
Au cours des dernières années, les jeunes des Premières nations se sont suicidés à une cadence très inquiétante. Selon les statistiques, le taux de suicide chez les Autochtones est de deux à trois fois plus élevé que celui du reste du Canada, et on évalue de cinq à six fois plus élevé le taux de suicide chez les jeunes Autochtones par rapport à celui des autres jeunes Canadiens.
En juillet 2001, le chef national Matthew Coon Come, de l'Assemblée des Premières nations et l'ex-ministre de la Santé Allan Rock ont établi un Comité consultatif sur la prévention du suicide et lui ont donné le mandat d'étudier les données existantes sur la question et de formuler une série de recommandations pragmatiques et pouvant être prises afin de couper court à la vague de suicides qui sévit chez les jeunes des Premières nations des quatre coins du Canada.
[ Commission royale sur les peuples autochtones, Choisir la vie : Un rapport spécial sur le suicide chez les autochtones, Ottawa, Ontario, 1995. ]
Le Comité consultatif s'est rencontré entre juillet 2001 et juin 2002 pour travailler à cette tâche. À travers discussions, étude des documents sur la question et rédaction de rapports de synthèse, le groupe a relevé les problèmes les plus importants puis formulé les recommandations correspondantes. Le présent rapport constitue tant une étude de ces questions, des données de base sur le suicide aux facteurs qui touchent particulièrement les Premières nations qu'une série de recommandations concrètes faites à partir de cette étude.
Les recommandations suivantes se partagent en quatre grands thèmes : (1) l'approfondissement des connaissances sur les mesures efficaces de prévention du suicide; (2) la mise en place de services de santé plus efficaces et mieux intégrés aux paliers national, régional et local; (3) l'appui des mesures mises en oeuvre par les collectivités; et (4) l'établissement de stratégies visant à améliorer la force morale, renforcer l'identité et appuyer la culture des jeunes.
L'adoption d'une seule stratégie a peu de chances de donner des résultats. Afin de réduire le risque de suicide, il est vital de mettre en oeuvre des changements sur plusieurs plans aux systèmes de soutien des jeunes, des familles et des collectivités en crise. Le présent rapport propose une série de mesures concrètes dont certaines peuvent être prises immédiatement par les gouvernements et les organismes autochtones. Nous espérons que ces recommandations permettront d'établir par la coopération des mesures actives de prévention du suicide chez les jeunes des Premières nations.
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En 1969, Harold Cardinal [ Harold Cardinal. The Unjust Society. Publié à nouveau en 1999 par Douglas and McIntyre. ] a rappelé aux Canadiens que la nouvelle génération des autochtones était devenue majoritaire, avait de grands espoirs et moins de patience face au changement de leurs aînés. Aujourd'hui, les jeunes des Premières nations nous manifestent leur présence non seulement par leur nombre, mais aussi par leurs vies et leurs décès, qui ont attiré l'attention des médias. L'agitation règne chez bon nombre d'entre eux et leur soif de culture, d'identité et d'un avenir fait couler beaucoup d'encre.
En ce moment, le suicide chez les jeunes des Premières nations inquiète plus que jamais. Une bonne part de cette inquiétude a été entraînée par une série de drames survenus dans des collectivités comme celles de Pikangikum et Sheshatshiu ainsi que par les discussions dans les médias et la sphère politique à propos de ces événements. Or, comme la couverture médiatique de ces événements dépasse les frontières, les espoirs déçus des collectivités des Premières nations ont touché le monde entier et non seulement le Canada. L'image des jeunes des Premières nations est celle d'enfants confus et surnuméraires dont les vies gaspillées coûtent cher à la société. Mais surtout, cet outrage public a aidé à alerter la conscience des collectivités et a poussé à l'action tous les paliers de gouvernement. En parallèle, on reconnaît de plus en plus que la question du suicide chez les jeunes a été trop banalisée.
En 2001, le chef national Matthew Coon Come, de l'Assemblée des Premières nations, et l'ex-ministre de la Santé Allan Rock ont établi un comité de huit chercheurs et professionnels de la santé, tant autochtones que non autochtones, et lui ont donné le mandat de formuler une série de recommandations visant à réduire le suicide chez les jeunes des Premières nations. Les membres du Comité consultatif sur la prévention du suicide ont été choisis par la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits (DGSPNI) de Santé Canada en vertu de leurs connaissances et leur vaste expérience en prévention du suicide, en promotion de la santé et en développement des collectivités autochtones. Vous trouverez à l'annexe A un profil de chacun des membres du comité.
