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Aliments et nutrition

Détection de Clostridium botulinum et de ses toxines dans des aliments suspects et des prélèvements cliniques

Méthode de la DGPS MFHPB-16
Mars 2009

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Direction générale des produits de santé et des aliments
Ottawa

Détection de Clostridium botulinum et de ses toxines dans des aliments suspects et des prélèvements cliniques

John W. Austin et Greg Sanders
Division de la recherche microbiologique
Bureau de dangers microbiens
Direction des aliments
Localisateur postal : 2204E
Ottawa (Ontario) K1A 0K9

Courriel: john_austin@hc-sc.gc.ca

1. Application

Cette méthode s’applique à la détection de la toxine botulinique et de C. botulinum viable dans des aliments suspects et des prélèvements cliniques, conformément à l’article 4 de la Loi sur les aliments et drogues. Tout le travail analytique doit être effectuée en collaboration avec le Service de référence pour le botulisme situé à Ottawa. La présente version révisée remplace la méthode MFHPB-16 datée d’avril 1997.

2. Description

2.1 La méthode décrite ci-dessous laisse certains détails de la procédure à la discrétion du laboratoire, selon les échantillons d’aliments et les prélèvements cliniques disponibles et le type le plus probable de C. botulinum en cause dans une éclosion donnée. Il y a deux groupes distincts de souches de C. botulinum en cause dans les éclosions chez les êtres humains, soit les groupes I et II, ceux des formes protéolytique et non protéolytique, respectivement. Des renseignements de base sur le lieu des éclosions, les aliments soupçonnés et l’ethnie des victimes peuvent laisser supposer la présence d’un groupe en particulier et aider ainsi à simplifier la méthode. Le Tableau 1 présente quelques caractéristiques pertinentes à la méthode d’analyse.

2.2 Botulisme lié aux souches protéolytiques de C. botulinum

2.2.1 Les souches protéolytiques sont relativement résistantes à la chaleur et aux agents de conservation comme le sel, les acidifiants, le nitrite, etc. Ces formes sont donc les plus susceptibles d'être associées aux éclosions liées à la consommation d'aliments en conserve insuffisamment traités ou de produits salés, marinés ou autrement traités. Font exception certains jambons salés à sec ou traités à la saumure et certains poissons marinés où C. botulinum peut faire son apparition avant que la diffusion des principaux éléments destinés à en rendre la consommation sans danger (p. ex. sel, acide) ne soit complète.

2.2.2 À quelques exceptions près, le botulisme du nourrisson est causé par des souches protéolytiques de C. botulinum . Dans des rares cas d'exception,d'autres Clostridia (C. baratii produisant la toxine botulinique F, et C. butyricum produisant la toxine botulinique E) ont été mis en cause.

2.3 Botulisme lié aux souches non protéolytiques de C. botulinum

2.3.1 Le type E est la forme prédominante de C. botulinum en milieu aquatique et la forme la plus probable de botulisme que l'on peut trouver dans le poisson en conserve. Le type E est aussi la principale cause de botulisme chez les populations autochtones du Canada et de l'Alaska. Sur les 61 éclosions confirmées chez les Inuits et les Amérindiens et signalées au Canada entre 1971 et 1986, 60 ont été attribuées au type E et une au type B non protéolytique.

2.3.2 Il se peut que l'on doive considérer les deux groupes, I et II, au même degré, comme la cause possible d'éclosions de botulisme lorsque l'aliment à l'origine de la maladie (i) est inconnu, (ii) a été soumis à des températures extrêmes sans qu'on y ait pratiquement ajouté d'agent de conservation, ou (iii) est un produit en conserve qui a été contaminé après le traitement.

2.4 mesures de sécurité

2.4.1 clostridium botulinum est considéré comme un organisme du groupe de niveau 2 de biosécurité (BSL2). Le Bureau de la sécurité des laboratoires de l'ASPC précise que les procédures qui génèrent d'importantes quantités de toxines doivent respecter les critères de niveau 3 de biosécurité (BSL3).

