Santé Canada
2009
No de catalogue : H164-112/2-2009F-PDF
ISBN : 978-1-100-92370-3
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L'adolescence est une période de croissance rapide et significative. C'est pourquoi les besoins nutritionnels sont plus élevés pendant cette étape de la vie qu'à n'importe quel moment du cycle de vie (1). Pour surveiller la santé nutritionnelle des adolescents canadiens, il faut disposer d'informations sur la consommation alimentaire et l'apport nutritionnel. L'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, cycle 2.2, Nutrition (ESCC 2.2), menée en 2004, fournit des données sur la consommation alimentaire et l'apport nutritionnel des Canadiennes et Canadiens de tous âges. (On retrouve un bref sommaire de cette enquête à l'Annexe A). On peut se servir des données sur l'apport nutritionnel usuel des Canadiennes et Canadiens pour évaluer la prévalence d'un apport excessif ou insuffisant de certains nutriments. Il suffit de comparer les apports nutritionnels aux valeurs de référence des Apports nutritionnels de référence (ANREF). (On retrouve la définition et les utilisations des ANREF aux Annexes B et C) (2).
Le présent article renferme une évaluation de l'apport énergétique et nutritionnel des adolescents canadiens de 9 à 18 ans effectuée à partir des données du document intitulé Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, cycle 2.2, Nutrition (2004), Apport nutritionnel provenant des aliments : tableaux sommaires provinciaux, régionaux et nationaux. Volumes 1, 2 et 3 (3). Ces apports ont été calculés uniquement à partir des aliments et boissons (la contribution des suppléments alimentaires à l'apport nutritionnel n'a donc pas été prise en compte dans cet article).
L'Institute of Medicine (IOM) suggère d'utiliser certains indicateurs du poids corporel relatif, comme l'Indice de masse corporelle (IMC), en tant que marqueurs d'un apport énergétique adéquat chez des groupes. Ainsi, on peut supposer que la proportion d'individus ayant un IMC inférieur, égal ou supérieur à l'intervalle acceptable en fonction de leur groupe d'âge correspond à la proportion ayant respectivement un apport énergétique insuffisant, adéquat ou excessif par rapport à la dépense énergétique (4). Les catégories de l'IMC définies par l'International Obesity Task Force ont été utilisées pour interpréter les données entourant l'IMC recueillies dans le cadre de l'ESCC 2.2 (5). En se référant à ces catégories, on constate que 31,1 % des garçons de 9 à 13 ans et 30,8 % des garçons de 14 à 17 ans avaient un excès de poids ou étaient obèses, tandis que 28,0 % des filles de 9 à 13 ans et 25,6 % des filles de 14 à 17 ans avaient un excès de poids ou étaient obèses. Le reste des adolescents n'était pas classé dans ces deux catégories de l'IMC. On observe la prévalence la plus élevée d'adolescents hors de ces deux catégories chez les filles de 14 à 17 ans, soit 74,4%, et la plus faible chez les garçons de 9 à 13 ans, soit 68,9 %. On peut donc supposer, en s'appuyant sur les résultats de l'ESCC 2.2, qu'environ trois adolescents sur dix avaient un apport énergétique supérieur à leurs besoins. Étant donné que l'International Obesity Task Force n'a identifié aucune catégorie de l'IMC reflétant un poids insuffisant chez les adolescents, il est impossible d'estimer la prévalence d'un apport énergétique insuffisant.
Le Tableau 1 illustre la proportion des adolescents canadiens ayant un apport de macronutriments inférieur, égal ou supérieur à l'Étendue des valeurs acceptables pour les macronutriments (ÉVAM). Les données démontrent que chez plus de 95 % de l'ensemble des adolescents les apports de protéines et de glucides se situaient dans les intervalles recommandés. Chez plus de 80 % des adolescents, l'apport de lipides totaux se situait également dans l'intervalle recommandé.
