ISBN : 0-662-75007-1 (version PDF)
Numéro de catalogue : H44-54/2003F-HTML (version PDF)
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Le Bureau de la politique et de la promotion de la nutrition de Santé Canada vient de terminer un projet visant à obtenir un premier aperçu des principales lacunes au niveau de la base de connaissances sur les déterminants d'une saine alimentation et sur les interventions, qu'il s'agisse de politiques ou de programmes, qui favorisent et soutiennent efficacement une saine alimentation. Les résultats de ce projet pourront servir de point de départ à un travail de collaboration entre Santé Canada et d'autres organismes gouvernementaux, des organismes de financement, des chercheurs et des praticiens en vue de définir les priorités de recherche en matière de saine alimentation. L'information contenue dans ce rapport résulte de l'examen de documents retenus comme pertinents ainsi que de rencontres et d'entrevues téléphoniques menées auprès d'un groupe de 52 informateurs clés, composé entre autres de membres du personnel de Santé Canada, de chercheurs dans le domaine de la nutrition, de représentants des provinces et des territoires, de praticiens en nutrition et de représentants d'ONG.
Ce projet a révélé des lacunes dans les connaissances relatives aux déterminants individuels (p. ex., les connaissances personnelles, les attitudes, les compétences) et les déterminants environnementaux (p. ex., les facteurs sociaux, économiques et éducationnels) d'une saine alimentation. Il a aussi permis de relever des lacunes au niveau de la base de connaissances relative à l'efficacité des politiques et des programmes d'intervention qui ciblent les individus ou l'ensemble de la population.
Les informateurs clés ont également indiqué les informations qu'ils jugeaient essentielles pour améliorer la recherche sur la saine alimentation, même lorsque celles-ci débordaient le cadre du projet en cours. Tous les informateurs clés ont souligné l'urgence d'entreprendre une surveillance de l'alimentation et de la nutrition à l'échelle nationale pour obtenir des informations continues, systématiques et à jour sur la question et que cette surveillance représentait une priorité absolue. Il importe également de recueillir davantage d'informations sur ce que représente une saine alimentation, sur la salubrité et la qualité de l'approvisionnement alimentaire et sur la composition des aliments.
Les lacunes au niveau des connaissances qui ont été soulevées dans le cadre de ce projet démontrent clairement que la saine alimentation comporte plusieurs facettes, ce qui nécessite la participation d'un grand nombre de secteurs de recherche, pas seulement ceux de la nutrition et de la santé. Certaines sources de financement publiques et privées de la recherche en santé et en sciences sociales au Canada et ailleurs dans le monde pourraient s'avérer des sources possibles de soutien.
Bon nombre d'informateurs clés ont souligné la nécessité d'effectuer davantage de travaux fondés sur un cadre théorique. Ces informateurs étaient d'avis que les progrès seront lents à moins qu'on procède à la fois à l'étude des déterminants d'une saine alimentation et à l'élaboration et l'évaluation d'interventions visant à favoriser et soutenir une saine alimentation, tout cela dans le but de concevoir un cadre théorique cohérent. La recherche doit viser l'acquisition de connaissances sur les déterminants d'une saine alimentation, dans un cadre concret d'intervention, afin que cette base de connaissances sur les déterminants et les interventions, puisse évoluer selon une méthode intégrée, fondée sur un cadre théorique.
Tous les informateurs clés ont reconnu le besoin de regrouper, de synthétiser et de diffuser ce que l'on sait déjà sur les déterminants d'une saine alimentation et l'efficacité des interventions qui s'y rattachent, qu'il s'agisse de politiques ou de programmes. Cette étape est nécessaire à l'élaboration de programmes de recherche pertinents, orientés de façon à remédier aux lacunes les plus importantes, et au développement d'une base de connaissances (bien que limitée pour le moment) qui puisse aider les décideurs à élaborer des politiques, à distribuer des fonds de recherche et à appuyer la mise en oeuvre et l'évaluation de pratiques exemplaires. Dans le même ordre d'idées, on reconnaît la nécessité d'explorer plus à fond la possibilité de mettre en pratique au Canada les connaissances provenant d'autres pays en ce qui a trait aux déterminants d'une saine alimentation et aux interventions en ce domaine.
Dans une large mesure, les informateurs clés s'entendaient sur la nécessité d'améliorer la base de connaissances sur les déterminants d'une saine alimentation.
Les informateurs clés ont aussi fourni des exemples de questions de recherche spécifiques pouvant améliorer la base de connaissances. Les questions suggérées à propos des déterminants environnementaux visaient à mieux comprendre l'influence de facteurs sociaux et économiques comme la culture, les normes sociales, la dynamique et la structure familiale, le travail, le revenu, le coût des aliments et l'accès aux aliments, de même que l'influence du marketing et des changements au niveau des aliments offerts, notamment leur présentation, les mets prépréparés ou les repas-minute ainsi que la qualité et la salubrité des aliments. Les questions sur les déterminants individuels portaient surtout sur l'influence des connaissances, des perceptions et des croyances relatives à la nutrition, la saine alimentation, la salubrité et la qualité des aliments, sur les choix alimentaires et la consommation d'aliments chez différents groupes ou populations, de même que sur la façon dont l'information influence la nutrition et la saine alimentation au niveau des perceptions et des comportements des individus, selon la nature et la source de l'information.
