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Santé des Premières nations, des Inuits et des Autochtones

Nouvelles priorités concernant la santé des enfants et des jeunes Inuits et des Premières nations

Le 30 novembre 1999

Les points de vue exprimés dans le document sont ceux des auteurs et ne reflètent pas nécessairement ceux de la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits.

Table des matières

Sommaire

Contexte

En collaboration avec des organismes inuits et des Premières nations, la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits est présentement en train de déterminer des occasions stratégiques de contribuer à l'amélioration de la santé et du bien-être des enfants et des jeunes inuits et des Premières nations. Le présent document vise à contribuer à ces travaux de trois principales façons :

  • En soulignant les problèmes et préoccupations en matière de santé chez les enfants et les jeunes inuits et des Premières nations.
  • En effectuant l'examen, la synthèse et l'analyse des recommandations et documents pertinents qui ont été produits au cours des dernières années par les autorités fédérales, provinciales et territoriales, les organismes inuits et des Premières nations et les ONG.
  • En déterminant les occasions actuelles et nouvelles de prendre des mesures qui permettront d'améliorer la santé et le bien-être des enfants et des jeunes inuits et des Premières nations.

Sommaire des conclusions et des recommandations

On observe deux orientations stratégiques concernant la façon d'aborder les questions et préoccupations essentielles en matière de santé. La première permet de déterminer les conditions sous-jacentes nécessaires du développement d'enfants et de jeunes en santé dans les collectivités inuites et des Premières nations : la résistance, le bien-être, le développement de la petite enfance, la capacité d'évoluer des enfants et des jeunes et la mobilisation communautaire. La deuxième ébauche de politique permet de déterminer des questions spécifiques auxquelles les décideurs, les membres des collectivités et les particuliers doivent accorder le plus d'attention, y compris le SAF/les EAF, la MSN, la prévention des blessures, les enfants qui ont des besoins particuliers et une santé mentale positive. Il est crucial que nous prenions des mes ures concrètes pour aborder ces préoccupations si nous voulons que les enfants inuits et des Premières nations grandissent pour devenir des membres sains et productifs de la société. Parmi les quatre secteurs de priorité, mentionnons : assurer le développement de la petite enfance, fournir des expériences d'apprentissage permanent dès la petite enfance, créer des collectivités sécuritaires, sans violence et d'un grand soutien, et favoriser un développement solide durant les années précédant l'adolescence.

Développement de la petite enfance

Les experts en santé infantile s'accordent pour affirmer que les six premières années de la vie constituent une étape cruciale du développement personnel. Plus du tiers des Inuits et des membres des Premières nations sont âgés de 14 ans ou moins. Les interventions auront vraisemblablement un effet puissant et à long terme si elles mettent l'accent sur ce segment de la population. La santé des enfants inuits et des Premières nations est considérablement moins bonne que celle de leurs homologues non Autochtones. Par exemple, les deux populations sont caractérisées par de hauts niveaux de SAF/EAF, de MSN, une mauvaise nutrition et un poids à la naissance peu élevé. Les collectivités inuites et des Premières nations font également face à des problèmes comme les contaminants de l'environnement et l'inaccessibilité des services de garderie de grande qualité et assurés par la collectivité.

  1. En collaboration avec les Inuits, les Premières nations et d'autres intervenants, élaborer une stratégie nationale relative à la surveillance et à la prévention communautaire du SAF et des EAF, ainsi qu'à la sensibilisation à cet égard.
  2. Donner plus d'importance au Programme d'aide préscolaire aux Autochtones, qui met l'accent sur la nutrition, l'éducation, les soutiens sociaux, la promotion de la santé, la participation des parents ainsi que sur la culture et le langage.
  3. Soutenir l'élaboration et (ou) l'expansion d'un réseau complet de services axés sur les enfants et la famille des Inuits et des Premières nations, qui engloberait le développement de la petite enfance, le soutien des parents et des familles et des collectivités sécuritaires et d'un grand soutien.
  4. Soutenir l'élaboration d'une campagne de sensibilisation à l'égard de la MSN, s'adressant aux femmes enceintes et aux nouvelles mamans des Premières nations.

Fournir des expériences d'apprentissage permanent dès la petite enfance

Selon la Commission royale sur les peuples autochtones (Canada, 1996a), de nombreux Autochtones considèrent l'éducation comme un moyen d'acquérir des connaissances et des compétences utilisables et de connaître leur histoire et leurs traditions. On fait fréquemment remarquer que la formation sur la culture et la langue traditionnelle peut jouer un rôle important en habilitant les jeunes Inuits et des Premières nations, en améliorant leur estime personnelle et en les incitant à choisir un mode de vie positif. L'absence de programmes relatifs aux besoins particuliers des jeunes Inuits et des Premières nations atteints d'incapacités physiques ou de troubles de développement, ainsi que les difficultés auxquelles font face les jeunes Inuits et des Premières nations qui vivent dans des régions éloignées et qui souhaitent poursuivre leurs études après le niveau secondaire laisse supposer qu'on doit répondre davantage aux besoins croissants des Inuits et des Premières nations afin de s'assurer qu'ils bénéficient d'occasions d'apprentissage permanent appropriées dès la petite enfance.

  1. En collaboration avec les Premières nations, les Inuits, les provinces et les territoires, maintenir des programmes de culture et de langue autochtone et leur donner plus d'ampleur dans les écoles primaires et secondaires à l'aide des programmes communautaires existants.
  2. Soutenir l'élaboration d'initiatives afin de faciliter la détection rapide des difficultés d'apprentissage en donnant une formation appropriée aux éducateurs et au personnel de garderie.

Créer des collectivités sécuritaires, sans violence et d'un grand soutien

Dans de nombreux cas, la qualité de vie des enfants et des jeunes Inuits et des Premières nations qui vivent dans des réserves ou dans les collectivités du Nord est minée par des conditions d'hébergement qui ne correspondent pas aux normes, l'itinérance et l'absence d'activités récréatives saines ou de mise en forme. Soutenir l'élaboration d'un large éventail de programmes récréatifs et de mise en forme dans les collectivités permettrait de faire la promotion du bien-être des enfants et des jeunes. Les environnements communautaires caractérisés par la violence, l'absence de compétences parentales et l'aliénation des jeunes augmentent le taux de mortalité et de morbidité relatif aux blessures. Parmi les enfants et les jeunes Inuits et des Premières nations qui vivent dans des collectivités éloignées du Nord, en particulier, les preuves confirment que l'insécurité alimentaire constitue un problème grave, surtout chez les mères enceintes et dans les familles comptant de jeunes enfants.

  1. Promouvoir le bien-être des enfants et des jeunes en soutenant l'élaboration d'un large éventail de programmes récréatifs et de mise en forme dans les collectivités inuites et des Premières nations.
  2. Soutenir l'élaboration de programmes de prévention et de sensibilisation relatifs aux blessures et aux invalidités dans les collectivités inuites et des Premières nations, en mettant l'accent sur la détermination et la reproduction de pratiques exemplaires en matière de programmes récréatifs et de mise en forme.

Favoriser un développement solide durant les années précédant l'adolescence

Les enfants et adolescents inuits et des Premières nations souffrent de nombreux problèmes de santé et sociaux, comme un taux élevé de suicide, les MTS et les grossesses hâtives, la difficulté à signaler leur santé mentale et leurs habitudes à l'égard de la sexualité et de la reproduction. Ces problèmes reflètent des conditions socio-économiques complexes.

  1. Soutenir la création de solides relations intergénérations entre les jeunes et les aînés, à l'aide, par exemple, de camps en pleine nature, de l'encadrement et d'autres activités connexes
  2. Aborder les comportements à risque élevé associés à une estime de soi médiocre et à des infrastructures et des soutiens communautaires insuffisants (taux de grossesse élevé chez les adolescentes, taux élevé de toxicomanie).
  3. Soutenir l'élaboration d'initiatives de consultation des pairs et intervention de ces derniers dans les collectivités des Premières nations où on observe un taux élevé de suicide chez les jeunes.
  4. Adopter des mesures proactives concernant la promotion de la santé, par exemple en intégrant des modèles de comportement positifs, en faisant la promotion des perspectives d'emploi et des activités récréatives s'adressant aux jeunes, en encourageant les jeunes à participer à des messages de promotion de la santé par l'entremise de l'information sur la santé et la sexualité, des écoles, etc.
  5. Donner une ampleur aux services de santé maternelle et de la santé génésique, afin de s'assurer que les jeunes femmes inuites et des Premières nations qui vivent dans des collectivités éloignées ont accès à des installations de base en matière de consultation, de dépistage et d'évaluation.

Introduction

Contexte

Les autorités fédérales, provinciales et territoriales (à l'exception du Québec) se sont entendues en mai 1999 pour élaborer et mettre en oeuvre un Programme national pour les enfants (PNE). En mettant l'accent sur des approches coopératives et la participation communautaire pour répondre aux besoins des enfants, le PNE se fonde sur des principes comme la bonne santé, la santé et la sécurité, la réussite de l'apprentissage et la responsabilité sociale. En collaboration avec des organismes inuits et des Premières nations, l'exécution du Programme suppose l'élaboration d'un réseau complet et intégré de services sociaux et de santé qui soutient les parents et les enfants durant la grossesse, l'accouchement et l'éducation des enfants.

L'engagement qu'ont pris les gouvernements envers la cause des droits des enfants laisse supposer que certaines populations ont été moins bien servies que d'autres. Les enfants inuits et des Premières nations en constituent un exemple concret. Non seulement souffrent-ils de taux considérablement plus élevés de morbidité et de mortalité que les autres enfants canadiens, mais la pauvreté est endémique dans de nombreuses collectivités inuites et des Premières nations, ce qui donne lieu à une qualité de vie inférieure et à une aliénation généralisée (Institut canadien de la santé infantile, 1994; comité directeur national de l'Enquête régionale sur la santé des Premières nations et des Inuits, 1999). Cela représente de nouveaux défis pour le Canada s'il veut réaliser tous ses objectifs de l'an 2000 exposés durant le Sommet mondial pour les enfants de 1990, y compris ses engagements à réduire d'un tiers la mortalité infantile et à fournir une meilleure protection aux enfants qui se retrouvent dans des circonstances difficiles. Par conséquent, si on doit améliorer considérablement la santé des enfants des Premières nations, l'Institut canadien de la santé infantile (1994), entre autres, met l'accent sur l'importance d'affecter des ressources suffisantes afin d'élaborer un réseau complet et intégré de services sociaux et de santé à l'intention des enfants et de leur famille, qu'ils vivent ou non dans des réserves (Comité consultatif sur la santé de la population -- Groupe de travail sur la stratégie nationale pour le développement sain des enfants, 1999).

But et objectifs

En vertu des dispositions de la Loi constitutionnelle de 1982, les Inuits et les membres des Premières nations entretiennent une relation particulière avec le gouvernement du Canada (GT). C'est en vertu de cette relation que Santé Canada, par l'intermédiaire de sa Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits (DGSPNI), est chargée de répondre aux besoins et aux préoccupations des Inuits et des Indiens inscrits en matière de santé. Compte tenu de ce mandat et de la nature particulièrement grave des problèmes de santé auxquels font face les enfants inuits et des Premières nations au Canada, la DGSPNI est en train de déterminer des occasions stratégiques de contribuer à l'amélioration de la santé et du bien-être des enfants et des jeunes inuits et des Premières nations(1).

