a). Ils veulent avoir de l'information sur la teneur en éléments nutritifs, surtout en ce qui a trait aux types de graisses, pour pouvoir comparer des produits semblables. Ils veulent être en mesure de prendre des décisions qui aident à adopter un mode de vie sain et à prévenir ou à traiter des maladies ou des troubles chroniques ou liés à l'alimentation. Les consommateurs veulent aussi connaître l'apport d'un produit par rapport aux besoins quotidiens en nutriments. Les Canadiens ont tendance à croire que le système d'étiquetage nutritionnel aux États-Unis est supérieur à celui qui est vigueur au Canada, en raison du fait surtout que la partie obligatoire Nutrition Facts (Faits nutritionnels) fournit directement de l'information nutritionnelle aux consommateurs sur pratiquement tous les produits alimentaires emballés, vendus là-bas.
Un projet de loi d'initiative parlementaire a été soumis au gouvernement en novembre 1998, réclamant l'étiquetage nutritionnel obligatoire sur tous les produits alimentaires, ou presque, vendus dans les magasins de détail (Wappel, 1998).
2. Point de vue des consommateurs : intérêt, préoccupations et initiatives
- Intérêt pour la nutrition
Il semble que le pays soit mûr pour une réforme de l'étiquetage nutritionnel et pour l'éducation du public. Selon plusieurs enquêtes nationales, les consommateurs portent un grand intérêt aux aliments, à la nutrition et à la santé, et cet intérêt ne cesse de croître. Quatre-vingt-neuf pour cent (89 %) des consommateurs ont déclaré que la nutrition et la santé constituaient des facteurs importants dans le choix des aliments; seule la question du goût a recueilli un pourcentage plus élevé (93 %) (FCRD, DC, Kraft Canada, 1996). Environ 85 % des adultes au Canada considèrent la nutrition comme un élément important dans le choix des aliments (INN, 1997a). D'autres enquêtes révèlent que les consommateurs attachent une grande importance à la valeur nutritive des aliments qu'ils mangent (FPACC, 1998 : 83 %; CCDA et FMI, 1997 : 93 %). Les femmes se montrent toujours plus intéressées que les hommes à la question.
Les coutumes et les modèles culturels (besoins et motivation implicites), tels qu'ils ont été définis dans la méthode de recherche de Rapaille, exercent une forte influence sur les attitudes des Canadiens anglais et des Québécois francophones, bien que leurs différences puissent être masquées par les ressemblances dans leur comportement à l'égard de la nutrition (FPACC, 1998). Dans l'ensemble, l'intérêt que portent les Canadiens anglais et les Québécois francophones à la valeur nutritive des aliments est à peu près le même (83 % c. 84 %); cependant, plus de Québécois francophones que de Canadiens anglais se disent « très » intéressés à la question (44 % c. 33 %). Ces résultats entrent en contradiction avec ceux d'une autre étude menée auprès des consommateurs, qui révélait que les Québécois étaient les moins nombreux à se montrer « très » préoccupés par la nutrition (46 % comparativement à 56 % pour la moyenne nationale) (CCDA et FMI, 1997).
La question des graisses reste une des principales préoccupations des Canadiens, 44 % se disant « très » préoccupés par le sujet (INN, 1997a). Les consommateurs se montrent très sensibles à la teneur en graisse des aliments, et la tendance ne cesse d'augmenter; plus de la moitié d'entre eux (55 %) indiquent que les graisses constituent leur principal point de préoccupation (CCDA et FMI, 1997).
Un tiers des Canadiens se considèrent comme extrêmement ou très bien informés en matière de nutrition, les femmes surclassant les hommes (40 % c. 25 %) et les Canadiens anglais dépassant les Québécois francophones (37 % c. 22 %) (INN, 1997). La perception que les gens ont de leurs connaissances en matière de nutrition est associée à l'importance qu'ils accordent à la nutrition et à leur auto-évaluation des habitudes alimentaires.
En 1997, 40 % des consommateurs canadiens croyaient que les personnes elles-mêmes étaient responsables de la valeur nutritive des aliments qu'elles achètent au supermarché; ce pourcentage est resté stable depuis 1995 (CCDA et FMI, 1997). Environ la moitié, soit 22 %, s'est tournée vers les fabricants et 9 % seulement des répondants ont rejeté la responsabilité sur les détaillants. Une proportion plus importante de consommateurs américains (49 %) croit que la responsabilité en qui concerne la valeur nutritive des aliments achetés au supermarché revient aux personnes elles-mêmes. Le fait que l'étiquetage nutritionnel soit obligatoire aux États-Unis peut expliquer en partie la différence.
- Préoccupations et initiatives
Si l'on examine de plus près le comportement des Canadiens en ce qui concerne l'alimentation, on constate que c'est le fait d'avoir un régime alimentaire bien équilibré dans l'ensemble (53 %) et de manger régulièrement des aliments variés (52 %) qui recueille le plus de points (FPACC, 1998). Moins de la moitié des consommateurs canadiens portent une attention particulière à la teneur en graisses et à la valeur nutritive des aliments (44 % et 43 % respectivement). Un pourcentage encore moins élevé s'intéresse à certains points comme la quantité de sel, de sucre, de cholestérol, de fibres, de vitamines et de calories ingérée. Environ un tiers des personnes interrogées (de 28 % à 35 %) ne tiennent presque jamais compte de ces facteurs lorsque vient le temps d'acheter des aliments. Comparativement aux hommes, les femmes prennent toujours plus d'initiatives à cet égard. Enfin, l'initiative en la matière est fonction de l'âge, passant de 30 % chez les jeunes de 18 à 24 ans à 75 % chez les personnes âgées de 65 ans et plus.
Le comportement des Canadiens anglais et celui des Québécois francophones à l'égard de l'alimentation se ressemblent beaucoup sur la plupart des points analysés dans l'enquête des FPACC (par exemple les efforts pour limiter l'apport de cholestérol ou de sel), mais les Canadiens anglais sont plus nombreux à faire état d'un « régime bien équilibré », tandis que les Québécois francophones disent plus souvent manger « une bonne variété d'aliments ». Peut-être faut-il voir là une différence dans l'interprétation de la notion « de bonne alimentation » (FPACC, 1998).
Une autre étude nationale (INN, 1997a) confirme ces résultats : le pourcentage de Canadiens se disant préoccupés par la plupart des 16 sujets inscrits sur une liste et liés aux aliments ou à la nutrition a diminué entre 1994 et 1997. Néanmoins, plus des deux tiers des répondants ont signalé une certaine inquiétude à l'égard de certains points comme les graisses, les intoxications alimentaires, les résidus chimiques, les graisses saturées, les vitamines, le calcium et les fibres. Encore une fois, plus de femmes que d'hommes se sont montrées intéressées à la question. Plus de Canadiens anglais que de Canadiens français ont exprimé des craintes par rapport aux résidus chimiques (42 % c. 27 %) et aux intoxications alimentaires (56 % c. 35 %). Par contre, les Canadiens français sont plus soucieux que les anglophones en ce qui a trait au sucre (33 % c.17 %), aux vitamines (39 % c. 28 %) et à la caféine (22 % c. 13 %).
La plupart de ceux qui ont exprimé des préoccupations à propos des graisses (79 %), du cholestérol (61 %), des fibres (66 %) ou du calcium (67 %) disent agir en conséquence. Lorsque les graisses sont en cause, plusieurs possibilités s'offrent aux gens, comme choisir des viandes maigres et enlever la graisse autour de la viande, mesures très courantes d'ailleurs, acheter des produits pauvres en graisses, diminuer les quantités de graisse utilisées dans les préparations, éviter les aliments frits ou riches en graisses, utiliser moins de beurre ou de margarine ou lire les étiquettes (9 %). Ceux qui sont préoccupés par le cholestérol adoptent les mêmes comportements. Quand il s'agit des fibres, les consommateurs essaient de manger plus d'aliments ayant une forte teneur en fibres, par exemple des céréales de son ou riches en fibres, des fruits et des légumes, du pain de grains entiers ou de blé entier. Pour ce qui est du calcium, plus de la moitié des personnes préoccupées disent boire plus de lait et le tiers d'entre elles consomment d'autres produits laitiers ou prennent des suppléments.
Quand on demande aux gens ce qu'ils font pour bien manger, 43 % disent consommer plus de fruits et de légumes, 28 % choisissent des produits pauvres en graisses, 20 % suivent les recommandations du guide alimentaire et 21 % réduisent leur consommation de sucreries et d'aliments vides. Seulement 4 % diminuent leurs portions et 3 % lisent les étiquettes ou cherchent à obtenir de l'information.
La même étude montre qu'un tiers des Canadiens (36 %) qui considèrent la nutrition comme un élément important ont apporté des changements à leur régime au cours de la dernière année pour adopter de nouvelles habitudes alimentaires. Les femmes sont plus nombreuses à signaler un changement que les hommes (42 % c. 30 %). Les principaux changements notés ont été la diminution de l'apport de graisses (comportement mentionné comme tel ou choix d'aliments pauvres ou plus pauvres en graisses) et une plus grande consommation de fruits et de légumes. Seulement 4 % des répondants ont dit avoir adopté de meilleures habitudes alimentaires, comme réduire les portions, prendre moins de collations, manger régulièrement.
Seulement 39 % des Canadiens interrogés ont qualifié leurs habitudes alimentaires d'excellentes ou de très bonnes, ce qui donne à penser que, malgré leurs efforts pour manger plus de fruits et de légumes et choisir des produits moins gras, ils n'acquièrent pas autant de bonnes habitudes alimentaires qu'ils le souhaiteraient.
Cependant, moins de gens en 1997 qu'en 1994 avaient l'intention d'apporter des changements à leur régime alimentaire; un plus petit nombre de Canadiens prévoyaient diminuer leur apport de graisses (33 % c. 46 % ) ou accroître leur consommation de fibres 23 % c. 33 %. La plupart de ceux qui ne pensaient pas modifier leur comportement considéraient avoir déjà fait les changements nécessaires.
- Sources d'information nutritionnelle
Une enquête nationale sur les tendances des consommateurs (INN, 1997a) a permis de relever les sources d'information nutritionnelle au Canada. D'après l'enquête, les étiquettes apposées sur les aliments sont perçues comme l'une des sources les plus valables d'information et elles influent fortement sur le choix des aliments et les décisions relatives aux achats, et leur utilisation semble à la hausse. Les étiquettes restent la source d'information nutritionnelle récente la plus souvent mentionnée (citée par 71 % des adultes en 1997 contre 61 % en 1989).
Parmi les autres sources importantes d'information, notons la radio et la télévision (68 %), les amis, les parents et les collègues (67 %) ainsi que les revues (65 %). Internet n'est mentionné que par 6 % des répondants. La seule source d'information indiquée plus souvent en 1997 qu'en 1994 est la publicité sur les aliments (58 % c. 54 %). Par contre, les documents publiés par les gouvernements (28 % c. 44 %) et par les associations intéressées à la santé (43 % c.57 %) ont enregistré une baisse marquée pour la même période, en raison probablement de la diminution des efforts en ce sens.
Les sources d'information les plus souvent mentionnées par les Canadiens anglais et les Canadiens français sont les mêmes; toutefois, les francophones utilisent moins la plupart des sources, notamment les livres (42 % c. 61 %), les revues (53 % c. 70 %), les documents des associations intéressées à la santé (31 % c. 49 %) et les étalages dans les magasins (28 % c. 39 %).
En général, les femmes indiquent plus souvent que les hommes la plupart des sources, notamment les étiquettes apposées sur les produits (79 % c. 63 %), les revues (72 % c. 56 %), les livres (64 % c. 46 %), les médecins de famille (51 % c. 40 %) et les documents des associations intéressées à la santé (50 % c. 35 %). Par contre, les hommes mentionnent plus souvent la radio ou la télévision comme leur principale source d'information (67 %). Enfin, plus de femmes que d'hommes disent connaître le guide alimentaire et sont capables de nommer les différents groupes d'aliments.
Les Canadiens âgés sont moins nombreux à mentionner une grande variété de sources d'information : les émissions de radio et de télévision (64 %) viennent au premier rang, suivies de près par les étiquettes (62 %). Ils citent aussi plus fréquemment leur médecin de famille (53 %).
3. Utilisation de l'information nutritionnelle sur les étiquettes
- Qui lit les étiquettes?
Même si 71 % des adultes au Canada disent se référer aux étiquettes nutritionnelles pour choisir leurs aliments, la tendance se fait plus forte au sein de certains groupes (INN, 1997a) :
- les femmes (79 % c. 63 % pour les hommes);
- les personnes de moins de 55 ans;
- les personnes plus scolarisées (80 % pour les universitaires c. 47 % pour les personnes ayant fait des études primaires seulement);
- les personnes mieux nanties;
- les personnes qui s'estiment plus renseignées en matière de nutrition;
- les personnes qui considèrent la nutrition comme un facteur important dans le choix des aliments.
La lecture plus fréquente des étiquettes par les femmes est compatible avec le fait qu'elles continuent d'être celles qui achètent le plus souvent l'épicerie (69 %). Cependant, les hommes jouent également un rôle dans le domaine, 87 % d'entre eux ayant déclaré être allés à l'épicerie au cours de la dernière semaine (FPACC, 1998). En outre, 51 % des femmes vivant avec un conjoint ou un partenaire disent décider seules du type d'aliments à acheter pour le ménage; 44 % déclarent que les décisions sont prises ensemble et 5 %, que c'est leur conjoint qui décide seul.
Il est intéressant de noter que, malgré le fait que beaucoup de consommateurs lisent les étiquettes pour obtenir de l'information nutritionnelle, l'étiquetage ne ressort pas comme une des principales mesures à prendre lorsqu'on demande aux personnes pour qui la nutrition est importante quelles sont les deux principales choses qu'elles font pour bien manger. Seulement 3 % disent magasiner intelligemment, lire les étiquettes ou chercher de l'information sur la nutrition (INN, 1997a).
Les évaluations des programmes d'éducation destinés aux consommateurs dans les supermarchés révèlent qu'il y a un lien entre la perception que les gens ont de leurs connaissances en nutrition et l'utilisation réelle qu'ils font de l'information donnée sur les étiquettes (Crawford et Kalina, 1993; Scharf Silzer et coll., 1994).
- Comment sont utilisées les étiquettes?
L'information nutritionnelle présentée actuellement sur les étiquettes au Canada comprend l'étiquetage comme tel (le tableau d'information nutritionnelle), la liste des ingrédients ainsi que les allégations concernant la valeur nutritive ou des termes descriptifs comme « pauvre en gras » ou « riche en fibres ». Il existe peu de données d'ensemble au Canada sur l'utilisation de l'information nutritionnelle par les consommateurs, mais le sujet a tout de même fait l'objet d'une étude approfondie à l'échelle du pays (INN, 1992).
Les consommateurs canadiens lisent les étiquettes le plus souvent dans les magasins lorsqu'ils comparent des produits (71 %) ou lorsqu'ils achètent un produit pour la première fois (46 %). Les lecteurs les plus avides d'étiquettes semblent être les femmes, les personnes de moins de 55 ans et celles qui ont des enfants à la maison. Les trois types d'information nutritionnelle sont jugés très importants ou assez importants par une majorité de répondants (74 % à 82 %), le tableau réservé à la description détaillée de la nutrition étant consulté un peu moins souvent. Les francophones se montrent toujours plus intéressés à tous les types d'information nutritionnelle et les utilisent plus souvent que les anglophones.
Quant aux personnes qui ne lisent pas la liste des ingrédients ou le tableau d'information nutritionnelle, le principal obstacle semble être la complexité de la chose. Lorsque vient le temps de choisir un produit en fonction de certaines particularités nutritives, ce sont d'abord les allégations sur la teneur en nutriments qui guident les acheteurs, viennent ensuite la liste des ingrédients et le tableau d'information nutritionnelle. Les consommateurs semblent être en mesure de faire des choix en fonction de certaines qualités nutritives. Les deux tiers d'entre eux (65 %), en moyenne, sont capables de faire les bons choix, mais 38 % trouvent l'exercice très ou passablement difficile.
- Difficultés de compréhension de l'information figurant sur les étiquettes
Même si les consommateurs disent lire souvent les étiquettes avant de choisir un produit, ils admettent qu'ils ne comprennent pas tout et montrent de l'insatisfaction à l'égard des étiquettes actuelles. Environ le quart (23 %) des personnes interrogées ont de la difficulté à comprendre les étiquettes, même 16 % de celles qui ont une formation universitaire éprouvent quelques problèmes (INN, 1997a). Les principaux obstacles sont la complexité des termes, le manque de clarté et la difficulté de compréhension de la terminologie utilisée en nutrition (INN, 1997a; 1992). Des données provenant d'une autre étude nationale confirment les résultats : près de la moitié des répondants ont dit avoir une certaine difficulté à comprendre les termes employés, tandis que 37 % ont indiqué qu'ils n'avaient aucune difficulté (FPACC, 1996). Les consommateurs veulent avoir suffisamment d'information, mais pas trop, pour être en mesure de mieux utiliser les renseignements figurant sur les étiquettes (INN, 1992).
Les personnes qui trouvent le tableau d'information nutritionnelle et la liste des ingrédients « difficiles à comprendre » sont en général moins instruites que les autres et sont âgées entre 55 et 70 ans (INN, 1992). Plus d'hommes, de Canadiens français et de personnes ayant un niveau supérieur de scolarité disent « ne pas se donner la peine de lire » le tableau et la liste des ingrédients. Une proportion plus élevée de femmes et de jeunes Canadiens jugent ces éléments de l'étiquette « trop techniques et trop détaillés ».
Même si les consommateurs disent connaître les allégations concernant la valeur nutritive et s'y référer souvent, la compréhension de ces allégations est superficielle. Parmi les répondants qui croyaient comprendre la signification de certaines allégations, seulement 59 % d'entre eux, en moyenne, ont pu les expliquer correctement (INN, 1992). En outre, bon nombre de consommateurs ne savent pas que ce type d'allégation est réglementé par le gouvernement. Seulement de 25 à 31 % des répondants ont été capables de reconnaître même les cinq principales allégations réglementées par le gouvernement (sans cholestérol, sans sucre, à faible teneur en cholestérol, sans sucre ajouté, sans matières grasses) sur un total de vingt et un.
4. Éducation efficace en matière d'étiquetage : obstacles et défis
- Difficulté de lecture
Il est évident que la difficulté de lecture constitue un obstacle à la compréhension de l'information figurant sur les étiquettes. La lisibilité d'un texte se compose de trois éléments : la prose ou le texte, la documentation et les données quantitatives, la prose étant généralement plus facile à lire que les deux autres éléments. Les étiquettes des aliments utilisent ces trois éléments (SNE, 1992). En voici quelques exemples :
- Prose - la liste des ingrédients, les allégations concernant la valeur nutritive, les mots utilisés dans le tableau d'information nutritionnelle;
- Documentation - la présentation de l'information en colonnes, comme le tableau d'information nutritionnelle;
- Données quantitatives - les données chiffrées et les calculs mathématiques, par exemple les pourcentages, présentés dans le tableau d'information nutritionnelle.
Il est important de coter chacun des éléments figurant sur les étiquettes en fonction de la capacité de lecture qu'il exige pour être compris. Ainsi, les pourcentages sont l'un des types de problèmes les plus difficiles à comprendre en raison de la pluralité des opérations mathématiques et de l'utilisation de décimales (SNE, 1992).
Selon une enquête nationale récente, 22 % des Canadiens âgés de 16 ans et plus se sont classés au premier niveau sur l'échelle de capacité de lecture de la prose : ils ont beaucoup de difficulté à lire et ils disposent de peu de ressources ou de stratégies pour décoder un texte et l'interpréter (Statistique Canada et coll., 1996). Par ailleurs, 26 % des personnes interrogées ont obtenu le deuxième niveau : elles ont des ressources limitées en lecture; elles ne peuvent comprendre que des textes simples, bien disposés, dont les tâches décrites ne sont pas trop complexes. Un tiers (33 %) ont atteint le troisième niveau : ces personnes lisent relativement bien mais elles peuvent éprouver des problèmes avec des tâches plus complexes. Enfin, 20 % seulement des répondants se sont classés aux quatrième et cinquième niveaux : ils comprennent facilement un texte et ils disposent de nombreuses ressources ou stratégies pour interpréter des textes complexes.
- Ressources pécuniaires et alimentation
Même si la plupart des Canadiens disposent de suffisamment d'argent pour suivre un régime sain, il reste que, pour bon nombre d'entre eux, le fait d'avoir un faible revenu pose problème (INN, 1997a). En tout, 8 % des répondants estiment que leur ménage n'a pas l'argent nécessaire pour suivre un régime sain; ce chiffre grimpe à 21 % parmi les étudiants et les chômeurs, à 20 % parmi ceux dont le revenu du ménage est inférieur à 25 000 $ et à 14 % parmi ceux qui qualifient de piètres ou passables leurs habitudes alimentaires.
