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Vingt-trois groupes types se sont réunis du 19 au 22 juillet 2004, dans sept villes du Canada. La recherche visait les objectifs suivants : comprendre les effets possibles de l'enrichissement facultatif sur le comportement des consommateurs; déterminer si ces derniers sont généralement favorables ou réfractaires à l'enrichissement facultatif et quelle perception ils ont du rôle que Santé Canada devrait jouer sur ce plan.
Les objectifs précis de la recherche étaient les suivants :
Les lieux où se sont déroulés les tests et les caractéristiques des participants étaient les suivants :
| Population générale | SSE faible* | SSE élevé** | Personnes âgées | Parents | Adol. | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| St John's, Terre-Neuve | 10 quelques représentants du milieu rural | 9 | ||||
| Trois-Rivières | 4 quelques représentants du milieu rural et de la catégorie de gens ayant un SSE faible | 8 | ||||
| Montréal | 9 | 9 | 8 | 9 | 7 | 7 |
| Toronto | 9 | 7 | 8 | 10 | 8 | 6 |
| Winnipeg | 10 quelques représentants de la population autochtone | 10 quelques représentants de la population autochtone | ||||
| Calgary | 10 | 6 | ||||
| Vancouver | 9 | 9 | 8 | |||
*SSE faible : Statut socio-économique faible - Situation de ceux dont le revenu du ménage est de 30 000 $ ou moins et qui ont au plus un diplôme d'études secondaires.
** SSE élevé : Statut socio-économique élevé - Situation de ceux dont le revenu du ménage est supérieur à 50 000 $ à Montréal, et à 75 000 $ à Toronto, et qui possèdent au moins un diplôme d'études universitaires.
Les participants ont pris part à une discussion dirigée sur les choix alimentaires, sur l'enrichissement alimentaire en général et sur l'enrichissement facultatif. L'animateur a suivi un guide et enchaîné les thèmes et les questions en se fondant sur les réponses du groupe liées aux objectifs de la recherche.
Trois animateurs ont dirigé les discussions : un en français à Trois-Rivières et à Montréal, un à Winnipeg et dans les provinces de l'Ouest, et un à St John's et à Toronto.
En substance, les participants ont adhéré à l'idée d'un enrichissement des aliments à la discrétion des fabricants, sous réserve que Santé Canada fixe des limites quant aux nutriments et aux quantités autorisés. On peut parler dans ce cas d'appui conditionnel. Autrement dit, avant d'accepter la politique, les participants voulaient être renseignés sur un certain nombre de points :
Même si des réponses étaient apportées à ces questions, les participants ont indiqué qu'il est très probable que l'enrichissement facultatif ne changerait pas profondément leurs habitudes actuelles d'achat alimentaire. Autrement dit, ces derniers ont fait savoir qu'ils entendaient continuer de tenir compte de facteurs tels que le sel, le « gras », le sucre, l'apport calorique, le goût et le coût, lorsqu'ils font leurs choix alimentaires, avant de prendre en considération les éléments nutritifs ajoutés, même s'il se trouve qu'ils doivent être spécifiquement attentifs à l'intégration d'une vitamine ou d'un minéral précis dans leur alimentation. De plus, s'ils avaient besoin de vitamines et de minéraux, ils se tourneraient d'abord vers leurs sources habituelles, notamment, les fruits, les légumes et les suppléments de vitamines et de minéraux. Le fait que les participants aient exprimé l'intention de demeurer fidèles aux critères qui guident leurs choix actuels montre qu'actuellement, la plupart ne cherchent pas expressément à se procurer des aliments enrichis sur le marché.