Le chef national Coon Come et le ministre Rock ont donné au Comité le mandat d'élaborer des stratégies de réduction du suicide précises et pragmatiques, à court et à long terme, à partir d'une étude des documents existants pourtant sur cette question et d'une évaluation des lacunes dans la prestation des services.
Le Comité a établi un mandat détaillé (voir annexe B) qui insiste sur le besoin d'établir des stratégies visant à aider les collectivités à risque à élaborer leurs propres mesures de prévention du suicide. La tâche principale du Comité consultatif a été d'étudier les documents existants sur le sujet et leurs recommandations à propos du suicide chez les jeunes des Premières nations puis de proposer des stratégies de prévention à court et à long terme concrètes et réalistes.
Pendant plusieurs mois, les membres du Comité se sont rencontrés pour établir plus clairement leur tâche, cerner les principales questions à traiter et coopérer à des études et des débats sur ces questions. Tous ces efforts ont mené à l'élaboration des constats et des recommandations du présent rapport. Vous trouverez à l'annexe C la liste complète des documents consultés.
Les échéances de rédaction de ce rapport ont toutefois empêché la participation directe, par consultations, des jeunes des Premières nations. Le Comité a signalé que les opinions et les conseils des collectivités des Premières nations ont déjà été exprimés à maintes reprises et qu'ils faisaient partie des documents à l'étude (notamment Choisir la vie [ Commission royale sur les peuples autochtones [CRPA], Choisir la vie : Un rapport spécial sur le suicide chez les autochtones, Ottawa, Ontario, 1995. ] , le rapport spécial sur le suicide de la Commission royale sur les peuples autochtones, et la Conférence Jeunesse sur le suicide de la nation Nishnawbe-Aski [ Conférence Jeunesse sur le suicide de la nation Nishnawbe-Aski, 1995 - Horizons of Hope: An Empowering Journey, Final Report. Thunder Bay, Ontario.) ] .
Le Comité a donc décidé, pour des raisons purement pragmatiques, d'étudier les commentaires déjà exprimés par les jeunes des Premières nations et d'assurer que les recommandations du présent rapport en tiennent compte. Il a aussi décidé d'établir à la fin de la rédaction du rapport un groupe de concertation composé de dirigeants, de parents et de jeunes des Premières nations afin de fournir des commentaires sur le rapport et les recommandations du Comité consultatif (voir la recommandation 29 du Résumé).
Quatre grandes questions ou thèmes principaux liés au suicide chez les jeunes des Premières nations ont ressorti des études et des débats : (1) le besoin d'une stratégie fondée sur les faits; (2) le besoin de soins de santé efficaces et intégrés; (3) l'importance des stratégies dirigées par les collectivités; et (4) l'insistance d'améliorer la force morale, de renforcer l'identité et d'appuyer la culture des jeunes. Ces thèmes sont abordés dans les parties 1 à 4 de la Section 3 du présent rapport. Après un grand nombre de discussions, le Comité consultatif est arrivé à un consensus sur 31 recommandations qui peuvent être mises en oeuvre à court terme (d'ici 6 mois), à moyen terme (d'ici un an) et à long terme (dans au moins un an) afin de faire face aux quatre grandes questions liées au suicide chez les jeunes des Premières nations.
Le présent rapport poursuit le dialogue sur le suicide chez les jeunes des Premières nations par une étude de la portée du problème selon les diverses perspectives du domaine de recherche et l'étude du rôle des programmes gouvernementaux, des mesures prises par les collectivités et des choix de chacun.
Le Comité consultatif a tenté d'étudier la question du suicide chez les jeunes des Premières nations selon de nombreux points de vue différents et a réfléchi profondément sur les solutions les plus utiles pour les collectivités autochtones. Il importe toutefois de signaler que le présent rapport ne traite pas directement des besoins pressants des collectivités autochtones relatifs à la pauvreté, au chômage, au surpeuplement et aux logements inadéquats. Les conditions socioéconomiques chroniques qui sévissent toujours au sein des Premières nations ont été largement décrites ailleurs et dépassent le cadre de la présente étude; elles ne sont donc mentionnées ici que succinctement. Il faudra beaucoup plus d'efforts tant pour établir l'incidence des lacunes dans les services fondamentaux sur le comportement suicidaire des jeunes des Premières nations que pour affecter les ressources nécessaires pour faire face à ce problème.