- Intégration nécessaire de l'information figurant sur les étiquettes à d'autres conseils alimentaires
Une question importante à résoudre est de savoir si les consommateurs seront en mesure d'utiliser correctement l'étiquetage nutritionnel, c'est-à-dire faire un choix approprié d'aliments en vue d'une alimentation saine, ou s'ils ne s'en serviront que pour classer les aliments en deux catégories : « bons » ou « mauvais ». Malheureusement, cette façon de penser s'infiltre un peu partout. Ainsi, les Canadiens ont tendance à croire que les régimes sains excluent les produits nuisibles à la santé (INN, 1992). De plus, 30 % des consommateurs (28 % des Canadiens anglais et 39 % des Québécois francophones) pensent que le fait de manger une quantité quelconque d'aliments riches en graisses est nocif pour la santé (FPACC, 1998) et beaucoup d'autres croient qu'il est dangereux de manger une quantité quelconque d'aliments ayant une teneur élevée en cholestérol (27 % au total : 25 % chez les anglophones et 36 % chez les francophones) ou en sel (23 % au total : 22 % chez les anglophones et 28 % chez les francophones).
Heureusement, le Guide alimentaire canadien pour manger sainement, qui donne aux Canadiens des conseils pour les aider à adopter de saines habitudes alimentaires, est largement reconnu et il semble avoir une certaine influence sur les consommateurs (INN, 1997a). Presque deux adultes sur trois (63 %) se rappellent l'arc-en-ciel sur le guide, dont les deux tiers de ceux qui considèrent la nutrition comme un point extrêmement ou très important et la moitié de ceux pour qui la nutrition est peu importante ou pas importante du tout. Plus de la moitié des Canadiens sont capables de nommer les quatre groupes d'aliments, surtout ceux qui se rappellent l'arc-en-ciel. Le constat s'applique tout particulièrement aux jeunes Canadiens âgés entre 18 et 34 ans par rapport à ceux de 55 ans et plus (65 % c. 39 %) et aux femmes par rapport aux hommes (63 % c. 49 %). Cependant, aucune donnée nationale ne permet d'évaluer l'influence du guide alimentaire sur les habitudes alimentaires. Un des principaux défis du programme d'éducation sera l'intégration de l'information nutritionnelle figurant sur les étiquettes au guide alimentaire pour montrer aux consommateurs comment choisir leurs aliments et comment situer l'apport de chacun à l'ensemble des éléments nutritifs consommés.
B. Point de vue d'autres intervenants
1. Santé Canada : réunion avec différents intervenants en mars 1998
Santé Canada a tenu une réunion de consultation en mars 1998 pour entendre l'avis d'un large éventail d'intervenants sur différentes questions liées à l'étiquetage nutritionnel (Santé Canada, 1998a; Intersol, 1998a, 1998b). Parmi les participants, notons la présence de représentants du milieu universitaire, de l'industrie, d'associations professionnelles, d'associations intéressées à la santé, de groupes de consommateurs et d'organismes gouvernementaux. Voici le résumé des commentaires exprimés au cours de la réunion, susceptibles de s'avérer utiles pour la conception et la mise en oeuvre d'une stratégie d'éducation.
Les participants estiment que l'étiquetage nutritionnel associé à un programme d'éducation du public peut s'avérer une formule gagnante pour tous les Canadiens et Canadiennes en ce qui concerne le bien-être nutritionnel. Ils reconnaissent que l'étiquetage est seulement un outil et qu'un processus à long terme d'éducation s'impose pour que l'initiative porte fruit. Ils appuient également l'idée d'un programme soutenu d'éducation sur l'étiquetage nutritionnel, réalisé en collaboration avec toutes les parties intéressées. Certains voient en l'étiquetage un outil menant à l'éducation et à la sensibilisation, tandis que d'autres le voient comme un des outils étayant l'éducation. On a aussi suggéré d'intégrer l'information figurant sur les étiquettes à d'autres outils, comme le Guide alimentaire canadien pour manger sainement. Par ailleurs, les participants reconnaissent que des messages provenant d'autres sources entretiennent dans la population le mythe selon lequel les aliments, plutôt que les régimes alimentaires, sont bons ou mauvais du point de vue de la nutrition; voilà un message attrayant pour le consommateur en raison de sa simplicité. Les différentes parties conviennent enfin de la pertinence d'un examen centré sur le consommateur et de la nécessité de vérifier le produit final auprès des consommateurs.
Voici, à leur avis, les caractéristiques d'un programme efficace d'éducation :
- conception et mise en oeuvre multisectorielles;
- intégration du contenu à d'autres outils ou guides sur la santé, la nutrition et l'éducation; à d'autres stratégies d'éducation du consommateur déjà en cours; aux autres sources d'information nutritionnelle accessibles au consommateur;
- organisation préalable d'une campagne de relations publiques sur les changements;
- ciblage des groupes de personnes intéressées (tranches d'âge, populations à risque, étapes de la vie) et adaptation des moyens de présentation;
- messages clairs, concis et cohérents;
- messages accessibles, libres de contraintes liées aux coûts, à la géographie, aux ressources humaines ou à la lisibilité;
- choix d'un lieu de vente (supermarché) comme place importante d'éducation;
- grande importance accordée à l'évaluation (examen périodique, évaluations, sondages menés auprès de consommateurs) pour vérifier la pertinence et l'efficacité.
Les participants insistent sur la clarté et la pertinence du message et font ressortir la nécessité de formuler des lignes directrices sur la façon de présenter l'information sur les étiquettes. Différents moyens sont proposés pour que les gens puissent avoir accès à plus d'information, par exemple un numéro de téléphone sans frais, le dessous des emballages, l'accès à des renseignements fournis par les entreprises et un site Web pour les messages dans d'autres langues que le français et l'anglais.
Pour ce qui est de la lecture des étiquettes, on peut voir là une occasion d'apprentissage, un outil d'information, de prise de décisions ou d'éducation. Pour certains, l'étiquetage a pour but de guider les consommateurs, non pas de répondre à des besoins particuliers, et de permettre une comparaison entre les produits.
2. Santé Canada : réunions intersectorielles en février et en mars 1999
Santé Canada, en collaboration avec Les Diététistes du Canada et l'Agence canadienne d'inspection des aliments, a organisé six réunions partout au pays en février et en mars 1999 pour donner de l'information et favoriser le dialogue entre différents secteurs sur des propositions d'orientation et de règlements concernant le tableau d'information nutritionnelle et les allégations concernant la valeur nutritive. Ces réunions visaient à préparer les participants aux consultations officielles sur les propositions, prévues plus tard en 1999. Un net appui multisectoriel en faveur d'un programme d'éducation sur l'étiquetage nutritionnel s'est dégagé des commentaires exprimés au cours des discussions.
3. Les Diététistes du Canada : sondage auprès des membres à l'été 1998
Les Diététistes du Canada ont réalisé, au cours de l'été 1998, un sondage par la poste auprès de leurs membres pour connaître leur point de vue sur les principales questions liées à l'étiquetage nutritionnel; 426 réponses utilisables ont été reçues, provenant de différentes catégories de membres (Les Diététistes du Canada, 1998). Ce sont les diététistes cliniciennes qui formaient le groupe le plus important de répondants, mais des praticiens communautaires, y compris ceux en santé publique, des diététistes-conseils et des diététistes travaillant dans d'autres domaines comme l'administration, les services alimentaires et les soins prolongés ont également répondu au sondage. Certains des commentaires émis s'avèrent particulièrement pertinents pour la stratégie d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel. En voici quelques-uns :
- Les diététistes ont proposé que l'étiquetage nutritionnel utilisé dans le choix des aliments serve d'outil d'enseignement dans la planification des diètes et l'utilisation des services alimentaires.
- Un autre point important est la grosseur des portions; les diététistes souhaitent que les portions soient réalistes et soient exprimées en mesures courantes.
- L'apport nutritionnel recommandé est jugé déroutant et non pertinent pour le consommateur.
- Le fait qu'il n'y ait pas toujours d'étiquette et l'absence de normalisation ont incité les diététiste à réclamer un système obligatoire.
- Contre toute attente, les diététistes ont exprimé le désir d'être informés sur l'examen de l'étiquetage par écrit ou par la poste plutôt que par le site Web de l'association.
II. Expérience d'autres pays et leçons à en tirer
A. États-Unis
Les États-Unis ont procédé récemment à une réforme de l'étiquetage; aussi sera-t-il intéressant d'analyser l'incidence de la nouvelle présentation sur les étiquettes et l'expérience des éducateurs pour voir comment ces éléments pourraient influer sur la stratégie d'éducation du public au Canada. Cependant, il est important de souligner que la situation n'est pas tout à fait la même dans les deux pays (INN, 1997b; Steele et Cheney, 1989).
La réforme de l'étiquetage aux États-Unis, avec la présentation d'un tout nouveau tableau d'information nutritionnelle et une loi en régissant tant la présentation que le contenu, a été assez révolutionnaire. L'adoption de la Nutrition Labeling and Education Act (NLEA) en 1990 et sa promulgation en 1994 ont rendu obligatoire et uniformisé la présentation de l'information nutritionnelle sous le titre de « Nutrition Facts » sur pratiquement tous les aliments emballés (US Government, 1993). Le nouveau tableau de données nutritionnelles factuelles remplace l'ancien, intitulé « Nutrition Information per Serving » (« Information nutritionnelle par portion »).
Les éléments devant figurer sur le tableau « Nutrition Facts » mettent l'accent sur les nutriments associés à des troubles chroniques, par exemple les graisses et le cholestérol. Conformément aux règlements, l'étiquetage de produits alimentaires semblables et les listes d'ingrédients normalisées doivent faire référence à des portions uniformisées en usage dans la plupart des foyers américains. La loi exige aussi que la présentation de certains nutriments se fasse en fonction du pourcentage de la ration quotidienne (« Percent Daily Values » [%DV]), c'est-à-dire du pourcentage de l'apport recommandé fourni par une seule portion. Le pourcentage de la ration quotidienne, établi en fonction d'un régime de 2 000 calories par jour, est vu comme une mesure étalon pour aider les consommateurs à interpréter les quantités absolues de nutriments et à évaluer la place d'un produit dans l'ensemble du régime. L'expression « % Daily Value » doit être accompagnée d'un astérisque qui reporte le lecteur au texte suivant : le pourcentage de la valeur quotidienne est établi en fonction d'un régime de 2 000 calories par jour. Votre régime peut compter plus ou moins de calories selon vos besoins.
En vertu de la loi, les allégations concernant la valeur nutritive et les termes descriptifs doivent correspondre aux définitions quantitatives établies, et les allégations relatives à la santé, présentées sur les produits alimentaires, doivent se limiter à celles qui sont approuvées par la FDA (Food and Drug Administration). La majeure partie de la recherche faite aux États-Unis auprès des consommateurs sur l'étiquetage nutritionnel est liée aux allégations sur la santé.1
1. Point de vue des consommateurs : intérêt, préoccupations et actions
- Intérêt pour la nutrition
La plupart des Américains (79 %) croient que la nutrition influe sur la santé et la grande majorité d'entre eux (81 %) pensent également que l'exercice et l'activité physique sont des facteurs tout aussi importants pour la santé qu'un bon régime alimentaire (ADA, 1997).
La nutrition reste, pour la plupart des consommateurs américains, un élément très important (77 %) ou assez important (20 %) à considérer lorsqu'ils achètent des aliments, et 93 % des gens se montrent très intéressés ou assez intéressés à la valeur nutritive des aliments (FMI, 1997). Même si le degré d'importance est le même pour les deux sexes, plus de femmes que d'hommes indiquent que la nutrition est un élément très important (81 % c. 65 %). L'intérêt pour la teneur en nutriments est plus marqué chez les personnes plus instruites et il augmente généralement avec l'âge, mais il diminue à partir de 65 ans. Plus de personnes suivant un régime se sont dites très préoccupée par la teneur en nutriments (64 % c. 49 %).
Les femmes forment toujours le groupe de consommateurs le plus intéressé à l'information nutritionnelle, mais de plus en plus d'hommes suivent les recommandations relatives à la nutrition et à la santé (FMI, 1997).
Bien que l'apport de graisses (56 %), de sel (23 %) et de cholestérol (20 %) soit encore un sujet important de préoccupation, une diminution sensible a été enregistrée à cet égard. Environ 10 % des consommateurs portent une attention particulière au sucre, aux calories et à la valeur nutritive des aliments en général (FMI, 1997). Moins de gens pensent qu'ils doivent éliminer toutes les graisses de leur régime alimentaire, leur nombre passant de 17 % en 1991 à 13 % (ADA, 1997).
- Initiatives prises
D'après des statistiques, seulement 39 % des Américains font tout leur possible pour suivre un régime alimentaire sain, ce chiffre étant plus élevé chez les femmes que chez les hommes (42 % c. 36 %) et chez les personnes plus âgées (55 % pour les personnes de 55 ans et plus comparativement à 28 % pour les 25 à 34 ans). Par ailleurs, 34 % des répondants disent choisir leurs aliments avec soin pour avoir un régime équilibré; cette donnée est compatible avec les résultats d'études antérieures (ADA, 1997).
En 1997, 35 % des consommateurs ont indiqué avoir modifié leurs achats parce qu'une personne dans le ménage suivait un régime, et environ le quart des répondants ont fait de même en raison des lignes directrices de la Food Guide Pyramid (27 %) et de la campagne 5 A Day for Better Health visant à accroître la consommation de fruits et de légumes (23 %) (FMI, 1997).
- Sources d'information nutritionnelle
Les médias jouent un rôle de plus en plus important dans l'éducation des Américains en matière d'alimentation, de nutrition et de santé. Voici leurs cinq grandes sources d'information sur la nutrition ou les aliments : la télévision (57 % c. 42 % en 1995), les revues (44 % c. 39 %), les journaux (23 % c. 19 %), la famille et les amis (13 % c. 9 %) ainsi que les livres (11 % c. 9 %) (ADA, 1997).
Cependant, une faible proportion d'Américains seulement considèrent que les médias sont une source « très fiable » d'information nutritionnelle. Ainsi, les nouvelles télévisées recueillent 24 %; les journaux, 21 %; les magazines d'actualités, 17 %; les nouvelles radiophoniques, 12 % et les revues pour hommes, 8 %. Les diététistes et les médecins reçoivent la meilleure cote pour ce qui est de la fiabilité de la source (52 % chacun), suivis des revues spécialisées en santé et en nutrition (39 %), des infirmières (38 %) et des revues pour femmes (36 %) (ADA, 1997).
Les Afro-Américains tirent leur information nutritionnelle de sources différentes de celles de la population blanche d'origine non hispanique. Par exemple, ils obtiennent en général plus d'information des médecins (17 % c. 7 %) et moins des journaux (13 % c. 23 %) (ADA, 1997).
Bon nombre de produits et de services présents dans les supermarchés aux États-Unis, jugés utiles par les consommateurs, sont peu utilisés lorsqu'ils sont offerts. Ainsi, 67 % des répondants ont dit qu'ils utiliseraient l'information sur la santé et la nutrition au moins une fois par mois si elle était présentée dans leur principale épicerie; par contre, seulement 58 % d'entre eux utilisent l'information donnée dans les magasins (FMI, 1997).
2. Utilisation de l'information nutritionnelle sur les étiquettes2
- Qui lit les étiquettes?
En 1997, moins d'Américains ont indiqué qu'ils portaient une attention très particulière aux étiquettes qu'en 1995 (27 % c. 33 %); parallèlement, plus de gens ont dit qu'ils portaient peu ou pas d'attention aux étiquettes (36 % en 1997 c. 29 % en 1995) (ADA, 1997). Cela peut s'expliquer par une diminution de la publicité faite autour du tableau « Nutrition Facts » depuis son entrée sur le marché ou par la connaissance des étiquettes apposées sur les produits alimentaires que les gens achètent souvent.
Une étude comparative sur l'utilisation des étiquettes de produits alimentaires a été menée auprès des habitants de l'État de Washington avant et après l'entrée en vigueur de la NLEA (Nutrition Labeling and Education Act); elle révèle trois choses : un effet modeste mais positif des nouvelles étiquettes nutritionnelles sur l'utilisation de celles-ci, des obstacles à leur utilisation et la satisfaction (Kristal et coll., 1998). La plupart des changements ont été observés chez les personnes de moins de 60 ans. On a enregistré une augmentation significative de l'utilisation habituelle des étiquettes de 9 % chez les femmes et de 11 % chez les hommes. Aucun changement n'a été relevé chez les personnes qui ne lisent jamais les étiquettes.
Plus de répondants recherchent de l'information sur la teneur en matières grasses et moins de personnes ne lisent pas les étiquettes parce que « cela prend trop de temps » ou que « c'est trop difficile à comprendre ». Les réponses à certaines questions semblent indiquer que les consommateurs ont remarqué le changement d'étiquette et qu'ils aiment la nouvelle présentation. Par ailleurs, une proportion plus importante de consommateurs qui lisent les étiquettes au moins quelquefois disent trouver généralement l'information qu'ils recherchent, le pourcentage passant de 46 % chez les femmes et de 42 % chez les hommes en 1993 à 62 % et à 58 %, respectivement, en 1996. De plus, 76 % des femmes et 69 % des hommes qui lisent au moins quelquefois les étiquettes ont remarqué la nouvelle présentation et, de ces personnes, 83 % des femmes et 84 % des hommes trouvent que les nouvelles étiquettes les éclairent plus qu'avant. Cependant, 70 % des adultes, surtout les personnes âgées et moins instruites, souhaitent toujours que l'étiquetage soit plus facile à comprendre.
Selon Guthrie et ses collaborateurs (1995), certains facteurs influent sur l'utilisation des étiquettes, par exemple :
- des caractéristiques personnelles comme l'âge, le sexe, le niveau de scolarité;
- des variables situationnelles comme le temps et la santé;
- le marketing;
- l'importance du produit pour le consommateur ou la recherche d'une qualité particulière comme la valeur nutritive;
- la connaissance préalable du produit ou d'une qualité particulière comme la nutrition, qui facilitent l'acquisition de nouvelles connaissances sur un produit ou l'évaluation de l'information présentée sur un produit;
- les valeurs et les attitudes du consommateur, qui l'incitent à chercher, à évaluer et à utiliser l'information donnée sur un produit.
Une étude menée dans l'État de Washington visait à analyser les liens entre les données démographiques et l'utilisation des étiquettes; les liens entre des facteurs psycho-sociaux se rapportant au régime alimentaire, comme les croyances relatives à la santé, l'état de santé et les habitudes de prévention, et l'utilisation de l'information nutritionnelle; ainsi que les liens entre l'utilisation de l'information présentée sur les étiquettes et le régime (Neuhouser et coll., 1999). La population étudiée était constituée de 60 % de femmes; 29 % d'entre elles avaient fréquenté un collège et elles étaient blanches presque à 90 %.
La plupart des résidents interrogés (80 %) ont indiqué qu'ils lisaient, au moins quelquefois, les étiquettes nutritionnelles. Cependant, certains groupes se sont démarqués des autres à cet égard :
- les femmes (87 % c. 73 % pour les hommes);
- les jeunes de moins de 35 ans;
- les personnes ayant une formation postsecondaire.
Les principaux prédicteurs de l'utilisation des étiquettes étaient le fait de :
- croire en l'importance de suivre un régime pauvre en graisses (10 fois plus nombreux à les utiliser);
- croire au lien entre le régime alimentaire et le cancer (plus de 3 fois plus nombreux);
- maintenir ou acquérir des habitudes afin d'adopter un régime pauvre en graisses (respectivement, 6 fois et 4 fois plus nombreux).
- Comment est utilisée la nouvelle étiquette?
Avant l'entrée en vigueur de la NLEA, la plupart des consommateurs américains qui lisaient les étiquettes le faisaient pour connaître la teneur en nutriments d'un produit ou pour comparer différents produits ou différentes marques, et non pas pour planifier les repas ou gérer le régime alimentaire (Guthrie et coll., 1995).
Des enquêtes menées avant et après l'entrée en vigueur de la loi indiquent que les nouvelles étiquettes semblent influer sur les décisions relatives à l'achat d'aliments (Levy et Derby, 1996). En 1990, 30 % des consommateurs ont dit qu'au cours des deux dernières semaines, ils avaient changé d'idée relativement à l'achat ou à l'utilisation d'un produit alimentaire parce qu'ils avaient lu l'étiquette sur la teneur en nutriments. En novembre 1995, quelque temps après l'entrée en vigueur de la NLEA, 48 % des personnes interrogées ont indiqué qu'elles avaient changé d'idée, soit une augmentation relative de plus de 50 %. Durant la même période, on a enregistré une hausse de 30 % de l'utilisation fréquente de l'information relative à la quantité de nutriments, figurant sur les étiquettes, et plus de la moitié des consommateurs ont dit qu'ils en faisaient autant en 1995. Trois grands motifs poussent les gens à lire les étiquettes : connaître la teneur d'un aliment en différents nutriments, vérifier la valeur nutritive en général et comparer différents produits.
Une autre étude menée aux États-Unis confirme le fait que les nouvelles étiquettes deviennent un facteur dans le choix des aliments (ADA, 1997). On a constaté que les consommateurs utilisaient les étiquettes dans une proportion de:
- 69 % pour acheter moins souvent certains aliments;
- 65 % pour acheter plus souvent certains aliments;
- 59 % pour éliminer complètement certains produits;
- 56 % pour changer de marque de produit.