2.4.2 Les personnes qui participent à l'analyse de matériel toxique doivent être bien informées de tous les risques. Il faut conserver dans des récipients en acier inoxydable munis de poignées tous les produits à déposer dans l'autoclave. Les antisérums thérapeutiques doivent être disponibles dans la province, en cas d'intoxication accidentelle.

2.4.3 Il faut toujours conserver les matières qui peuvent être toxiques dans des bacs ou des boîtes incassables et étanches. Ceci est particulièrement important dans le cas de l'incubation ou de la manipulation de cultures botuliniques qui peuvent contenir plus de 105 (dose létale) pour la souris par mL. Il faut neutraliser sur le-champ tout déversement de toxine avec une solution de NaOH à 0,1 N.

3. Principe

3.1 Le diagnostic du botulisme d'origine alimentaire est généralement confirmé si, outre le syndrome clinique, on décèle dans l'aliment suspect ou dans le prélèvement clinique la toxine botulinique ou des spores viables de C. botulinum . Les prélèvements qui se prêtent bien à la recherche de la toxine sont le sérum, les fèces, le liquide de lavement et le contenu gastrique. Les mêmes prélèvements, à l'exception du sérum, peuvent également servir à dépister C. botulinum .

3.2 Les études en laboratoire sur le botulisme chez les nourrissons sont généralement limitées à la recherche de la toxine et de C. botulinum dans les selles. Les cas où l'on a signalé la présence de concentrations décelables de toxine dans le sérum sont rares. Les échantillons environnementaux et alimentaires peuvent être analysés pour détecter la présence des spores de C. botulinum .

3.3 Pour déceler la toxine botulinique, on injecte à des souris du sérum ou des extraits tirés d'aliments et de prélèvements cliniques, puis on observe la létalité et la neutralisation de la toxine par des antisérums spécifiques. Pour détecter C. botulinum , il faut faire incuber en milieu anaérobie des aliments et des prélèvements cliniques dans des milieux liquides, puis rechercher la toxine. En cas d'éclosions importantes, ou lorsqu'on découvre des sérotypes rares, on isole les micro-organismes en cause après les analyses.

4. Définitions

Voir l'Appendice A du Volume 2

5. Prélèvements

5.1 Prélèvements d'aliments

On peut utiliser des restes ou des contenants non ouverts. Dans le cas des aliments commerciaux, il importe de conserver l'étiquette, le numéro de lot du fabricant, les codes en relief sur la boîte ou l'emballage, etc.

5.2 Prélèvements cliniques

Les prélèvements cliniques qui conviennent aux analyses comprennent les fèces (environ 10 g) ou les eaux de lavement, le contenu gastrique (après en avoir ajusté si possible le pH à environ 6,0 en utilisant du NaOH 1N) et le sérum (tiré de 20 mL de sang prélevé AVANT l'administration de l'antitoxine). Lorsqu'on soupçonne la présence du botulisme chez le nourrisson, il faut absolument en analyser les fèces. On peut au besoin utiliser les parties souillées des couches.

5.3 Expédition d'échantillons d'aliments et de prélèvements cliniques pour le diagnostic

5.3.1 Les échantillons doivent être acheminés en conformité avec le règlement sur le Transport des marchandises dangereuses.

5.3.2 Pour préserver l'envoi pendant le transport, il est préférable de le refroidir plutôt que de le congeler, par exemple en ajoutant au colis des blocs réfrigérants commerciaux. Pour préserver la toxine au maximum, il faut emballer les contenants secondaires dans une boîte en mousse de polystyrène contenant des blocs réfrigérants commerciaux. Toutefois, si l'on prévoit que l'expédition sera retardée, il faut congeler l'envoi et l'emballer dans de la glace carbonique.


