ISBN: 978-1-100-91162-5 (Version PDF)
No de catalogue : H164-109/2-2009F-PDF (Version PDF)
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Le folate,1 une vitamine B, joue un rôle important dans la division cellulaire et la synthèse des acides aminés et de certains acides nucléiques, comme l'ADN (Antony, 2007). Ce nutriment est essentiel au développement normal de la colonne vertébrale, du cerveau et du crâne du foetus, particulièrement pendant les quatre premières semaines de la grossesse. La plupart des femmes ne savent pas encore qu'elles sont enceintes à ce moment-là. Le folate favorise aussi l'augmentation du volume sanguin chez la femme enceinte et la croissance des tissus chez la mère et le foetus (IOM, 1998).
Messages clés sur le folate à l'intention des femmes en âge de procréer
Les besoins de folate ont été fixés en s'appuyant surtout sur la quantité d'équivalents de folate alimentaire (ÉFA)2 nécessaire pour maintenir une concentration normale de globules rouges (IOM, 1998). Chez les femmes en âge de procréer, l'Apport nutritionnel recommandé (ANR)3 a été fixé à 400 mcg d'ÉFA (IOM, 1998). En plus de l'apport de folate alimentaire provenant d'une alimentation variée, toutes les femmes pouvant devenir enceintes devraient prendre chaque jour une multivitamine4 contenant 400 mcg (0,4 mg) d'acide folique afin de réduire le risque d'anomalies du tube neural (Van Allen et McCourt, 2002).
Les besoins de folate augmentent pendant la grossesse. On observe une accélération importante de la division cellulaire et de la production de globules rouges à mesure que l'utérus prend de l'ampleur; le placenta se développe, le volume du sang maternel augmente et le foetus grossit (IOM, 1998). La mère fournit du folate au foetus (Antony, 2007). Des études ont démontré qu'il fallait fixer l'ANR à 600 mcg d'ÉFA par jour pour maintenir un état de folate normal pendant la grossesse (IOM, 1998).
Étant donné que les besoins de folate sont élevés, les femmes manquent parfois de ce nutriment pendant les années de procréation (Power, 2005; Ortega et al, 2006; Sherwood et al, 2006; Kirkpatrick et Tarasuk, 2008). Parmi les femmes qui courent un risque plus élevé, mentionnons :
Parmi les anomalies du tube neural (ATN)6 mentionnons le spina bifida et l'anencéphalie. Ces anomalies se produisent lorsque le tube neural ne se ferme pas complètement pendant les troisième et quatrième semaines de la grossesse. De nombreuses femmes ne savent pas qu'elles sont enceintes pendant cette période critique. Un moindre risque d'ATN est associé à une augmentation de l'apport de folate et à une concentration plus élevée de folate dans les globules rouges (supérieur à 906 nmol/L). Toutefois, des données expérimentales indiquent un lien encore plus évident entre l'augmentation de l'apport de folate et la diminution du risque d'ATN (IOM, 1998).
On observe une diminution du risque d'ATN lorsque les femmes prennent chaque jour une multivitamine contenant de l'acide folique à partir du début de la grossesse, au moment où le tube neural se ferme. Cela signifie qu'elles doivent prendre de l'acide folique à partir du 21e au 28e jour après la conception, soit pendant la 6e semaine qui suit le début des dernières menstruations7 (Van Allen et McCourt, 2002). Les femmes qui prennent un supplément contenant de 360 à 800 mcg d'acide folique par jour, en plus des 200 à 300 mcg de folate naturel ont un plus faible risque d'ATN (IOM, 1998).
De nombreuses études indiquent également que la prise d'une multivitamine contenant de l'acide folique pendant les premières semaines de la grossesse est associée à une diminution du risque de langue bifide et d'anomalies cardiovasculaires (IOM, 1998; Cziezel et al, 1999; Cziezel, 2004; Eichholzer et al, 2006; Goh et al, 2006). Certaines données probantes permettent de supposer également une association avec la réduction du risque de pré-éclampsie (Bodnar et al, 2006; Wen et al, 2008). Les recherches se poursuivent activement dans ce domaine.