Cependant, une autre étude nationale, réalisée la même année, donne à penser que les tendances décrites ci-dessus sont à la baisse. En 1997, 61 % des consommateurs, comparativement à 70 % l'année précédente, ont dit avoir changé de produits après avoir lu les étiquettes nutritionnelles (FMI, 1997).
D'après les sondages, les consommateurs américains utilisent le tableau « Nutrition Facts » à différentes fins (Levy et coll., 1996) :
- planifier la consommation quotidienne;
- suivre un régime spécial ou une diète;
- comparer les marques et les différentes catégories de produits;
- évaluer le caractère sain d'un produit;
- apprendre les qualités nutritionnelles de différents produits;
- vérifier la véracité des allégations dans la publicité.
La moitié (51 %) des consommateurs américains disent toujours lire les étiquettes pour avoir de l'information sur la nutrition et les ingrédients avant d'acheter un produit pour la première fois et 35 % le font parfois (FMI, 1997). Plus de femmes que d'hommes consultent toujours l'information donnée à cet égard (52 % c. 47 %). Les personnes plus instruites et mieux nanties ont plus tendance que les autres à toujours lire les étiquettes pour ces mêmes raisons. En général, l'utilisation de l'information sur les étiquettes augmente avec l'âge, mais elle diminue quelque peu après 65 ans.
La plupart des consommateurs américains recherchent et achètent des produits en raison des allégations concernant la valeur nutritive, indiquées sur les étiquettes. Ainsi, 82 % d'entre eux se procurent des aliments sur lesquels figure l'expression « à faible teneur en matières grasses », environ les deux tiers (64 %) achètent des produits avec la mention « à faible teneur en cholestérol » et un peu moins recherchent des aliments « naturels » (59 %) et « hyposodiques » (61 %). De plus, à peu près 40 % des consommateurs recherchent les produits dits « organiques » (FMI, 1997).
Dans une autre étude, 51 % des personnes interrogées ont indiqué que la première chose qu'elles regardaient sur l'étiquette nutritionnelle était la quantité de matières grasses; suivent loin derrière les calories (10 %). Une grande majorité (81 %) de consommateurs recherchent et achètent des produits portant la mention « à faible teneur en matières grasses » (FMI et Prevention, 1997).
Bien que la fréquence de l'utilisation des étiquettes à des fins précises ait fait l'objet d'analyse, il existe très peu de données sur les capacités des consommateurs d'effectuer différentes tâches liées à l'utilisation des étiquettes, notamment en ce qui a trait aux habiletés cognitives générales, aux connaissances déjà acquises en nutrition et aux croyances. Une équipe de chercheurs (Levy et Fein, 1998) s'est penchée sur la question en analysant les données qui proviennent d'études de la FDA (Food and Drug Administration) sur les caractéristiques de performance de différents formats d'étiquette nutritionnelle (relevées par Levy et coll. en 1996) et en les regroupant par tâche. Les auteurs ont constaté que :
- la plupart (78 %) des consommateurs avaient correctement comparé deux produits pour noter les différences de teneur en nutriments;
- 58 % avaient correctement évalué la véracité des allégations concernant la valeur nutritive;
- 45 % avaient réussi à équilibrer globalement l'apport quotidien de nutriments;
- 20 % seulement des participants avaient calculé exactement l'apport d'un nutriment par rapport à la ration recommandée, tâche qui exige des opérations arithmétiques complexes.
Ceux qui ont obtenu des résultats beaucoup plus faibles avaient plus de 55 ans, étaient non blancs et étaient moins scolarisés que les autres. Deux éléments ont également été associés à des résultats plus faibles : le fait de ne pas lire les étiquettes et d'avoir des problèmes de santé liés à l'alimentation.
Les résultats de l'étude sont compatibles avec les prévisions fondées sur les principes du traitement de l'information. Ainsi, les participants ont bien réussi les tâches simples et familières mais ont eu beaucoup plus de difficultés pour les tâches plutôt inconnues ou qui exigeaient des calculs mathématiques. D'ailleurs, la tâche mathématique a été la seule qui ne s'est pas améliorée avec la pratique.
Une conclusion à tirer de toutes ces analyses est que, du point de vue de l'éducation du public en matière de nutrition, l'étiquetage nutritionnel semble un bon outil pour aider les consommateurs à choisir les aliments et à confirmer leurs croyances populaires sur la nutrition. Par contre, les étiquettes s'avèrent un outil peu approprié pour planifier les repas et n'aideront probablement pas les gens à mieux comprendre les principes d'alimentation ou à porter un jugement plus critique sur ceux-ci. L'affichage du pourcentage de la valeur quotidienne (« Percent Daily Values » [%DV]) semble faciliter le passage entre la quantité d'un produit et la consommation totale d'aliments en permettant aux consommateurs d'évaluer grossièrement la situation (faible/élevé) sans faire de calculs mathématiques.
Les résultats de la première étude basée sur la population pour analyser les liens entre les nouvelles étiquettes et l'alimentation semblent indiquer que celles-ci aident les gens à suivre un régime pauvre en graisses (Neuhouser et coll., 1999). Des 80 % des habitants de l'État de Washington qui affirment lire les étiquettes, 45 % consultent généralement l'information portant sur les portions et 69 %, celle sur les calories. Même si 64 % des personnes interrogées ont indiqué qu'elles s'intéressaient habituellement au nombre de calories provenant des graisses et 76 %, au nombre de grammes de matières grasses, seulement 39 % ont dit consulter le pourcentage de la valeur quotidienne (« %DV ») de graisses. La recherche particulière d'information varie selon l'âge, le sexe et le degré de scolarité. Bien qu'il n'y ait pas de relation de cause à effet, la lecture des étiquettes est associée de façon significative à une consommation limitée de graisses, ce qui explique l'écart de 6 % dans l'apport. L'étude en est arrivée à la conclusion que les personnes qui veulent diminuer leur consommation de matières grasses (si elles en sont à l'étape du changement) lisent les étiquettes pour choisir les aliments pauvres en graisses.
D'autres études de moindre importance jettent aussi une certaine lumière sur l'utilisation des étiquettes et la compréhension que les gens en ont. Dans l'une d'elles, on a demandé à 170 employés d'une entreprise offrant sur place un programme continu de mieux-être de choisir, à partir du menu d'une journée, des aliments sains. Après analyse, les chercheurs ont constaté que ceux qui avaient réussi à faire les bons choix participaient au programme de mieux-être et connaissaient la Food Guide Pyramid et le tableau « Nutrition Facts » (Sheehan et Parham, 1997).
Une autre étude a porté sur les connaissances que les personnes âgées ont du tableau « Nutrition Facts », ainsi que sur leurs attitudes et leur comportement à l'égard de celui-ci (Marietta et Syler, 1997). L'échantillon était formé de clients de trois centres de nutrition pour personnes âgées situés dans le sud-est du Missouri : 50 sujets (33 femmes et 17 hommes) d'un âge moyen de 70 ans ont participé à l'étude; un certain nombre d'autres personnes ont refusé d'y participer alléguant que la nutrition ne les concernait pas « à leur âge ». Il ressort des réponses au questionnaire portant sur 17 points que :
- 58 % des participants ont été en mesure d'utiliser le tableau « Nutrition Facts » pour trouver un élément d'information;
- 28 % pouvaient utiliser cette section pour des tâches plus complexes;
- 70 % croyaient que c'était un outil utile aux consommateurs;
- 60 % trouvaient que la section était facile à comprendre;
- 42 % croyaient que l'information donnée était vraie;
- 72 % s'en servaient, au moins quelquefois, pour glisser un aliment dans leur régime alimentaire;
- 64 % s'en servaient, au moins quelquefois, pour acheter un produit la première fois.
Une étude visait à évaluer le degré de compréhension de l'étiquetage nutritionnel de 198 élèves de la quatrième à la sixième année, fréquentant une école primaire d'une région rurale du nord-est de l'Ohio (Widdowson et Holben, 1997). Les élèves avaient une connaissance limitée du système d'étiquetage, mais la situation s'est grandement améliorée par la participation à un programme d'éducation, composé d'un vidéo conçu par la FDA et une activité interactive de lecture d'étiquettes, animée par des étudiants en diététique et des diététistes agréés.
Une intervention à visée éducative portant sur l'étiquetage nutritionnel et conçue à l'intention de femmes atteintes de diabète sucré de type II s'est révélée très efficace (Miller et coll., 1999). Quarante (40) femmes âgées de 40 à 60 ans et vivant dans une région rurale de la Pennsylvanie ont ainsi participé à neuf séances de groupe, de 90 minutes chacune, à raison d'une fois par semaine. Le bagage total de connaissances a augmenté de 26 % dans le groupe expérimental, sensiblement plus que dans le groupe témoin. La confiance en soi, quant aux capacités d'utilisation des étiquettes, a également augmenté dans le groupe expérimental. L'acquisition de connaissances déclaratives (savoir qu'il s'agit bien de telle chose) s'est avérée plus facile que l'acquisition de connaissances procédurales (savoir comment faire quelque chose à partir des connaissances déclaratives). L'étude montre bien qu'il est nécessaire d'avoir une connaissance suffisante des concepts et d'établir des liens entre différents concepts pour résoudre un problème pratique. Il bien difficile d'exécuter correctement une tâche quand la chose a été présentée en une occasion.
- Difficultés de compréhension de l'information figurant sur les étiquettes
La plupart (90 %) des consommateurs américains trouvent que la présentation de l'information sur les étiquettes et les mots utilisés sont très ou assez utiles (FMI, 1997). Les éléments les plus consultés sont le contenu en matières grasses (61 %), la liste des ingrédients (37 %), le nombre de calories (30 %) et la quantité de sel (30 %); le cholestérol suit plus loin derrière (16 %). Dans le même contexte, personne n'a fait spontanément mention de l'information nutritionnelle, des comparaisons avec les besoins quotidiens, de la facilité d'utilisation de la présentation normalisée pour comparer les produits, guider les consommateurs ou éviter certains ingrédients. En fait, la valeur de l'information suit les principales préoccupations des consommateurs en matière de nutrition.
La présentation de l'étiquette et les mots utilisés sont jugés au moins assez utiles par 90 % des consommateurs américains et très utiles par 45 % d'entre eux (FMI, 1997). Les résultats les plus élevés sont recueillis parmi les personnes plus scolarisées (93 % c. 86 %) et celles qui suivent une diète (96 % c. 89 %).
La présentation des étiquettes peut avoir une influence sur l'utilisation que le consommateur fait de l'information ainsi donnée et la compréhension qu'il en a, sans que cela aille nécessairement dans le sens de ses préférences. Par ailleurs, les gens réagissent différemment aux diverses présentations suivant les tâches à réaliser. Ainsi, les présentations numériques sont les plus meilleures pour établir des comparaisons entre produits, mais elles ne permettent pas aisément de placer les aliments dans un contexte alimentaire plus large. Les pourcentages conviennent également aux comparaisons entre produits (Levy et coll., 1996). Lorsque les présentations comprennent des mesures exprimées en valeur absolue et des pourcentages, cela aide le consommateur à trouver, à déchiffrer et à comparer l'information donnée sur les étiquettes (Byrd-Bredbenner, 1994).
D'après une étude menée auprès de 275 étudiants de niveau collégial (80 % de femmes; âge moyen : 21,5 ans) au Maryland, les participants attachaient beaucoup d'importance à la teneur en matières grasses et aux calories, mais très peu à la teneur en fibres, pour évaluer la valeur nutritive des aliments et faire les choix appropriés (Allen et coll., 1998). Ils préféraient la présentation en grammes au pourcentage de la valeur quotidienne (« %DV »), qui d'ailleurs posait des problèmes certains quant à son interprétation. Les jeunes avaient tendance à considérer la quantité quotidienne de glucides comme un maximum à consommer et, souvent, ne tenaient pas compte de la grosseur des portions pour juger de la valeur nutritive d'un aliment.
Les allégations concernant la valeur nutritive pouvaient induire en erreur selon des participants à une étude réalisée avant l'entrée en vigueur de la NLEA (Nutrition Labeling and Education Act) (Lewis et Yetley, 1992), mais ont été vues comme une façon rapide d'avoir de l'information dans une autre étude (Levy et coll., 1992); même certains consommateurs les utilisaient comme résumé, sans rechercher plus de détails sur les différences absolues.
La capacité des consommateurs à reconnaître les vraies différences entre les produits est beaucoup plus liée au type de nutriment qu'à la présentation de l'étiquette comme telle. La capacité d'utiliser correctement l'information semble associée aux préoccupations des consommateurs par rapport à un nutriment en particulier, le sodium, l'énergie et le cholestérol venant en tête de liste des deux variables (Levy et coll., 1992).
3. Éducation efficace en matière d'étiquetage : obstacles et défis
Parmi les principaux obstacles à une bonne alimentation, notons la crainte d'abandonner ses aliments préférés (40 %), la complaisance à l'égard de ses habitudes actuelles (39 %), la confusion qui règne autour des études et des rapports sur la nutrition et les frustrations qui en résultent (23 %), et la croyance selon laquelle bien manger demande trop de temps (21 %) (ADA, 1997). Malgré la confusion qu'entraînent les rapports contradictoires, un nombre croissant de personnes veulent être informées des nouvelles études sur la nutrition (51 % en 1997 c. 43 % en 1995).
La théorie des petits pas semble gagner du terrain auprès de certains groupes, 90 % des personnes interrogées affirmant qu'elles peuvent améliorer leur régime alimentaire en n'apportant que des changements mineurs. Cependant, 80 % des répondants continuent de croire qu'ils ne peuvent pas avoir une alimentation saine et mangent encore les aliments qu'ils aiment (FMI, 1997).
- Difficulté de lecture
De 20 % à 30 % environ des adultes américains ont des capacités très limitées de lecture et de 25 % à 30 % de plus pourraient être classés comme analphabètes (Brunt, 1997). Plus des deux tiers de tout le matériel éducatif en nutrition exigent un niveau de capacité de lecture équivalent ou supérieur à celui de la neuvième année. Il faut ajouter à cela que les mauvais lecteurs ont un vocabulaire limité, peu de connaissances générales, une faible habileté à décoder un message et une capacité restreinte de généraliser et de faire appel au raisonnement abstrait. Ces contraintes empêchent donc bon nombre de consommateurs d'utiliser le tableau « Nutrition Facts ». Pour que le matériel soit facile à comprendre, il devrait viser un niveau de capacité de lecture de sixième année ou moins.
- Intégration nécessaire de l'information figurant sur les étiquettes à d'autres conseils alimentaires
L'utilisation des étiquettes par les consommateurs est le fruit d'un comportement motivé, guidé par une connaissance des maladies liées à l'alimentation, le savoir et les croyances en matière de nutrition, ainsi que par les stratégies de gestion du régime alimentaire, le tout formant le contexte d'utilisation des étiquettes (Derb et Fein, 1995). Les consommateurs peuvent ne pas s'intéresser aux étiquettes s'ils ont l'impression qu'elles mènent à des tâches difficiles et longues à réaliser comme faire une gestion quantitative de l'alimentation, c'est-à-dire calculer la consommation totale de certains nutriments sur une période de temps.
Contrairement à la philosophie de la ration alimentaire totale, presque les trois quarts des Américains (72 %) croient toujours que les aliments sont « bons » ou « mauvais », bien que ce pourcentage ait diminué légèrement au cours des dernières années (ADA, 1997). Par contre, on a enregistré une forte augmentation des connaissances sur la pyramide alimentaire (« Food Guide Pyramid »), passant de 58 % en 1995 à 67 % actuellement. Plus de personnes connaissant la pyramide alimentaire la jugent très utile en leur permettant de choisir des aliments sains et de constituer un régime équilibré (43 % comparativement à 36 %). Les femmes (51 %) semblent plus nombreuses que les hommes (32 %) à penser ainsi.
Le pourcentage de la valeur quotidienne (« %DV ») a été conçu pour aider les gens à placer certains nutriments dans le contexte de l'alimentation quotidienne. Par contre, on se demande si les consommateurs n'interprètent pas plutôt le nombre de calories provenant des graisses comme une valeur applicable à chaque aliment (ADA, 1997; McNutt, 1992). La moitié environ des consommateurs américains qui ont pris connaissance du pourcentage de la valeur quotidienne ont pu interpréter correctement l'information donnée sur les fibres ou les graisses, tandis que de 28 % à 38 % des personnes interrogées n'ont pas été en mesure de le faire (FMI et Prevention, 1997). Dans une étude basée sur la population, menée dans l'État de Washington, même si 80 % des répondants ont dit qu'ils lisaient les étiquettes, 64 % d'entre eux ont indiqué qu'ils recherchaient généralement le nombre de calories provenant des graisses et 76 %, le nombre de grammes de matières grasses; seulement 39 % se sont montrés intéressés au pourcentage de la valeur quotidienne pour les matières grasses (Neuhouser et coll., 1999).
L'utilisation des étiquettes pour exécuter certaines tâches comme calculer le nombre de portions pour respecter le pourcentage de la valeur quotidienne ne s'améliore pas seulement avec l'usage seul - cela exige l'intervention d'éducateurs (Derby et Fein, 1995) - contrairement aux trois autres tâches (comparaison entre produits, évaluation des allégations d'ordre nutritionnel et gestion du régime alimentaire) qui, elles, s'améliorent avec la pratique. Selon Burton et ses collègues (1994), si on veut que les gens utilisent l'information sur les valeurs de référence, il faudrait expliquer aux consommateurs la signification de ces valeurs de référence, leur montrer comment elles peuvent servir à évaluer et à comparer des produits et mettre en évidence leur utilité dans la planification et le maintien d'une alimentation saine.
Heureusement, la pyramide alimentaire est de plus en plus connue des consommateurs. Elle sert d'outil de base dans de nombreux programmes d'éducation en matière de nutrition, conçus pour enseigner les concepts de proportion (quantité appropriée d'aliments de chaque groupe), de variété (consommation de différents aliments de chaque groupe) et de modération (consommation de matières grasses, d'huiles et de sucreries). De plus, la pyramide figure sur beaucoup d'étiquettes et la presse populaire y fait souvent référence (Porter et coll., 1998).
4. Évaluation et échange d'information
- Recherche et évaluation
La recherche sur l'utilisation et la compréhension de l'étiquetage des produits alimentaires par les consommateurs américains est menée ou suivie en grande partie par la FDA. Le « Food Label and Nutrition Tracking System » (système de surveillance de la nutrition et de l'étiquetage des produits alimentaires) accumule des données tant sur les consommateurs que sur le marché pour évaluer l'incidence du nouvel étiquetage. On cherche à mesurer les connaissances, les attitudes et les comportements des consommateurs au moyen d'enquêtes nationales représentatives des consommateurs et on analyse les changements survenus dans le marché en surveillant les tendances dans les ventes de certaines catégories de produits et en évaluant la conformité aux règlements de la NLEA (Levy et Derby, 1996).
- Échange d'information
La coalition National Exchange for Food Label Education (NEFLE) devient le lieu d'échange d'information sur des programmes visant à éduquer différents groupes de population en matière d'étiquetage des produits alimentaires (Troiano, 1993). La NEFLE est une organisation informelle, constituée de groupes représentant le gouvernement, les consommateurs, des organismes intéressés à la santé et l'industrie privée. Elle veut aider les consommateurs à comprendre le nouvel étiquetage nutritionnel et leur montrer comment l'utiliser pour planifier des repas sains. Dans le cadre des efforts de la NEFLE, l'US Department of Agriculture (USDA) et la FDA ont constitué une base de données au Food and Nutrition Information Center à l'USDA's National Agricultural Library. La base de données contient de l'information sur de nombreux documents et projets d'éducation concernant l'étiquetage. La NEFLE a également parrainé des conférences nationales sur l'éducation en matière d'étiquetage.
Une autre coalition a été formée pour favoriser la collaboration entre divers groupes : il s'agit du Food Label Education Dialogue Group. Son but est d'encourager l'échange d'information entre les représentants des organismes gouvernementaux et ceux des associations qui s'intéressent à l'alimentation, à la nutrition et à la santé.
B. Autres pays
En 1985, la Commission du Codex Alimentarius a adopté des lignes directrices concernant l'étiquetage nutritionnel (Gourlie, 1995)3; présentées à titre consultatif, elles peuvent servir de grands paramètres. Selon ces lignes directrices, l'étiquetage nutritionnel vise à informer les consommateurs sur la valeur nutritive des aliments et à leur permettre, par des efforts intégrés d'éducation, de faire des choix-santé. Il devient obligatoire de fournir une liste normalisée de nutriments lorsque figurent sur une étiquette des représentations ou des allégations concernant la valeur nutritive.
La Communauté européenne a adopté, en 1990, des règles d'étiquetage nutritionnel conformément à la Directive du Conseil relative à l'étiquetage nutritionnel des denrées alimentaires. L'étiquetage nutritionnel est volontaire, sauf en cas d'allégation. Le système d'étiquetage nutritionnel en Europe (et celui actuellement en vigueur au Canada) est semblable aux lignes directrices de la Commission du Codex Alimentarius.