| Macronutriments | % adolescents ayant un apport inférieur à l'ÉVAM | % adolescents ayant un apport égal à l'ÉVAM | % adolescents ayant un apport supérieur à l'ÉVAM | Apports nutritionnels de référence | |||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Garçons | Filles | Garçons | Filles | Garçons | Filles | ÉVAM (% de l'apport énergétique total) | |
| Lipides totaux | |||||||
| 9-13 ans | F | 6,5E | 86,3 | 81,4 | 10,8E | 12,1E | 25-35% |
| 14-18 ans | F | F | 84,4 | 82,6 | 13,4E | 12,9E | 25-35% |
| Protéines | |||||||
| 9-13 ans | <3 | F | 99,1 | 97,8 | 0,0 | 0,0 | 10-30% |
| 14-18 ans | <3 | 3,9E | 98,8 | 96,1 | <3 | 0,0 | 10-30% |
| Glucides | |||||||
| 9-13 ans | <3 | <3 | 99,0 | 96,4 | <3 | F | 45-65% |
| 14-18 ans | F | F | 95,5 | 97,1 | <3 | <3 | 45-65% |
E - Données dont le coefficient de variation (CV) se situe entre 16,6 % et 33,3 %; utiliser avec prudence.
<3 - Données dont le coefficient de variation (CV) est supérieur à 33,3 %, avec un intervalle de confiance de 95 % entièrement compris entre 0 et 3 %; utiliser avec prudence.
F - Données dont le coefficient de variation (CV) est supérieur à 33,3 %, avec un intervalle de confiance de 95 % pas entièrement compris entre 0 et 3 %; supprimées en raison de l'extrême variabilité d'échantillonnage.
L'examen des différents types de lipides présents dans l'alimentation des adolescents a révélé que les lipides saturés fournissaient ~10 % de l'apport énergétique total, tandis que les lipides polyinsaturés et monoinsaturés fournissaient respectivement ~5 % et ~12 % de cet apport. Bien que l'IOM n'ait pas fixé d'ANREF pour les lipides saturés et monoinsaturés, il recommande que l'apport de lipides saturés demeure aussi faible que possible (dans le cadre d'une alimentation adéquate sur le plan nutritionnel) compte tenu de la relation positive des lipides saturés avec le risque de maladies coronariennes (6). Notons que l'exercice de modélisation utilisé lors de l'élaboration du Guide alimentaire canadien a permis de définir un modèle d'alimentation pouvant combler les besoins nutritionnels des adolescents dans lequel les lipides saturés fournissent de 7,0 à 7,9 % de l'énergie totale (7). Suivre le modèle d’alimentation du Guide alimentaire canadien permet donc de réduire l'apport de lipides saturés chez les adolescents sans nuire à la valeur nutritive de leur alimentation.
On suppose une faible prévalence d'un apport insuffisant d'acide α-linolénique (oméga-3), un acide gras polyinsaturé, puisque l'apport médian de ce nutriment était supérieur à l'Apport suffisant (AS) fixé en fonction des divers groupes d'âge et de sexe chez les adolescents. On observait les apports médians suivants chez ces divers groupes : filles de 9 à 13 ans = 1,38 g/j, filles de 13 à 18 ans = 1,67 g/j; garçons de 9 à 13 ans = 1,73 g/j et garçons de 13 à 18 ans = 2,17 g/j. Par ailleurs, l'apport médian d'acide linoléique (oméga-6) était inférieur à l'AS chez les adolescents de tous les groupes d'âge et de sexe. Cette constatation est plutôt étonnante étant donné que l'acide linoléique est omniprésent dans l'approvisionnement alimentaire canadien. Il faut toutefois tenir compte de la façon dont l'AS a été fixé lorsqu'on interprète ces résultats. En effet, dans le cas de l'acide linoléique, l'AS est fondé sur l'apport observé aux États-Unis où la déficience en acide linoléique est pratiquement inexistante dans la population générale (6). Considérant qu'une telle déficience est tout aussi inexistante dans la population canadienne en général et que l'approvisionnement alimentaire canadien fournit sans doute moins d'acide linoléique que l'approvisionnement américain puisqu'on utilise de l'huile de canola de préférence à l'huile de soya (le type d'huile qui prédomine aux États-Unis), on aurait sans doute fixé un AS plus faible que celui des ANREF en vigueur si on avait tenu compte de l'apport alimentaire observé au Canada. Les conclusions entourant l'apport d'acide linoléique chez les adolescents auraient sans doute été différentes à la lumière des données canadiennes.
Le rapport acide linoléique : acide α-linolénique est un indicateur de l'équilibre entre les acides gras oméga-6 et oméga-3 dans l'alimentation. L'IOM recommande que le rapport acide linoléique : acide α-linolénique se situe entre 5:1 et 10:1 (6). On reconnaît toutefois que le rapport suggéré s'appuie sur des données limitées et que de nouvelles recherches s'imposent en ce domaine. Selon les données de l'ESCC 2.2, le rapport acides gras oméga-6 : oméga-3 de l'alimentation des adolescents était de 8:1; il se situait donc dans l'intervalle recommandé.