6. Matériel et produits spéciaux

1) NaOH 0,1N ou NaHCO3 saturé pour nettoyer les déversements possibles

2) hotte à flux laminaire

3) appareil de pipetage

4) lunettes de sécurité

5) gants chirurgicaux

6) centrifuge réfrigérée d'une capacité de 15 000 x g

7) seringues jetables avec aiguilles d'un pouce de calibre 19

8) filtres jetables de 0,45 μm avec seringues à vis Luer (e.g. Luer locks) (Whatman 25 mm GD/X PVDF)

9) agitateur-mélangeur vortex

10) " Stomacher " ou mélangeur

11) pH mètre

12) éprouvettes (env. 13 x 100 mm)

13) antisérums monovalents des types A, B, E et F

14) seringues et aiguilles à tuberculine munies d'aiguilles 25G½

15) souris

16) solution tampon au phosphate de gélatine

17) trypsine à 1 % p/v

18) milieu de viande cuite (MVC; disponible dans le commerce)

19) bouillon de trypticase-peptone-glucose-extrait de levure (TPGY)

20) gélose d'isolement de clostridium botulinum (CBI)

21) gélose McClung Toabe (disponible dans le commerce, Difco)

22) bain d'eau à 75° C

23) éthanol à 50 % ou absolu

24) chambre anaérobie (p. ex. chambre Coy, Ann Arbor, MI) contenant un incubateur à 35°C

7. Marche à suivre

7.1 Examen des aliments suspects au microscope

Cet examen n'est pas essentiel pour déceler la présence de C. botulinum , mais il peut faciliter la sélection d'aliments suspects à analyser. Préparer des frottis par examen direct et une coloration de Gram. Si les aliments contiennent trop de matières grasses, plonger les lames fixées à la chaleur pendant une à deux minutes dans du xylol avant de les colorer.

7.2 Préparation des produits pour la recherche de toxines

7.2.1 Aliments liquides

Centrifuger environ 20 mL à 15 000 x g pendant 20 min. Décanter avec précaution le liquide surnageant en veillant à maintenir dans le tube toute matière grasse superficielle, ou soutirer le liquide surnageant au moyen d'une seringue jetable munie d'une longue aiguille (1 po, calibre 19). Boucher le tube et conserver à 4 C afin de pouvoir procéder ultérieurement à la mise en culture du sédiment. Centrifuger de nouveau si le liquide surnageant n'est pas limpide. Stériliser le liquide surnageant en filtrant au moyen d'une membrane de 0,45 μm munie d'une seringue jetable. Il est parfois préférable d'utiliser un pré filtre pendant la filtration. La stérilisation vise à éviter l'infection et la mort non spécifique des souris qui ont reçu une injection.

7.2.2 Aliments semi-liquides

Déposer de 10 à 15 g d'aliment dans un tube à centrifuger de 40 mL, verser un volume égal de solution tamponnée de phosphate de gélatine, et homogénéiser dans un agitateur-mélangeur vortex . Centrifuger et procéder de la façon décrite en 7.2.1.
7.2.3 Aliments solides

Déposer de 10 à 20 g dans un sac à " stomacher ", dans un mélangeur ou dans un mortier. Ajouter suffisamment de solution tamponnée de phosphate de gélatine pour obtenir au moins 10 mL de liquide surnageant limpide après centrifugation. Le ratio aliment:diluant doit être généralement de l'ordre de 1:1 à 1:3. Laisser macérer. Faire fonctionner le " stomacher " ou le mélangeur (à grande vitesse) pendant une à deux minutes. Il faut fermer hermétiquement les récipients à mélanger pour éviter la diffusion d'aérosols. Placer les échantillons dans des sacs doubles avant de les insérer dans le " stomacher ". Centrifuger et procéder de la façon décrite en 7.2.1.
7.2.4 Aliments en conserve

Nettoyer et faire sécher la surface. Recouvrir le couvercle d'une couche d'éthanol à 96 %, laisser reposer pendant deux minutes, décanter et éliminer le résidu d'alcool à la flamme. Placer la boîte dans un grand sac en plastique pour éviter la diffusion d'aérosols et ouvrir avec un ouvre-boîte stérile. Procéder de la façon décrite ci dessus (7.2.1, 7.2.2 ou 7.2.3).