Le présent document de travail vise à contribuer à ces travaux de trois principales façons :

  • En soulignant les problèmes et préoccupations en matière de santé chez les enfants et les jeunes inuits et des Premières nations(2).
  • En effectuant l'examen, la synthèse et l'analyse des recommandations et documents pertinents qui ont été produits au cours des dernières années par les autorités fédérales, provinciales et territoriales, les organismes inuits et des Premières nations et les ONG.
  • En déterminant les occasions actuelles et nouvelles de prendre des mesures qui permettront d'améliorer la santé et le bien- être des enfants et des jeunes inuits et des Premières nations.

Veuillez noter que, même si on considère que la « petite enfance » se situe entre 0 et 6 ans, dans de nombreuses études, cette population fait partie de la catégorie des 0-14 ans. C'est pour cette raison que certaines données statistiques exposées dans le présent document concernent tous les enfants âgés de 14 ans ou moins

Méthodologie

Ce projet comprenait un certain nombre d'activités de collecte de renseignements, résumées ci-dessous :

  • On a procédé à des entrevues clés avec des cadres supérieurs de l'Assemblée des Premières nations (APN), d'Inuit Tapiriit Kanatami (ITK) et de la Pauktuutit Inuit Women's Association, qui ont fourni la plupart des documents relatifs à ce projet.
  • On a entrepris une recherche de mots clés dans les principales bases de données CD-ROM (y compris SOCIOFILE et Social Work Abstracts) et les catalogues des bibliothèques de l'Université Carleton et de l'Université d'Ottawa.
  • On a examiné les ressources documentaires de Santé Canada, du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (MAINC), de l'APN, d'ITK et de la Pauktuutit Inuit Women's Association.

Même si les échéances serrées du projet ont limité la recherche aux travaux les plus directement pertinents sur la santé et le bien-être des enfants et des jeunes inuits et indiens inscrits, on a déployé tous les efforts pour adopter une approche équilibrée reflétant les priorités et préoccupations clés des peuples concernés.

Diagnostic

Les enfants des Premières nations

Comme le mentionne clairement le rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones (CRPA), la population autochtone du Canada est jeune, bien plus de la moitié de ses membres (56,2 p. 100) étant âgés de moins de 25 ans (Canada, 1996a). Parmi les membres des Premières nations en particulier, cette jeunesse relative se reflète tant dans le taux élevé des naissances, qui est à peu près le double de celui de la moyenne canadienne, que dans le fait qu'environ 281 000 personnes, ou 35 p. 100 de la population autochtone totale, font partie de la catégorie des 0-14 ans (voir l'Annexe pour obtenir une répartition de la population selon l'âge) (Institut canadien de la santé infantile, 1994; Young, 1994). Par contre, seulement 21 p. 100 de la population canadienne non autochtone est âgée de 14 ans ou moins (Ibid).

L'Institut canadien de la santé infantile soutient que ces enfants sont parmi les plus désavantagés de tous les Canadiens (1994, p. 131). Neuf pour cent des mères sont âgées de moins de 18 ans (comparativement à 1 p. 100 des mères canadiennes en général), et on compte environ deux fois plus de familles monoparentales dans les réserves (24 p. 100) que partout ailleurs au Canada (où le taux s'élève à 13 p. 100) (Ibid; Joint First Nations/Inuit/ Federal Child Care Working Group, aucun détail).

À cet égard, le taux de pauvreté et de marginalisation des familles monoparentales et de celles dirigées par des adolescents a tendance à être élevé. Cela est particulièrement vrai dans le cas des familles des Premières nations, dont une proportion considérable, estime-t-on, vivent sous le seuil de la pauvreté et résident dans des habitations qui ne sont pas conformes aux normes standards établies par la Société canadienne d'hypothèques et de logement (Assemblée des Premières nations, 1998a).

On trouve des preuves évidentes que le racisme et la discrimination institutionnalisée contre les peuples autochtones du Canada (Canada, 1996b) touchent les enfants et les jeunes des Premières nations, qui finissent par éprouver d'importantes difficultés à la maison et à l'école. Non seulement le nombre d'enfants autochtones placés en familles d'accueil est plus de quatre fois plus élevé que celui des enfants non autochtones (Assemblée des Premières nations, 1994), mais une proportion alarmante de jeunes des Premières nations (64 p. 100) ne terminent pas leurs études secondaires. Par contre, seulement 31 p. 100 des Canadiens non autochtones n'obtiennent pas leur diplôme d'études secondaires (Frideres et Reeves, 1993).

Par ailleurs, le taux de mortalité infantile des bébés des Premières nations est environ le double de la moyenne canadienne (ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien, 1996c), et les niveaux de morbidité et de mortalité chez les enfants et les jeunes autochtones demeurent élevés durant leurs 18 premières années. Parmi les facteurs qui contribuent à cette situation, mentionnons un taux de blessure trois fois plus élevé que la moyenne nationale (Young, 1994), un nombre élevé de maladies infectieuses et respiratoires dans de nombreuses collectivités des Premières nations (comité directeur national de l'Enquête régionale sur la santé des Premières nations et des Inuits, 1999), ainsi que des taux de suicide, de dépression et de violence physique ou sexuelle à l'endroit des enfants qu'on juge considérablement plus élevés que ceux des populations non autochtones (Canada, 1995; recherche du Centre d'études des enfants à risque, 1998). Enfin, les jeunes des Premières nations ont des possibilités élevées de souffrir d'incapacités physiques, de troubles du développement ou de difficultés d'apprentissage (Assemblée des Premières nations, 1997). Une étude régionale va même jusqu'à soutenir que le syndrome d'alcoolisme foetal (SAF) et les effets de l'alcool sur le foetus (EAF) sont responsables de près de 75 p. 100 de ces problèmes (Asante et Nelms-Matzke, 1985).

Les enfants inuits

Bien que la population inuite du Canada soit relativement petite -- seulement 37 800 personnes, selon la Commission royale sur les peuples autochtones (Canada, 1996b), elle fait présentement l'objet d'une croissance rapide (voir l'Annexe pour obtenir une répartition de la population selon la catégorie d'âge). Cette situation résulte à la fois de la jeunesse de la population (39 p. 100, ou environ 19 000 personnes, étaient âgées de 14 ans ou plus en 1991) et du taux élevé de fécondité chez les femmes inuites, qui représente plus du double de celui de la population des femmes canadiennes en général (Young, 1994; Canada, 1996c).

Tout comme leurs homologues des Premières nations, les enfants et les jeunes inuits ont plus de chances que les enfants non autochtones de grandir dans une famille monoparentale ou dirigée par un adolescent. À Nunavik, par exemple, près du quart des familles sont monoparentales (Santé Québec, 1994). Étant donné l'étroite corrélation entre la monoparentalité et la détresse économique, de nombreuses femmes inuites enceintes n'ont pas suffisamment d'énergie, et on croit que des problèmes associés à la déficience en fer et en vitamine D sont nombreux parmi les enfants inuits en bas âge (Moffatt, 1991).

La sécurité alimentaire constitue également un problème dans le Nord canadien, 12,7 p. 100 des Inuits de plus de 15 ans affirmant qu'ils ont éprouvé des difficultés à accéder à de la nourriture au cours des 12 derniers mois, comparativement à 7,5 p. 100 des Canadiens en général (Institut canadien de la santé infantile, 1994). On est également préoccupé par la contamination des aliments locaux qui contiennent des substances toxiques comme des métaux lourds et des organochlorés (Usher et coll., 1995). Même si les effets précis sur la santé de ces substances continuent d'être un sujet fort controversé, il est bien établi que les foetus et les jeunes enfants sont particulièrement vulnérables (Raphael, 1999).

Les conditions d'hébergement inadéquates et des habitations bondées menacent également la santé des enfants inuits. De telles conditions semblent contribuer à une fréquence inhabituellement élevée des maladies respiratoires et de troubles digestifs parmi les enfants inuits qui vivent dans les collectivités du Nord (Pauktuutit, 1995a; Moffatt et coll., 1992). Ces problèmes sont également exacerbés par l'usage généralisé du tabac chez les Inuits. Comme une étude le mentionne, les enfants inuits commencent à fumer dès l'âge de cinq ans, et lorsqu'ils atteignent l'adolescence, 69 p. 100 d'entre eux fument régulièrement (Pauktuutit, 1995b, p. 1).

L'aliénation, la dépression et la violence physique et sexuelle à l'endroit des enfants sont également considérées comme des problèmes graves dans les collectivités inuites, un pourcentage aussi élevé que 35 p. 100 des adolescents inuits qui résident à Keewatin, dans les Territoires du Nord-Ouest (TNO) ayant signalé qu'ils sentent « malheureux et déprimés » (Moffatt et coll., 1992). De tels états d'âme contribuent aux taux peu élevés de jeunes Inuits qui terminent leurs études secondaires dans les TNO (Northwest Territories Health, 1991), et il est vraisemblable qu'ils sont responsables d'un taux anormalement élevé de suicide chez les Inuits. Selon Claudia Brann (1996), le taux de suicide chez les hommes inuits âgés de 16 à 30 ans est environ dix fois plus élevé que celui des hommes non autochtones de la même catégorie d'âge.

Cependant, le suicide n'est pas le seul facteur qui contribue au fort taux de mortalité chez les enfants et les jeunes inuits. Comme dans les collectivités des Premières nations, les taux de mortalité infantile sont de deux à trois fois plus élevés que la moyenne nationale, et les blessures sont extrêmement courantes, constituant la principale cause de décès dans toutes les catégories d'âge des enfants, à l'exception des bébés (Young, 1994; Moffatt, 1991). On observe également chez les enfants inuits des taux élevés de carie dentaire, d'infection des oreilles (qui entraîne souvent la perte de l'ouïe) et de maladies des systèmes respiratoire, digestif et nerveux (Ibid; Pauktuutit, 1995; Tremblay, 1991; Houdeet coll., 1991). Enfin, la toxicomanie demeure généralisée dans de nombreuses collectivités inuites et entraîne toutes sortes de problèmes sociaux et de santé, y compris la violence familiale et les invalidités liées au SAF (Pauk tuutit, 1998).

Discussion

Les enfants et les jeunes inuits et des Premières nations font face à un aussi grand nombre de problèmes dans leur vie quotidienne. Cependant, ces ressemblances ne peuvent justifier un point de vue homogène en ce qui concerne ces deux populations et les problèmes auxquels elles sont confrontées. Par exemple, de nombreuses préoccupations clés à propos des Inuits sont liées aux réalités du difficile environnement nordique. Même si cela ne signifie pas que les Autochtones qui vivent dans des collectivités éloignées ne font pas face à des problèmes semblables, les décideurs ne doivent pas présumer qu'une seule solution peut s'appliquer aux deux populations.

Dion Stout et Kipling (1998) ont fait remarquer qu'on a tendance depuis longtemps à exagérer les problèmes des peuples autochtones, à tel point qu'on perd de vue leurs complexités, ainsi que les mesures concrètes que prennent les collectivités elles-mêmes pour provoquer des changements positifs et à long terme. Par conséquent, il est important de déterminer et de favoriser des pratiques exemplaires qui soulignent la résistance et la capacité d'adaptation des Autochtones, particulièrement des enfants et des jeunes.

Examen et analyse des documents

Documents sur les enfants et les jeunes des Premières nations

Même si les autorités fédérales, provinciales et territoriales, ainsi que les Premières nations elles-mêmes, fournissent un large éventail de programmes s'adressant aux enfants et aux jeunes indiens, on observe toujours d'importantes lacunes. Alors que certaines d'entre elles résultent de luttes de compétences entre le gouvernement du Canada et les provinces (comme dans le cas des services de garde dans les réserves), d'autres sont liés à la distinction qu'on établit entre ceux qui résident à l'intérieur et à l'extérieur des réserves et ceux qui sont classés comme des Indiens « inscrits » et « non inscrits » en vertu de la Loi sur les Indiens.