Malheureusement, au moment de la rédaction du présent rapport, l'information concernant les programmes d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel dans d'autres pays se faisait plutôt rare.
III. Cadre élargi de recherche sur l'éducation en nutrition et les changements de comportement à l'égard de la santé
Le but ultime de l'information nutritionnelle sur les étiquettes est d'aider les consommateurs à trouver et à choisir des aliments qui font partie d'un régime sain. Ainsi, les stratégies d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel devraient être intégrées à des stratégies plus larges de modification du comportement l'égard de la santé et de la nutrition pour aider les consommateurs à combler le fossé entre les habitudes alimentaires actuelles et les recommandations sur l'alimentation. Ces stratégies reposent sur des cadres théoriques de comportement et de modification du comportement.
A. Clés du succès des campagnes d'éducation en matière de nutrition
L'éducation en matière de nutrition peut se définir comme un ensemble d'expériences d'apprentissage visant à faciliter l'adoption, de plein gré, d'habitudes alimentaires et de comportements en matière de nutrition, qui favorisent la santé et le mieux-être (ADA, 1996).
Les interventions qui s'avèrent fructueuses reposent sur plusieurs théories et modèles, sont complexes, multidimensionnelles et intègrent plusieurs stratégies (Contento, 1995). Leur évaluation touche plusieurs aspects et fait appel à de nombreuses méthodes et mesures. Plusieurs auteurs ont établi les facteurs qui contribuent au succès des campagnes d'éducation en matière de nutrition.
L'American Dietetic Association propose le modèle suivant d'éducation dans lequel les éléments d'information provenant des médias, de programmes de promotion de la santé et d'intervention ainsi que de l'étiquetage nutritionnel forment un continuum de stratégies d'éducation en matière de nutrition, susceptibles de favoriser une alimentation saine (ADA, 1996, p. 1184).

À une extrémité du continuum se trouve l'information sur la nutrition, qui vise à répondre aux préoccupations des consommateurs. Suit la communication sur la nutrition, c'est-à-dire toute forme de communication conçue pour atteindre l'objectif d'éducation en matière de nutrition. Vient ensuite la promotion de la nutrition, qui traduit les conseils en alimentation, fondés sur les données scientifiques, en messages axés sur le consommateur en vue de faciliter l'acquisition de comportements alimentaires appropriés. Enfin, à l'autre extrémité du continuum se trouvent les interventions en nutrition, qui se définissent comme des changements planifiés permettant à des personnes, à des groupes ou à des segments de population de faire des choix-santé.
L'intégration de messages cohérents et l'harmonisation de programmes, suivant ce continuum, constituent peut-être le meilleur moyen de diffuser efficacement l'information sur la nutrition.
Voici quelques éléments clés de campagnes fructueuses d'éducation en matière de nutrition :
- programmes d'éducation axés sur le consommateur, c'est-à-dire conçus en fonction des besoins, des comportements, des motivations et des désirs des groupes ciblés;
- volonté d'influencer le consommateur, c'est-à-dire aller plus loin que de lui donner tout simplement de l'information et intégrer des méthodes favorisant les changements de comportement afin de créer un lien entre la sensibilisation du consommateur à la nutrition et ses habitudes;
- présentation de l'information sous une forme pouvant être facilement utilisée par le consommateur afin d'améliorer son régime alimentaire.
Une revue de la recherche sur l'éducation en matière de nutrition (Contento, 1995) a permis de constater que les programmes les plus efficaces étaient ceux qui :
- avaient pour but de provoquer un changement de comportement;
- intégraient des messages motivants;
- enseignaient des stratégies de modification du comportement;
- prévoyaient une participation active tant des personnes que de la communauté;
- tentaient de créer un environnement favorable à la santé.
D'après un autre modèle, les programmes d'éducation intégrée en matière de nutrition devraient comporter tous les éléments suivants (Magnus, 1994) :
- définition d'objectifs mesurables pour les participants;
- vérification préalable des outils;
- intégration des priorités des participants dans le contenu du programme;
- présentation de la quantité minimale d'information nécessaire pour susciter un changement de comportement alimentaire;
- partage, entre participants, de stratégies personnelles qui ont porté fruit;
- reconnaissance et valorisation des efforts des participants;
- évaluation de toutes les séances.
Les efforts d'éducation sont plus susceptibles de porter fruit s'ils comprennent les éléments suivants (Porter et coll., 1998) :
- forte orientation vers le consommateur;
- segmentation et ciblage de groupes de consommateurs;
- accent mis sur le changement de comportement;
- utilisation de plusieurs moyens interactifs de communication, qui vont dans le même sens;
- amélioration continue des messages au consommateur;
- mécanisme solide d'évaluation et systèmes efficaces de données;
- création de partenariats.
Pour acquérir de nouvelles habitudes alimentaires, les personnes doivent être motivées à changer leur comportement, apprendre de nouvelles habiletés, croire en leur capacité, en plus d'être soutenues par leur milieu et par des politiques appropriées (The Keystone National Policy Dialogue on Food, Nutrition and Health, 1996).
B. Théories et modèles
L'étiquetage nutritionnel vise à fournir de l'information sur les produits alimentaires de manière à renforcer les bonnes habitudes alimentaires et à encourager les consommateurs canadiens à poursuivre leurs efforts pour améliorer leur choix d'aliments. L'information sur l'étiquetage nutritionnel n'est qu'un élément de l'éducation en matière de nutrition. Étant donné qu'il existe peu de données sur l'éducation concernant l'étiquetage comme telle, la présente revue fait un survol des théories et des recherches se rapportant à l'éducation en matière de nutrition et à la modification du comportement. Le but est de déterminer leur pertinence dans le cadre d'initiatives d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel.
L'information ne conduit pas nécessairement à un changement de comportement à moins de surmonter certains obstacles psychosociaux, comportementaux et environnementaux. Pour rendre une communication efficace, les intervenants doivent connaître le processus comportemental et avoir en tête un plan des étapes à franchir pour favoriser ou décourager l'adoption de certains comportements. Les bonnes théories peuvent diriger les efforts vers les points où ils porteront le plus.
1. Cadre du marketing social
Bien que le marketing social ne soit pas une théorie, il s'agit d'un processus rigoureux, fondé sur la recherche et utilisable avec des modèles théoriques pour concevoir des programmes de promotion de la nutrition. Il constitue, en fait, une application concrète des techniques du marketing commercial à l'analyse, à la planification, à la exécution et à l'évaluation de programmes ayant pour objectif de modifier le comportement volontaire de groupes cibles en vue d'une amélioration de leur bien-être personnel et de celui de la société (Andreason, 1995).
Le marketing social fonctionne comme un cadre intégré de planification et d'action et comporte deux concepts importants : les vérifications auprès des consommateurs et la segmentation du marché (Santé Canada, 1999; Keystone, 1996; Loughrey et coll., 1997; NIN, 1994a, 1997; Porter et coll., 1998; Sutton et coll., 1995).
Voici quelques-uns des principaux facteurs considérés :
- accent mis sur le changement de comportement;
- recherche faite auprès des consommateurs à toutes les étapes du programme (évaluation formative, vérifications préalables, contrôle);
- segmentation et ciblage de groupes de consommateurs;
- examen du rapport entre les coûts et les avantages pour les groupes cibles;
- amélioration continue.
Le marketing social se distingue du marketing commercial par la mise en marché de produits « non tangibles » comme des idées, des attitudes et des changements de mode de vie. Le principe moteur du marketing social veut que les stratégies efficaces reposent sur les besoins et les champs d'intérêt des consommateurs visés. On repère les groupes ou les segments possibles de consommateurs à l'aide de la recherche empirique et on cible par la suite un ou plusieurs de ces groupes.
La sélection des groupes cibles repose sur plusieurs critères (Loughrey et coll., 1997) :
- le nombre de personnes à atteindre;
- les avantages possibles du changement de comportement pour le segment visé;
- la facilité avec laquelle on peut atteindre les groupes potentiels, compte tenu des ressources disponibles;
- leur degré de réceptivité face aux messages.
Le ciblage efficace, qui évite les généralisations, exige une connaissance des segments visés, reposant non seulement sur des données démographiques de base, mais aussi sur la psychographie, la géographie, le mode de vie, les étapes de la vie et les points de vue. Pour qu'une intervention porte fruit, il faut choisir des segments appropriés de la population, comprendre leur contexte de vie et exploiter certains sous-thèmes d'un programme pour répondre à leurs besoins.
Les décisions stratégiques éclairées quant au contenu et à la présentation des messages exigent une connaissance approfondie des consommateurs. Chaque étape de l'élaboration des programmes devrait être vérifiée auprès des groupes cibles, si averti que soit le concepteur des messages. Le fait de vérifier les messages après leur application permet de savoir si le consommateur les a entendus, les a compris et s'il a agi en conséquence.
Le concept d'avantages pour les groupes cibles est un élément crucial du marketing social. Il est au coeur même du concept des résultats escomptés de la théorie de l'apprentissage social et de la théorie de l'action raisonnée, entre autres.
Sutton et ses collaborateurs (1995) ont créé l'expression « messages sur la santé axés sur le consommateur » (« consumer - based health communications ») pour désigner le processus de transformation de recommandations scientifiques en stratégies de communication faisant la promotion de la santé, qui sont adaptées aux consommateurs. Au coeur du processus se trouve la recherche permettant de comprendre la réalité du consommateur et de répondre à six questions stratégiques; les réponses à ces questions sont ensuite passées en revue pour qu'elles forment un tout cohérent. Suit un énoncé de stratégie qui définit le consommateur cible, les mesures à prendre, les promesses et la façon de les rendre crédibles, la façon et le moment de joindre le public visé et l'image à transmettre. L'énoncé de stratégie oriente tous les efforts de communication, y compris les relations publiques, les médias, le marketing direct, les campagnes de promotion par les médias et l'influence interpersonnelle. En fait, il définit les principaux leviers de communication avec le consommateur.
Sachant que le modèle de marketing social mise sur l'adaptation de l'information et des stratégies de changement de comportement aux groupes visés, Miller et ses collègues (1999) ont ciblé des femmes âgées entre 40 et 60 ans, souffrant de diabète de type II, pour leur initiative d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel. Pour ce groupe, la teneur en éléments nutritifs est un facteur clé pour le choix des aliments au lieu de vente, et l'information nutritionnelle sur les étiquettes oriente la prise de décisions. Toutefois, les termes employés sur les étiquettes sont généralement peu compris. Les chercheurs ont aussi eu recours à une théorie de l'apprentissage pour élaborer et appliquer leur intervention, notamment en ce qui concerne le contenu et la conception pédagogique. Par exemple, les nouveaux éléments d'information ont été expliqués à partir de concepts déjà connus du groupe cible, et les éléments nutritifs qui n'avaient pas d'incidence sur le choix des aliments n'ont tout simplement pas été intégrés au contenu de l'intervention.
2. Théories de la modification du comportement
Plusieurs modèles ou cadres théoriques liés aux changements de comportement ont servi à l'élaboration d'interventions d'éducation en matière de nutrition et de promotion d'une alimentation saine (Dietitians of Canada, 1998; Keystone, 1996; Moorman et Matulich, 1993; Reid et Brownrigg, 1998; NIH, 1992).
- Théorie des intentions comportementales
Selon la théorie des intentions comportementales, il est possible de calculer les probabilités qu'un groupe adopte un comportement désiré en évaluant ses attitudes à l'égard de ce comportement et des avantages escomptés, ainsi que la perception que les pairs auront de la nouvelle façon d'agir. Les attitudes d'une personne, de même que la perception subjective des attitudes de la société, sont des préalables à l'action. Aussi est-il important, avant de penser à modifier le comportement, de procéder à une évaluation préliminaire des attitudes du groupe cible et de faire un suivi pour déceler tout changement à cet égard.
- Théorie de la diffusion des innovations
La théorie de la diffusion des innovations repose sur le principe selon lequel l'adoption d'innovations en santé dépend de l'acceptation et de la facilité de communication des guides d'opinion. Au coeur de la théorie se trouve la façon dont les nouveaux produits ou les nouvelles idées sont « diffusés » ou présentés au groupe cible. Un message sera accepté ou un comportement, adopté si les personnes visées :
- le perçoivent comme un bienfait;
- croient qu'il correspond à leurs besoins et à leurs valeurs;
- le trouvent facile ou difficile à comprendre ou à adopter;
- peuvent en faire l'essai;
- ont l'impression que les résultats de l'essai ou l'acceptation sont vus favorablement par leurs pairs (NIH, 1992).
Les médias constituent un moyen rapide et efficace de présenter une nouvelle information ou d'essayer de modifier des attitudes, surtout au début lorsqu'on tente d'atteindre un public ouvert aux idées nouvelles. Cependant, lorsque vient le temps d'« adopter » un comportement, les communications interpersonnelles exercent une influence encore plus grande. Ainsi les stratégies de communication devraient recourir aux médias pour présenter un message, donner de l'information, modifier des attitudes ou renforcer un comportement, mais aux relations interpersonnelles pour enseigner ou encourager l'adoption d'un comportement.
- Modèle des croyances relatives à la santé
Dans le modèle des croyances relatives à la santé, ce sont les avantages prévus et les obstacles appréhendés du comportement favorable à la santé, la perception d'une menace et les facteurs internes et externes subjectifs poussant à l'action qui importent. Les gens changeront leur comportement s'ils croient que celui-ci met en péril leur santé ou les prédispose à une maladie. Ils doivent avoir l'impression que les résultats escomptés compensent les efforts pour surmonter les obstacles.
- Théorie de l'apprentissage social
Le concept au centre de la théorie de l'apprentissage social est que l'efficacité personnelle repose sur l'interaction dynamique du comportement, des pensées et de l'influence du milieu. Alors, pour qu'il y ait un passage permanent d'un ancien comportement à un nouveau, les programmes devraient faire appel à la fois à l'efficacité personnelle et à l'appui du milieu, c'est-à-dire mettre l'accent sur les connaissances de la personne, les capacités nécessaires à l'adoption d'un nouveau comportement, la compréhension des résultats, les moyens de contrôle des progrès et la confiance en soi, tout en trouvant des moyens de rendre le milieu plus favorable au changement.
- Communication axée sur la persuasion
La théorie de la communication axée sur la persuasion décrit les étapes que les gens doivent franchir pour assimiler un comportement désiré :
- être exposés au message;
- porter attention au message;
- être intéressés au message ou y trouver un contenu pertinent;
- comprendre le message;
- personnaliser le comportement pour qu'il s'adapte à leur vie;
- accepter le changement;
- se rappeler le message et être toujours d'accord avec son contenu;
- être capables d'y penser;
- prendre des décisions en fonction du message;
- agir en conséquence;
- recevoir du renforcement positif pour le nouveau comportement;
- intégrer le nouveau comportement à leur vie (NIH, 1992).
Pour bien communiquer un message, il faut que les cinq éléments suivants soient présents et exploités de manière efficace :
- la crédibilité de la source du message;
- la conception du message;
- le moyen de communication;
- la groupe cible;
- le comportement visé.
Le fait de porter une attention particulière à ces points permet de s'assurer, d'une part, que le plan de communication tient compte de tous les facteurs qui ont une incidence sur la réception et l'assimilation du message et, d'autre part, que le programme est échelonné dans le temps de façon à répondre aux nouveaux besoins du groupe au fur et à mesure que se fait le changement de comportement.
- Modèle PRECEDE
Dans le modèle PRECEDE, les facteurs qui jouent un rôle dans le changement de comportement se divise en trois grandes catégories :
- les facteurs prédisposants - les connaissances, les attitudes, le comportement, les croyances et les valeurs qui sont déjà présents chez une personne et qui influeront sur sa volonté de changer;
- les facteurs favorables - la structure du milieu ou de la communauté et la situation d'une personne, qui facilitent ou entravent le changement;
- les facteurs de renforcement - les effets positifs et négatifs de l'adoption du nouveau comportement, y compris le soutien social, qui ont une incidence sur le maintien du comportement.
Ces facteurs exigent donc qu'au moment de l'élaboration d'une stratégie de communication ou d'éducation en matière de santé, l'on tienne compte de la structure sociale et communautaire des personnes visées.
- Modèle des étapes du changement
Le modèle « transthéorique » ou des étapes du changement soutient que les personnes qui changent intentionnellement de comportement traversent une série de phases, qui sont :
- la « pré-réflexion » : la personne n'est pas consciente du besoin de changement;
- la réflexion : la personne pense à faire des changements au cours des six prochains mois;
- la préparation : la personne a vraiment l'intention de faire des changement au cours des prochains mois;
- l'action : la personne a pris des mesures concrètes pour faire des changements au cours des six derniers mois;
- le maintien : la personne intègre son nouveau comportement à son mode de vie depuis plus de six mois.
Cette théorie est utile pour concevoir des messages dans des programmes de modification du comportement qui visent différents segments de population. Les gens ont le plus souvent recours aux stratégies de découverte par l'expérience durant les phases de réflexion et de préparation et à des processus comportementaux durant les phases d'action et de maintien.
Une étude menée auprès des habitants de l'État de Washington a révélé que la lecture des étiquettes nutritionnelles était plus élevée chez les répondants qui en étaient à la phase de maintien du changement en vue d'adopter un régime pauvre en graisses (Neuhouser et coll., 1999). En général, les stratégies d'intervention, par exemple pour réduire la consommation de matières grasses, sont efficaces durant les phases d'action et de maintien actif du nouveau comportement, tandis que le marketing social et la diffusion de l'information sont efficaces durant les phase de contemplation et de préparation (Porter et coll., 1998).
C. De la théorie à la pratique
Aucune théorie ou aucun modèle ne peut expliquer ou prévoir à lui seul toute la gamme de comportements possibles quant au choix des aliments. Il y a donc lieu de croire qu'on peut faire intervenir en même temps différents modèles ou cadres théoriques (Keystone, 1996; Nestle et coll., 1998; Porter et coll., 1998).
Le recours à plusieurs modèles ou théories permet aux éducateurs en nutrition de prendre en compte :
- la complexité des changements alimentaires;
- les interactions dynamiques entre plusieurs variables personnelles, comportementales et environnementales;
- les différentes phases du processus de changement;
- l'importance d'une démarche systématique pour élaborer, mettre en oeuvre et évaluer des interventions de promotion ou d'éducation en matière de nutrition (Porter et coll., 1998).
Se fondant sur ces cadres théoriques et sur les principes du marketing social, le rapport The Keystone National Policy Dialogue on Food, Nutrition and Health (1996) propose une grille de modification du comportement comme outil de conception de programmes communautaires efficaces en nutrition (Annexe I).
Deux campagnes d'éducation en nutrition, menées à la grandeur des États-Unis, montrent comment les principes du marketing social peuvent s'intégrer harmonieusement à divers modèles théoriques pour faciliter la prise de décisions en matière de programmes. Elles constituent de très bons exemples de méthodes d'avant-garde, conçues par des chercheurs à l'esprit innovateur, visant à appliquer les principes du marketing social à la recherche et à l'action. Ces deux campagnes mettent en évidence la puissance du partenariat et les avantages des programmes nationaux d'envergure, pour aider les consommateurs à traduire les recommandations alimentaires en comportement.
1. La campagne 5 A Day for Better Health
La campagne 5 A Day for Better Health, fruit d'un important partenariat des secteurs privé et public, est menée par le US National Cancer Institute (NCI) en collaboration avec la Produce for Better Health Foundation (PBH), organisme indépendant, sans but lucratif, créé en 1991 par des dirigeants de l'industrie des produits alimentaires, dont la raison d'être est l'éducation des consommateurs.
La campagne a pour but d'accroître la consommation moyenne quotidienne de fruits et de légumes dans le cadre d'un régime alimentaire pauvre en graisses et riche en fibres, faisant passer le nombre de portions de 3,4 en 1991 à 5 ou plus d'ici l'an 2000. Le NCI a accordé un permis à la PBH pour qu'elle utilise le programme et le matériel et supervise les activités de la campagne dans l'industrie. La PBH travaille en collaboration avec le NCI pour concevoir et mettre sur pied un programme d'éducation pour les détaillants (lieu de vente), un programme d'éducation pour les services alimentaires et un programme national pour les médias.
La campagne menée dans les médias a été le premier effort national d'éducation en matière de nutrition, élaboré aux États-Unis à partir des principes du marketing social. On voulait mettre l'accent sur les désirs et les besoins des consommateurs et augmenter les chances d'influencer le comportement (Loughrey et coll., 1997; Sutton et coll., 1995). La recherche faite auprès des consommateurs a servi à choisir des groupes cibles et à en dresser le profil. On a compilé des données de recherches provenant de différentes sources pour faciliter la prise de décisions stratégiques tenant compte de la perspective des consommateurs visés. Les analystes ont ainsi pu obtenir une bonne image du groupe cible pour aider les concepteurs du programme à prendre des décisions éclairées quant au contenu à communiquer et à la façon de le faire.