7.2.5 Sérum

L'idéal serait d'obtenir 10 mL de sérum. Le sérum n'est utile que s'il est prélevé avant le traitement à l'antisérum. S'il est trouble, il faut le centrifuger à 15 000 x g pendant 20 minutes et décanter le liquide surnageant. On peut aussi filtrer le sérum à l'aide d'un filtre à usage unique de 0.45μm,

7.2.6 Fèces

Déposer environ 10 g dans un tube à centrifuger de 40 mL, ajouter suffisamment de diluant pour obtenir au moins 10 mL de liquide surnageant après la centrifugation. S'il n'est pas possible d'obtenir 10g, ajouter suffisamment de diluant pour ramollir les selles et obtenir de 7 à 10 mL de surnageant. Mélanger dans un agitateur-mélangeur vortex pendant deux ou trois minutes jusqu'à ce que l'échantillon soit complètement homogénéisé. Centrifuger et procéder de la façon décrite en 7.2.1. Il est généralement possible de centrifuger directement, avec un peu ou sans diluant, les selles liquides, les eaux de lavement et les contenus gastriques. Filtrer les surnageants à l'aide d'un filtre Whatman de 0.45μm monté sur seringue. Il est parfois impossible de filtrer le liquide surnageant de certains échantillons de selles. Centrifuger les surnageants non filtrables dans un tube de type Eppendorf à 14,000 rpm pour 8 à 10 minutes, puis filtrer la portion supérieure de l'échantillon à l'aide d'un filtre Whatman de 0.45μm monté sur seringue. Si le filtrat du surnageant est très foncé et/ou trouble, des réactions non spécifiques peuvent être obtenues chez la souris qui pourraient masquer les symptômes associées à la neurotoxine botulinique. Si cette situation est susceptible de se produire, diluer le surnageant jusqu'à ce que la couleur devienne ambrée et/ou qu'elle semble moins trouble à l'observation. Dans les cas où des enfants sont impliqués, de très petites quantités de fèces, des couches souillées ou des écouvillons anaux seront obtenus. Ajuster le volume de diluant à la baisse à 7 mL. Pour les couches souillées et les écouvillons anaux, découper la région de l'échantillon contenant des matières fécales à l'aide de ciseaux stériles et les mettre dans le diluant. Mélanger par vortex de 2 à 3 minutes, retirer le matériel non fécal à l'aide de petites pinces stériles, procéder ensuite à l'étape de centrifugation initiale.

7.2.7 Contenu gastrique

Mesurer le pH et l'amener avec soin, au besoin, à 5.5 - 6.5 avec du NaOH 1 N. Ne pas laisser le pH monter à plus de 7,0. Centrifuger et procéder de la façon décrite en 7.2.1.

7.3 Recherche des toxines

Cette épreuve détermine si la toxine est présente dans les échantillons cliniques ou alimentaires. Si la toxicité est retrouvée dans l'échantillon non traité ou traité à la trypsine, et que les symptômes sont typiques aux neurotoxines botuliniques (i.e. (poils ébouriffés, respiration abdominale pénible, membres faibles, resserrement de la taille, et paralysie générale précédant la mort), il est possible alors que l'échantillon contienne la neurotoxine botulinique. Même si la neurotoxine botulinique, cause généralement la mort chez la souris à l'intérieur d'une période de 2 à 24 heures, des décès retardés sont observés à l'occasion. Si la toxine est présente en quantité suffisante, toutes les souris injectées avec les échantillons à l'épreuve manifesteront des symptômes ou décéderont à l'exception de celles qui ont été injectées avec les extraits chauffés (maintenus dans l'eau bouillante pour 10 minutes) car la toxine botulinique est thermolabile. La présence de la toxine botulinique ne peut être confirmée que par sa neutralisation avec une antitoxine spécifique.

7.3.1 S'il y a suffisamment d'échantillon, verser des volumes de 1,2 mL de filtrat dans trois petites éprouvettes (13 x 100 mm environ), numérotées de 1 à 3.

7.3.2 Dans l'éprouvette 3, ajouter 0,12 mL de trypsine à 1 %, mélanger au vortex et incuber à 35̊C pour 60 minutes. Aucun ajout n'est effectué aux éprouvettes 1 et 2. Chauffer l'éprouvette 2 dans un bain d'eau bouillante pendant 10 minutes, laisser refroidir 50 min. Laisser l'éprouvette 1 à la température de la pièce pour 60 min. Voir le Tableau 2. S'il n'y a pas suffisamment d'échantillon pour effectuer l'essai au complet, omettre l'éprouvette 2.