En général, le gouvernement fédéral affirme que sa responsabilité première concerne les Indiens inscrits vivant dans les réserves. Cependant, nombre des enfants et des jeunes des Premières nations qui sont le plus dans le besoin habitent de grands centres urbains et n'ont souvent pas accès aux services sociaux et de santé appropriés à leur culture, services dont bénéficient leurs homologues vivant dans les réserves. Même si le présent document ne vise pas à aborder en profondeur les besoins de cette population, on soulignera ci-dessous, s'il y a lieu, les questions et interventions pertinentes.

Soutenir les parents et renforcer les familles

Un développement sain de l'enfant dépend dans une large mesure de la santé et du style de vie de la mère lorsqu'elle est enceinte. La toxicomanie constitue un exemple concret. Même si on n'est toujours pas certain du nombre précis des enfants des Premières nations touchés par le SAF et les EAF, on croit qu'il s'agit d'un problème grave au sein de cette population, de nombreuses personnes soutenant même qu'on doit aider davantage les femmes à prendre la décision de ne pas boire ni de prendre de drogues pendant qu'elles sont enceintes ou qu'elles allaitent.

Cependant, Marion Mussell l'a souligné avec insistance durant l'exposé qu'elle a présenté durant une récente conférence de la santé de l'APN, (Assemblée des Premières nations, 1997), les interventions ne devraient pas entraîner un sentiment de culpabilité chez les femmes qui boivent. Mais « la prévention du SAF doit plutôt être liée à la compréhension des raisons qui poussent les gens à boire et des mauvais traitements dont souffrent nos collectivités » (Ibid, p. 48). Afin de réduire au minimum le nombre de problèmes futurs, on préconise régulièrement l'utilisation d'étiquettes d'avertissement sur les bouteilles (Canada, aucun détail), ainsi que l'élaboration d'une stratégie nationale concernant le SAF qui engloberait la prévention, l'éducation, l'évaluation et le soutien (Assemblée des Premières nations, 1997; Secrétariat à la santé des Premières Nations, 1997; Conseil canadien de développement social, 1998). L'élaboration d'options de traitement innovatrices à l'intention des femmes enceintes des Premières nations qui sont alcooliques ou toxicomanes (Namyniuket coll., 1997) et l'utilisation de programmes de nutrition prénataux comme instrument de discussion et de promotion d'un style de vie sain (Robinson et coll., 1985) sont considérés comme deux stratégies réalistes.

Par ailleurs, durant une récente table ronde sur le diabète organisée par l'Association nationale des centres d'amitié, le taux élevé de diabète gestationnel chez les femmes autochtones ont incité les participants à exiger de meilleurs programmes de sélection et d'information à l'intention des enfants, des jeunes et des femmes en âge de procréer des Premières nations (Dion Stout et Kipling, 1999a). Les preuves confirment également que les femmes des Premières nations allaitent beaucoup moins leurs nourrissons que leurs homologues non autochtones (Blythe, 1995; comité directeur national de l'Enquête régionale sur la santé des Premières nations et des Inuits, 1999). Malgré le succès relatif des programmes de promotion de l'allaitement, des universitaires comme Moffatt (1991) soutiennent qu'ils croient maintenant que les effets du non allaitement ne sont pas si graves et que nous devrions commencer à mettre l'accent sur les maigres ressources affectées à d'autres secteurs problématiques de la nutrition des nourrissons (p. 555). Par contre, la promotion de consultations individuelles visant à prendre des mesures qui permettront de créer un environnement communautaire qui soutient les mères qui allaitent présente une solution d'une nature différente (Macaulayet coll., 1991).

Il est également essentiel d'obtenir un soutien solide des collectivités et du gouvernement si nous voulons que les parents des Premières nations aient accès à des garderies de grande qualité et conformes à leur culture. Cependant, le Joint First Nations/Inuit/Federal Child Care Working Group (aucun détail) le soutient, on ne trouve actuellement aucun service de garderie de qualité dans la plupart des réserves des Premières nations (p. 4), malgré la jeunesse de la population et la forte proportion de parents célibataires et sans emploi (Ibid). Pour cette raison, l'Assemblée des Premières nations (1989; 1993; 1994), la Commission royale sur les peuples autochtones (1996a) et le Conseil national du Bien-être (1999) préconisent tous le financement immédiat des programmes de garderie autochtones dirigés par les collectivités de tout le pays. Même si on espère qu'une telle intervention permettra de promouvoir le renforcement des capacités et le développement économique dans les collectivités des réserves (Little et Prince, 1993), elle fournirait également une occasion unique de contribuer au ressourcement des Premières nations, grâce à la conception de programmes fondés sur les valeurs, les traditions et les langues autochtones (McCallum, 1997; Assemblée des Premières nations, 1989; Joint First Nations/Inuit/Federal Child Care Working Group (aucun détail)).

L'adoption et la mise en famille d'accueil des enfants des Premières nations sont étroitement liées à la question des garderies autochtones(3). De nombreux enfants des Premières nations sont placés auprès de parents non autochtones, ce qui favorise la fragmentation des familles autochtones tout en fournissant aux enfants peu d'occasions d'être exposés à leurs langues et traditions ancestrales. Les Premières nations exigent constamment des politiques qui facilitent le placement des enfants à l'intérieur de la famille élargie ou, à défaut, dans des environnements où on prend activement des mesures pour les aider à comprendre leur patrimoine culturel(assemblée des Premières nations, 1989, 1993 ; Yellowhead Tribal Services Agency, 1997).

Améliorer le développement de la petite enfance

Dans un rapport récent, le Groupe de travail sur la Stratégie nationale pour le développement sain des enfants (1998) soutient que des preuves concrètes confirment que le développement sain des enfants est fondamental au bien-être de la société (p. 1). Dans ce contexte, les six premières années de la vie constituent une période où l'enfant développe sa faculté d'adaptation et sa résistance aux problèmes de santé essentielles à une vie longue, saine et productive (Ibid). Comme nous l'avons souligné dans la section précédente du présent document, on observe chez les enfants des Premières nations des taux élevés de morbidité, de mortalité et de familles dysfonctionnelles, qui contribuent à ériger des obstacles que nombre de ces enfants tenteront de surmonter pendant le reste de leurs jours.

Si on veut améliorer de façon considérable l'état de santé des enfants des Premières nations, l'Institut canadien de la santé infantile (1994), entre autres, souligne l'importance d'affecter des ressources suffisantes afin d'élaborer un réseau de santé et des services sociaux intégré et complet à l'intention des enfants et de leur famille, qu'ils vivent à l'intérieur ou à l'extérieur des réserves (Comité consultatif sur la santé de la population -- Groupe de travail sur la stratégie nationale pour le développement sain des enfants, 1999). D'une part, cela suppose l'élaboration supplémentaire, grâce à des programmes comme le Programme d'aide préscolaire aux Autochtones, d'un réseau des services qui soutient les parents tout au long de la grossesse, de l'accouchement et de l'éducation des enfants et qui fournit aux enfants des Premières nations des services de dépistage, d'évaluation des risques et d'aiguillage (Ibid, pp. 6-9). D'autre part, on devra poursuivre les efforts actuels visant à intégrer la médecine traditionnelle autochtone dans le réseau de soins de santé de base (Assemblée des Premières nations, 1993, 1994; Association des infirmières et des infirmiers autochtones du Canada, 1993). Même s'il existe déjà un solide dénominateur commun entre les deux approches (p. ex., accent sur la promotion de la santé, responsabilité personnelle), l'intégration de médecins traditionnels dans le réseau établi permettrait de valider la compétence de ces derniers tout en donnant aux familles un accès facile à toute une gamme de services sociaux et de santé holistique, qui vont des services offerts par les sages-femmes aux conseils nutritionnels (Ibid).

On doit également mettre en place des programmes de formation et de perfectionnement professionnels afin de préparer les membres des Premières nations à des carrières en pédiatrie, en travail social et en éducation de la petite enfance (Assemblée des Premières nations, 1997; Comité consultatif sur la santé de la population -- Groupe de travail sur la stratégie nationale pour le développement sain des enfants, 1999). En outre, les fournisseurs de soins de santé aux non-Autochtones doivent être sensibilisés aux réalités et aux traditions des Premières nations, et on devrait les encourager à s'installer dans les collectivités éloignées où on manque de services de santé destinés aux enfants (Assemblée des Premières nations, 1993). Il serait également pertinent de former des médecins dans le domaine de l'évaluation et du diagnostic en matière de SAF et d'EAF, puisque la sensibilisation professionnelle à cet égard n'est toujours pas suffisante (Assemblée des Premières nations, 1997; Blythe, 1995; Cooket coll., 1990).

Par ailleurs, le syndrome de la mort subite du nourrisson (MSN) suscite maintenant de sérieuses préoccupations de la part des chercheurs et des décideurs, particulièrement à la suite de la publication d'une étude récente montrant que les nourrissons autochtones de l'Alberta sont dix fois plus susceptibles de mourir du syndrome de la MSN que leurs homologues non autochtones (Assemblée des Premières nations, 1999). Ces conclusions permettent de valider des travaux précédents entrepris dans ce domaine, comme une recherche effectuée par le ministère de la Santé de la Colombie-Britannique, qui soutient que les nourrissons indiens inscrits risquent davantage d'être foudroyés par le syndrome de la MSN (MacMillan, 1996; Colombie-Britannique, 1997). Même si les causes du syndrome ne sont pas bien connues, mentionnons, parmi les facteurs de risque, de mauvaises conditions économiques et de santé, l'absence d'allaitement et l'exposition à des niveaux élevés de fumée de cigarettes (Ibid; Assemblée des Premières nations, 1999).

On doit également porter une attention particulière aux questions liées à la santé orale des enfants des Premières nations. Des études régionales montrant que les taux de carie dentaire sont au moins quatre fois plus élevés que ceux des enfants non autochtones (Santé Manitoba, 1995), ce problème préoccupe de plus en plus la communauté des soins de santé offerts aux Autochtones. Même si on croit que le mauvais état des dents des enfants autochtones résulte d'habitudes alimentaires et d'un allaitement déficients, le traitement est presque toujours coûteux et traumatisant, puisqu'on doit habituellement transporter l'enfant dans un hôpital du Sud et l'opérer sous anesthésie générale (Organisation nationale des représentantes et représentants indiens et inuits en santé communautaire et Santé Canada, 1998). Parmi les mesures proposées pour contrer ce problème, mentionnons la promotion de carrières en santé dentaire auprès des jeunes Autochtones, la fluoration de l'eau fournie aux collectivités des Premières nations et l'élaboration de programmes de prévention et de sensibilisation communautaire (Moffatt, 1991; Blythe, 1995).

Améliorer la sécurité économique des familles

Comme près du quart des familles autochtones qui vivent dans des réserves sont monoparentales (cette proportion grimpe à 30  p. 100 à l'extérieur des réserves), de nombreux enfants des Premières nations vivent dans la pauvreté, condition étroitement liée à un mauvais état de santé (Association canadienne de santé publique, 1997). De nombreux facteurs contribuent à perpétuer la marginalisation économique des mères sans conjoint, y compris l'absence de perspectives d'emploi, de compétences utilisables et de services de garde abordables, ainsi que le sexisme. D'une part, c'est en raison du sexisme dont sont victimes les femmes autochtones qu'elles sont beaucoup plus susceptibles que leurs homologues masculins de déclarer un revenu annuel de moins de 10 000 $ (Canada, 1996c). D'autre part, les femmes éprouvent souvent des difficultés lorsqu'elles tentent d'obtenir une pension alimentaire du père pour leurs enfants, certaines Premières nations allant même jusqu'à refuser de collaborer pour imposer de tels paiements (Ibid, 1996a).