Dans le cas des fibres, l'AS a été fixé à 14g/1000 kcal/jour chez tous les groupes d'âge d'un an ou plus. Cela représente environ 26 g/j chez les filles de 9 à 18 ans, 31 g/j chez les garçons de 9 à 13 ans et 38 g/j chez les garçons de 14 à 18 ans. Les résultats de l'ESCC 2.2 indiquent un apport médian de fibres (14.0 g/j) inférieur à l'AS chez les filles de 9 à 18 ans. Cette Enquête a également révélé un apport médian de fibres inférieur à l'AS chez les garçons de 9 à 18 ans, soit 16,3 g/j chez les 9 à 13 ans et 18,2 g/j chez les 14 à 18 ans. Il est impossible d'évaluer si ces apports sont suffisants (voir l'Annexe C). L'AS est fondé sur l'apport de fibres totales qui comprend à la fois les fibres naturellement présentes dans l'alimentation et les fibres fonctionnelles. Étant donné qu'on ne retrouve pas de données relatives aux fibres fonctionnelles dans le Fichier canadien sur les éléments nutritifs (c.-à-d. fibres isolées, extraites ou synthétiques ajoutées aux aliments), l'apport de fibres estimé chez les adolescents canadiens à partir des résultats de l'ESCC 2.2 reflète uniquement les fibres naturellement présentes dans les aliments. L'apport total de fibres des adolescents qui a été comparé à l'AS est donc probablement inférieur à la réalité. Malgré cette sous-estimation probable de l'apport de fibres, il faut continuer de promouvoir l'importance d'un apport de fibres adéquat auprès de la population canadienne.
Lors de l'élaboration du Guide alimentaire canadien, Santé Canada a fixé le seuil d'une faible prévalence d'un apport insuffisant en nutriments à moins de 10 % des diètes ayant une teneur en nutriments inférieure au Besoin moyen estimatif (BME) (7). En appliquant ce seuil aux données de l'ESCC 2.2, on a constaté une faible prévalence d'un apport insuffisant chez les adolescents mâles pour la plupart des micronutriments. Ainsi, chez les garçons de 9 à 13 ans, la prévalence d'un apport insuffisant était inférieure à dix pour cent pour tous les nutriments, à l'exception de la vitamine A où elle était de 11,6 %. Chez les garçons de 14 à 18 ans, cette prévalence était inférieure à dix pour cent pour tous les nutriments, sauf dans le cas de la vitamine A (38,3 %) et du magnésium (41,5 %). On a observé une plus grande prévalence d'un apport insuffisant chez les filles de 9 à 13 ans. Ainsi, cette prévalence se situait entre 10 et 30 % pour la vitamine A, le magnésium, le zinc et le phosphore. Les apports des adolescentes plus âgées (14 à 18 ans) étaient les plus problématiques. En effet, chez ce groupe d'âge, la prévalence d'un apport insuffisant de vitamine B6, vitamine B12, folate, zinc et fer variait entre 10 et 25 %. De plus, la prévalence d'apport inadéquat était de 66,3 % pour le magnésium, 35,2 % pour le phosphore et 42,2 % pour la vitamine A. En examinant la Figure 1, on constate que la plus forte prévalence d'un apport insuffisant chez les adolescents entoure les nutriments suivants : vitamine A, magnésium et phosphore.
Figure 1. Prévalence d'un apport inadéquat pour les nutriments ayant un besoin moyen estimatif (BME) chez les adolescents de 9-18 ans (2004).

Dans le cas de la vitamine D, l'AS a été fixé à 5 μg/j pour les adolescents de 9 à 18 ans. L'apport médian de vitamine D était supérieur à l'AS fixé pour cette vitamine chez les garçons de 9 à 13 ans (6,6 μg/j) et ceux de 14 à 18 ans (7,2 μg/j) et aussi chez les filles de 9 à 13 ans (5,2 μg/j). On observait donc une faible prévalence d'un apport insuffisant de vitamine D chez ces groupes d'adolescents. Bien qu'on ait observé un apport médian de vitamine D inférieur à l'AS chez les filles de 14 à 18 ans (4,4 μg/j), on ne peut pas conclure à un apport insuffisant (Annexe C). De la même façon, on ne peut pas conclure à un apport insuffisant de calcium et potassium chez les adolescents bien que les apports médians de ces deux nutriments soient inférieurs aux AS fixés, soit 1300 mg/j pour le calcium et 4500-4700 mg/j pour le potassium.