7.3.3 Pour chaque échantillon, injecter, deux souris, de 20 à 30 g, par voie intrapéritonéale (i.p.). Les volumes à injecter sont de 0,5 mL pour les échantillons 1 et 2, et de 0,55 mL pour l'échantillons 3. Observer les souris pendant une période totale de 72 heures, à des intervalles de 2 heures pour les 6 premières heures, puis 2 fois par jour au minimum pour les jours 2 et 3. Les signes caractéristiques du botulisme sont les suivants : hérissement des poils, resserrement de la taille, difficultés respiratoires, parésie des membres et paralysie générale précédant la mort. Il faut noter que l'observation du resserrement de la taille et des difficultés respiratoires sont suffisants pour conclure l'épreuve d'essai biologique chez la souris.

7.3.4 Si on note une observation du resserrement de la taille et des difficultés respiratoires, ou si l'une des deux souris (la moitié des sujets 1/2) meure, répéter l'injection. On estime que la toxine est présente dans l'échantillon, si 2/2 ou au moins 2/4 souris manifestent les symptômes caractéristiques. La mort survenant dans les deux heures après l'injection n'est vraisemblablement pas causée par la toxine botulinique.
7.3.5 Si l'échantillon traité à la trypsine (éprouvette 3) est le seul à provoquer la mort, effectuer les épreuves de neutralisation en utilisant l'extrait traité à la trypsine.
7.3.6 Si les échantillons traités ou non par la trypsine ne produisent pas d'effets toxiques, l'analyse est alors terminée.

7.3.7 Pour confirmer la présence de la toxine botulinique, la toxicité des échantillons doit être neutralisée par l'utilisation d'antitoxine(s) spécifique(s). Distribuer l'extrait filtré en volumes de 1.2mL dans 3 éprouvettes étiquetées 1 à 3. Ajouter 0.25 mL d'antisérum monovalent A, d'antisérum monovalent B et d'antisérum monovalent E respectivement. Mélanger, incuber pendant 45 minutes à la température de la pièce, procéder par la suite à l'étape 7.3.3. Les volumes à injecter sont de 0.6 mL pour toutes les éprouvettes.

7.3.8 S'il est impossible de neutraliser la toxicité au moyen des antisérums A, B et E, cette situation indique : a) la présence d'une toxine étrangère, notamment si les symptômes ne sont pas caractéristiques du botulisme, b) une quantité insuffisante d'antisérum en présence de concentrations élevées de toxine (ce qui est peu probable dans le cas de prélèvements cliniques et la plupart des aliments toxiques), c) la présence d'un sérotype rare ou d) la présence d'une souche produisant deux types de toxines. Si le spécimen analysé produit des symptômes caractéristiques du botulisme et n'est pas neutralisé par les antisérums, il faut procéder de la façon suivante :
a) La présence d'endotoxines peut être révélée par la toxicité obtenue des échantillons chauffés. La toxicité de toxines qui n'ont aucun rapport avec le botulisme peut être éliminée en diluant l'échantillon dans un rapport 1 :10 avec de la solution tampon au phosphate de gélatine et en répétant l'épreuve de neutralisation.

b) en cas de toxicité exceptionnellement élevée seulement, diluer l'échantillon avec de la solution tamponnée de phosphate de gélatine à 1:10 et répéter l'essai de neutralisation; ou

c) inclure l'antisérum F à l'essai de neutralisation.

d) Si la présence d'une souche produisant deux types de toxines est suspectée, répéter l'épreuve de neutralisation en utilisant une combinaison de toxines A+B, B+F ou A+F

7.3.9 Détermination des doses létales pour la souris (DLS)

S'il faut déterminer la concentration de toxines, effectuer des dilutions décimales des liquides surnageants traités à la trypsine et des liquides surnageants non traités, généralement jusqu'à 1:1 000, selon la concentration prévue de toxine, sans toutefois dépasser 1:10 000 initialement. Injecter chaque dilution à deux souris. L'inverse de la plus grande dilution causant la mort x 2 correspond à la DLS minimale/mL : par exemple, si la mort survient à la dilution 1:100, mais non à la dilution 1:1 000, la concentration de toxine est alors de l'ordre de 200 à 2 000 DLS/mL.