Il est important de signaler que certains ne sont manifestement pas favorables à la politique ou, à tout le moins, considèrent qu'il y a lieu de se montrer extrêmement prudent face à cette question. Ces personnes ont fait état de questions idéologiques soulevées par la politique, par exemple le fait que Santé Canada devrait investir dans la promotion d'une alimentation plus saine plutôt que dans l'enrichissement facultatif, ou du moins, entreprendre de diffuser des messages à caractère éducatif percutants, qui situent l'enrichissement alimentaire dans le contexte global de l'alimentation (qui soulignent par exemple qu'un aliment emballé enrichi n'est pas nécessairement le choix alimentaire le plus sain).
D'autres considérations idéologiques ont été évoquées : l'inquiétude suscitée par une altération excessive des aliments; le message réel qu'envoie un enrichissement accru au sujet de la valeur nutritionnelle des aliments offerts sur le marché; la source exacte des nutriments ajoutés aux aliments; la possibilité de présenter des aliments à faible valeur nutritionnelle comme des aliments sains et les véritables instigateurs de cette politique (les fabricants ou Santé Canada). De manière générale, les tenants de telles idées ont défendu leur point de vue avec beaucoup de conviction et, dans certains cas, ont réussi à faire changer d'idée ceux qui étaient favorables à la politique. Même si le sondage de groupes type n'est pas de la recherche quantitative, à première vue, il semble que les objections ou réserves d'ordre idéologique soient exprimées haut et fort, mais que ces idées ne sont pas aussi répandues parmi les participants que ne l'est l'acceptation conditionnelle de la politique.
Enfin, sur le plan idéologique, certains de ceux qui se sont déclarés en faveur de la politique estiment que l'enrichissement facultatif est une approche proactive. Selon eux, Santé Canada s'emploie à la fois à encadrer l'enrichissement facultatif, à imposer aux fabricants des limites et des conditions relatives à l'adjonction de nutriments et à protéger le bien-être de la population canadienne et à réduire les coûts des soins de santé en aidant les Canadiens à prévenir la maladie.
Comme nous l'avons déjà signalé, l'enrichissement facultatif ne modifiera pas nécessairement les choix alimentaires. Les participants ont toutefois indiqué que dans la majorité des cas, ils opteraient pour un aliment enrichi si tous les autres facteurs de décision étaient égaux. Autrement dit, s'ils voyaient un aliment enrichi qui répond à leurs exigences actuelles, ils l'achèteraient et auraient l'impression de bénéficier d'une « valeur ajoutée ».
Là encore, cette réaction s'explique par la façon dont les participants choisissent actuellement leurs aliments emballés. Plus précisément, ces derniers ont fait savoir qu'ils ne considèrent pas les produits emballés comme une source de vitamines et de minéraux, et la la plupart ne commenceraient pas à le faire même s'ils se voyaient offrir un plus grand choix d'aliments enrichis.
Il importe également de souligner que les participants ont été priés d'indiquer si, à leur avis, la politique leur donnerait accès à un plus grand choix de sources de vitamines et de minéraux. Comme ils ne considèrent pas actuellement les aliments emballés comme des sources de vitamines et de minéraux, ils n'estiment pas que le choix est l'enjeu de cette politique. Ce qui ressort des discussions, cependant, c'est que les participants veulent avoir la possibilité de ne pas choisir un aliment enrichi, si tel est leur désir. Cette position est motivée par des craintes relatives à un apport excessif en nutriments, ainsi qu'à une modification possible du goût et du prix des aliments. En outre, ceux qui ont émis des réserves idéologiques au sujet de l'enrichissement facultatif réclament énergiquement la possibilité de choisir les mêmes aliments non enrichis.
Les participants estimaient que l'enrichissement d'un aliment à faible valeur nutritionnelle leur apporterait une valeur ajoutée, à condition de ne pas entraîner une modification du goût, ce qui rejoint en gros l'attitude générale à l'égard de l'enrichissement. Les participants ont signalé d'emblée qu'ils ne se laisseraient pas convaincre d'acheter un aliment à faible valeur nutritionnelle pour la simple raison qu'il s'agit d'un aliment enrichi. Par contre, ils ont déclaré que s'ils décidaient de choisir ce type d'aliment, il ne serait pas si mauvais qu'il soit enrichi.