Pour ce qui est du sodium, l'apport médian était supérieur à l'AS fixé à 1500 mg/j, aussi bien chez les adolescents que chez les adolescentes. Par ailleurs, chez plus de 80 % des adolescentes et 97 % des adolescents, l'apport était supérieur à l'Apport maximal tolérable (AMT), c'est-à-dire le niveau d'apport au-dessus duquel le risque d'effets indésirables augmente, qui a été fixé à 2300 mg/j dans le cas du sodium. Chez les filles, les apports médians de sodium étaient de 2885 mg/j chez les 9 à 13 ans et 2962 mg/j chez les 14 à 18 ans. Chez les garçons, ces apports s'élevaient à 3510 mg/j chez les 9 à 13 ans et 4151 mg/j chez les 14 à 18 ans.
Age |
Vitamine D |
Calcium | Potassium | Sodium | |
|---|---|---|---|---|---|
| Garçons | 9-13 | Faible prévalence d'un apport insuffisant* | <AS | <AS | Prévalence élevée d'un apport excessif; augmentation du risque d'effets indésirables sur la santé |
| 14-18 | Faible prévalence d'un apport insuffisant* | <AS | <AS | Prévalence élevée d'un apport excessif; augmentation du risque d'effets indésirables sur la santé | |
| Filles | 9-13 | Faible prévalence d'un apport insuffisant* | <AS | <AS | Prévalence élevée d'un apport excessif; augmentation du risque d'effets indésirables sur la santé |
| 14-18 | <AS | <AS | <AS | Prévalence élevée d'un apport excessif; augmentation du risque d'effets indésirables sur la santé |
<AS - Apport médian < AS : aucune évaluation ne peut être faite de la prévalence d'un apport insuffisant de nutriment chez ce groupe d'âge.
* - Dans le cas de ce nutriment, l'AS n'a pas été fixé à partir de l'apport observé chez des populations apparemment en santé. Bien que l'apport médian de ces groupes d'âge soit égal ou supérieur à l'AS, ce qui indique une faible prévalence d'un apport insuffisant, le niveau de confiance est plutôt faible dans cette évaluation.
Les résultats de l'ESCC 2.2 révèlent que :
(1) Santé Canada, Statistique Canada. Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, cycle 2.2, Nutrition (2004), Apports nutritionnels provenant des aliments : tableaux sommaires provinciaux, régionaux et nationaux. Volumes 1, 2, 3 et CD. 2009. Ottawa, Publications Santé Canada.
(2) Santé Canada. Le Fichier canadien sur les éléments nutritifs. Division de la recherche en nutrition, éditeur. [9]. 2001. Type de réf. : fichier de données
(3) Rao JNK, Wu CFJ, Yu K. Some recent work on resampling methods for complex surveys. Survey Methodology 1992;18(2):209-17.
(4) Rust KF, Rao JNK. Variance estimation for complex surveys using replication techniques. Statistical Methods in Medical Research 1996;5(3):283-310.
Définitions (1)
(1) Institute of Medicine. Les Apports nutritionnels de référence : Le guide essentiel des besoins en nutriments. Washington: The National Academies Press; 2006.
Selon l'Institute of Medicine, qui supervise le développement des ANREF, les apports nutritionnels estimés à partir de rappels alimentaires de 24 heures devraient être évalués de la façon suivante en fonction des ANREF correspondants (1) :
Note : La plupart des ANREF fixés pour les enfants et les adolescents ont été extrapolés à partir des valeurs de références fixées pour les adultes. Compte tenu du manque d'études disponibles lors du développement des ANREF, ces valeurs extrapolées fournissent les meilleures estimations possibles des besoins de nutriments chez les 1 à 18 ans.
(1) The Subcommittee on the Interpretation and Uses of Dietary Reference Intakes, The Standing Committee on the Scientific Evaluation of Dietary Reference Intakes. Dietary Reference Intakes: Applications in Dietary Assessment. Washington: The National Academies Press; 200