7.4 Détection de C. botulinum viable

7.4.1 Désaérer deux tubes contenant du milieu de viande cuite (MVC) et deux autres contenant du bouillon TPGY en faisant chauffer les tubes non fermés hermétiquement dans de l'eau bouillante pendant 10 minutes. Laisser refroidir à la température ambiante.
7.4.2 Ajouter à chaque tube contenant le bouillon TPGY, 1,5 mL de trypsine stérile à 1,4 % et mélanger doucement. Ces tubes contiennent maintenant du bouillon TPGYT. Numéroter les tubes de MVC 1 et 2 et les tubes de TPGYT 3 et 4, de la façon indiquée au Tableau 4.
7.4.3 Les aliments incriminés et les prélèvements cliniques, ou les sédiments obtenus après l'étape 7.2 peuvent servir d'inoculum. Il est préférable de prendre les sédiments, car les inhibiteurs potentiels sont éliminés avec le liquide surnageant et ils contiennent plus de micro-organismes par unité de volume.
7.4.4 Déposer avec précaution environ 1 g d'inoculum dans les tubes 1 à 3. Déposer le tube 2 dans un bain marie à 75 C pendant 20 minutes, ce qui permet de sélectionner les spores résistantes à la chaleur.

7.4.5 Pour sélectionner les spores sensibles à la chaleur et les spores résistantes à la chaleur, mettre en suspension environ 1 g d'inoculum dans 10 à 20 volumes d'éthanol à 50 %. On peut aussi mélanger l'inoculum liquide avec de l'éthanol absolu (ou à 96 %) dans une proportion de 1:1. Conserver la suspension ou le mélange à la température ambiante pendant 60 minutes, centrifuger à 15 000 x g pendant 15 minutes et transférer le sédiment dans le tube 4.

7.4.6 Incuber les tubes 1 à 4 à 35 C pendant une journée et à 30̊C pendant 4 jours. Centrifuger environ 10 mL de culture à 15 000 x g pendant 20 minutes. Stériliser le liquide surnageant en le filtrant au moyen d'une membrane de 0,45 μm munie d'une seringue jetable. Diluer le filtrat dans une proportion 1:5 avec de la solution tamponnée de phosphate de gélatine afin d'assurer la neutralisation complète avec l'antisérum. Procéder de la façon décrite en 7.3.3 pour la détermination des toxines.

7.5 Isolement de C. botulinum à partir de cultures toxiques

7.5.1 Si l'on tient compte des conditions dans lesquelles se trouvent les cultures toxiques, cela facilite grandement l'isolement des souches botuliniques. Si les cultures 2 ou 4 (voir Tableau 2) sont toxiques, il faut les sélectonner toutes les deux. On peut ensemencer les cultures en stries directement sur de la gélose McClung Toabe ou sur la gélose d'isolement de clostridium botulinum (gélose CBI), à condition que les Clostridium spp. ne soient pas recouverts par une microflore non clostridienne. En présence d'une flore prédominante non spécifique combinée à certaines spores de Clostridium spp., il faut procéder à un traitement à l'alcool avant d'ensemencer en stries. S'il n'y a pas de spores, il peut être nécessaire de faire incuber de nouveau les cultures d'enrichissement ou de les repiquer sur un milieu de sporulation.

7.5.2 Isolement de C. botulinum à partir de cultures à teneur moyenne en micro-organismes non apparentés à Clostridium spp.

7.5.2.1 Préparer des colorations de Gram de cultures toxiques. Si les cultures 2 et/ou 4 sont toxiques, on peut exclure les tubes 1 et 3. Choisir une culture en se fondant (i) sur le ratio de bâtonnets Gram positifs par rapport aux micro-organismes non spécifiques et (ii) sur le nombre de bâtonnets Gram positifs avec spores. Si la coloration indique un minimum de 10 % de bâtonnets Gram positifs, ensemencer en stries une pleine anse de culture sur de la gélose McClung Toabe et de la gélose CBI . Faire incuber en milieu anaérobique à 30̊C pendant 48 heures.