Compte tenu des données probantes disponibles et du fait que les grossesses ne sont pas toujours planifiées, le Gouvernement du Canada a pris des mesures visant à permettre aux femmes en âge de procréer d'augmenter leur consommation de folate. Parmi ces mesures, mentionnons l'enrichissement obligatoire des aliments et la recommandation que toutes les femmes pouvant devenir enceintes prennent des suppléments de vitamines.
Depuis novembre 1998, l'enrichissement en acide folique est obligatoire au Canada pour la farine blanche, les pâtes alimentaires enrichies et la semoule de maïs enrichie. Des études démontrent que cette mesure a augmenté l'apport de folate et amélioré l'état de folate chez les Canadiennes en âge de procréer (Ray et al, 2002; Liu et al, 2004). Cette approche de santé de la population a aussi été associée à une réduction significative du taux d'ATN. Une étude menée dans sept provinces (entre 1993 et 2002) a démontré une réduction de 46 % du taux global d'ATN8 suite à l'enrichissement des aliments (De Wals et al, 2007).
Considérant que l'apport d'acide folique provenant des aliments enrichis est estimé à tout au plus 100 à 200 mcg par jour,9 et que de nombreuses grossesses ne sont pas planifiées, toutes les femmes pouvant devenir enceintes devraient prendre chaque jour une multivitamine contenant 400 mcg (0,4 mg) d'acide folique en plus du folate alimentaire fourni par une alimentation variée. La prise de suppléments d'acide folique entre les grossesses peut contribuer à réduire le risque d'ATN lors des grossesses subséquentes.
Certaines femmes courent un risque plus élevé que des ATN se manifestent pendant la grossesse. Parmi celles-ci, mentionnons celles chez qui des ATN se sont manifestées lors de grossesses précédentes et celles qui ont un proche parent atteint d'ATN. Elles peuvent avoir besoin d'une quantité d'acide folique supérieure à 400 mcg (0,4 mg) par jour (Van Allen et al, 2002). Ces femmes devraient être évaluées précocement et recevoir des conseils sur les mesures à prendre pour se préparer à une grossesse en santé.
Des données d'enquêtes canadiennes indiquent que 58 % des femmes prennent une multivitamine contenant de l'acide folique ou un supplément d'acide folique pendant les trois mois précédant la grossesse (Agence de la Santé Publique du Canada, 2009). L'utilisation de suppléments est toutefois influencée par le statut socio-économique et le niveau d'instruction (Botto et al, 2005). Ainsi, on observait une moindre utilisation de suppléments d'acide folique avant la grossesse chez les Canadiennes vivant dans des ménages à faible revenu, chez celles qui n'ont pas terminé leurs études secondaires et chez les mères immigrantes (Millar, 2004). On retrouve un plus faible taux d'utilisation de suppléments d'acide folique chez les femmes ayant une grossesse non planifiée, les femmes de moins de 25 ans et les mères célibataires (Ray et al, 2004).
Bien que la majorité des Canadiennes prennent des suppléments d'acide folique au cours des trois mois précédant la grossesse, il faut déployer tous les efforts nécessaires en matière de santé publique pour faire ressortir l'importance des suppléments d'acide folique chez toutes les femmes en âge de procréer. Les interventions doivent viser à offrir un soutien pratique aux groupes vulnérables (Stockley et Lund, 2008).
Des données canadiennes révèlent que la plupart des femmes en âge de procréer ont de la difficulté à consommer suffisamment de folate uniquement à partir de l'alimentation pour combler leurs besoins pendant la grossesse, soit 520 mcg d'ÉFA. En effet, plus de 75 % des femmes non-enceinte et non-allaitante de 19 à 50 ans ont un apport inférieur au besoin moyen estimatif (BME)10 fixé pour la grossesse (Santé Canada, 2008). Pour combler leurs besoins de folate pendant la grossesse, les femmes devraient avoir une alimentation variée fournissant du folate alimentaire (voir le Tableau I). Elles devraient aussi continuer à prendre chaque jour une multivitamine contenant 400 mcg (0,4 mg) d'acide folique tout au long de leur grossesse.