Certains des problèmes des jeunes des Premières nations vivant dans les réserves trouvent leur écho chez leurs compatriotes vivant en milieu urbain; le propos du présent rapport se limite toutefois aux autochtones des réserves et des collectivités rurales éloignées.
La première section, Introduction au problème, donne un résumé de quelques données importantes sur le suicide. Afin d'établir le contexte des suicides chez les jeunes des Premières nations, cette section dresse les grandes lignes des observations des études précédentes. Il est clair que la détresse de ces jeunes n'est que le reflet de problèmes familiaux, communautaires et historiques plus profonds.
Le rapport présente ensuite les quatre grands domaines dans lesquels se partagent les mesures recommandées. La première partie, intitulée Ce que nous savons : adopter une stratégie fondée sur les faits, traite de la nécessité d'effectuer d'autres études et de recueillir d'autres données afin de combler les lacunes dans nos connaissances actuelles. La deuxième partie, Vers des services de santé holistiques intégrés et efficaces aux paliers national et régional, attire l'attention sur le manque d'un mandat national sur les services de santé mentale et de coordination des mécanismes de financement.
La troisième partie, L'importance des stratégies établies par les collectivités, traite de la nécessité pour les collectivités de faire face à ce problème et de diriger les processus établis pour contrer et prévenir le suicide chez les jeunes des Premières nations. La quatrième partie, Améliorer la force morale, renforcer l'identité et appuyer la culture des jeunes, traite de l'importance de soutenir les jeunes autochtones et les aider à prendre de saines décisions lorsqu'ils tentent de résoudre leurs problèmes.
La conclusion fournit les lignes directrices et les normes proposées pour la mise en place des recommandations du présent rapport. Les annexes ci-jointes présentent des exemples de programmes recommandés de prévention du suicide, une suggestion de structure administrative visant à coordonner les projets pilotes à l'échelle nationale, régionale et locale ainsi que l'ébauche d'un outil visant à aider les collectivités des Premières nations à évaluer les risques de suicide chez les jeunes (les collectivités sont invitées à l'adapter, à l'élaborer et à l'utiliser chez elles). D'autres renseignements détaillés sont aussi fournis sur les programmes financés par le gouvernement fédéral et sur les stratégies de développement des collectivités.
Les échéances et le mandat du Comité consultatif ont imposé certaines limites au présent rapport, et il importe que le lecteur en soit conscient dès le départ, c'est-à-dire ce dont traite ce rapport et ce qu'il ignore :
Une étude des documents déjà publiés à ce sujet démontre qu'aux quatre coins du Canada, les jeunes des Premières nations se suicident à un rythme très inquiétant. Malgré tout, il devrait être possible de réduire ce taux de suicide en modifiant sur plusieurs plans les systèmes sur lesquels s'appuient en période de crise les particuliers, les familles et les collectivités. De nombreux jeunes des Premières nations sont isolés et pauvres, et ne disposent ni des services de base ni de relations familiales qui peuvent leur offrir le soutien dont ils ont besoin. En outre, la colonisation, la marginalisation et de rapides changements culturels les ont laissés à la dérive au milieu de valeurs et de croyances étrangères, et leur identité est source de conflits profonds. Il faut donc adopter une perspective très large tant pour étudier la question du suicide que pour proposer des mesures concrètes à adopter.
Le suicide est de cinq à six fois plus fréquent chez les jeunes des Premières nations que chez les autres jeunes Canadiens. [ CRPA, Choisir la vie, op. cit. ] La dernière édition de La santé des enfants du Canada (Institut canadien de la santé infantile [ Institut canadien de la santé infantile, Ottawa, Ontario, 2000. ] ) a comparé les taux de suicide entre 1989 et 1993 parmi les Canadiens en général et les Autochtones en particulier pour les tranches d'âge 0-14 ans et 15-24 ans, et le taux de suicide chez les jeunes des Premières nations est extrêmement élevé (Figure 1). Chez les hommes Autochtones de 15 à 24 ans, ce taux est de 126 par 100 000, contre 24 par 100 000 chez les Canadiens du même groupe d'âge. Chez les jeunes femmes des Premières nations, ce taux est de 35 par 100 000, par opposition à 5 par 100 000 à peine chez les Canadiennes.