Note : Des cultures plus anciennes de C. botulinum peuvent devenir Gram négatives.

7.5.2.2 Choisir cinq colonies biens séparées entourées d'une zone opaque sur un gélose aux jaunes d'oeufs McClung Toabe, ce qui indique qu'il y a eu lipolyse, et les déposer dans un bouillon désaéré de TPGY. Choisir cinq colonies sur la gélose CBI qui sont entourées d'une zone opaque et qui ont une apparence perlée et transférer dans le bouillon désaéré de TPGY. Faire incuber à 30̊C pendant cinq jours. Rechercher la toxine botulinique (7.3) et ensemencer en stries les cultures toxiques, en double, sur de la gélose aux jaunes d'oeufs McClung Toabe. Faire incuber une boîte en aérobiose et l'autre en anaérobiose, pour en déterminer la pureté.

Note : De nombreux repiquages des colonies sont nécessaires, puisque d'autres colonies de Clostridium spp. de même apparence peuvent masquer la présence de C. botulinum .

7.5.3 Isolement de C. botulinum à partir de cultures à concentration très importante de micro-organismes non apparentés à Clostridium spp.

7.5.3.1 Si la coloration de Gram révèle la présence de bâtonnets Gram positifs et de spores, mélanger 2 mL de culture avec 2 mL d'éthanol à 96 % et conserver le mélange à la température ambiante pendant 60 minutes. Ensemencer en stries une pleine anse sur une gélose aux jaunes d'oeufs McClung Toabe et de la gélose CBI, et procéder de la façon décrite en 7.5.1.

7.5.3.2 Si les Clostridium spp. n'ont pas produit de sporulation dans le bouillon d'enrichissement toxique, incuber de nouveau pendant une semaine à 30̊C, ou déposer 0,1 mL de culture sur de la gélose TPGY et faire incuber les boîtes en milieu anaérobie à 30̊C jusqu'à ce que des spores fassent leur apparition en nombres significatifs (habituellement 5 à 10 jours). Suspendre une pleine anse dans environ 2 mL d'éthanol à 50 %, conserver à la température ambiante pendant 60 minutes, ensemencer en stries une gélose aux jaunes d'oeufs McClung Toabe et sur de la gélose CBI, et procéder de la façon décrite en 7.5.1.
Table 1. Some characteristics of C. botulinum groups I and II
Group Typesa Activation de la toxine par la trypsine Résistance des spores à la chaleur (75°C pendant 20 minutes) Croissance à moins de 10°C Température qui favorise la croissance et la production de toxines
I A, B, Fb
± +
- 30-37°C
II Bc, E, Fb +
- +
26-30°C

a Certaines souches rares des types A et B, représentant les sous-types AB, AF, BA, et BF, peuvent produire chacune une toxine importante (première lettre du sous-type) et une toxine mineure (deuxième lettre du sous-type)

b Non courant.

c Non courant en Amérique du Nord

Tableau 2. Essai de toxicité pour la souris
Tube no. Volume de l’échantillon
(mL)
Réactif ajouté Volume du réactif (mL) Volume injecté par souris (mL)
1 1,2 Aucun
NA 0,5
2 1,2 Aucun / Chauffé NA 0,5
3 1,2
Trypsine 0,12
0,55
Tableau 3. Épreuve de Neutralisation
Tube no. Volume de l’échantillon
(mL)
Réactif ajouté Volume du réactif (mL) Volume injecté par souris (mL)
1 1,2 Anti A
0,25 0,55
2 1,2 Anti B 0,25 0,55
3 1,2 Anti C 0,25 0,55
4 1,2
Anti D 0,25
0,55
Tableau 4. Cultures d’enrichissement
Tube n o. Milieu Traitement
1 CMM Aucun
2 CMM Traité à la Chaleur
3 TPGYT Aucun
4 TPGYT Alcool