| Aliment | 1 portion du Guide alimentaire | Microgrammesa de folate en équivalents de folate alimentaire (µg ÉFA) |
|---|---|---|
| Lentilles et haricots romains | 175 mL | 265-270 |
| Haricots noirs | 175 mL | 190 |
| Okra | 125 mL | 140 |
| Haricots blancs | 175 mL | 125 |
| Asperges et épinards, cuits | 125 mL | 120 |
| Légumes verts à salade, comme la laitue romaine, les feuilles de moutarde et la chicorée | 250 mL | 80-110 |
| Haricots pinto, haricots rouges et pois chiche | 175 mL | 70-100 |
| Pâtes alimentaires faites avec de la farine de blé enrichie | 125 mL | 90 |
| Avocats | ½ fruit | 80 |
| Graines de tournesol écalées | 60 mL | 80 |
| Bagel fait de farine de blé enrichie | ½ bagel (45 g) | 60-75 |
| Choux de Bruxelles, betteraves et brocoli, cuits | 125 mL | 70 |
| Pain fait avec de la farine de blé enrichie ou de la semoule de maïs enrichie | 1 tranche ou ½ pita ou ½ tortilla (35 g) | 45-65 |
| Épinards, crus | 250 mL | 60 |
| Jus d'orange préparé à partir de concentré | 125 mL | 60 |
| Persil | 125 mL | 50 |
| Panais | 125 mL | 50 |
| Arachides, écalées | 60 mL | 45 |
| Oeufs | 2 gros | 45 |
| Maïs | 125 mL | 40 |
| Algues | 125 mL | 40 |
| Orange | 1 moyenne | 40 |
| Pois verts | 125 mL | 40 |
| Framboises, fraises, mûres | 125 mL | 15-35 |
| Céréales enrichies prêtes à manger | 30 g | 10-35 |
| Brocoli et chou-fleur, crus | 125 mL | 30 |
| Pois mange-tout | 125 mL | 30 |
| Jus d'ananas | 125 mL | 30 |
| Noix, amandes et noisettes, écalées | 60 mL | 20-30 |
| Carottes miniatures | 125 mL | 25 |
| Kiwi | 1 gros | 20 |
| Clémentine | 1 fruit | 20 |
a Quantités approximatives provenant du Fichier canadien sur les éléments nutritifs, 2007b.
Le fait de suivre un modèle de saine alimentation et de choisir des aliments riche en nutriments aide les femmes à combler leurs besoins de folate et d'autres nutriments. Les stratégies suivantes vous aideront à promouvoir un apport adéquat de folate alimentaire chez les femmes.
Programme canadien de nutrition prénatale12 un répertoire des projets offrant des services aux femmes enceintes vulnérables.Un professionnel des soins de santé peut inciter les femmes susceptibles de devenir enceintes à utiliser des suppléments (Eichholzer et al, 2006). Il est important de tenir compte des éléments suivants pour s'assurer que les femmes utilisent adéquatement ces suppléments.
Des doses élevées d'acide folique peuvent masquer les signes d'une déficience de vitamine B12. Elles peuvent aussi déclencher ou accélérer les complications neurologiques associées à une déficience de vitamine B12 (IOM, 1998). Les femmes qui ont un faible état de vitamine B12 courent un risque plus élevé d'ATN (Van Allen et McCourt, 2002; Ray et al, 2007; Molloy et al, 2009). La prévalence de la déficience de vitamine B12 est considérée très faible chez les femmes en âge de procréer (IOM, 1998). Certaines études suggèrent toutefois qu'un plus grand nombre de femmes pourraient avoir un faible état de vitamine B12 pendant cette étape de la vie. (Ray et al, 2008). Les femmes qui consomment peu ou pas d'aliments d'origine animale et qui ne prennent pas de supplément de vitamine B12 courent un risque plus élevé d'une déficience ou d'un faible état de vitamine B12 (Allen, 2009).
De nouvelles données permettent aussi de supposer que certains risques pour la santé seraient associés à la consommation d'acide folique, comme le développement du cancer du côlon lorsque des cellules prénéoblastiques sont présentes (Kim, 2006; Ashokkumar et al, 2007; Smith et al, 2008). Il est important que les professionnels de la santé évitent de recommander une dose d'acide folique supérieure à celle recommandée dans ce document, sauf en cas de force majeure.