Une initiative a fait l'objet de beaucoup d'attention récemment : la prestation nationale pour enfants (PNE), lancée conjointement par les autorités fédérales, provinciales et territoriales en juin 1998 (Conseil canadien de développement social, 1998). Voilà un moyen de réduire la pauvreté des enfants tout en encourageant les gens à faire partie de la main-d'oeuvre salariée(4). Les chefs de file autochtones reprochent aux gouvernements participants de ne pas entreprendre de consultation significative auprès des Premières nations durant l'étape de conception de la PNE. Cette initiative, telle qu'elle est formulée présentement, risque donc d'aliéner davantage les Premières nations plutôt que de les aider à réduire la pauvreté des enfants dans leur collectivité, surtout parce que les bénéficiaires sont forcés de faire une demande de crédit par l'entremise du régime fiscal, que de nombreux Autochtones considèrent comme une violation de la souveraineté des Premières nations (Assemblée des Premières nations, 1998b; Services de développement organisationnel, 1998). Les chefs de file autochtones préconisent également le contrôle complet par collectivité des sorties de fonds réinvesties, afin de veiller à ce qu'elles soient utilisées pour soutenir des programmes conformes aux valeurs culturelles et à l'approche holistique des Premières nations (Ibid). Bien entendu, on soulève la question suivante dans certains secteurs : les ressources affectées aux enfants et aux jeunes des Premières nations sont-elles vraiment dirigées vers ceux qui sont dans le besoin.

Fournir des expériences d'apprentissage permanent dès la petite enfance

Comme le mentionne le rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones, les jeunes croient que l'éducation devrait servir à deux fins principales : « améliorer leur connaissance d'eux-mêmes en tant qu'Autochtones; et les préparer pour la vie dans le monde moderne » (Canada, 1996a, p. 161). Cela résulte de la gamme d'attentes que nourrissent les collectivités des Premières nations en ce qui concerne le rôle de l'éducation dans leur vie.

On souligne de façon répétée l'importance d'enseigner aux enfants autochtones les langues et traditions des Premières nations dès la petite enfance (Assemblée des Premières nations, 1994; Joint First Nations/Inuit/Federal Child Care Working Group (aucun détail)). Cela pourrait engendrer des avantages substantiels si les gouvernements décidaient d'investir davantage dans les programmes de langues autochtones et de soutenir l'élaboration d'un programme d'études autochtones complet de la maternelle à la 12e  année, ou même des écoles établies par et pour les Autochtones (Canada, 1996a; Fleras, 1993; Frideres et Reeves, 1993). En habilitant les enfants et les jeunes des Premières nations à l'aide de mesures comme la formation sur les langues ancestrales et la transmission d'un sentiment de fierté à l'égard de leur culture et de leurs traditions, on observera vraisemblablement de meilleurs résultats dans un certain nombre de domaines, qui vont de la santé personnelle jusqu'à la productivité économique (Canada, 1996a).

Comme le système d'enseignement peut jouer un rôle utile au chapitre de la promotion de la santé dans les collectivités des Premières nations, on doit élaborer des documents d'enseignement et les intégrer dans les programmes d'étude existants, dans des domaines comme l'information sur le VIH/sida, la toxicomanie et la prévention du SAF (Robinson et coll., 1985; Assemblée des Premières nations, 1997; Commission de santé des Premières nations, 1995). De même, les enfants autochtones handicapés doivent bénéficier d'autres programmes visant leurs besoins particuliers dans les écoles des Premières nations (Ibid; Assemblée des Premières nations, 1997). Compte tenu du nombre disproportionnellement élevé des enfants des Premières nations souffrant d'une grave incapacité physique ou de graves troubles de développement, de tels programmes pourraient faire partie d'une stratégie complète concernant le SAF et l'EAF, qui engloberait la prévention, le diagnostic et la consultation (Secrétariat à la santé des Premières Nations, 1997; Asante et Nelms-Matzke, 1985).

Favoriser un solide développement durant les années précédant l'adolescence

Même si on a beaucoup mis l'accent sur les besoins des enfants de 0 à 6 ans, on a manifesté de plus en plus d'intérêt, au cours des dernières années, à l'égard de la santé des enfants un peu plus vieux des Premières nations, qui font également l'objet de taux beaucoup plus élevés de morbidité et de mortalité que leurs homologues non autochtones. Dans une grande mesure, cet intérêt s'est manifesté lorsqu'on a pris conscience du fait que la marginalisation socio-économique, l'absence de modèles de comportement positifs et les environnements familiaux dysfonctionnels qui caractérisent de nombreux enfants des Premières nations ont de fortes chances de les entraîner dans un cycle de comportements autodestructeurs. On fait surtout référence au suicide, alors que les experts et les membres des collectivités tentent de comprendre les raisons qui sous-tendent le taux alarmant de suicide dans de nombreuses collectivités autochtones et de proposer des solutions rentables et efficaces (Canada, 1994, 1995; Innu Nation and Mushuau Innu Band Council, 1992; Assemblée des Premières nations, 1993, 1997). Même si on s'entend largement sur nombre des caractéristiques communautaires associées au taux élevé de suicide, notamment la pauvreté, les familles dysfonctionnelles, des habitations bondées, une absence relative d'aînés et l'interruption des liens avec la culture et les langues traditionnelles (Canada, 1994), il existe un éventail considérable d'opinions concernant la meilleure façon d'aborder ce problème. Comme la plupart des commissaires de la CRPA ont autorisé une stratégie complète englobant des services locaux de prévention et d'intervention d'urgence, le développement communautaire afin d'aborder les causes locales les plus urgentes du désespoir qui mène au suicide et l'occasion offerte aux peuples autochtones d'obtenir leur autodétermination, une minorité de gens ont refus é de soutenir cette position, prétendant que les initiatives de sensibilisation publiques pourraient en fait encourager les personnes vulnérables à tenter de se suicider (Canada, 1995). Cependant, quoi qu'il en soit, durant une récente conférence nationale sur la santé, Bill Mussell, du Sal'i'shan Institute, a proposé une approche nuancée à l'égard de la prévention du suicide, qui suppose l'intégration de programmes complets de santé mentale, un développement communautaire ciblé et la promotion de liens entre la génération des jeunes et celle des aînés (Assemblée des Premières nations, 1997).

La toxicomanie constitue un problème qu'on associe souvent au suicide des Autochtones, puisque les personnes qui tentent de se tuer sont fréquemment sous l'influence de l'alcool au moment de passer à l'acte (Canada, 1994). Les experts s'entendent généralement pour affirmer qu'il est crucial d'adopter des mesures proactives pour que les jeunes puissent choisir un style de vie sain et, par conséquent, éviter l'abus de drogues et de boissons. À cette fin, il est important de pallier à l'absence de perspectives d'emploi et d'activités récréatives significatives dont souffrent les jeunes des Premières nations (Association canadienne de santé publique, 1997; Kaweionnehta Human Resource Group, 1994) tout en encourageant les jeunes à participer à l'élaboration de messages de promotion de la santé qui refléteraient à la fois la culture et les réalités sociales des Autochtones (Commission de santé des Premières nations, 1995; Assemblée des Premières nations, 1997).

On peut également appliquer une approche sur la promotion de la santé dans un certain nombre d'autres domaines de la vie des jeunes, par exemple en favorisant une sexualité saine. En reconnaissant que les jeunes des Premières nations courent un risque élevé de commencer une grossesse très tôt dans leur vie ou de contracter une maladie transmissible sexuellement (MTS), de nombreuses collectivités ont décidé d'améliorer les programmes d'éducation sexuelle et d'adopter des stratégies de réduction des préjudices (p. ex., en donnant à tous ceux qui peuvent être sexuellement actifs facilement accès à des condoms) (Association des infirmières et des infirmiers autochtones du Canada, 1996). Toutefois, il est évident qu'on peut prendre de nombreuses autres mesures à cet égard. Parmi celles qui ont été proposées durant de récentes conférences sur la santé, mentionnons l'intégration, dans les programmes d'éducation sexuelle existants, d'un volet portant sur les différences entre les sexes à l'intention des garçons et des adolescents, ainsi que la mise en oeuvre d'un programme de recherche permettant d'explorer les attitudes des Autochtones envers la sexualité et la santé génésique (Dion Stout et Kipling, 1999b; Assemblée des Premières nations, 1997).

Créer des collectivités sécuritaires, sans violence et d'un grand soutien

Les activités récréatives et de mise en forme peuvent jouer un rôle utile dans la promotion d'un style de vie sain et l'amélioration de l'estime de soi chez les jeunes des Premières nations. Compte tenu du taux élevé de problèmes de comportement et d'anomie au sein de cette population, un grand nombre de documents sur le sujet soutiennent qu'on doit investir largement dans des programmes récréatifs (Canada, 1996a). Voilà un besoin particulièrement pressant, étant donné que de nombreux enfants et jeunes des Premières nations sont exposés à des scènes de violence et de pornographie non censurées présentées dans Internet, la télévision et dans des vidéofilms. En bref, un investissement dans des activités récréatives saines permettrait non seulement d'améliorer la santé, le bien-être et la forme physique des enfants et des jeunes autochtones, mais également de favoriser chez ces derniers un solide leadership, le travail d'équipe et les communications interpersonnelles (Ibid).

Bien entendu, des activités récréatives saines peuvent également jouer un rôle important dans la prévention du suicide, rôle crucial étant donné que de nombreuses collectivités des Premières nations sont caractérisé es par des taux exceptionnellement élevés de suicide chez les jeunes. En reconnaissant ce fait, les participants qui ont assisté à un récent atelier sur la santé mentale des jeunes des Premières nations à Vancouver ont soutenu que l'aliénation et la toxicomanie sont des facteurs clés qui poussent les jeunes à adopter un comportement suicidaire (Comité directeur de la santé des jeunes des Premières nations, 1999). Cette constatation les a poussés à exiger des programmes et des activités qui habilitent les jeunes des Premières nations et leur permettent de rétablir des liens avec leur culture et leurs traditions, par exemple en soutenant la création de groupes d'activité pour les jeunes et des camps s'adressant aux jeunes et aux aînés(Ibid).

On doit adopter des stratégies de prévention des blessures afin de réduire les taux extrêmement élevés de morbidité et de mortalité liées à des blessures dans les collectivités des Premières nations. Comme Moffatt (1991) le mentionne, tous les secteurs de la collectivité doivent participer à la prévention, qui doit dorénavant faire partie de la conscience collective. Les secteurs des garderies, de l'éducation, de la santé et des services sociaux doivent tous en faire une priorité(p. 555). Un certain nombre de secteurs exigent une certaine attention, qui vont des effets des jeux de hasard et du bingo sur l'attention que portent les parents à la sécurité de leurs enfants, jusqu'au risque de blessures causées par le mauvais état des maisons et des infrastructures dans de nombreuses réserves (Association médicale canadienne, 1994). Même si Moffatt préconise une approche communautaire complète à l'égard de ce problème, on doit également adopter des normes plus rigoureuses et améliorer la surveillance et les partenariats visant à déterminer et à promouvoir des pratiques exemplaires en matière de prévention des blessures au sein des Premières nations (Comité consultatif sur la santé de la population -- Groupe de travail sur la stratégie nationale pour le développement sain des enfants, 1999).