Deux sujets de préoccupation ont toutefois été exprimés. D'abord, une question d'ordre général concernant la commercialisation et l'étiquetage. Du point de vue des participants, la question que pourrait soulever l'enrichissement des aliments à faible valeur nutritionnelle est celle de la commercialisation. Les participants ne veulent pas que les fabricants se servent de l'enrichissement comme outil de commercialisation, et cette éventualité les inquiète beaucoup.
L'autre question est soulevée par les parents qui s'inquiètent pour leurs enfants. La majorité des parents estiment qu'à l'heure actuelle, ils maîtrisent bien les habitudes alimentaires de leurs enfants et que la situation demeurera la même avec l'implantation de l'enrichissement facultatif. Ce qui les préoccupe davantage, c'est l'idée que leurs enfants auront besoin d'être davantage renseignés, soit par eux soit par l'école, sur l'alimentation si la politique de l'enrichissement facultatif est appliquée. Autrement dit, les parents ont déclaré qu'ils devront expliquer à leurs enfants qu'un aliment qui est enrichi n'est de ce fait même ni plus ni moins sain par rapport à d'autres caractéristiques, comme la teneur en « gras », en sucre et en sel. De plus, ils estimaient devoir expliquer pourquoi il est préférable de choisir les fruits et les légumes, plutôt que les grignotines, comme sources de vitamines et de minéraux. Certains parents étaient disposés à fournir ce genre d'explications à leurs enfants; d'autres ne voulaient pas envisager la possibilité même que la question se pose.
Les participants ont fortement insisté sur la nécessité que Santé Canada renseigne abondamment la population au sujet de l'enrichissement facultatif. Plus précisément, ils souhaitaient connaître :
Santé Canada voulait déterminer si l'enrichissement facultatif aurait des répercussions sur la perception qu'ont les Canadiens de sa crédibilité. Dans l'ensemble, la crédibilité de Santé Canada face à la question de l'enrichissement facultatif n'a pas été mise en doute, même lorsque les participants ont été invités à se prononcer directement sur l'autorisation de l'enrichissement d'aliments à faible valeur nutritionnelle. En ce qui a trait à l'enrichissement facultatif, les participants ont une perception favorable de Santé Canada, l'impression générale étant que le Ministère cherche à promouvoir la santé de la population canadienne en poursuivant une telle politique et fait tout pour adopter une démarche proactive en mettant en place des mécanismes de surveillance qui imposeraient aux fabricants des limites à respecter pour des raisons de sûreté.
La recherche a toutefois fait ressortir un problème de confiance sous-jacent à l'égard des fabricants de produits alimentaires. Dans ses communications au sujet de l'enrichissement facultatif, il faut que Santé Canada fasse preuve d'ouverture et de franchise au sujet de l'influence qu'ont pu avoir les fabricants sur la décision. Dans la plupart des groupes, les participants ont déclaré trouver normal que les fabricants aient leur mot à dire sur la question de l'enrichissement et qu'ils influent sur les décisions en la matière. Ce qu'ils veulent entendre et croire, c'est que Santé Canada veille aux intérêts supérieurs des consommateurs, et non des fabricants. C'est là un minimum si l'on veut que la crédibilité de Santé Canada ne soit pas mise en doute.
Il importe de signaler que ce qui compte aux yeux des gens, c'est davantage les actes que les paroles de Santé Canada dans le dossier de l'enrichissement facultatif. Plus précisément, si l'on perçoit que Santé Canada avalise la commercialisation des aliments à faible valeur nutritionnelle (au lieu d'exercer une surveillance/de fixer des limites), on supposera sans doute que le Ministère, quoi qu'il dise, défend davantage les intérêts des fabricants que ceux des Canadiens en général. Une telle situation risque d'ébranler la crédibilité de Santé Canada.