Santé Canada remercie sincèrement les membres du Groupe consultatif d'experts sur les Lignes directrices nationales en matière de nutrition durant la grossesse qui ont généreusement fourni leur temps et leur expertise tout au long de la préparation des présentes lignes directrices :
Santé Canada souhaite également remercier les nombreuses parties intéressées qui ont fourni des commentaires sur l'ébauche de ces lignes directrices dans le cadre du processus de consultation en ligne.
1 Le terme folate inclut à la fois le folate naturel qu'on retrouve dans les aliments et la forme synthétique, appelée acide folique, présente dans les aliments enrichis et les suppléments de vitamines. On utilise le terme folate alimentaire pour décrire toutes les formes de folate présentes dans les aliments, c'est-à-dire le folate naturel et l'acide folique qu'on retrouve dans les aliments enrichis.
2 L'apport de folate est exprimé en équivalents de folate alimentaire ou ÉFA, de façon à tenir compte de la biodisponibilité du folate naturel comparativement à celle de l'acide folique. On suppose que la biodisponibilité du folate naturel est inférieure à celle de l'acide folique (IOM, 1998).
3 On entend par Apport nutritionnel recommandé (ANR), l'apport quotidien moyen de nutriment pouvant combler les besoins de presque tous (97-98 %) les individus en santé du même sexe à une certaine étape de la vie. On peut utiliser l'ANR fixé pour un nutriment pour évaluer l'apport quotidien (IOM, 2006).
4 Dans le but d'abréger le texte, le terme « multivitamine » est utilisé tout au long de ce document en remplacement de « supplément de multivitamines / minéraux ».
5 On parle d'insécurité alimentaire lorsque la disponibilité d'aliments adéquats sur le plan nutritionnel et sécuritaires est limitée ou incertaine ou que la capacité de se procurer des aliments adéquats de façon socialement acceptable est limitée ou incertaine.
6 Pour de plus amples informations sur le risque d'ATN et le développement de ces anomalies, veuillez consulter Santé avant la grossesse : l'acide folique pour la prévention primaire des anomalies du tube neural. Document d'information à l'intention des professionnels.
7 De nombreuses femmes ne sont pas encore au courant qu'elles sont enceintes pendant cette période.
8 Ces données prennent en compte les naissances vivantes, les naissances d'enfants mort-nés et les cas d'ATN détectés ayant entraîné une interruption de la grossesse.
9 Ces estimations s'appuient sur les taux obligatoires d'enrichissement en acide folique (Gazette du Canada, Partie II, 1998).
10 Le Besoin moyen estimatif ou BME est la valeur de l'apport nutritionnel quotidien moyen pouvant combler les besoins de la moitié des individus en bonne santé appartenant à un groupe donné établi en fonction de l'étape de la vie et du sexe. Le BME est la principale référence permettant d'évaluer l'apport suffisant de nutriment chez des groupes; il sert aussi à calculer l'ANR (IOM, 2006).
11 Certains produits céréaliers importés, comme les pâtes alimentaires, ne sont pas toujours enrichis. La plupart des types de riz ne sont pas enrichis.
12 Le Programme canadien de nutrition prénatale est élaboré et mis en oeuvre en partenariat avec les provinces et territoires et les communautés des Premières nations et Inuits. Les principaux services offerts sont les suivants : distribution d'aliments, counselling nutritionnel, soutien de l'allaitement maternel, éducation, références, counselling en matière de santé et de mode de vie.
13 Les femmes de Premières Nations et Inuit en âge de procréer peuvent avoir accès à des multivitamines contenant de l'acide folique et du fer par le truchement du Programme de soins de santé non assurés (SSNA). Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez consulter le site http://www.hc-sc.gc.ca/fniah-spnia/nihb-ssna/index-fra.php
14 Selon la Monographie des suppléments de multivitamines/minéraux de Santé Canada, la teneur en vitamine A par dose quotidienne ne doit pas excéder l'AMT fixé pour cette vitamine.