Parmi les problèmes de sécurité observés dans les collectivités autochtones, mentionnons la violence familiale et les agressions sexuelles. Même si les collectivités des Premières nations ne sont pas les seules à devoir faire face à ce problème émotivement et physiquement dévastateur, le colonialisme, le racisme et le réseau des pensionnats ont légué un héritage particulièrement destructeur aux familles et collectivités autochtones (LaRocque, 1994). Par conséquent, cette situation a engendré de hauts taux de violence familiale et communautaire et des « rapports parents-enfants mortels », pour citer un aîné (Dion Stout et Kipling, 1999b). Cette expression désigne les parents qui protègent ou défendent tellement leurs enfants qu'ils ne permettent à personne de les critiquer ou de les discipliner, même lorsqu'ils adoptent un comportement dangereux qui peut les amener à se blesser eux-mêmes ou à se suicider.

En résumé, les enfants et les jeunes des Premières nations courent des risques élevés d'être maltraités de l'une des façons précitées, ce qui constitue, estime-t-on, un facteur clé qui les prédispose à entretenir par la suite des relations destructives (Martens, 1988; Rundle, 1990). On a entrepris de si nombreuses études sur l'ampleur de la violence dans les collectivités autochtones que Pasquali (1991), entre autres, croit que de tels travaux ne sont plus nécessaires : de telles recherches ne serviraient qu'à illustrer que l'écart qui existe entre les services accessibles et les services nécessaires est encore plus grand que ce qu'on croit (p. 586). Ce dont nous avons vraiment besoin, selon les experts en violence familiale, ce sont des évaluations à long terme des programmes de traitement existants; le rétablissement des valeurs spirituelles autochtones, des programmes de prévention du suicide efficaces, l'accès à une formation sur l'art d'être parent, et la nécessité de prodiguer des conseils en groupe ou à titre individuel aux délinquant sexuels afin qu'ils puissent réévaluer leurs valeurs personnelles et de soutenir leur développement affectif (Pasquali, 1991; Rogers, 1988).

Documentation sur les enfants et les jeunes inuits

Même si la population inuite du Canada est relativement petite, elle se distingue par le climat et la géographie de son environnement dans le grand Nord, distinction qui est renforcée par ses relations historiques uniques avec le gouvernement fédéral. Par conséquent, on ne peut appliquer aux Inuits des politiques et des programmes qui ont été élaborés pour d'autres peuples autochtones (Canada, 1996a). Selon ITK et Pauktuutit, des programmes spécifiques aux Inuits sont essentiels si on veut modifier de façon vraiment significative l'état de santé des enfants et des jeunes inuits, et on doit éviter les interventions inappropriées et mal ciblées.

Soutenir les parents et renforcer les familles

On a régulièrement démontré que les femmes inuites ont tendance à devenir enceintes très jeunes et qu'elles ont des familles plus nombreuses que les femmes non autochtones ou des Premières nations (Canada, 1996c; Young, 1994; Santé des Territoires du Nord-Ouest, 1991; Santé Québec, 1994). Compte tenu des liens étroits entre la grossesse des adolescentes, la marginalisation socio-économique et une mauvaise santé des nourrissons, on a porté beaucoup d'attention aux politiques à cet égard. On est particulièrement préoccupé par la fréquence des grossesses chez les adolescentes très jeunes (âgées entre 12 et 15 ans) (Okalik, 1999; Santé Québec, 1994).

De nombreux facteurs contribuent à cette situation, y compris les attitudes sociales et l'absence d'activités récréatives saines. Par conséquent, des interventions sont nécessaires afin de pallier aux taux généralement peu élevés du contrôle des naissances dans le Nord, et on doit mettre particulièrement l'accent sur les enfants et adolescents inuits âgés entre 7 et 12 ans et entre 13 et 15 ans (Ibid; Pauktuutit, 1995a). Les initiatives visant à améliorer l'art d'être parent, particulièrement dans les domaines liés à la nutrition et au tabagisme, sont également nécessaires (Blythe, 1995; Pauktuutit, 1995a, 1995b, 1995c). Non seulement ces initiatives doivent-elles être conçues en fonction des contextes communautaires locaux, mais le contenu et la langue des documents doivent être axés sur la culture inuite (Ibid, 1995a, 1995b).

La quantité d'alcool consommée par les femmes inuites lorsqu'elles sont enceintes constitue également un sujet de pré occupation. Même si on ne dispose pas de données fiables sur la fréquence du SAF et des EAF au sein de la population inuite, on croit qu'il s'agit d'un problème considérable dans le Nord, ce qui a incité la Pauktuutit Inuit Women's Association à porter une attention considérable à cette question au cours des dernières années (Pauktuutit, 1995a, 1995d, 1998). Même s'il existe un certain nombre de ressources en inuktitut qui offrent un encadrement et un soutien aux collectivités qui font face à ce problème, on propose des mesures supplémentaires, y compris la mise en oeuvre de programmes de sensibilisation à l'égard du SAF et des EAF dans tous les centres de naissance nordiques, la formation des membres des collectivités en tant que personnes-ressources en mati ère de prévention et d'éducation, et le financement de la recherche afin d'établir l'ampleur du problème dans les collectivités nordiques (Pauktuutit, 1998).

On continue d'observer certains écarts entre les approches traditionnelles à l'égard de l'accouchement et de l'éducation des enfants et celles de la société dominante. L'évacuation des femmes inuites vers les hôpitaux du Sud afin qu'elles puissent donner naissance à leur enfant l'illustre de façon éloquente. Une proportion considérable de femmes inuites ne sont pas satisfaites de leurs expériences liées à l'accouchement, et nombre d'entre elles préféreraient donner naissance à leur enfant dans leur collectivité natale (O'Neill et coll., 1991; Linehan, 1992; Lowell, 1995). Des centres de naissance « régionaux  » offrent une solution de compromis entre les deux extrêmes que constituent l'évacuation et l'accouchement dans les collectivités natales, mais il se révèle toujours nécessaire de réintégrer les sages-femmes traditionnelles dans le processus de naissance dans le Nord (Pauktuutit, 1995; Linehan, 1992; Lowell, 1995), aussi bien que de poursuivre la pratique de l'adoption dans les collectivités inuites. Comme le révèle une enquête de Santé Québec (1994) auprès des Inuits de Nunavik, près d'un quart (23 p. 100) de la population âgée de 15 ans ou plus a été adoptée. Même si les raisons de cette situation sont complexes, les observateurs inuits sont perturbés par l'émergence d'obstacles bureaucratiques ou légaux à l'adoption traditionnelle.

Améliorer le développement de la petite enfance

L'impact des contaminants de l'environnement sur la santé des humains et de l'écosystème est troublant pour les Inuits (Commission canadienne des affaires polaires, 1996; Canada, 1996a). Depuis le début des années 1970, on fait circuler dans les médias les résultats d'un certain nombre d'études grandement médiatisées révélant des taux élevés de mercure méthylé et d'organochlorés dans la nature et le lait maternel (Usher et coll., 1995). Alors que les effets sur la santé humaine de l'exposition à de telles substances demeurent incertains, dans de nombreux cas, les Inuits ont pris l'initiative de limiter leur consommation d'aliments locaux, croyant que les aliments en conserve et d'autres biens importés du Sud sont meilleurs pour leur santé (Santé Québec, 1994). Comme Usher et coll. (1995) l'ont mentionné, il en résulte une situation où des informations possiblement trompeuses incitent les personnes à adopter des habitudes alimentaires qui peuvent être moins saines que leur régime traditionnel, alors que les causes et les dangers sous-jacents liés aux contaminants demeurent incertains. Un lien possible entre l'exposition aux BPC et les difficultés d'apprentissage et le poids moins élevé des nouveaux-nés (Commission canadienne des affaires polaires, 1996) exige une recherche sur les liens qui existent entre les contaminants et les maladies et anomalies de croissance chez les humains (p. 8).

Les dangers que posent les substances toxiques dans le Nord ne constituent certainement pas le seul problème de santé dont souffrent les enfants inuits et leurs parents. Une proportion considérable de nourrissons inuits risquent de souffrir de déficience en fer et en vitamine D en raison d'une sous-alimentation (Moffatt, 1991; Moffatt et coll., 1992) et, à mesure qu'ils grandissent, de devenir obèses (Canada, 1992; comité directeur national de l'Enquête régionale sur la santé des Premières nations et des Inuits, 1999). Par conséquent, tant les parents que les enfants ont besoin de programmes de soutien et d'information sur la nutrition, afin que ces derniers puissent acquérir des habitudes alimentaires saines dès la petite enfance.

Les otites et les caries dentaires constituent deux autres problèmes de santé clés dont souffrent les enfants inuits. Le taux des caries dentaires des Inuits est extrêmement élevé, même chez les enfants qui n'ont que deux ans, en raison de facteurs comme une pauvre hygiène orale, un allaitement inapproprié des nourrissons et le manque d'accès à des soins professionnels (Gagnon et coll., 1991; Houde et coll., 1991). Même si les caries dentaires des enfants inuits ne constituent pas un danger pour leur vie en tant qu tel, il s'agit d'un problème coûteux à traiter qui peut avoir un impact sur la capacité des enfants de manger et de parler (Organisation nationale des représentantes et représentants Indiens et Inuits en santé communautaire et Santé Canada, 1998).

On observe chez les enfants inuits une fréquence élevée des otites de l'oreille moyenne, 81 p. 100 d'entre eux ayant déjà souffert d'une otite d'une des deux oreilles (Tremblay, 1991), et 10 p. 100 finissant par perdre une bonne partie de leur ouïe avant leur douzième anniversaire (Pauktuutit, 1995a). Même si certaines preuves confirment que le nombre de nouveaux cas s'est stabilisé au cours des dix dernières années, les enfants inuits continuent de courir un risque élevé de souffrir d'une perte de l'ouïe (Pauktuutit, 1995a; Moffatt et coll., 1992). Même une perte partielle de l'ouïe peut avoir un impact grave sur le développement du langage des enfants et leurs capacités d'apprentissage (Baxter, 1991). Ainsi, les causes profondes de l'otite de l'oreille moyenne ( c.-à-d., un hébergement inadéquat, un environnement rempli de fumée et une mauvaise nutrition) et ses effets exigent davantage d'attention. Parmi les interventions qui pourraient mettre l'accent sur ce problème, mentionnons l'élaboration de programmes de sensibilisation à l'intention des parents et une meilleure coordination des services sociaux, de santé et d'éducation liés à l'évaluation et au soutien des enfants inuits souffrant de problèmes de surdité (Blythe, 1995; Pauktuutit, 1995a).

Améliorer la sécurité économique des familles

L'Association canadienne de santé publique (1997) précise bien que la pauvreté a un effet considérable et à long terme sur la santé des enfants. De nombreux problèmes, notamment la déficience en fer, une mauvaise santé orale et l'otite de l'oreille moyenne, sont étroitement liés aux faibles revenus et au manque d'éducation officielle (Ibid; Moffatt et coll., 1992; Blythe, 1995). Cette corrélation est significative, précisément parce que la pauvreté est si généralisée dans les familles inuites, bien plus de la moitié des femmes inuites ayant déclaré un revenu annuel de moins de 10 000 $ en 1991 (Canada, 1996c; Moffatt et coll., 1992).