D'après le modèle « transthéorique » de la modification du comportement et de la recherche axée sur le consommateur, les consommateurs visés étaient des gens qui voulaient augmenter leur consommation de fruits et de légumes et qui en mangeaient deux ou trois portions par jour (au moins 21 % de la population). Le choix s'appuyait sur le modèle de la diffusion des innovations. À partir de l'information recueillie et des données provenant de sources secondaires, on a intentionnellement dressé un profil simplifié du groupe cible comme point de départ pour la campagne. Des décisions stratégiques quant au contenu, à la façon de procéder et au lieu où rejoindre le public visé ont été prises en fonction des caractéristiques qui se sont dégagées de l'application pratique de plusieurs techniques complémentaires de recherche faite auprès des consommateurs. La démarche a permis de concevoir une campagne taillée sur mesure, qui rejoint la clientèle cible et qui présente des façons d'augmenter la consommation de fruits et de légumes d'une manière compatible avec les valeurs, les attitudes et les croyances du groupe. La campagne dans les médias visait à accroître les avantages escomptés, à montrer aux gens que l'achat de fruits et de légumes coûte moins cher que ce qu'ils pensent et à augmenter leur sentiment d'efficacité personnelle à l'égard de l'action à entreprendre.
Des groupes de consultation ont permis de cerner les avantages jugés très motivants par les consommateurs visés ainsi que les obstacles à surmonter (Balch et coll., 1997; Sutton et coll., 1995). Des participants ont rejeté certains des avantages que les stratèges considéraient comme appropriés, ce qui prouve la nécessité de faire de la recherche directe auprès des consommateurs pour vérifier les hypothèses émises et raffiner les messages avant et pendant une campagne afin de s'assurer de leur pertinence par rapport aux groupes cibles.
Les études d'évaluation du programme montrent que la proportion de gens sensibilisés à la nécessité de consommer cinq portions de fruits et de légumes par jour est passée de 8 % en 1991 à 28 % en 1994.
2. La Dietary Guidelines Alliance
La Dietary Guidelines Alliance forme une large coalition composée d'associations de l'industrie de l'alimentation, d'organisations dans le domaine de la santé et d'organismes gouvernementaux, dont l'objectif est d'aider les consommateurs à mettre en pratique le guide alimentaire américain, les 1995 Dietary Guidelines for Americans, et à se servir de la Food Guide Pyramid, ainsi que du tableau Nutrition Facts sur les étiquettes. Elle présente des messages simples, positifs, pertinents, cohérents et faciles d'application, que les Américains peuvent utiliser dans la vie de tous les jours (The Dietary Guidelines Alliance, 1996). Son intention est de montrer aux consommateurs, d'une part, que tous les aliments, si l'on respecte les règles de la modération, de l'équilibre et de la variété, peuvent faire partie d'un régime alimentaire sain et, d'autre part, que la nutrition et l'activité physique sont des éléments indissociables d'une vie saine et active.
Les activités de la coalition sont le fruit d'un mariage heureux entre des politiques concernant l'alimentation et la nutrition et des initiatives d'éducation en matière de nutrition; le groupe reconnaît la nécessité d'adapter les conseils sur l'alimentation aux besoins et aux perceptions des consommateurs pour créer des stratégies de communication motivantes qui ont du sens.
Les efforts visant à faire la promotion d'un mode de vie sain auprès des consommateurs doivent :
- mettre l'accent sur le changement de comportement;
- être fortement axés sur le consommateur;
- segmenter et cibler le marché des consommateurs;
- utiliser plusieurs moyens interactifs de renforcement;
- améliorer continuellement les messages destinés au consommateur (Kennedy et coll., 1996).
La coalition a lancé une campagne innovatrice, It's All About You® , pour aider les consommateurs à mettre en pratique les lignes directrices en matière d'alimentation à l'aide d'une méthode toute simple, facile à appliquer. Il s'agit d'un programme déjà vérifié auprès des consommateurs, qui traduit les lignes directrices en changements simples, positifs, que les consommateurs peuvent mettre en pratique pour intégrer dans leur quotidien les principes de base d'un mode de vie sain. On a conçu cinq grands messages pour inciter les consommateurs à revoir et à changer leurs habitudes alimentaires et leurs activités de tous les jours. Des messages d'appui et des conseils tout simples proposent aux consommateurs des moyens précis, faciles et axés sur l'action qu'ils peuvent appliquer pour respecter les lignes directrices.
Une recherche en deux étapes auprès des consommateurs a été entreprise pour vraiment adapter la campagne à leurs besoins.
1re étape (découverte des valeurs) - Des groupes de consultation ont été formés pour explorer les valeurs et les croyances sous-jacentes des consommateurs à l'égard de la santé, de la nutrition et de l'activité physique, y compris les facteurs jugés motivants et les obstacles. La recherche a permis de dégager quatre grands principes non négociables pour que la communication soit efficace :
- la simplicité - parler au consommateur en utilisant des mots simples, faciles à comprendre, non pas des termes recherchés; ne pas donner d'information savante, chargée de règles ou de directives compliquées.
- la facilité et l'agrément - rejeter la perception selon laquelle une bonne alimentation et les activités saines sont compliquées, prennent du temps et coûtent cher; mettre l'accent sur l'amélioration, non pas sur la perfection.
- l'avantage personnel - présenter clairement les avantages au consommateur;
- la cohérence - communiquer des messages cohérents, déjà vérifiés auprès des consommateurs.
2e étape (vérification des messages) - Le thème et les messages de la campagne qui avaient été élaborés à partir des éléments dégagés lors de la première étape ont été vérifiés et raffinés, puis le message final a été vérifié de nouveau avant le lancement de la campagne.
La coalition s'est servi d'une technique de segmentation reposant sur une recherche approfondie des besoins des consommateurs pour promouvoir et communiquer les lignes directrices. Elle a fait appel à des professionnels de la santé pour vérifier les communications relatives aux lignes directrices elles-mêmes et à des consommateurs pour vérifier les messages qui traduisaient l'idée se cachant derrière les lignes directrices.
Un guide a été préparé à l'intention des éducateurs pour les aider à comprendre le processus de préparation de la campagne et les inciter à utiliser les messages cohérents, vérifiés auprès des consommateurs, pour rejoindre les gens d'une façon intéressante (The Dietary Guidelines Alliance, 1996). On a également encouragé les éducateurs à présenter ensemble, autant que possible, les messages et les conseils de la coalition, la pyramide alimentaire et les étiquettes nutritionnelles, mais on aurait besoin de stratégies d'intégration complète des messages et des outils faisant la promotion de bonnes habitudes alimentaires.
D. Théorie et pratique main dans la main
Les programmes 5 A Day for Better Health et It's All About You® constituent d'excellents modèles de collaboration pour la planification et la mise en oeuvre de toute campagne nationale en matière de nutrition. Leur élaboration et leur lancement ont déjà été couronnés de succès et ils atteindront probablement leurs objectifs en grande partie parce qu'ils fonctionnent sur le principe de la collaboration.
On reconnaît de plus en plus l'importance de la collaboration intersectorielle dans les activités de promotion de la santé (Comité consultatif fédéral-provincial-territorial sur la santé de la population, 1994; Comité directeur conjoint, 1996). Pour s'attaquer aux problèmes systématiques de promotion de la santé, il faut une stratégie globale, des interventions interdisciplinaires et la participation des consommateurs. On ne comprend encore très bien toute la démarche pour y parvenir, mais des recherches sur la collaboration commence à être publiées et l'on tire les premières leçons de la pratique actuelle et de l'évaluation qui en est faite.
L'élaboration du plan d'action du Canada en matière de nutrition (Comité directeur conjoint, 1996), qui a préparé le terrain à des initiatives intersectorielles visant à améliorer la santé nutritionnelle des Canadiens et Canadiennes, est lui-même le résultat d'un processus intense de collaboration intersectorielle entre des ministères, des organismes non gouvernementaux et le secteur privé. Les leçons tirées de la mise en place des structures et des démarches qui ont rendu possible l'élaboration du plan peuvent servir à l'établissement ou au maintien de futurs partenariats. Il faudrait que ces leçons soient mises en application ailleurs, mais tel n'est pas souvent le cas (Labonté et coll., 1998).
Une autre ressource importante est une synthèse de documents sélectionnés portant sur la collaboration et s'appliquant au domaine de la nutrition (Rosenthal, 1998). L'article présente un schéma conceptuel d'étude de la collaboration ainsi que des recommandations sur la pratique de la collaboration, la recherche et l'évaluation.
Ces deux documents de référence (Labonté et coll., 1998; Rosenthal, 1998) jettent la lumière sur les éléments d'une collaboration efficace.
1. Définition de la collaboration
La collaboration est un processus fluide par lequel un groupe formé de personnes ou d'organisations autonomes différentes entreprend une initiative conjointe, se penche sur des problèmes communs ou cherche à atteindre des objectifs semblables. Le type le plus approprié de collaboration en ce qui concerne l'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel est l'initiative intégrée, multisectorielle (Annexe II). Elle réunit des organisations, des institutions ou des secteurs très différents les uns des autres pour aborder les questions de planification, d'activités de promotion et d'allocation des ressources dans une perspective plus globale. Il s'agit d'un regroupement stratégique, volontaire d'organisations sans but lucratif, d'organisations des secteurs privé et public, formé pour s'aider mutuellement à atteindre un objectif commun en partageant les risques, les responsabilités, les ressources et les fruits (Rosenthal, 1998).
Les intervenants ont souvent des motifs différents pour participer à un processus de collaboration. Aussi faut-il que, dès le début, un groupe multisectoriel élabore une vision commune à laquelle peuvent adhérer les différents partenaires; il doit également trouver un terrain d'entente non seulement en ce qui concerne le but et la portée de l'entreprise, mais aussi les pouvoirs de décision. De plus, une distinction très nette devrait être établie entre les produits à court terme et les résultats à long terme.
Les promoteurs de la collaboration doivent simultanément mettre l'accent sur les activités dans trois sphères :
- création de relations internes de travail et de fonctionnement entre les responsables de la coalition;
- maintien des liens entre les organisations membres et la coalition ou le groupe de collaboration;
- cheminement vers la réalisation du produit ou l'atteinte des objectifs par une bonne programmation, l'élaboration de stratégies appropriées, une saine administration ou gestion, la recherche du personnel nécessaire et un financement sûr.
Le processus de collaboration traverse différentes étapes de croissance, chacune comportant ses propres tâches, méthodes, défis et résultats (Annexe III). Cependant, l'organisation et la structuration d'un groupe de collaboration évoluent sans cesse et exigent des changements dans l'un ou l'autre des champs suivants : buts et réévaluation de la stratégie, ressources, structure, avantages de la participation, mécanismes de collaboration, réalisation du travail, visibilité et crédibilité, adaptation aux changements. Le fait de bien comprendre ce qui se passe à chacune des étapes peut aider à ériger la collaboration en système et à en rendre l'application plus efficace.
Il faut tenir compte dans le choix des partenaires de l'équilibre entre les différents secteurs considérés globalement. Les représentants choisis devraient avoir le dossier à coeur et s'engager sérieusement dans le processus de prise de décisions et de partage des pouvoirs. La participation de personnes ayant déjà l'expérience dans le processus de collaboration, et non seulement dans l'analyse du sujet, constitue un atout. La coalition devrait se donner une structure souple si bien qu'au moment de l'élaboration de la vision commune, de la définition des objectifs et de la négociation des ressources, elle puisse se diviser en groupes plus petits pour réaliser certaines tâches.
2. Définition et mesures de la réussite
Comme le choix des partenaires exige beaucoup d'énergie, il faut porter une attention particulière aux objectifs précis, visés par le groupe de collaboration. Les secteurs qui s'engagent dans la définition des conditions de participation sont plus susceptibles de rester. L'adhésion de tous les partenaires au processus et à ses produits est souvent un but explicite des groupes de collaboration multisectorielle. Ce principe vaut notamment pour la présentation aux Canadiens et Canadiennes de messages cohérents d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel.
Une entente en bonne et due forme, relative au suivi des partenaires, devrait porter, entre autres, sur un cadre définissant le temps de travail, les champs d'action et les responsabilités; sur l'engagement à l'égard du partage d'information sur la façon dont chaque partenaire met en oeuvre ses initiatives; sur un mécanisme de collecte et de distribution de l'information concernant les mesures de suivi; et sur un point central, chargé du contrôle du suivi.
Le fait de structurer et d'intégrer un processus d'évaluation du travail en cours s'avère une démarche utile. La réussite d'un groupe de collaboration se mesure en fonction de l'atteinte des objectifs, de la légitimation, de l'augmentation de la crédibilité et de la durée de vie. Les mesures de la réussite comprennent, entre autres, l'atteinte de résultats tangibles, la création de nouvelles méthodes pour transiger et pour résoudre des problèmes, la capacité d'intervenir, l'établissement de nouvelles relations et l'accès aux gens ainsi que la réalisation des changements désirés chez les groupes cibles. Finalement, le processus de collaboration est jugé efficace si les partenaires ont l'impression d'avoir atteint les objectifs fixés, réalisé quelque chose qu'ils souhaitaient, s'ils sentent que leur participation est importante, s'ils trouvent que les avantages dépassent les coûts et que le processus est juste et éducatif.
Des facteurs comme la définition des buts, le contexte externe, l'engagement idéologique, la viabilité des ressources, la communication, le pouvoir, les caractéristiques des membres, la structure et le processus, la vision et la qualité de la direction influent tous directement sur la réussite de l'entreprise et indirectement sur celle-ci par les pressions qu'ils exercent sur la cohésion interne. Par exemple, il importe de préciser la valeur ou l'objectif de l'éventuel produit de la collaboration multisectorielle. Ce genre d'élément devrait être intégré dans les plans de collaboration et mesuré lors de l'évaluation. Les réalisations intermédiaires de la collaboration deviennent en elles-mêmes d'autres facteurs incitatifs à la participation. La qualité du produit réel peut s'avérer moins motivante que d'autres facteurs comme un climat favorable au sein de l'organisation. Une démarche systémique d'évaluation, qui examine le processus et les résultats, permet de saisir la dynamique des groupes de collaboration.
3. Ressources et modèles pour la collaboration au Canada
On peut examiner plusieurs initiatives canadiennes et en tirer des leçons en ce qui a trait à l'établissement de partenariats, à la mise en place des ressources et à l'échange d'information.
- Partenaires de Santé Canada et Division du marketing
Santé Canada jouit d'une vaste expérience, d'une bonne expertise et de nombreuses ressources en ce qui concerne la création et le maintien de partenariats ainsi que l'application des principes de marketing social à des campagnes de promotion de la santé par l'intermédiaire de sa Division des partenariats et du marketing de la Direction de la santé de la population, Direction générale de la promotion et des programmes de la santé (Santé Canada, 1999). Son site Web sur le Réseau de marketing social (www.hc-sc.gc.ca/hppb/marketingsocial/ausujet.htm), par exemple, présente une bibliographie d'ouvrages portant sur le marketing social et les partenariats, une liste d'événements et de conférences à venir, des ateliers et des programmes de formation en ligne, des exposés ainsi que des liens avec d'autres sites.
- Guide canadien d'activité physique pour une vie active saine
Santé Canada et la Société canadienne de physiologie de l'exercice ont collaboré à l'élaboration d'un document intitulé Guide canadien d'activité physique pour une vie active saine, conçu pour montrer aux Canadiens et Canadiennes comment une vie active peut être profitable pour la santé (Adams, 1999). Le guide a été lancé en octobre 1998, et différentes activités nationales et régionales de lancement, de même que plusieurs initiatives, ont entouré l'événement pour créer un effet d'entraînement.
Le guide est le fruit d'un processus intégré comportant, entre autres, la formation d'un comité directeur pour voir à la bonne marche du travail, une étude préliminaire de marché, un examen par des experts scientifiques, ainsi que la préparation et la vérification de prototypes. Comme l'arc-en-ciel du Guide alimentaire canadien pour manger sainementsemble ancré dans la mémoire des gens et qu'il suscite des commentaires favorables, les responsables du guide sur l'activité physique ont décidé d'adopter un dessin semblable.
Le guide a reçu l'appui de plus d'une quarantaine d'organismes canadiens, qui ont joué un rôle actif dans la promotion et la distribution de celui-ci. L'Unité de la condition physique et de la vie active de Santé Canada a rempli un certain nombre de rôles fédéraux, dont la direction et l'élaboration de lignes de conduite, le développement des connaissances et la diffusion de l'information, la coordination et la création de partenariats, de même que la promotion. Santé Canada continue d'établir des partenariats multisectoriels.
La santé de la population étant au coeur de la démarche, l'accent est mis sur les facteurs déterminants de la santé à certaines étapes de la vie et tout au long de la vie. Ainsi, d'autres projets à venir comprennent l'élaboration d'un Guide canadien d'activité physique pour une vie active saine pour les aînés et d'un Guide canadien d'activité physique pour une vie active saine pour les enfants et les jeunes. Le guide pour les aînés devrait être publié d'ici mai 1999.
- Le Réseau canadien de la santé
Le Réseau canadien de la santé (RCS), appelé autrefois Centre national d'information sur la santé de la population, est lui-même le fruit d'un partenariat regroupant divers réseaux de fournisseurs d'information sur la santé et est en voie de mettre sur pied un service national d'information sur la santé. Santé Canada, en formant le RCS, joue le rôle de maître d'oeuvre; il s'agira toutefois d'un service intégré d'information sur la santé, extérieur au gouvernement, qui sera élaboré, géré et maintenu par divers partenaires. L'implantation du RCS est guidée par un groupe de consultation (et ses groupes de travail) composé de représentants d'un certain nombre de fournisseurs d'information sur la santé dans tout le Canada.
Le RCS a comme objectif de fournir au grand public et à des intermédiaires en santé de l'information crédible, récente et facilement accessible, sur la santé; la promotion de la santé et la prévention des maladies seront les deux principaux champs d'intérêt. L'information proviendra de diverses sources : gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux; organismes non gouvernementaux; secteur privé; organisations communautaires et universités.
Le service d'information sera accessible par Internet, par courriel ou par télécopieur et sera doté d'autres modes de communication (centre d'appels sans frais, de vive voix et avec messages enregistrés; système de réponse vocale dialoguée) à l'intention de groupes particuliers de clients. On peut déjà visiter un prototype du site Web à l'adresse suivante :
www.canadian-health-network.ca. La partie réservée à une alimentation saine est en train d'être élargie et servira de d'exemple pilote pour les autres questions de santé indiquées sur le site Web du Réseau.
Il existe différents niveaux de partenariat dans le RCS. Les partenaires opérationnels seront le point d'accès au Réseau pour les consommateurs, les intermédiaires en santé et les gestionnaires d'information par le biais de centres opérationnels situés dans différentes régions du pays. Ces partenaires seront responsables du contenu et de la cartographie du réseau, des mécanismes de service et de l'infrastructure, de la conception et de la mise en service, du marketing et des communications ainsi que de l'évaluation et de la gestion de projet. Ils aideront également à bâtir la capacité de réseautage dans leur région et à s'assurer que les services sont adaptés à la demande. Les partenaires affiliés, pour leur part, soutiendront les premiers en s'occupant du contenu et de la cartographie du réseau dans des domaines particuliers (p. ex. âge, étapes de la vie, certains problèmes de santé, ressource régionale). Ils fourniront également des services de consultation appropriés aux consommateurs et aux intermédiaires en santé pour des questions complexes relevant de leur champ de spécialité. Enfin, les partenaires associés seront en mesure de diffuser leur information, une fois qu'ils auront satisfait aux critères d'admissibilité, sur le site Web et par d'autres moyens de communication, augmentant ainsi leur efficacité et leur zone d'influence.
- Nutrition for Health: The Nova Scotia Agenda for Action
L'énoncé d'action de la Nouvelle-Écosse concernant le plan national de nutrition, Nutrition for Health: The Nova Scotia Agenda for Action, repose sur quatre principes étroitement liés : les partenariats, le réseautage, l'action continue, le partage d'information et l'apprentissage (Nutrition for Health Steering Committee,1997). On s'est rendu compte que le type de partenariat nécessaire à la mise en oeuvre du plan d'action exigeait l'élaboration d'une vision commune et un partage de responsabilités, pour coordonner les efforts d'une large coalition, qui allaient bien au-delà des responsables qui ont contribué à la préparation du document. Le premier volume, portant sur les initiatives à entreprendre, donne une orientation pour faciliter la création et le maintien de partenariats tandis que le deuxième volume, qui présente les engagements pris par les principaux intervenants, encourage l'échange d'information et le réseautage, en plus de fournir une base pour le suivi à long terme des efforts et des progrès réalisés.
IV. Incidence sur une initiative d'éducation intégrée en matière d'étiquetage nutritionnel
La revue de la documentation et du point de vue des principaux intervenants fournit une mine d'informations utiles à l'élaboration d'une initiative d'éducation intégrée en matière d'étiquetage nutritionnel. De grands principes ont été dégagés des leçons tirées de l'examen du contexte dans lequel sera introduit le nouveau système au Canada, de la récente réforme de l'étiquetage aux États-Unis, des principales théories en éducation et sur la modification du comportement et des campagnes fructueuses de promotion de la santé qui ont intégré ces théories, principes présentés ci-dessous qui sont à la base d'une initiative efficace d'éducation en matière d'étiquetage.