Tous les informateurs clés étaient d'avis qu'au Canada, la base de connaissances et de données probantes relativement aux programmes et aux politiques en matière de saine alimentation est extrêmement restreinte. On a trop peu investi dans des interventions suffisamment globales, intensives et soutenues pour permettre une évaluation des résultats. Dans les milieux où des projets ont été entrepris - généralement des projets communautaires -, le financement était habituellement insuffisant pour permettre une évaluation rigoureuse. Lorsque de telles données d'évaluation existent, elles sont rarement diffusées ou partagées à grande échelle. Ce genre de données sont disponibles dans d'autres pays, mais elles sont principalement reliées à des interventions ciblant les connaissances, attitudes et comportements des individus plutôt que les facteurs environnementaux ou leurs interactions. De plus, on ne sait pas exactement dans quelle mesure ces résultats pourraient s'appliquer au Canada.
Les informateurs clés ont proposé des questions de recherche visant à remédier aux principales lacunes au niveau des données probantes sur l'efficacité des interventions dans les secteurs suivants :
Les informateurs clés croyaient que la meilleure façon de remédier au manque de connaissances au niveau des déterminants et des interventions serait sans doute d'effectuer des recherches sur certaines problématiques d'ordre nutritionnel auprès de populations spécifiques. À maintes reprises, ils ont mentionné l'importance d'orienter les efforts vers les groupes et les populations vulnérables sur le plan nutritionnel. Les populations ou sujets de recherche suivants ont aussi été mentionnés fréquemment.
Capacité de recherche. Les informateurs clés étaient d'avis que les problèmes liés à la capacité de recherche étaient un obstacle majeur à l'avancement et à l'application des connaissances actuelles sur la manière de promouvoir et de soutenir une saine alimentation auprès des Canadiens. Les principaux problèmes mentionnés sont les suivants :
Instruments et méthodes de recherche. Les informateurs clés ont indiqué les secteurs où de meilleurs instruments et méthodes s'avèrent nécessaires aux recherches sur la saine alimentation, notamment des instruments de mesure, des indicateurs, des méthodes quantitatives comparées à des méthodes qualitatives, des outils de surveillance, des études longitudinales et divers autres types d'études.
Diffusion des résultats des recherches et transfert des connaissances Tous les informateurs clés ont insisté sur le manque de mécanismes permettant la diffusion et la mise en commun des résultats d'études spécifiques sur la saine alimentation ainsi que le manque de moyens permanents permettant de regrouper, synthétiser, diffuser ou mettre en commun les connaissances actuelles et nouvelles. Plusieurs intervenants ont indiqué que les réponses à certaines questions posées par la recherche sont peut-être déjà connues, en tout ou en partie. Toutefois, le manque d'intégration des connaissances empêche souvent de vérifier si tel est le cas, surtout lorsqu'on tient compte du manque de temps et de la surabondance d'informations.
Dans l'ensemble, les résultats du présent projet font ressortir le besoin d'adopter une approche réfléchie et cohérente permettant de faire avancer les connaissances relatives aux déterminants de la saine alimentation et aux interventions visant à promouvoir et à soutenir efficacement une saine alimentation. Les principaux volets de cette approche sont les suivants :
Le Bureau de la politique et de la promotion de la nutrition de Santé Canada pourrait jouer un rôle de leadership et défendre le bien-fondé d'une telle approche en stimulant, facilitant et coordonnant la participation des principaux partenaires à des actions concertées visant à faire progresser les différents éléments en cause.
Le présent projet n'est qu'une première étape dans la définition des priorités de recherche sur la saine alimentation et l'élaboration d'un programme de recherche. Le défi consiste maintenant à utiliser à bon escient les données fournies dans le rapport. Étant donné que les travaux visant à fixer des priorités de recherche stratégique évoluent plutôt rapidement au sein des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), il n'est pas souhaitable que Santé Canada entreprenne une longue démarche visant à valider et structurer les lacunes au niveau des connaissances et des questions de recherche discutées dans le cadre du présent projet avant d'utiliser ces données de quelque manière que ce soit. Ces données pourraient plutôt inspirer les divers travaux qui auront lieu au cours des prochains mois dans le but de fixer les priorités des IRSC relativement à la recherche en nutrition et dans des domaines connexes. Les résultats obtenus aideront également le Bureau de la politique et de la promotion de la nutrition de Santé Canada à créer des liens entre les différents instituts du groupe des IRSC afin de les sensibiliser aux lacunes au niveau des connaissances sur la saine alimentation et des enjeux de recherche dans le domaine et à promouvoir l'importance de la recherche sur la saine alimentation.
Simultanément, Santé Canada pourrait mettre en marche ou financer des projets qui s'inspirent des besoins et des enjeux recensés dans le présent projet, mais qui ne seraient peut-être pas admissibles à une aide financière de la part des IRSC ou d'autres organismes subventionnaires, ou qui nécessiteraient un examen plus poussé avant de leur être soumis. À titre d'exemple, mentionnons le financement de projets visant à examiner des méthodes permettant d'en arriver à une approche plus homogène et plus coordonnée de la recherche sur la saine alimentation, à fixer des priorités en vue de regrouper les connaissances actuelles sur les déterminants d'une saine alimentation et les interventions dans le domaine, et à collaborer avec d'autres intervenants pour élaborer un programme de recherche ciblant les lacunes des programmes et politiques d'ordre plus général, pouvant dépasser le cadre de la saine alimentation.