À cet égard, l'absence de revenu monétaire substantiel rend les familles inuites particulièrement vulnérables aux changements des prix des aliments achetés au magasin. Santé Québec (1994) et l'Institut canadien de la santé infantile (1994) indiquent qu'une minorité substantielle d'Inuits (entre 12,7 et 30 p. 100) souffrent régulièrement de pénuries alimentaires. Même si le gouvernement fédéral affirme qu'il s'engage à renforcer l'économie nordique grâce à la formation, à des investissements dans les infrastructures et au soutien de l'expansion des entreprises (Canada, 1997b), la durabilité et la participation active de la collectivité doivent constituer le fondement de toutes les activités de planification et de mise en oeuvre des programmes (Canada, 1996a).

Donner accès à des expériences d'apprentissage permanent dès la petite enfance

Comparativement à la population non autochtone du Canada, les Inuits ont un taux peu élevé de réussites scolaires. Par exemple, dans les Territoires du Nord-Ouest, le taux d'obtention de diplômes d'études secondaires chez les jeunes Inuits s'élevait à 10 p. 100 au dé but des années 1990, comparativement à 40 p. 100 chez les jeunes non Autochtones des TNO (Santé des Territoires du Nord-Ouest, 1991). Des interventions permanentes et vastes sont nécessaires dans cette région, si nous voulons assurer le développement social et économique futur du Nord (Canada, 1996a). C'est dans ce but qu'on prône la création d'une université arctique dans certains milieux, afin d'accorder aux Inuits, ainsi qu'à d'autres peuples du Nord, un certain degré d'autonomie en matière d'éducation, et de permettre aux étudiants de poursuivre leurs études postsecondaires dans un environnement familier, ce qui contribuerait à combattre l'aliénation et le mal du pays chez les Inuits qui s'installent dans le Sud afin d'étudier à l'université (Okalik, 1999).

La mesure dans laquelle les langues et traditions inuites sont transmises d'une génération à l'autre présente des défis particuliers. Des études régionales montrent que l'inuktitut constitue toujours la langue maternelle d'une grande partie de la population, notamment des enfants et des jeunes (Santé Québec, 1994). Cependant, même dans des régions où l'inuktitut demeure répandu, les connaissances traditionnelles ne sont pas toujours transmises aux jeunes de façon efficace (Ibid). Au Nunavut, on organise des camps pour les aînés et les jeunes, afin que ces derniers aient l'occasion de communiquer dans leur langue ancestrale tout en apprenant les compétences traditionnelles de la génération des aînés (Okalik, 1999).

Favoriser un développement solide durant les années qui précèdent l'adolescence

En analysant l'état de santé des enfants et des jeunes inuits, Ruby Arngna'naaq (1999) a souligné avec force le concept d'« utilité », soutenant qu'il est essentiel à la conscience de soi des Inuits et à leur affiliation à la famille et à la collectivité, et qu'il les prémunit contre l'apathie, le manque de confiance et la dépression. Toutefois, une grande proportion de jeunes Inuits déclarent qu'ils sont déprimés (Moffatt et coll., 1992; Brann, 1996; Santé Québec, 1994), ce qui incite certains observateurs comme Brann (1996) et Moffatt et coll. (aucun détail) à exhorter les gouvernements à mettre sur pied, partout dans le Nord, des services de santé mentale professionnels et culturellement appropriés.

Comme dans les collectivités des Premières nations, les facteurs déterminants contribuant au taux élevé de suicide chez les jeunes Inuits sont nombreux et variés : stress culturel, perte de spiritualité et désintégration de la famille, alcool, deuil de proches et absence d'installations récréatives (Canada, 1994, 1995; Brann, 1996; Thorslund, 1991). Le fait que le problème soit exacerbé par une certaine attitude permissive à l'égard du suicide des jeunes Inuits est un point de vue qui semble évoluer, un nombre croissant de jeunes déclarant maintenant que les tentatives de suicide sont plus « stupides » que « géniales » (Brann, 1996). Pour pallier à ce problème, les gouvernements doivent continuer de cesser de mettre l'accent sur les interventions d'urgence et se concentrer sur les activités qui visent à aborder les causes sous-jacentes du suicide (Canada, 1994, 1995). En outre, on doit donner de l'ampleur aux programmes de surveillance, de prévention et d'intervention d'urgence dans le Nord, tout en mettant l'accent sur des initiatives conçues et mises en oeuvre par les collectivités elles-mêmes (Brann, 1996; Berger et coll., 1991; Canada, 1995).

La prévalence de l'usage du tabac chez les Inuits, particulièrement chez les jeunes femmes âgées de 15 à 19 ans, constitue un autre problème qui fait l'objet d'une attention généralisée (Canada, 1992; Pauktuutit, 1995b; Santé Québec, 1994; Santé des Territoires du Nord-Ouest, 1991). Comme les enfants inuits commencent à fumer très jeunes, dans certains cas à l'âge de cinq ans, les effets de la cigarette sont prédominants dans toute la collectivité. Comme un rapport le souligne, de nombreux enfants sont exposés à la fumée de cigarette à partir de leur naissance et souffrent par conséquent de nombreux problèmes d'asthme, d'otite et de développement des poumons (Pauktuutit, 1995b, p. 1). Pour la plupart, les jeunes Inuits connaissent peu les effets de la cigarette sur la santé humaine, leur niveau de sensibilisation à l'égard des dangers de la fumée secondaire est peu élevé, voire inexistant (Ibid). Par conséquent, Pauktuutit, entre autres, exige des mesures dans un certain nombre de domaines, dont la conception et la mise en oeuvre d'une campagne de marketing social et l'élaboration de trousses de ressources à l'intention des collectivités et des écoles situées partout dans le Nord, mesures qui doivent être axées principalement sur les enfants et les jeunes de 5 à 9 ans et de 10 à 14 ans (Ibid; Santé Québec, 1994).

Parmi les autres comportements à risque élevé qui caractérisent fréquemment les jeunes Inuits, mentionnons des pratiques sexuelles non sécuritaires et la toxicomanie. Malgré l'absence de renseignements détaillés concernant la prévalence et les modèles d'utilisation d'un bout à l'autre du Nord canadien, les chefs de file communautaires et les chercheurs sont préoccupés par les problèmes apparemment généralisés de toxicomanie au sein de la population des jeunes Inuits. On signale une grande utilisation de solvants, de marijuana et de hashish. Par contre, certains considèrent que l'abus d'alcool chez les adolescents constitue un problème moins grave (Santé Québec, 1994; Kawionnehta Human Resource Group, 1994; Moffatt et coll., 1992; comité directeur national de l'Enquête régionale sur la santé des Premières nations et des Inuits, 1999). Moffatt soulève le spectre de l'étroite corrélation qui existe entre la toxicomanie et les pratiques sexuelles non sécuritaires lorsqu'il soutient (1991) que les taux de MTS sont extrêmement élevés et laissent supposer que toute la population active sexuellement court de grands risques (p. 556). Les MTS constituent également un facteur de risque au chapitre du VIH/sida, tout comme une pauvre estime de soi et l'utilisation irrégulière du condom chez les personnes qui ont des partenaires multiples. Puisque tous ces problèmes touchent les jeunes Inuits (Santé Québec, 1994; Moffatt et coll., 1992; Young et coll., 1991), il est crucial d'élaborer et de mettre en oeuvre dans tout le Nord des initiatives de prévention du VIH/sida et de sensibilisation à cet égard, initiatives qui tiennent compte de la culture des Inuits (Pauktuutit, 1995).

Créer des collectivités sécuritaires, sans violence et d'un grand soutien

Les activités récréatives et de mise en forme peuvent jouer un rôle dans la promotion d'un style de vie positif et constituer un moyen de régler les problèmes précités et de pallier à l'aliénation et à la mauvaise estime de soi qui en constituent le fondement (Canada, 1996a). L'organisation de telles activités dans les collectivités du Nord peut également permettre de réduire les taux élevés de morbidité et de mortalité causée par des blessures (comité directeur national de l'Enquête régionale sur la santé des Premières nations et des Inuits, 1999), puisque nombre de ces blessures résultent de comportements à risque (p. ex., conduire un véhicule motorisé ou un véhicule marin tout en étant blessé) ou d'un manque de supervision (Young, 1994; Moffatt, 1991).

Un hébergement inadéquat et des habitations bondées contribuent également au taux élevé de blessures chez les enfants et les jeunes inuits et constituent un sujet de préoccupation clé pour les membres de la collectivité (Arngna'naaq, 1999). Comme le montrent les études effectuées par Santé Québec (1994) et Moffatt et coll. (1992), le nombre moyen d'occupants par maison varie de 4,6 à Keewatin à 5,0 à Nunavik. Par comparaison, la moyenne canadienne se situe bien au-dessous, à 2,8 (Ibid). Une proportion substantielle d'habitations inuites contiennent plus d'une famille (13 p. 100 à Keewatin; 28,4 p. 100 à Nunavik). Le stress entraîne non seulement des tentatives de suicide (Brann, 1996), mais également la violence familiale. Bien entendu, il est inutile d'ajouter qu'on considère que la violence familiale, de même que les agressions sexuelles ou physiques à l'endroit des enfants, constituent de graves problèmes sociaux dans la plupart des régions du Nord canadien (Abbey et coll., 1991; Moffatt et coll., 1992; Santé Québec, 1994).

4. Conclusion : Mesures possibles

Lacunes de la documentation

On observe des lacunes notables dans les documents sur la santé des enfants et des jeunes inuits et des Premières nations. Le manque de données longitudinales détaillées sur la santé en constitue probablement l'exemple le plus évident. Malgré les recherches empiriques effectuées au cours d'enquêtes régionales sur la santé des Inuits et des Premières nations, on n'a pas encore procédé à des recherches axées sur des questions spécifiques (p. ex., le Syndrome d'alcoolisme foetal (SAF) et les Effet d'alcoolisme foetal (EAF) et leur prévalence) et des populations particulières (c.-à-d., études portant sur l'âge ou le sexe). Les documents ne contiennent pas non plus des évaluations à long terme des programmes existants destinés aux enfants et aux jeunes. En outre, la documentation porte une attention démesurée à une gamme limitée de questions « importantes » (comme l'allaitement), tout en révélant relativement peu d'intérêt pour la question de déterminer et d'aborder les nouveaux problèmes et les nouvelles préoccupations.

L'impact de la violence et de la pornographie sur les enfants et les jeunes inuits et des Premières nations est un problème concret. On a entrepris très peu de recherche, voire aucune, sur l'expression sexuelle et la participation des jeunes Inuits et des Premières nations à des bandes de rue. Même si on dispose, dans les collectivités inuites et les Premières nations, de preuves anecdotiques considérables confirmant que l'exposition à des images violentes ou pornographiques a un impact négatif, il n'existe aucun programme de recherche complet visant à explorer cette question en détail. Parmi les autres préoccupations clés qui ont fait l'objet de relativement peu d'attention dans la documentation existante, mentionnons le taux d'infection au VIH chez les enfants et les jeunes, la toxicomanie (en particulier la cocaïne et l'héroïne), l'itinérance et le déplacement des enfants des Premières nations entre les réserves et les régions urbaines à la suite de l'adoption du projet de loi C-31. Dans une mesure plus générale, les documents existants ont tendance à mettre démesurément l'accent sur les déterminants de la santé et à accorder peu d'importance aux maladies existantes et nouvelles dont souffrent les enfants et les adolescents inuits et des Premières nations. Le rôle du réseau de soins de santé à cet égard est pratiquement inexistant.