Le grand intérêt que portent les Canadiens et Canadiennes à la nutrition et à l'information nutritionnelle sur les étiquettes sert de tremplin à une stratégie ciblée et bien conçue d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel.
- L'intégration efficace de l'information nutritionnelle dans une alimentation saine exige l'élaboration d'un cadre théorique reposant sur l'intégration de théories sur la modification du comportement, accompagnée de messages ciblés et déjà vérifiés auprès des consommateurs.
L'application appropriée de différentes théories sur la modification du comportement dans un cadre de marketing social et de communication en santé axée sur le consommateur peut contribuer au succès d'une campagne d'éducation ciblée. Les programmes les plus efficaces reposent sur l'intégration de théories contemporaines et de modèles de changements personnels, sociaux et environnementaux. Cette façon de faire tient compte de la complexité du changement, de l'interaction entre les variable et des étapes du processus de changement.
Un des éléments clés du succès est la segmentation appropriée du public cible par la recherche, les enquêtes, les vérifications préalables et répétées. Les campagnes 5 A Day for Better Health et It's All About You® en sont de bons exemples. La documentation exhaustive de la recherche menée auprès des consommateurs, qui a orienté les décisions stratégiques relatives à ces deux programmes, s'avérera très utile pour l'élaboration du plan d'éducation concernant le nouveau système d'étiquetage nutritionnel au Canada. Par ailleurs, l'expertise de la Division des partenariats et du marketing de Santé Canada, Direction de la santé de la population, Direction générale de la promotion et des programmes de la santé, devrait également pouvoir être mise à profit.
- La collaboration est essentielle pour maximiser l'impact des activités d'éducation en matière d'étiquetage en élargissant la portée des messages et en favorisant la transmission de messages cohérents. >
Les messages reçus par le public doivent absolument être cohérents. Pour que l'éducation en matière de nutrition soit efficace, il sera peut-être nécessaire d'harmoniser les programmes qu'offrent un nombre croissant de secteurs et de disciplines qui participent à l'élaboration de la politique publique en matière de nutrition ainsi qu'à la planification et à la prestation des programmes. Des partenariats durables contribueront à s'assurer que des messages cohérents, transmis par diverses voies de renforcement, émergent du fouillis d'informations et atteignent les consommateurs. Les campagnes qui se sont avérées fructueuses montrent que, même si Santé Canada assume la direction en matière d'élaboration de programmes, tous les secteurs devront prendre part aux efforts d'éducation et travailler en collaboration. Pour former des partenariats stables, les participants doivent contribuer dès le départ à l'élaboration des messages.
L'alimentation et la nutrition sont des sujets complexes à multiples facettes pour lesquels il n'existe pas de messages explicites du genre « chose à faire ou à ne pas faire » comme dans le cas de l'activité physique ou du tabagisme. Les différents aspects sont plus ou moins importants selon les groupes, d'où l'importance de procéder à la segmentation du public pour cibler efficacement les messages éducatifs. Ce constat suppose également que les principaux intervenants doivent participer à l'élaboration des messages si l'on attend d'eux qu'ils adhèrent au concept de messages cohérents de renforcement.
Il est essentiel de connaître les besoins, les valeurs, les forces et les limites des divers groupes comme les consommateurs, les diététistes, d'autres éducateurs sanitaires, les chercheurs, les organismes gouvernementaux, l'industrie et les médias pour favoriser l'harmonisation des programmes dans l'intérêt des consommateurs (ADA, 1996). Par exemple, les efforts purement axés sur la commercialisation, par exemple la présentation de la pyramide alimentaire sur les emballages aux États-Unis, peuvent s'avérer efficaces pour sensibiliser davantage les consommateurs aux messages d'éducation en matière de nutrition.
- L'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel devrait être intégrée à l'ensemble des efforts d'éducation en nutrition.
Comme l'étiquetage nutritionnel sert d'outil pour faire des choix-santé, l'éducation intégrée sur l'utilisation de l'information figurant sur les étiquettes doit faire partie intégrante de l'éducation en vue d'une saine alimentation. En d'autres termes, les consommateurs doivent posséder des habiletés qui leur permettent, au supermarché, d'utiliser l'information nutritionnelle lorsqu'ils choisissent des aliments en fonction de leurs besoins personnels ainsi que des habiletés qui leur permettent, à la maison, d'équilibrer les repas. L'étiquetage nutritionnel peut ainsi devenir un outil dans le processus d'éducation. C'est déjà pratique courante de voir les consommateurs utiliser l'information nutritionnelle pour choisir les aliments au moment de l'achat.
Il faudrait fixer des objectifs réalistes quant au tableau d'information nutritionnelle, étant donné qu'il ne constitue qu'un élément de l'ensemble des stratégies d'éducation nutritionnelle qui préconisent une saine alimentation.
L'information présentée sur les étiquettes doit être intégrée à d'autres sources d'information sur l'alimentation destinées aux consommateurs. Il faut d'abord résoudre le problème que soulève l'intégration d'un système d'étiquetage nutritionnel quantitatif à un ensemble de recommandations alimentaires constitué principalement de messages qualitatifs. L'éducation en matière d'étiquetage devrait permettre l'intégration d'outils déjà existants qui préconisent une saine alimentation, par exemple le guide alimentaire, les lignes directrices pour une saine alimentation, y compris les messages sur la prévention et le traitement des maladies, et les messages sur la vie active, (p. ex. le programme VITALITÉ et le programme de la condition physique et de la vie active de Santé Canada).
Bien que le guide alimentaire soit largement connu et accepté, il n'existe aucune donnée nationale sur l'influence qu'il a sur le comportement alimentaire. L'un des principaux défis à relever sur le plan éducationnel consistera à intégrer efficacement l'information nutritionnelle figurant sur les étiquettes des produits alimentaires et l'information du guide alimentaire afin que les consommateurs apprennent à choisir et à évaluer l'apport de chaque aliment à la ration totale d'éléments nutritifs.
L'utilisation de l'information nutritionnelle dans le choix des aliments demeure une tâche complexe. Le fait de posséder une base de connaissances et d'avoir une stratégie de prise de décisions claire simplifie la tâche en permettant de choisir, d'évaluer et d'appliquer l'information pertinente (Guthrie et coll., 1995). L'éducation en matière d'étiquetage ainsi que le matériel et les programmes d'information doivent traiter non seulement de contenu, mais aussi de stratégies globales qui permettront aux participants d'appliquer indépendamment le contenu (SNE, 1992). Ainsi, une initiative d'éducation intégrée, fondée sur de nombreuses stratégies d'apprentissage,
- préparerait le consommateur à lire l'étiquette en ayant recours, entre autres, à :
- des documents, des slogans, des icones, des trames sonores pour stimuler l'intérêt à l'égard de l'étiquette et attirer l'attention sur l'information nutritionnelle;
- aiderait le consommateur à traiter l'information :
- c'est-à-dire l'aiderait à choisir le contenu particulier de l'étiquette à lire et à utiliser ainsi qu'à organiser mentalement le contenu de l'étiquette afin de faciliter sa prise de décision;
- aiderait le consommateur à appliquer le contenu :
- c'est-à-dire l'aiderait à intégrer l'information figurant sur l'étiquette à ses connaissances en nutrition pour choisir ses aliments ainsi qu'à mettre en application ses connaissances générales en alimentation dans son comportement de tous les jours.
- Une campagne fructueuse devrait progresser par étapes en mettant l'accent d'abord sur la sensibilisation, puis sur la compréhension, l'acceptation et l'utilisation.
Une campagne d'éducation intégrée doit d'abord informer, puis éduquer. Les premières étapes consistent à sensibiliser les consommateurs à la nouvelle étiquette, à les aider à bien la comprendre et à les encourager à s'en servir. Avant de présenter la nouvelle étiquette, il faudrait organiser une campagne de relations publiques à l'intention des intermédiaires d'abord et des consommateurs ensuite.
La réalité de la révision législative étant ce qu'elle est, les occasions d'apporter des modifications périodiques ou continues à l'étiquette seront plutôt rares. Par conséquent, les efforts de communication doivent promouvoir l'acceptation du produit final, même s'il n'est pas parfait, auprès des intermédiaires et des consommateurs. Il faudra gagner la confiance des consommateurs dans le système et, particulièrement, les convaincre que l'information leur sera utile.
Pour que l'étiquetage nutritionnel serve à la promotion d'une saine alimentation, les consommateurs doivent choisir de lire les étiquettes, être en mesure de bien interpréter l'information qui y est présentée et faire des choix appropriés. Les recherches montrent que plus la nutrition est jugée importante, plus les consommateurs lisent les étiquettes. Les connaissances, bien qu'elles ne se traduisent pas toujours par des actes, constituent une base importante, puisque ceux qui s'accordent une bonne note pour leurs connaissances évaluent en général très favorablement leurs habitudes alimentaires. Il existe également une corrélation entre les connaissances et l'intérêt pour la nutrition et l'importance accordée à la nutrition. Ainsi, pour favoriser l'utilisation de l'étiquette, on devra sensibiliser davantage les consommateurs à la nutrition, accroître leurs connaissances en la matière et améliorer leur compréhension du sujet en général. Une plus grande confiance du public en ses connaissances sur la nutrition peut entraîner une utilisation accrue de l'étiquette et, par le fait même, des changements efficaces de comportement.
- Il faut, d'une part, cerner les obstacles et les défis que pose l'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel et, d'autre part, les résoudre ou les surmonter.
Les étiquettes ne sont qu'un facteur parmi d'autres qui influent sur les achats d'aliments, les décisions de consommation et la commercialisation de produits alimentaires. Les efforts d'éducation doivent reconnaître et neutraliser la tendance des consommateurs à juger les aliments bons ou mauvais ainsi que les messages concurrentiels provenant d'autres sources afin d'aider les gens à comprendre et à adopter les principes de la ration alimentaire totale présentés dans le Guide alimentaire canadien pour manger sainement et à comprendre qu'il ne s'agit pas d'une approche laxiste où tout est permis. Les consommateurs doivent également apprendre à mettre l'information qu'ils recherchent en contexte. Par exemple, le gras constitue une grande préoccupation pour la plupart des consommateurs, mais l'information sur la teneur en matières grasses d'un produit alimentaire doit être considérée par rapport à la ration alimentaire totale.
L'éducation devrait tenir compte d'autres sources d'information auxquelles sont exposés les Canadiens et Canadiennes, notamment d'autres éléments d'information nutritionnelle figurant sur les étiquettes des aliments (listes d'ingrédients, allégations concernant la valeur nutritive, logos d'homologation de produits). Parmi les forces concurrentielles, notons les messages conflictuels, les messages publicitaires provenant des États-Unis, les messages ou les programmes qui préconisent la consommation d'aliments dont l'apport en calories provenant de matières grasses est inférieur à 30 %.
La présentation matérielle des étiquettes américaines sur les emballages vendus au Canada et leur grande visibilité ont des répercussions sur l'éducation. Le système d'étiquetage canadien peut différer en plusieurs points du système américain. Ainsi, pour gagner la confiance des consommateurs, les intermédiaires et les consommateurs devront être convaincus des mérites de la formule canadienne et convaincus également qu'il s'agit réellement d'une formule nouvelle et améliorée. La confiance des consommateurs reposera sur leur croyance aux « contrôles » présents dans un système d'étiquetage nutritionnel et la peine qu'ils se donneront pour utiliser l'information dépendra de leur conviction que cette information leur sera d'une grande utilité.
Les obstacles et les défis peuvent varier selon les segments du public cible. Par exemple, il faut accorder une attention particulière à la lisibilité des trois éléments qui composent les étiquettes des produits alimentaires (prose, documentation et quantité). La lisibilité et la cohérence de la présentation de l'information sur les étiquettes auront une incidence sur les efforts déployés pour éduquer les consommateurs. Il sera important d'évaluer les différents éléments de l'étiquette en fonction de la capacité de lecture requise pour être compris. Par ailleurs, la stratégie d'éducation ne devrait pas reposer entièrement sur du matériel écrit.
La présentation matérielle de la nouvelle étiquette aura des répercussions sur la communication des messages éducatifs, puisque certains formats conviennent mieux que d'autres à certaines tâches. Le fait que les préférences quant à la présentation matérielle et la performance ne vont pas toujours de pair a également une incidence sur la stratégie d'éducation.
- La segmentation du public cible est essentielle.
Les enquêtes nationales dressent un portrait global du consommateur canadien et font ressortir, selon les segments de population, les différences qui existent en ce qui concerne l'intérêt et les initiatives en général et l'utilisation des étiquettes et leur compréhension en particulier. Cependant, il y a lieu de segmenter les groupes cibles et de les classer par ordre de priorité, même ceux qui lisent rarement ou pas du tout l'étiquette et ceux qui ne l'utilisent pas correctement ou qui ne l'utilisent pas à son maximum.
L'étiquetage nutritionnel constitue un outil complexe pour évaluer les produits alimentaires, et la façon de lire les étiquettes variera sans doute considérablement parmi les consommateurs. Certains recherchent une information simplifiée, tandis que d'autres préfèrent une information détaillée. Les enquêtes préalables et les enquêtes de contrôle visant à vérifier les messages auprès des divers groupes cibles seront d'une extrême importance.
Les groupes cibles comprennent des personnes, des familles, des organismes, des collectivités et des populations. La diversité existe même au sein de groupes apparemment homogènes. Ainsi, l'âge, la culture, les facteurs socio-économiques ou autres peuvent entretenir les différences entre les personnes et les groupes. L'analyse des modèles culturels de Rapaille révèle l'existence de différences importantes entre Canadiens anglais et Québécois francophones, différences qu'il faudrait suivre en effectuant des enquêtes auprès des consommateurs afin de cibler efficacement les messages publicitaires.
Un segment important se compose des personnes âgées et des consommateurs moins instruits qui manifestent de l'intérêt pour la nutrition mais qui utilisent ou comprennent peu l'information figurant sur les étiquettes. Un autre segment important est constitué des consommateurs instruits qui pourraient utiliser l'information, mais qui ne s'en donnent pas la peine. Persuader ce segment de lire les étiquettes constitue un défi. Même si ce sont surtout les femmes qui achètent les produits alimentaires, les hommes jouent également un rôle à cet égard et il ne faudrait pas les tenir à l'écart. D'autres groupes cibles comprennent les enfants, les adolescents, les groupes ethnoculturels et ceux qui suivent des diètes. Par ailleurs, on devra peut-être recourir à des approches différentes pour rejoindre les anglophones et les francophones, ainsi que ceux et celles dont la langue maternelle n'est ni l'anglais ni le français.
Les programmes de sensibilisation du public doivent éviter d'intimider ou de décourager les consommateurs peu motivés qui pourraient avoir l'impression que les moyens utilisés pour informer sont trop complexes. Il faudrait peut-être alors songer à éduquer par degré, en commençant par les utilisations de base jusqu'aux utilisations plus complexes pour les consommateurs très motivés, en utilisant notamment l'information de façons nouvelles pour promouvoir une alimentation saine. Les progrès dans le domaine des technologies de l'information, dont Internet et les CD-ROM, peuvent permettre de rejoindre de nouveaux groupes cibles. Il faudrait donc veiller à l'élaboration de messages efficaces, destinés à être diffusés au moyen des nouvelles techniques, et créer des méthodes efficaces de transmission de ces messages (ADA, 1996).
- L'échange d'information et l'évaluation des progrès renforceraient la stratégie d'éducation.
Il nécessaire d'établir, dans un système coordonné, des points de référence en vue d'évaluer les progrès réalisés dans le cadre de la stratégie d'éducation, d'assurer le suivi des efforts déployés et d'encourager la collaboration.
Le US National Exchange for Food Label Education et le Food Label Education Dialogue Group, dont il a été question précédemment, constituent de bons modèles d'échange d'information. On devrait peut-être adapter ces modèles au contexte canadien afin d'appuyer l'initiative d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel.
Non seulement faut-il connaître les groupes cibles, mais il faut également connaître les résultats recherchés. Une évaluation systématique mettra en lumière les effets positifs de l'initiative et permettra de déceler les problèmes qui pourraient exiger des efforts particuliers d'éducation. La recherche et l'évaluation devraient porter notamment sur l'efficacité de l'étiquetage des aliments et des programmes d'éducation ainsi que sur les campagnes publicitaires visant à en promouvoir l'utilité. Parmi les éléments à évaluer, notons la compréhension des consommateurs, l'utilisation des étiquettes et les liens entre le nouvel étiquetage et les changements d'habitudes alimentaires.
L'étiquetage des aliments est à la fois un résultat et un facteur qui influence les tendances observées dans les attitudes des consommateurs à l'égard de l'alimentation et de la santé, de même que les changements connexes dans la commercialisation des aliments. Les modèles d'évaluation doivent donc être suffisamment puissants pour évaluer l'efficacité des programmes d'information, soumis à l'influence de nombreux autres facteurs plus puissants.
Groupes cibles
La présente partie brosse un tableau rapide des groupes cibles primaires et secondaires à considérer pour l'initiative d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel, de même que des facteurs à tenir compte pour segmenter ces groupes.
Même si la réforme de l'étiquetage nutritionnel et l'éducation du public en la matière visent essentiellement tous les Canadiens et Canadiennes, il est peu probable qu'on réussisse à atteindre tous les consommateurs avec un seul message ou une seule stratégie. Les champs d'intérêt, les besoins, les préoccupations et les priorités de chacun sont trop diversifiés et varient selon les différents segments de population. Pour bien planifier une campagne, on a donc avantage à diviser la population en sous-groupes en fonction de certaines caractéristiques, notamment :
- facteurs physiques : sexe, âge, état de santé, risques de maladie, maladie;
- facteurs comportementaux : lecture des étiquettes et habitudes d'utilisation de l'information, écoute des médias, comportement en matière de santé et de nutrition;
- facteurs démographiques : niveau de scolarité, occupation, caractéristiques familiales et culturelles;
- facteurs psychographiques : attitudes, croyances et valeurs en matière d'alimentation et de nutrition, traits de personnalité.
Idéalement, le profil des groupes cibles devrait être établi à partir de recherches menées à cette fin ou de données provenant de recherches antérieures. Un programme est d'autant mieux adapté aux besoins d'un segment défini de la population que le profil ou la description des groupes visés sont précis.
Aux fins du présent cadre stratégique, les groupes cibles visés par l'initiative d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel ont été divisés en deux grandes catégories :
- groupes primaires : sous-groupes du grand public segmenté selon certaines caractéristiques corroborées par des recherches;
- groupes secondaires : sous-groupes constitués d'intermédiaires en mesure d'informer les membres des groupes primaires sur l'étiquetage nutritionnel. Comme la stratégie de mise en oeuvre proposée comporte plusieurs étapes, la priorité doit être accordée aux groupes secondaires.
Figure ci-dessous une liste non exhaustive d'exemples de groupes cibles primaires et secondaires dans divers segments de population.