La documentation contient également des lacunes en ce qui concerne l'art d'être parent chez les Inuits et les Premières nations. D'une part, on explore peu les approches traditionnelles à l'égard de l'accouchement et de l'éducation des enfants et la façon dont on pourrait s'en servir pour promouvoir des pratiques saines et positives auprès des parents inuits et des Premières nations d'aujourd'hui. D'autre part, on fait toujours peu de cas des répercussions du manque de participation des hommes en tant que parent ou de la popularité grandissante des jeux de hasard et du bingo auprès de nombreux parents des Premières nations. En outre, il n'existe pratiquement aucun document portant sur la façon de mobiliser la collectivité autour de la santé des enfants et des jeunes et surtout de la façon d'accorder aux enfants et aux jeunes les outils qui les aideraient à améliorer leur propre état de santé.

En raison de ces lacunes et faiblesses qu'on retrouve dans la documentation sur la santé des enfants inuits et des Premières nations, on doit élaborer un cadre culturel afin de s'assurer que le Programme national pour les enfants répond à leurs besoins. Cette approche est essentielle parce que les Inuits et les membres des Premières nations du Canada, y compris leurs enfants, entretiennent une relation particulière avec le gouvernement du Canada. En outre, les Inuits et les membres des Premières nations sont profondément conscients du fait qu'ils sont les descendants des habitants originaux de l'Amérique du Nord et veulent par conséquent être reconnus comme des peuples distincts. Leurs enfants et leurs jeunes sont parmi ceux qui sont les plus conscients de l'héritage légué par leurs ancêtres, puisqu'ils participent habituellement, dès un très jeune âge, aux activités culturelles qui renforcent les pouvoirs des traditions, les valeurs et l'histoire des Inuits et des Premières nations.

Sur un plan plus pragmatique, les enfants des Inuits et des Premières nations doivent faire l'objet d'un traitement spécial puisqu'ils souffrent de problèmes de santé différents -- et plus graves -- que leurs homologues de la population générale canadienne. Cela est très significatif parce que la population inuite et des Premières nations est généralement très jeune, d'où l'urgence d'aborder les questions de santé des enfants et des jeunes. Des questions comme le syndrome du pensionnat sont également pertinentes à cet égard, puisqu'elles contribuent à un cycle de relations parents-enfants « mortel » au sein des familles inuites et des Premières nations (questions qui ont été mentionnées plus haut). Ainsi, ces problèmes soulèvent la question des garderies et rendent plus urgentes les exigences des collectivités, qui veulent assumer le contrôle complet de tous les programmes relatifs à la santé et au bien-être de leurs jeunes.

Créer un cadre d'intervention

Le cadre proposé devrait au moins aborder un certain nombre des graves lacunes qu'on observe dans la documentation sur les politiques existantes. À l'heure actuelle, il n'existe aucun mécanisme en place permettant de regrouper les mesures et les recherches portant sur la santé des enfants des Inuits et des Premières nations, et on n'a effectué aucune tentative sérieuse de comparer ces deux groupes. On se réfère toujours à la population non autochtone du Canada.

On doit mettre davantage l'accent sur la résistance des enfants et des jeunes inuits et des Premières nations, ainsi que sur la promotion de pratiques exemplaires dans ce domaine et la participation des jeunes à la recherche et à la prise de décisions. Comme le démontre clairement l'analyse des sections précédentes, la documentation sur les enfants et les jeunes inuits est considérablement plus riche que celle qui porte sur les Premières nations, probablement parce que les documents spécifiques aux Inuits mettent davantage l'accent sur les défis quotidiens que doivent relever les enfants et les jeunes. Par conséquent, nous devons adopter une approche équilibrée à l'égard de la santé des enfants et des jeunes, approche qui tient compte de toutes les questions pertinentes.

Dans les paragraphes ci-dessous, l'analyse et les recommandations(5) sont centrées sur quatre thèmes clés, dont chacun est essentiel si on veut aborder les problèmes de santé auxquels font face les enfants et les jeunes inuits et des Premières nations.

Développement de la petite enfance

Les experts en santé infantile s'accordent largement pour affirmer que les six premières années de la vie constituent une é tape cruciale du développement personnel d'un être humain. Cependant, comme l'analyse des sections précédentes du présent document l'a démontré, les enfants des Inuits et des Premières nations sont considérablement moins en santé que leurs homologues non autochtones. Par exemple, les deux populations se caractérisent par des taux élevés de SAF et d'EAF, une nutrition relativement déficiente et des poids à la naissance peu élevés. Par ailleurs, la documentation a tendance à considérer d'autres préoccupations, comme les contaminants de l'environnement et l'accessibilité à des services de garderie de grande qualité, comme spécifiques soit aux Inuits, soit aux Premières nations. C'est pour cette raison que les recommandations mentionnées ci-dessous ont été regroupées en fonction de leur population cible.

Recommandations spécifiques aux Premières nations

  1. Soutenir l'élaboration, à l'intérieur et à l'extérieur des réserves, de services de garderie supplémentaires axés sur la collectivité, dirigés et contrôlés par les Premières nations et assurés par un personnel formé.
  2. Soutenir l'élaboration d'une campagne de sensibilisation à l'égard de la MSN à l'intention des femmes enceintes et des nouvelles mamans des Premières nations.
  3. En collaboration avec les Premières nations et d'autres intervenants, élaborer une stratégie nationale axée sur la prévention et la surveillance du SAF et des EAF, ainsi que sur la sensibilisation à cet égard.
  4. Affecter des ressources supplémentaires aux programmes communautaires de prévention du SAF et des EAF et de sensibilisation à cet égard.
  5. Déterminer les possibilités d'intégrer des messages de prévention du SAF et des EAF dans les programmes et services existants s'adressant aux nouveaux ou aux futurs parents.
  6. En collaboration avec des organismes des Premières nations, élaborer une stratégie visant à favoriser, dans toute la collectivité, l'acceptation et le soutien de l'allaitement, en mettant l'accent sur les jeunes enfants et les adolescents des deux sexes.
  7. Promouvoir des carrières en service social et en santé auprès des membres des Premières nations, dans des domaines liés à la santé, au développement et à l'éducation des enfants.
  8. Déterminer les possibilités d'intégrer les sages-femmes et les spécialistes de la médecine traditionnelle dans les réseaux de soins de santé de base qui offrent des services aux collectivités des Premières nations.
  9. Fournir des fonds pour soutenir la création d'un bureau national d'adoption et de rapatriement des Premières nations.
  10. Augmenter le financement du Programme de services à l'enfant et à la famille des Premières nations, tout en dé terminant, en collaboration avec les Premières nations, des « pratiques exemplaires » dans le domaine des services aux enfants et aux familles et en en faisant la promotion.
  11. Soutenir la recherche concernant les effets sur les enfants et les jeunes des Premières nations des jeux de hasard, du bingo et de l'accès sans restriction à la télévision, à Internet et aux vidéofilms.
  12. Tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des réserves, donner de l'ampleur aux volets du Programme d'aide préscolaire aux Autochtones qui mettent l'accent sur la nutrition, l'art d'être parent, l'éducation, les soutiens sociaux, la promotion de la santé, la participation des parents ainsi que sur la culture et la langue.

Recommandations spécifiques aux Inuits

  1. Soutenir l'élaboration d'un programme de désaccoutumance du tabac et de sensibilisation à cet égard à l'intention des femmes enceintes inuites.
  2. Continuer de financer et d'effectuer des recherches explorant les liens entre les contaminants de l'environnement et les maladies et anomalies de croissance des humains.
  3. Élaborer des lignes directrices et des normes précises relatives aux niveaux d'exposition aux contaminants et à leur impact vraisemblable sur la santé des humains.
  4. Élaborer une stratégie multisectorielle axée sur l'otite et la perte de l'ouïe dans les populations du Nord, stratégie qui engloberait la sensibilisation, la prévention, l'évaluation et le soutien.
  5. Soutenir l'élaboration et la mise en oeuvre d'initiatives communautaires de prévention de la carie dentaire chez les enfants et des programmes de sensibilisation à cet égard dans les collectivités inuites.
  6. En collaboration avec les Inuits et d'autres intervenants, élaborer une stratégie nationale axée sur la prévention et la surveillance du SAF et des EAF, ainsi que sur la sensibilisation à cet égard.
  7. Affecter des ressources supplémentaires aux programmes communautaires de prévention du SAF et des EAF et de sensibilisation à cet égard.
  8. Déterminer les possibilités d'intégrer des messages de prévention du SAF et des EAF dans des programmes et services existants s'adressant aux nouveaux et futurs parents.
  9. En collaboration avec des organismes inuits, élaborer une stratégie visant à favoriser, dans toute la collectivité, l'acceptation et le soutien de l'allaitement, en mettant l'accent sur les jeunes enfants et les adolescents des deux sexes.
  10. Promouvoir des carrières en santé et en service social auprès des Inuits, dans des domaines liés à la santé, au développement et à l'éducation des enfants.
  11. Déterminer les possibilités d'intégrer les sages femmes et les spécialistes de la médecine traditionnelle dans les réseaux de soins de santé de base qui offrent des services aux collectivités inuites.
  12. En collaboration avec des partenaires gouvernementaux et inuits, explorer les moyens de rationaliser le processus d'adoption des enfants dans les familles inuites.
  13. Soutenir l'élaboration d'un réseau complet et plus important de services axés sur les enfants et la famille, qui engloberait la formation sur l'art d'être parent et le soutien de ces derniers, des conseils nutritionnels, la promotion de la santé et la prévention de la violence familiale.

Donner accès à des expériences d'apprentissage permanent dès la petite enfance

Selon les commissaires de la Commission royale sur les peuples autochtones (CRPA) (Canada, 1996a), de nombreux Inuits et membres des Premières nations considèrent l'éducation comme un moyen tant d'acquérir des connaissances et des compétences utilisables que d'apprendre l'histoire et les traditions de la collectivité. En effet, on mentionne fréquemment, dans la documentation à ce sujet, que la formation sur la langue et la culture traditionnelles peut jouer un rôle important en habilitant les jeunes Inuits et des Premières nations, en améliorant leur estime personnelle et en les incitant à choisir un style de vie positif. Parmi les autres préoccupations clés soulignées dans la documentation examinée, mentionnons l'absence de programmes axés sur les besoins particuliers des jeunes Inuits et des Premières nations et les difficultés qu'éprouvent les jeunes Inuits à poursuivre des études officielles après le niveau secondaire.

Recommandations spécifiques aux Premières nations

  1. Collaborer avec les Premières nations, les provinces et les territoires afin de donner de l'ampleur aux programmes de langues autochtones dans les écoles de niveaux primaire et secondaire.
  2. Soutenir la détermination et la célébration de pratiques exemplaires qui soulignent la résistance et la faculté d'adaptation des enfants et des jeunes des Premières nations.
  3. Financer davantage des programmes d'éducation des enfants ayant des besoins particuliers s'adressant aux enfants des Premières nations atteints d'une incapacité physique ou de troubles de développement.
  4. Soutenir l'élaboration d'initiatives visant à faciliter la détermination hâtive des difficultés d'apprentissage des enfants des Premières nations, par exemple en donnant une formation supplémentaire sur l'évaluation des éducateurs et du personnel des garderies.

Recommandations spécifiques aux Inuits

  1. Collaborer avec les collectivités inuites afin de déterminer des moyens de promouvoir la culture et la langue traditionnelles auprès des enfants et des jeunes inuits.
  2. Améliorer le taux de réussite scolaire dans le Nord, en soutenant continuellement des initiatives de sensibilisation du public et des programmes communautaires dans les écoles secondaires.
  3. Explorer la possibilité de créer une « université arctique » comptant un campus ou plus dans le Nord.
  4. Soutenir la détermination et la célébration de pratiques exemplaires qui soulignent la résistance et la capacité d'adaptation des enfants et des jeunes inuits.
  5. Financer davantage des programmes d'éducation des enfants ayant des besoins particuliers s'adressant aux enfants inuits atteints d'une incapacité physique ou de troubles de développement.
  6. Soutenir l'élaboration d'initiatives visant à faciliter la détermination hâtive des difficultés d'apprentissage chez les enfants inuits, par exemple en donnant une formation supplémentaire sur l'évaluation des éducateurs et du personnel des garderies.

Favoriser un développement solide durant les années précédant l'adolescence

Les adolescents inuits et des Premières nations partagent nombre de problèmes sociaux et de santé, y compris les MTS, les grossesses précoces et un taux de suicide élevé. Cependant, les jeunes Inuits se démarquent des autres Autochtones en ce qui concerne leur utilisation abusive du tabac, problème certainement le plus troublant en raison de la grande proportion d'enfants qui commencent à fumer dès l'âge de neuf ans.

Recommandations spécifiques aux Premières nations

  1. Fournir des fonds supplémentaires afin de soutenir l'élaboration d'initiatives communautaires relatives au bien-être et à la prévention du suicide qui s'adressent aux enfants des Premières nations âgés entre 7 et 12 ans et aux adolescents.
  2. Soutenir l'élaboration d'initiatives d'intervention et de consultation des pairs dans les collectivités des Premières nations où on observe des taux élevés de suicide chez les jeunes.
  3. Promouvoir le bien-être et une estime de soi positive en donnant plus d'ampleur aux programmes de formation sur la culture et la langue traditionnelles.
  4. Augmenter l'accessibilité aux services de consultation familiaux et de groupes professionnels dans les collectivités des Premières nations.
  5. Soutenir la création de solides relations entre la génération des jeunes et celle des aînés, grâce à des camps en nature, au mentorat et à d'autres activités connexes.
  6. Soutenir des activités de recherche explorant les attitudes des enfants et des jeunes des Premières nations à l'égard de la sexualité et de la reproduction.
  7. Affecter des ressources supplémentaires à l'augmentation des services de santé maternelle et de santé génésique, afin de veiller à ce que les jeunes femmes des Premières nations qui vivent dans des collectivités éloignées aient accès à des installations de base en matière de consultation, de dépistage et d'évaluation.
  8. Promouvoir les valeurs clés comme le respect et la tolérance dans le cadre de tous les programmes d'éducation sexuelle s'adressant aux enfants et aux jeunes des Premières nations.
  9. Affecter des ressources supplémentaires à l'élaboration d'initiatives de prévention primaire et d'information sur le diabète à l'intention des enfants et des jeunes inuits et des Premières nations.
  10. Continuer de fournir des fonds afin de soutenir la Stratégie d'emploi pour les jeunes Inuits et les Premières nations.

Recommandations spécifiques aux Inuits

  1. Fournir des fonds pour soutenir l'élaboration et la mise en oeuvre d'une campagne de marketing social visant à sensibiliser les gens du Nord aux dangers causés par le tabagisme.
  2. Élaborer des trousses de ressources anti-tabac pour les écoles primaires et secondaires, en mettant l'accent sur les enfants et les jeunes inuits âgés entre 5 et 9 ans et entre 10 et 14 ans.
  3. Fournir des fonds supplémentaires pour soutenir l'élaboration d'initiatives communautaires relatives au bien-être et à la prévention du suicide s'adressant aux enfants inuits âgés de 7 à 12 ans et aux adolescents.
  4. Soutenir l'élaboration d'initiatives d'intervention et de consultation des pairs dans les collectivités des Premières nations où on observe des taux élevés de suicide chez les jeunes.
  5. Promouvoir le bien-être et une estime de soi positive en donnant plus d'ampleur aux programmes de formation sur la culture et la langue traditionnelles.
  6. Augmenter l'accessibilité aux services de consultation familiaux et en groupes dans les collectivités inuites.
  7. Soutenir la création de solides relations entre la génération des jeunes et celle des aînés, grâce à des camps en pleine nature, le mentorat et d'autres activités connexes.
  8. Soutenir des activités de recherche explorant les attitudes des enfants et des jeunes inuits à l'égard de la sexualité et de la reproduction.
  9. Affecter des ressources supplémentaires à l'augmentation des services de maternité et de la reproduction, afin de veiller à ce que les jeunes femmes inuits qui vivent dans des collectivités éloignées aient accès à des installations de base en matière de consultation, de dépistage et d'évaluation.
  10. Promouvoir des valeurs clés comme le respect et la tolérance dans le cadre de tous les programmes d'éducation sexuelle destinés aux enfants et aux jeunes Inuits.
  11. Continuer de fournir des fonds pour soutenir la Stratégie d'emploi pour les jeunes Inuits et les Premières nations.

Créer des collectivités sécuritaires, sans violence et d'un grand soutien

Comme on a pu le constater dans la section d'analyse de la documentation du présent document, la qualité de vie des enfants et des jeunes inuits et des Premières nations qui habitent des réserves ou des collectivités nordiques est souvent menacée par des conditions d'habitation inférieures aux normes et l'absence d'activités récréatives et de mise en forme saines. Comme on peut l'imaginer, cette situation contribue à l'aliénation des jeunes, tout en faisant grimper le taux de morbidité et de mortalité, intentionnels ou non, liés à des blessures. En outre, parmi les enfants et les jeunes inuits en particulier, il est prouvé que l'insécurité alimentaire est un problème grave qui exige des interventions ciblées afin d'éviter la famine dans cette population.

Recommandations spécifiques aux Premières nations

  1. Promouvoir le bien-être des enfants et des jeunes en soutenant l'élaboration d'un large éventail de programmes récréatifs et de mise en forme dans les collectivités des Premières nations.
  2. Soutenir l'élaboration de programmes de prévention des blessures et de sensibilisation à cet égard dans les collectivités des Premières nations, en mettant l'accent sur la détermination et la reproduction de pratiques exemplaires dans ce domaine.
  3. Intégrer un volet de prévention de la violence familiale dans toutes les initiatives de formation sur l'art d'être parent et de soutien de ces derniers qu'on retrouve présentement dans les collectivités des Premières nations.
  4. Soutenir l'amélioration des programmes communautaires de consultation offerts aux auteurs d'agression sexuelle et physique.
  5. Soutenir les enfants et les jeunes handicapés des Premières nations, en s'assurant qu'on leur fournit, ainsi qu'à leur famille, des habitations accessibles, ainsi que des services de consultation, de défense de droits et de relève à domicile.

Recommandations spécifiques aux Inuits

  1. Soutenir des mesures permettant d'améliorer la sécurité alimentaire dans le Nord, en mettant l'accent sur les femmes enceintes et les familles comptant de jeunes enfants.
  2. Organiser une conférence nationale afin d'explorer les moyens de pallier à la grave pénurie d'habitations adéquates dans de nombreuses collectivités inuites.
  3. Soutenir les enfants et les jeunes inuits qui sont handicapés, en s'assurant qu'on leur fournit, ainsi qu'à leur famille, des habitations accessibles, ainsi que des services de consultation, de défense des droits et de relève à domicile.
  4. Promouvoir le bien-être des enfants et des jeunes en soutenant l'élaboration d'un large éventail de programmes récréatifs et de mise en forme dans les collectivités inuites.
  5. Soutenir l'élaboration de programmes de prévention des blessures et de sensibilisation à cet égard dans les collectivités inuites, en mettant l'accent sur la détermination et la reproduction de pratiques exemplaires dans ce domaine.
  6. Intégrer un volet de prévention de la violence familiale dans toutes les initiatives de formation sur l'art d'être parent et de soutien à ces derniers qu'on retrouve présentement dans les collectivités inuites.

Ouvrages cités

Abbey, S., Hood, E., Young, L. and Malcolmson, S. (1991) 'New perspectives on mental health problems in Inuit women' in Postl, B., Gilbert, P., Goodwill, J., Moffatt, M., O'Neil, J., Sarsfield, P. and Young, T. [eds.] Circumpolar Health 90: Proceedings of the 8th International Congress on Circumpolar Health, Whitehorse, Yukon, May 20-25, 1990, pp.285-287.

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Annexe

Population selon les groupes autochtones et le sexe, par catégorie d'âge, au Canada

Source : Recensement de 1996

Groupes
autochtones
et sexe
Total
groupes
d'âge
Moins
de
15 ans
De 15
à 24 ans
De 25
à 44 ans
45 ans
et
plus
Population
totale
(Canada)
28 528 125
5 899 200
3 849 025
9 324 340
9 455 560
Hommes
(Canada)
14 046 875
3 024 420
1 955 240
4 595 415
4 471 800
Femmes
(Canada)
14 481 245
2 874 775
1 893 785
4 728 930
4 983 755
Premières nations
(total)
529 040
192 530
94 750
158 295
83 460
Hommes
(Premières
nations)
258 335
98 520
46 900
73 915
38 995
Femmes
(Premières
nations)
270 700
94 010
47 850
84 385
44 465
Inuits (total)
40 220
16 510
7 605
10 865
5 240
Hommes (Inuits)
20 180
8 355
3 880
5 345
2 600
Femmes (Inuits)
20 040
8 160
3 725
5 520
2 640


1. Les définitions d'enfant et de jeune varient. Alors que la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant et le Programme national pour les enfants définissent un enfant comme quiconque a moins de 18 ans, d'autres intervenants, comme l'American Department of Education, considèrent qu'un enfant est une personne âgée de 0 à 13 ans et définissent comme des jeunes des personnes de 14 à 24 ans (États-Unis, 1994). Dans le présent rapport, les enfants sont considérés comme des personnes âgées de 0 à 18 ans, et les jeunes sont ceux qui sont âgés entre 19 et 24 ans.

2. La Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits a pour mandat principal d'offrir des services de santé aux Inuits et aux Indiens inscrits qui vivent dans des réserves. Ainsi, le présent rapport se limite à ces populations et n'aborde pas les besoins et préoccupations des Métis et des membres des Premières nations vivant à l'extérieur des réserves.

3. Récemment, la conscience nationale a été exacerbée par une affaire judiciaire grandement médiatisée opposant les grands-parents non autochtones d'un enfant à son grand-père biologique, membre de la Première nation Sagkeeng. Cette affaire continue d'engendrer de la colère et du ressentiment dans les collectivités autochtones.

4. Selon les dispositions de la prestation nationale pour enfants, les transferts fédéraux aux provinces et aux territoires doivent augmenter par l'entremise de la prestation fiscale pour enfants, ce qui permettra aux gouvernements provinciaux et territoriaux de réduire les prestations d'aide sociale versées au nom des enfants, à condition qu'ils acceptent de réinvestir l'argent économisé dans d'autres programmes et services s'adressant aux familles à faible revenu. En outre, les prestations sont versées de telle sorte qu'il est toujours plus lucratif pour les parents de travailler que de dépendre de l'aide sociale (Assemblée des Premières nations, 1998b; Mendelson, 1999; Canada, 1997a).

5. En mettant en oeuvre ces recommandations, on doit porter une attention particulière aux enfants et aux jeunes inuits et des Premières nations qui sont âgés de 0 à 14 ans. Non seulement ce groupe est-il considérable par son nombre (plus du tiers des Inuits et des Premières nations sont âgés de 14 ans ou moins [Young, 1994]), mais il représente également un segment de la population où les interventions stratégiques sont susceptibles d'avoir un effet déterminant et à long terme.