Groupes primaires - Consommateurs canadiens ou le public en général
Groupes primaires
| Segments |
Exemples |
| Sexe |
Hommes, femmes |
| Étapes de la vie |
Enfants d'âge scolaire, adolescents, adultes, personnes âgées |
| Langue, groupe ethnique, capacité de lecture |
Francophones, anglophones, autochtones, faible capacité de lecture |
| Niveau de scolarité |
Formation primaire, universitaire |
| Lecture des étiquettes |
Grands lecteurs, lecteurs moyens et petits lecteurs d'étiquettes; non-lecteurs |
| Régimes particuliers |
Canadiens et Canadiennes diabétiques, cardiaques, souffrant d'allergies ou d'intolérances |
| Autres catégories selon les données disponibles |
Recours aux médias; attitudes et comportement à l'égard de la nutrition |
Groupes secondaires - Intermédiaires
Segments (en ordre de priorité) :
- Alimentation, nutrition et diététique : professionnels/réseaux
Exemples:
Association canadienne d'économie familiale
Groupe fédéral-provincial-territorial sur la nutrition
Institut canadien de science et technologie alimentaire
Institut national de la nutrition
Les Diététistes du Canada (Fondation canadienne de la recherche en diététique)
Organisation pour l'éducation en nutrition
Société canadienne des sciences de la nutrition
- Consommateurs au supermarché Professionnels des affaires
Exemples:
Conseil canadien de la distribution alimentaire
Food Marketing Institute (membres canadiens)
Conseil canadien du commerce de détail
Retail Merchants Association of Canada
- Associations et fondations de l'industrie
Exemples:
Association canadienne de la distribution des fruits et légumes
Association canadienne des boissons gazeuses
Association canadienne des confiseries
Association canadienne des courtiers en alimentation
Association canadienne des fabricants de croustilles/grignotines
Association canadienne des fabricants de pâtes alimentaires
Association canadienne des restaurateurs et des services alimentaires
Association nationale canadienne des meuniers
Canada Porc (et associations provinciales)
Canadian Life Insurance Medical Officers Association
Centre d'information sur le boeuf
Commission canadienne du blé
Conseil canadien du thé
Conseil de la boulangerie du Québec
Conseil canadien du canola
Conseil oléicole international
Flax Council of Canada
Institut canadien du sucre
Institut Danone
Institut des aliments du Canada
L'Association canadienne de la boulangerie
L'Association de café du Canada
Le Conseil des viandes du Canada
Les Fabricants de produits alimentaires et de consommation du Canada
Les Producteurs de poulet du Canada
Les Producteurs laitiers du Canada (et associations provinciales)
Office canadien de commercialisation des oeufs
Office canadien de commercialisation du dindon
Ontario Soybean Growers' Marketing Board
- Autres professionnels de la santé
Exemples:
Association canadienne des hygiénistes dentaires
Association canadienne de santé publique
Association dentaire canadienne
Association des infirmières et infirmiers autochtones du Canada
Association des infirmières et infirmiers du Canada
Association médicale canadienne
Association pharmaceutique canadienne
Diabetes Educators
Le Collège des médecins de famille du Canada
Société canadienne d'allergie et d'immunologie clinique
Société canadienne de pédiatrie
- Communicateurs dans les médias
Exemples:
Conseil de la publicité
L'Association canadienne des radiodiffuseurs
Réseau éducation-médias
- Organismes intéressés à la santé, au mode de vie et au cycle de la vie
Exemples:
Association canadienne des individus retraités
Association canadienne de soins et services communautaires
Association canadienne des soins de santé
Association canadienne du diabète
Coalition of Principal Investigators of the Heart Health Initiative
Comité consultatif national de leadership en conditionnement physique
Conseil canadien des sciences et de la médecine du sport
Fondation des maladies du coeur du Canada (et fondations provinciales)
L'Association des consommateurs du Canada
La Société de l'ostéoporose du Canada
Le Conseil consultatif national sur le troisième âge
ParticipACTION
Société canadienne d'hypertension artérielle
Société canadienne de physiologie de l'exercice
Société canadienne du cancer
Pour que la stratégie de communication porte fruit, il faudrait avoir recours à une approche séquentielle des groupes cibles. Elle commencerait par les intermédiaires, qu'on inciterait à participer aux efforts d'éducation et d'information sur l'étiquetage nutritionnel auprès de leurs clients. Parmi les groupes secondaires, bon nombre de sous-groupes devraient être ciblés non seulement à titre de destinataires de l'information, mais également à titre de partenaires susceptibles de communiquer cette information aux groupes primaires, comme il en sera question plus loin.
Il serait bon, d'abord, de présenter un ou plusieurs messages principaux, conçus à l'intention de tous les groupes cibles, puis de les compléter par des messages d'appui adaptés aux besoins particuliers de chaque segment. De même, la stratégie d'éducation devrait tenir compte des objectifs, des moyens de communication et de la documentation adaptés à chaque segment des groupes cibles.
Figure à l'annexe IV un tableau mettant en corrélation des groupes cibles secondaires avec des segments de groupes cibles primaires, ainsi que des voies d'accès possibles pour rejoindre ces segments.
Stratégies en vue d'une initiative d'éducation intégrée en matière d'étiquetage nutritionnel
La présente section décrit les éléments stratégiques permettant d'élaborer une initiative d'éducation intégrée d'étiquetage nutritionnel, destinée à la mise en place et à l'intégration du nouveau système d'étiquetage nutritionnel du Canada. Parmi les éléments traités, notons la définition de grands buts et objectifs, la mise en place du système à court, à moyen et à long terme, la création et le maintien de partenariats, la préparation de messages ainsi que les voies de transmission de l'information et le matériel éducatif.
I. Buts et objectifs
L'objectif général de l'initiative d'éducation peut se définir comme la présentation efficace du nouveau système d'étiquetage nutritionnel aux Canadiens et Canadiennes et la fourniture d'un soutien éducatif continu favorisant son utilisation et son intégration. Des données de référence peuvent servir à fixer des buts précis et mesurables pour des segments de groupes cibles primaires quant aux changements de comportement qui reflètent une utilisation appropriée et l'assimilation de l'information nutritionnelle figurant sur les étiquettes en vue d'une alimentation saine. De même, il est possible de déterminer des buts pour les groupes cibles secondaires dans le cadre du partenariat multisectoriel proposé en vue de promouvoir le nouveau système d'étiquetage auprès des consommateurs. Enfin, on peut fixer des buts pour la participation active de secteurs précis ou de partenaires dans ces secteurs.
Les objectifs peuvent se définir comme des résultats intermédiaires conduisant à l'atteinte de l'objectif final de Santé Canada, c'est-à-dire permettre aux consommateurs de faire des choix alimentaires éclairés. Voici quelques éléments de changement de comportement (Keystone, 1996) :
- sensibilisation;
- acceptation ou motivation;
- compréhension;
- utilisation;
- intégration.
On peut établir des objectifs précis, mesurables pour la sensibilisation, l'acceptation et la compréhension du public (ou de segments de groupes cibles) à l'égard de l'étiquetage alimentaire. Par ailleurs, il serait possible de déterminer des objectifs en ce qui concerne la prise de conscience, l'acceptation et la compréhension de chacun des éléments figurant sur les étiquettes (liste d'ingrédients, allégations concernant la valeur nutritive, grosseur des portions, information sur la valeur nutritive, etc.). Une autre démarche consisterait à établir des objectifs pour chaque étape ou phase de la mise en oeuvre de l'initiative en fonction des résultats escomptés à chacune des phases (court terme, moyen terme et long terme).
Comme Santé Canada et ses partenaires multisectoriels se sont engagés à adapter le présent cadre d'éducation du public, on peut établir des objectifs précis qui guideront l'élaboration et la mise en oeuvre des plans de programme et qui serviront de base à l'évaluation du processus et de ses résultats.
II. Éléments de la stratégie de mise en oeuvre
A. Vue d'ensemble de la stratégie
On propose une stratégie séquentielle en quatre étapes pour la mise en oeuvre de l'initiative d'éducation intégrée en matière d'étiquetage, comme l'illustre le tableau ci-dessous.
Sommaire des phases de mise en oeuvre
Court terme
Pré-lancement (plusieurs mois)
sensibilisation (intermédiaires)
- Santé Canada à la direction/rôle d'animateur
- formation d'une alliance pour l'éducation en matière d'étiquetage
- information et préparation des intermédiaires (p. ex. trousse)
- élaboration et vérification des messages et du matériel pour des segments de groupes cibles primaires (évaluation formative)
- choix de partenaires pour la transmission de l'information
Court terme
Lancement (plusieurs mois)
sensibilisation (consommateurs)
- présentation du nouveau système au public par une campagne médiatique nationale (trousse de communication)
- campagne parrainée par Santé Canada, en collaboration avec des partenaires de plusieurs secteurs
Moyen terme
(1 à 2 ans après le lancement)
compréhension / acceptation / utilisation
- maintien de l'attention sur le sujet dans l'actualité par une couverture médiatique supplémentaire :
- incidence du nouvel étiquetage (enquête sur les tendances, évaluation des résultats)
- poursuite de la réforme de l'étiquetage (réexamen de la politique relative à l'étiquetage)
- constitution de bases de données pour assurer le suivi (processus et évaluation des résultats) :
- recherche sur l'utilisation et l'efficacité des étiquettes
- initiatives canadiennes d'éducation
- poursuite de l'élaboration, de la mise en oeuvre, de l'évaluation et de l'amélioration des programmes et du matériel ciblés
- évolution du partenariat jusqu'à admettre des partenaires non traditionnels pour la transmission de l'information
Long terme
(jusqu'à 5 ans après le lancement)
utilisation / intégration
- poursuite de la mise en oeuvre, de l'évaluation et de l'amélioration des programmes et du matériel
- poursuite du suivi et de l'évaluation
- examen périodique de la politique relative à l'étiquetage alimentaire
- intégration de l'information nutritionnelle dans des programmes élargis de saine alimentation et de vie active
- dissolution de l'alliance/remise en branle au besoin
La stratégie est conçue de telle sorte que l'initiative s'appuiera sur des cadres théoriques pertinents et les recherches touchant l'éducation nutritionnelle et la modification du comportement.
1. Phases de pré-lancement et de lancement
La phase de lancement se rapporte à la présentation du nouveau système d'étiquetage nutritionnel au public par une campagne nationale, parrainée par Santé Canada et menée en collaboration avec les partenaires multisectoriels. La campagne de lancement serait fortement médiatisée et comporterait des éléments étalés sur plusieurs mois.
Avant le lancement public, la phase de pré-lancement devrait comprendre :
- l'élaboration de matériel éducatif et de messages à l'intention des groupes cibles secondaires (c'est-à-dire les intermédiaires);
- l'information et l'éducation des groupes cibles secondaires;
- l'établissement de partenariats au fur et à mesure qu'on recrute des segments de groupes cibles secondaires pour être partenaires actifs dans l'éducation du public (c'est-à-dire des partenaires de transmission de l'information);
- l'élaboration et la vérification des messages et du matériel destinés à l'éducation des segments de groupes cibles primaires;
- le choix des voies de transmission des messages et du matériel à des segments du public;
- l'appariement de partenaires de transmission de l'information avec des segments de groupes cibles, de même que le repérage des lacunes et le choix de sources possibles (partenaires) pour combler ces vides.
La phase de pré-lancement, sous la direction de Santé Canada, devrait s'étendre sur une période de plusieurs mois. Le groupe d'intervenants qui a participé à la réunion de consultation organisée en mars 1998 par Santé Canada pourrait être réactivé pour servir de point de départ à la création de partenariats et l'établissement d'un consensus relativement aux messages et au matériel destinés aux groupes cibles secondaires.
2. Phases à moyen et à long terme
Le moyen terme couvrirait la période allant de la fin du lancement jusqu'à la fin de la première ou de la deuxième année, et le long terme s'étendrait jusqu'à cinq ans après le lancement. Idéalement, les événements seraient planifiés à court et à moyen terme afin d'assurer une couverture médiatique supplémentaire et de garder le nouvel étiquetage nutritionnel bien présent dans l'esprit du public. On pourrait, par exemple, faire part des résultats d'un sondage sur l'incidence du nouvel étiquetage nutritionnel (Nutrition : évolution et tendances, Institut national de la nutrition, etc.) et annoncer d'autres examens de la politique en matière d'étiquetage ou modifications dans le cadre du processus de réforme de l'étiquetage (allégations relatives aux effets sur la santé, aliments fonctionnels, aliments nouveaux, etc.).
À long terme, Santé Canada et ses partenaires devraient poursuivre la mise en oeuvre, l'évaluation et la modification des programmes et du matériel d'éducation en matière d'étiquetage. Finalement, l'éducation en matière d'étiquetage devrait être étendue à tous les programmes portant sur les aliments, la nutrition et la saine alimentation. On devrait envisager d'intégrer l'information inscrite sur l'étiquette, comme élément d'une saine alimentation, dans une initiative plus vaste de promotion d'une saine alimentation et de l'activité physique comme les programmes VITALITÉ ou de la condition physique et de la vie active de Santé Canada. Il est essentiel d'assurer le suivi et l'évaluation de l'initiative d'éducation, de même que l'examen périodique de la politique à l'égard de l'étiquetage alimentaire.
B. La stratégie de partenariat
La stratégie de partenariat fait la promotion de la collaboration multisectorielle, considérée comme un élément clé de la stratégie de mise en oeuvre de l'initiative d'éducation intégrée en matière d'étiquetage nutritionnel. On a de plus en plus recours à la collaboration pour la conception et la mise en place d'interventions nutritionnelles. Le succès de ce genre de démarche repose sur la participation et l'engagement des intervenants. Un élément essentiel de cette stratégie de partenariat tient à l'approche fondée sur la ration alimentaire totale pour les gens bien portants, qui devrait servir de fondement au travail des partenaires.
1. Phases de pré-lancement et de lancement
Comme il a déjà été souligné dans l'aperçu de la stratégie, les organisations qui ont participé à la réunion de consultation sur l'étiquetage nutritionnel, organisée par Santé Canada en mars 1998, seraient probablement intéressés à faire partie d'une alliance pour améliorer l'éducation en matière d'étiquetage alimentaire. D'ailleurs, ces organisations ont déjà manifesté leur intérêt en prenant part au processus le printemps dernier. Elles ont une bonne connaissance des dossiers et bon nombre d'entre elles ont déjà vécu des expériences heureuses de collaboration ayant trait à d'autres questions nutritionnelles complexes.
Santé Canada a déjà entrepris le processus de révision de l'étiquetage nutritionnel en organisant diverses consultations intersectorielles. En partenariat avec Les Diététistes du Canada, Santé Canada a entrepris une tournée régionale afin de faire part des derniers développements aux intervenants potentiels et d'amorcer un dialogue multisectoriel dans six régions du pays. Étant donné son rôle de chef de file, Santé Canada pourrait jouer celui d'animateur au moment de la mise en service et de la coordination de l'alliance. L'un des rôles de l'animateur serait de soutenir l'esprit d'initiative qui émerge de l'alliance. L'animateur devrait également s'assurer que tous les partenaires intéressants ont été approchés et qu'ils sont bien représentés et que tous » adhèrent « au projet. On doit définir les avantages potentiels pour chacun des partenaires afin de favoriser leur pleine participation.
Ce type d'alliance constitue un processus fluide qui mènera éventuellement au recrutement de nombreux autres partenaires (publics, privés et organisations sans but lucratif), y compris d'organisations qui ne sont pas traditionnellement liées à l'étiquetage ou à l'alimentation et à la nutrition.
L'autonomie des représentants qui participent à l'alliance revêt aussi une importance considérable. Ceux-ci doivent avoir le pouvoir de prendre des décisions au nom de leur organisme afin d'assurer un déroulement efficace.
- Mandat, buts et objectifs
Au début du processus, il est nécessaire d'articuler une vision commune à laquelle pourront collaborer divers partenaires. Plus le nombre d'organisations faisant partie de l'alliance sera élevé, plus il sera crucial de partager les buts et les objectifs. D'ailleurs, il sera plus facile d'évaluer la réussite de l'entreprise à partir d'objectifs structurés, bien définis. En effet, des objectifs précis de projet réduiront d'autant la possibilité de diluer et de rendre inopérante la raison d'être même de l'alliance. De plus, des succès modestes sont préférables à des échecs et contribuent souvent à solidifier le partenariat.
On devra définir des produits à court terme et des résultats à long terme. L'alliance devra également se préoccuper des messages et des outils. Il faudra aussi s'entendre sur l'objet, la portée et les pouvoirs actifs de décision.
- Communication
Un partenariat efficace tient à deux formes de communications : la communication de planification et de gestion et la communication promotionnelle.
La communication de planification et de gestion garde les destinataires informés et concentrés sur les choses à venir, les initiatives, les progrès et les réussites. À cette fin, un système de communication électronique pourrait être mis au point comme moyen de communication pour les partenaires. Pour sa part, la communication promotionnelle est orientée vers la promotion et la sensibilisation, de même que vers les initiatives entreprises en vue de modifier le climat social.
- Considérations spéciales
Une fois que l'alliance se sera entendue sur les orientations clés, il faudra créer un groupe de travail distinct pour assurer l'élaboration de stratégies appropriées spécialement adaptées à la population canadienne-française.
2. Phases à moyen et à long terme
À titre d'animateur, Santé Canada devrait jouer un rôle clé dans le remplacement des partenaires qui se retireront et dans le recrutement de nouveaux. L'alliance évoluerait pour intégrer éventuellement des partenaires provenant de divers secteurs extérieurs au domaine alimentaire et nutritionnel traditionnel, partenaires qui seraient en mesure de communiquer l'information sur l'étiquetage nutritionnel aux consommateurs. Ce type de démarche exigerait une direction énergique de la part de l'animateur afin que les membres de l'alliance soient bien renseignés et participent activement.
L'alliance multisectorielle pourrait alors continuer à voir aux besoins de recherche et de collecte de données. Selon des données récentes, elle pourrait déceler les lacunes de la stratégie d'éducation et proposer des mesures afin d'améliorer les efforts multisectoriels visant à atteindre chacun des segments du groupe cible primaire. On pourrait former des groupes de travail ou des commissions d'étude au sein du partenariat élargi afin qu'ils se penchent sur des sujets particuliers.
Le but ultime de l'initiative d'éducation est de faire en sorte que l'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel s'intègre avec le temps au contexte plus vaste de la saine alimentation et de la vie active. Si jamais cela se produit, Santé Canada devrait alors mettre fin à l'alliance, laquelle pourrait être remise en branle au besoin selon les contextes législatif ou environnemental ou dans le cadre d'un réexamen de l'étiquetage nutritionnel.
C. Stratégie relative aux messages
Les principaux messages destinés à tous les groupes cibles devraient faciliter la sensibilisation au nouvel étiquetage nutritionnel et la connaissance des éléments clés relatifs au mode de présentation ou à la terminologie, qui aideront les Canadiens et Canadiennes à reconnaître l'étiquetage et à le voir comme un outil potentiellement utile.
Les messages d'appui devraient se fonder sur les principes établis par les partenaires et être adaptés aux besoins des différents segments du public. Les messages d'appui pourraient ensuite être adaptés à certains éléments de l'étiquetage (grosseur des portions, allégations concernant la valeur nutritive, mode d'utilisation et d'application de l'information nutritionnelle et de la liste d'ingrédients, etc.) ou à des éléments relatifs aux changements de comportement (sensibilisation, acceptation, compréhension, utilisation et intégration, etc.) en lien avec l'information figurant sur les étiquettes. On devrait aussi avoir recours à plusieurs stratégies de renforcement afin de favoriser la communication de messages cohérents.
Les messages principaux pourraient porter davantage sur l'information (connaissances déclaratives), tandis que les messages d'appui pourraient faire à la fois la promotion de l'information et du développement des habiletés (connaissances procédurales).
On recommande de considérer les principes suivants au moment de la rédaction des messages visant à soutenir l'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel :
- Le terme » étiquetage alimentaire « peut être préférable à celui d'» étiquetage nutritionnel « afin de tenir compte de tous les éléments pertinents d'information figurant sur l'étiquette (non seulement ceux qui concernent la valeur nutritive). Dans le même ordre d'idées, il faudrait mener des enquêtes auprès des consommateurs pour vérifier la perception de l'expression » allégations concernant la valeur nutritive « par rapport à des » termes descriptifs «, parce que le mot » allégations « pourrait susciter des réticences parmi les consommateurs ou donner lieu à une certaine confusion avec les allégations relatives aux effets sur la santé. Les enquêtes auprès des consommateurs devraient servir à déterminer la meilleure terminologie à utiliser dans le cadre de l'initiative d'éducation.
- Tous les messages devraient être vérifiés auprès des consommateurs pour ce qui est de la clarté, de la pertinence, de l'acceptation et de la compréhension et être le fruit d'un consensus parmi les partenaires de l'initiative d'éducation afin d'assurer une communication cohérente avec le public.
- Le nouvel étiquetage nutritionnel devrait être présenté comme une excellente nouvelle pour les Canadiens et Canadiennes, et les messages devraient renforcer la responsabilité personnelle quant aux choix alimentaires, tout en associant les aliments à la nutrition et à la santé.
- Les messages principaux et les messages d'appui devraient tous faire mention des avantages découlant du nouvel étiquetage nutritionnel pour les Canadiens et Canadiennes, tout en les convainquant que celui-ci constitue un atout (information plus pertinente, termes descriptifs définis par la réglementation gouvernementale, etc.).
- Les messages devraient renforcer la confiance des consommateurs à l'égard de l'information et indiquer des sources de renseignements supplémentaires (numéro de téléphone sans frais, adresse Web, etc.).
- Dans la mesure du possible, les messages devraient comporter des exemples positifs (éléments nutritifs à consommer en plus grande quantité, non seulement ceux à ingérer en quantité moindre; prévention des maladies, non seulement le traitement des maladies, etc.) et faire part de la polyvalence et de la diversité des choix alimentaires plutôt que d'être uniquement prescriptifs.
- Les messages devraient aider les consommateurs à se fier à leur capacité de comprendre l'information et ne devraient pas les intimider ni les décourager parce que l'information leur apparaît complexe.
- Les messages sur la grosseur des portions peuvent constituer la meilleure occasion d'éducation et de changement positif de comportement.
D. Moyens de communication et matériel
Tous les moyens de communication de messages devraient être envisagés comme moyen potentiel de transmission de l'information relative à l'étiquetage nutritionnel auprès des Canadiens et Canadiennes. Les canaux classiques de transmission des messages ayant trait à la nutrition ou à la santé ont été énumérés dans les publications (Keystone, 1996). Toutefois, la liste devrait être spécialement adaptée à l'initiative d'éducation canadienne en matière d'étiquetage nutritionnel.
Voici quelques exemples de moyens de communication de messages qu'il faudrait explorer attentivement afin d'analyser leurs rôles possibles dans la transmission de l'information relative à l'étiquetage nutritionnel :
- médias (p. ex. radio, télévision, revues, journaux, sites Web, publipostage, panneaux-réclames, affiches dans les transports en commun);
- particuliers (p. ex. systèmes et fournisseurs de soins de santé);
- groupes (p. ex. réseau scolaire, lieux de travail, équipes sportives, installations de loisirs, divertissement en vol, chaînes de cinéma);
- organismes (p. ex. centres commerciaux, supermarchés, restaurants, bibliothèques, librairies, expositions sur la santé, organismes et services gouvernementaux).
Il est à noter qu'en combinant une partie ou l'ensemble de ces moyens, on obtiendra probablement plus de résultats que si l'on utilise un seul d'entre eux. Les médias peuvent être une façon efficace de présenter un message, de fournir des connaissances, de modifier des attitudes ou de renforcer un comportement, tandis que les interventions interpersonnelles peuvent être plus efficaces lorsqu'il s'agit d'enseigner un comportement ou d'en encourager l'adoption.
Les décisions relatives au choix des moyens les plus appropriés pour atteindre certains segments de groupes cibles devront être fondées sur une compréhension exhaustive des groupes cibles primaires et secondaires. Il en va de même pour les décisions relatives à la présentation du matériel, qui conviendront le mieux aux moyens de communication et aux messages (Annexe IV). Une étape essentielle à l'élaboration des messages et du matériel sera leur vérification préalable minutieuse auprès des consommateurs pour s'assurer que les messages seront reçus, compris, acceptés, utilisés et appliqués par le groupe cible.
Voici quelques exemples de matériel éducatif clé qu'il faudra élaborer afin d'appuyer l'initiative d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel au cours des différentes phases :
- Pré-lancement - matériel éducatif à transmettre aux intermédiaires par divers moyens : conférences, exposés, expositions, publications, publipostage ciblé, groupes de discussion sur Internet, sites Web, pour les informer sur le nouvel étiquetage et les préparer à leur rôle d'informateur et d'éducateur auprès des groupes cibles.
- Lancement - trousse de communication comprenant des communiqués ciblés et des articles prêts à photographier, de même que des exemples de matériel éducatif clé à l'intention des consommateurs et des listes de porte-parole; matériel éducatif à utiliser par des segments de groupes cibles primaires; matériel à utiliser par les consommateurs suivant les conseils d'intermédiaires comme des professionnels de la santé ou de l'éducation; autres types de matériel à l'intention des consommateurs, mais sans l'intervention d'intermédiaires. Il est recommandé, dans le cadre de la campagne de lancement, d'associer un slogan ou un symbole au nouvel étiquetage.
- Moyen terme - amélioration et élaboration continues de matériel éducatif ciblé par les partenaires de l'alliance; recherche de nouveaux usages possibles du mode de présentation de l'information nutritionnelle (promotion du mode de présentation utilisé sur les étiquettes pour communiquer l'information concernant la valeur nutritive de certains aliments dans les recettes et les menus, etc.).
- Long terme - amélioration continue du matériel fondée sur les résultats de l'évaluation, y compris les commentaires des groupes cibles; institutionnalisation ou intégration finale de l'information sur l'étiquetage nutritionnel dans tout le matériel et tous les programmes pertinents d'éducation en matière d'alimentation, de nutrition et de santé.
On suggère de préparer une trousse complète d'information en matière d'étiquetage à l'intention des intermédiaires afin qu'ils appuient l'initiative d'éducation et encouragent la transmission de messages cohérents. Toute la documentation de la trousse devrait faire l'objet de vérifications préalables tout au long de sa conception et s'appuyer sur le consensus établi par l'alliance. La trousse pourrait être modelée sur la trousse éducative du programme Qui lit bien mange mieux produite par l'Institut national de la nutrition en 1994 (NIN, 1994b) et comprendre :
- une brochure de base ou une feuillet d'information présentant le nouvel étiquetage;
- des pièces ciblées, adaptées aux besoins des sous-groupes de consommateurs;
- des articles prêts à photographier, des messages publicitaires et des annonces destinés à divers usages;
- des éléments visuels sur disquette et des points clés à utiliser pendant les exposés ou les cours donnés à des groupes spéciaux.
Stratégies d'évaluation
L'initiative d'éducation intégrée en matière d'étiquetage nutritionnel proposée dans le présent document se prête bien à une grille d'évaluation structurée en quatre volets, soit l'évaluation formative, l'évaluation du processus, des résultats et de l'incidence (NIH, 1992; Rosenthal, 1999). Cette grille d'évaluation devrait également servir à évaluer les partenariats de collaboration établis dans le cadre de cette initiative (Rosenthal, 1999).
Suit une brève description de chaque volet, accompagnée d'exemples de mesures susceptibles d'application pour évaluer l'initiative.
I. Évaluation formative
L'évaluation formative comprend la raison d'être d'un programme ou la théorie qui sous-tend une initiative, de même que les enquêtes préalables, et elle est conçue de façon à permettre l'évaluation de différents éléments comme les stratégies, les messages et le matériel élaborés avant la mise en oeuvre de l'initiative. Il faudrait apporter des modifications après chaque étape pour s'assurer que toute nouvelle application fait l'objet d'une vérification complète.
Une enquête préalable approfondie, menée auprès des consommateurs, s'impose avant l'adoption du nouveau système d'étiquetage. Cette étape est essentielle puisqu'il sera difficile d'apporter des modifications une fois le système mis en place. Les messages, les stratégies et les tactiques utilisés pour éduquer les consommateurs sont susceptibles d'être modifiés à la lumière des résultats de l'évaluation; par contre, le système d'étiquetage en soi est difficilement modifiable. Ainsi, une évaluation formative minutieuse maximisera les chances de réussite d'un programme ou d'une activité.
II. Évaluation du processus
L'évaluation du processus vise à vérifier l'efficacité du programme, tant sur les plans des méthodes et de l'administration que sur le plan de l'organisation. La réception d'information constitue une variable de l'évaluation du processus et, parmi les mesures possibles, notons le nombre de personnes rejointes, le nombre de personnes qui saisissent une occasion (demandent de l'information, visitent un site Web, remplissent un formulaire, etc.) ou encore des réactions particulières ou des commentaires sur un sujet (le nouvel étiquetage, etc.).
L'évaluation du processus de collaboration lui-même pourrait porter sur la capacité d'obtenir des résultats, les buts fixés, les modalités de fonctionnement et leur mise en place, ainsi que sur les mécanismes prévus pour récompenser la collaboration entre partenaires.
III. Évaluation des résultats
L'évaluation des résultats comprend des données descriptives sur les résultats à moyen terme ou sur la valeur d'un programme par rapport à son incidence sur les groupes cibles, les politiques, les systèmes et les ressources, ainsi que sur la collaboration des organismes membres. Elle tient compte également des réalisations avant et après l'intervention ou elle établit des comparaisons entre un groupe d'intervention et un groupe témoin. Parmi les mesures typiques de résultats, notons les changements observés dans les connaissances, les attitudes, les intentions et les initiatives (pourcentage ou description des membres de groupes cibles prenant part à une activité, etc.). On pourrait se servir de l'enquête de l'INN intitulée Nutrition : évolution et tendances pour connaître les éléments de l'étiquette qui intéressent les Canadiens et Canadiennes.
L'évaluation des résultats peut également servir à examiner l'efficacité ou la pertinence de certaines tactiques ou de certaines stratégies. Il faudrait constituer des bases de données pour suivre la recherche, quelle qu'en soit la source, sur l'utilisation et l'efficacité des différents éléments de l'étiquette et sur les programmes d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel au Canada et le matériel utilisé. Le Réseau canadien de la santé constituerait l'organisme par excellence pour ce dernier point.
L'évaluation des résultats de la collaboration elle-même consisterait à vérifier si les organisations partenaires ont atteint ou non les objectifs qu'ils s'étaient fixés en ce qui a trait à la croissance et au changement organisationnels par suite de leur collaboration et à voir si la collaboration a amélioré leur fonctionnement, leurs connaissances, leurs habiletés, leurs ressources ou leur impact sur la clientèle.
IV. Évaluation de l'impact
L'évaluation de l'impact porte sur l'ensemble des résultats à long terme d'un programme et sur les changements qui en résultent sur le plan de la nutrition ou de la santé. Comme il n'existe pas de système national de surveillance en nutrition, la faisabilité d'une évaluation de l'impact est discutable.
Ainsi, l'évaluation à court terme porterait sur l'évaluation formative et l'évaluation du processus, tandis que l'évaluation à moyen terme porterait à la fois sur l'évaluation du processus et celle des résultats. Enfin, il serait peut-être souhaitable de mettre en place un système de suivi continu pour évaluer les résultats à long terme de l'initiative d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel.
Recommendations
Les recommandations suivantes doivent être examinées dans le contexte du cadre stratégique décrit dans le présent document.
- Santé Canada devrait instaurer, coordonner et promouvoir une initiative d'éducation intégrée en matière d'étiquetage nutritionnel, fondée sur la collaboration et réalisée en plusieurs étapes.
L'initiative d'éducation devrait se réaliser avec l'appui et la collaboration d'un large éventail de secteurs tout au long des processus de planification, de mise en oeuvre et d'évaluation. Cette initiative devrait reposer sur des théories reconnues d'éducation en matière de nutrition et de modification du comportement et utiliser, au besoin, les méthodes de communication en santé et de marketing social, axées sur le consommateur, surtout en ce qui concerne la segmentation des groupes cibles et les enquêtes préalables auprès des consommateurs.
- Pour que le nouvel étiquetage nutritionnel soit un franc succès, l'initiative d'éducation doit reposer sur la collaboration multisectorielle.
Santé Canada devrait continuer à former des partenariats et en assurer la coordination afin de promouvoir l'engagement de divers secteurs dans l'initiative d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel et faciliter leur participation . Il est essentiel d'obtenir la collaboration des partenaires dès le début du processus de planification afin d'établir un consensus sur les messages et les autres éléments de la stratégie de mise en oeuvre. L'approche fondée sur la ration alimentaire totale devrait servir de base au travail des partenaires.
On pourrait commencer par communiquer avec les représentants des parties intéressées qui ont assisté à la séance de consultation organisée par Santé Canada en mars 1998 et les inviter à former une alliance pour l'éducation en matière d'étiquetage des aliments. Le rôle de l'alliance consisterait, entre autres, à encourager les fondations, les organisations et les organismes qui financent l'élaboration de programmes, la recherche, l'évaluation et la remise de prix dans le domaine de la nutrition et de l'alimentation à faire des projets liés à l'étiquetage nutritionnel leur priorité pour une période de trois à cinq ans.
- Les enquêtes menées auprès des consommateurs devraient constituer la base de l'initiative d'éducation.
Les enquêtes menées auprès des consommateurs sont nécessaires à plusieurs égards : pour recueillir, avant l'adoption du nouveau système d'étiquetage nutritionnel, des données de base sur l'utilisation des étiquettes et la compréhension de l'information qui y est présentée; pour segmenter les groupes cibles et en dresser le profil afin de planifier les programmes et le matériel d'éducation, notamment en vue de garantir une utilisation efficace des ressources; pour vérifier, auprès des groupes cibles, au moyen d'enquêtes préalables approfondies, tous les principaux messages et le matériel en cours d'élaboration. Parmi les principaux éléments qui méritent une vérification préalable, notons l'expression étiquette des produits alimentaires par rapport à étiquette nutritionnelle et l'expression allégation concernant la valeur nutritive par rapport à des termes descriptifs.
- La stratégie d'évaluation doit comporter des systèmes de contrôle
Il est nécessaire d'intégrer des systèmes de contrôle à la stratégie d'évaluation pour diverses raisons : connaître les éléments de l'étiquette qu'utilisent les Canadiens et Canadiennes (pour ce faire, on pourrait utiliser l'enquête de l'INN, intitulée Nutrition : évolution et tendances); connaître les questions que se posent les consommateurs sur le nouvel étiquetage et leurs réactions à son égard (pour ce faire, Santé Canada pourrait offrir une ligne téléphonique sans frais et un service d'information sur Internet); constituer des bases de données de recherche, quelle qu'en soit la source, sur l'utilisation des étiquettes et leur efficacité (Santé Canada pourrait s'en charger); créer des bases de données sur les programmes d'éducation en matière d'étiquetage nutritionnel et le matériel utilisé (le Réseau de la santé constituerait l'organisme par excellence pour se charger de cette tâche).
- L'information sur l'étiquetage nutritionnel devrait être intégrée dans un contexte élargi.
Dans le cadre d'une stratégie à long terme, Santé Canada et ses partenaires multisectoriels devraient examiner la possibilité d'intégrer l'information figurant sur l'étiquetage nutritionnel ou sur l'étiquetage des produits alimentaires à toutes les activités et à tous les programmes d'éducation et de communication en matière de nutrition et de vie active. Il faudrait évaluer les possibilités de collaboration aux programmes VITALITÉ ou au programme de la condition physique et de la vie active de Santé Canada.
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Annexes
Annexe I
Grille de modification du comportement
| |
Élément du comportement: Sensibilisation |
Élément du comport- ement: Motivation |
Élément du comport- ement: Habiletés |
Élément du comportement: Environnement |
Élément du comport- ement: Soutien social |
Élément du comport- ement: Politique |
| Voies d'accès dans la communauté : Médias |
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| Voies d'accès dans la communauté : Écoles |
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| Voies d'accès dans la communauté : Soins à l'enfant |
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| Voies d'accès dans la communauté : Programmes d'aide alimentaire |
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| Voies d'accès dans la communauté : Lieux de travail |
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| Voies d'accès dans la communauté : Églises |
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| Voies d'accès dans la communauté : Groupes communautaires |
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| Voies d'accès dans la communauté : Supermarchés |
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| Voies d'accès dans la communauté : Restaurants |
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| Voies d'accès dans la communauté : Marchés |
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| Voies d'accès dans la communauté : Cabinets de médecins |
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| Voies d'accès dans la communauté : Établissements de santé |
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Source: Keystone 1996
Annexe II
Éléments d'une collaboration multisectorielle intégrée
Caractéristiques
- Partenariats dans la communauté, coalitions, (quelques) consortiums
- Travail entre organisations, institutions et secteurs pour élaborer des approches globales de planification, de promotion et de création de ressources
- Accent sur le changement social, la prise en charge personnelle, l'élaboration dans la communauté d'approches globales favorisant le partage de préoccupations et de domaines
- Partage de problèmes qui favorise la création de liens entre les intervenants
- Problèmes touchent tous les participants et ne peuvent être réglés efficacement par un seul groupe
- Composition variée : divers types d'organisations, d'institutions, de secteurs; parfois, des particuliers
- Intégration des différents points de vue qui influe sur tous les processus et toutes les décisions
- Mise en place d'une structure centrale de régie pour voir à la coordination du travail fait par un nombre élevé d'intervenants
- Activités : planification, organisation dans la communauté, promotion, élaboration de programmes communautaires et éducation du public
- Durée : horizon à long terme; intégration d'initiatives discrètes et à court terme
Avantages
- Construction d'un capital social et de moyens
- Approche axée sur la prise en charge
- Négociation des différences qui conduit à des idées nouvelles et à des approches globales
Obstacles à l'efficacité
- Cohésion limitée : non-participation d'intervenants importants
- Perte de la représentativité et de la responsabilité à l'égard des commettants
- Impossibilité de faire consensus sur les grandes questions
Applications et exemples
- Communautés en santé
- Coalition sur la sécurité alimentaire
- 5 A Day for Better Health
- Source: Rosenthal 1998
Annexe III
Étapes de développement de la collaboration et tâches
Pré-formation
- Déterminer si les conditions de collaboration existent : attitude positive à l'égard de la coordination, reconnaissance du besoin de coordination, connaissance des partenaires éventuels, évaluation de la compatibilité et du désir de collaboration; capacité de maintenir des liens
- Repérer les intéressés et évaluer si la collaboration fera progresser les intérêts de chacun des organismes, aidera les clients ou permettra de développer les connaissances grâce à l'innovation
- Analyser le milieu pour connaître les alliés, les concurrents, les défis et les occasions favorables
- Faire le point sur la capacité organisationnelle et la compatibilité des partenaires éventuels
Formation
- Organiser la collaboration
- Recruter des membres; obtenir des engagements de la part du groupe principal
- Établir une structure; déterminer les objectifs et les stratégies
- Préciser les relations de travail et les mécanismes de responsabilité
- Arriver à s'entendre sur le domaine, l'idéologie, l'administration et l'évaluation
- Élaborer une idéologie ou un cadre de référence commun
Mise en oeuvre
- Évaluer les besoins et les points forts du groupe
- Élaborer et mettre en oeuvre un plan d'action
- Lancer le projet
- Évaluer les résultats préliminaires et les progrès réalisés en vue de déterminer les étapes suivantes
- Établir la structure des comités; préciser les modalités d'exécution; développer des ressources et des activités pour entretenir la collaboration entre les membres
- Chercher un équilibre en établissant un consensus sur l'évolution de la mission et du travail de collaboration
- Recruter et engager du personnel; préparer des contrats et des sous-contrats; créer et vérifier des protocoles pour assurer le respect des obligations contractuelles
Maintien/Réalisation
- Poursuivre le travail; soutenir le développement interne tout en progressant vers les objectifs fixés
- Gérer les tensions dynamiques; s'ajuster à mi-parcours; surmonter les obstacles opérationnels et circonstanciels
- Tenir les membres au courant et stimuler leur participation; confirmer ou modifier les objectifs, les activités et les stratégies; remplacer certains membres ou recruter des personnes supplémentaires en vue d'entreprendre de nouveaux projets ou élargir la représentation
- Trouver des créneaux dans un contexte organisationnel plus vaste; continuer à mobiliser les ressources nécessaires
- Procéder à des tâches de développement interne : revoir et réviser au besoin les ententes relatives au travail et aux modalités de collaboration; déterminer, maintenir et reconstituer les ressources; entretenir la culture de collaboration et les convictions communes en vue de consolider la loyauté des membres
- Être conscient de l'influence toujours présente, sur la collaboration elle-même et sur certains membres, des relations externes avec les alliés, les adversaires et les cibles de changement social
Fin/Transformation
- Mener le projet à terme, réaliser les objectifs, innover
- Trouver des applications secondaires et « institutionnaliser » le projet de façon indépendante
- Dissoudre le groupe ou le transformer en organisation permanente
- Source: Rosenthal 1998
Annexe IV
Tableau de groupes cibles et de voies d'accès
| Groupes cibles secondaires (intermédiaires) |
Groupes cibles primaires (consommateurs) |
Exemples de voies d'accès |
| Professionnels de l'alimentation, de la nutrition et de la diététique |
- Patients/clients à la diète
- Segments de consommateurs (sensibilisés à la nutrition, lecteurs ou non lecteurs d'étiquettes) |
Système de santé
Supermarchés (tournées, étalages, publications),
Médias |
| Professionnels dans les supermarchés |
- Consommateurs dans les épiceries (surtout les femmes)
- Lecteurs d'étiquettes |
Supermarchés, médias |
| Associations de l'industrie |
- Tous les Canadiens
- Enfants d'âge scolaire
- Consommateurs |
Système d'éducation, supermarchés, médias, restaurants
Publicité sur les aliments |
| Professionnels de la santé |
- Patients clients à la diète
- Autres patients clients |
Système de santé (counseling, information dans les salles d'attente, bulletins et autres publications, matériel publicitaire d'accompagnement dans les trousses à médicaments, expositions sur la santé) |
| Communicateurs dans les médias |
- Utilisateurs de médias; hommes, femmes
- Sous-groupes : ethnie, langue, scolarité, capacité de lecture |
Médias (télé, radio;
revues, livres, brochures; panneaux-réclame, journaux, Internet, sites Web, affiches dans les transports en commun)
Bibliothèques, librairies |
| Organismes intéressés à la santé, au mode de vie, au cycle de la vie |
- Tous les Canadiens
- Patients clients à la diète (familles)
- Personnes âgées
- Adultes
- Adolescents
- Athlètes |
Établissements de santé, organisations de services communautaires, supermarchés, programmes d'aide alimentaire, publications de groupe, équipes sportives, installations de loisirs |
| Agences de publicité et de relations publiques |
- Tous les Canadiens exposés à la publicité, aux médias, à Internet
- Voyageurs dans les avions, membres de centres de culture physique et de santé, clients des cinémas |
Industrie, organisations non gouvernementales, médias, supermarchés, installations de loisirs, revues dans des avions, divertissement en vol, panneaux-réclame, affiches dans les transports en commun |
| Éducateurs |
- Enfants d'âge scolaire et leurs parents
- Adultes participant à des cours de formation continue |
Réseaux scolaires, lieux de travail |
1. Au Canada, les allégations concernant la valeur nutritive sont bien réglementées depuis un certain temps et les allégations relatives aux effets sur la santé ne sont pas autorisées.
2. Aux États-Unis, les génériques « étiquette de produits alimentaires » (food label) et « étiquetage des produits alimentaires » (food labelling) sont d'usage plus courant que les expressions « étiquette nutritionnelle » et « étiquetage nutritionnel ». En vertu de la NLEA, l'étiquetage des produits alimentaires comprend les éléments suivants : le tableau de renseignements nutritionnels, intitulé « Nutrition Facts », les allégations concernant la valeur nutritive, les allégations relatives aux effets sur la santé et la liste des ingrédients (US Government, 1993).
3. CAC / Gl 2-1985