Les études régionales ont aussi mis en évidence le grave problème du suicide chez les jeunes Autochtones. Les figures 2 et 3 illustrent bien un taux de suicide constamment très élevé chez les jeunes des Premières nations de Colombie-Britannique. Dans cette province, le taux annuel de suicide des jeunes Autochtones de 15 à 24 ans a atteint 108,4 par 100 000 sur cinq ans (entre 1987 et 1992), contre un taux de 24,0 par 100 000 pendant la même période pour les jeunes non-autochtones. Par conséquent, le taux de suicide chez les jeunes des Premières nations est en Colombie-Britannique 4,5 fois plus élevé que celui des jeunes non-Autochtones.
Figure 1 : Taux de décès par suicide
Population des Premières nations et du Canada, 1989-1993

Figure 2 : Taux de suicide en Colombie-Britannique 1987-1992

Figure 3 : Taux de suicide en Colombie-Britannique chez les Autochtones et la population générale (taux comparatif de mortalité, 1987-1992)

La Figure 4 montre que le taux de suicide chez les jeunes Nishnawbe-Aski, du Nord de l'Ontario, est non seulement très élevé mais surtout qu'il s'aggrave. Le nombre de suicides est passé de cinq en 1986 (la première année où ces données ont été recueillies) à vingt-cinq en 1995, une hausse effarante de 400 pour cent au cours de la période de 10 ans illustrée. [ Conférence Jeunesse sur le suicide de la nation Nishnawbe-Aski, Horizons of Hope: An Empowering Journey, Thunder Bay, Ontario, 1996. ] Des données semblables pour les collectivités du Sud de l'Ontario sont toutefois plus difficiles à trouver; il serait pourtant utile d'évaluer l'incidence de l'isolation géographique, de l'éloignement et d'autres facteurs sociaux sur le suicide chez les jeunes des Premières nations. Étudier la variation de ces taux entre les collectivités pourrait fournir de précieux indices sur la prévention du suicide.
Figure 4 : Tendances - suicides réussis dans la nation Nishnawbe-Aski

Au Québec, chez les Cris de l'est de la Baie James, 14 pour cent des décès par blessures en dix ans ont été attribués au suicide (Figure 5). Seuls les véhicules motorisés et les noyades ont tué plus que le suicide. La part des blessures mortelles qui étaient en fait des suicides qui n'ont pas été reconnus comme tels est inconnue. (Le taux de suicide chez les Cris de l'est de la Baie James n'était pas plus élevé que celui du reste des Canadiens; il a toutefois augmenté pendant la période visée.)
Figure 5 : Décès par suicide et autres causes Cree de l'est de la Baie James Bay 1982-92, (n=72)

Malgré l'absence de données exhaustives à ce sujet, les taux de suicide sont très différents d'une collectivité des Premières nations à l'autre. [ Kirmayer, 1994. ] Une étude de Chandler et Lalonde [ Chandler, M et Lalonde, C. « Cultural Continuity as a Hedge Against Suicide in Canada's First Nations », Transcultural Psychiatry, Vol. 35(2), p. 191-219, 1998. ] effectuée en Colombie-Britannique a montré une variation considérable entre les taux de suicide des diverses collectivités des Premières nations. Cette étude, qui a porté sur les taux de suicide au cours d'une période de cinq ans (entre 1987 et 1992), a prouvé qu'ils varient selon le conseil de tribu et la collectivité. Les auteurs ont aussi remarqué d'importantes différences entre les taux de suicide des divers groupes linguistiques. Les Figures 6 et 7 illustrent la grande variation entre les taux de suicide des divers conseils de tribu et groupes linguistiques. Ces variations laissent supposer que les risques de perte d'identité et les facteurs protecteurs sont importants car ils peuvent expliquer ces différences entre les collectivités.
Figure 6 : Taux de suicide chez les jeunes des Premières nations, par groupe linguistique (Colombie-Britannique)

Figure 7 : Taux de suicide chez les jeunes des Premières nations, par conseil de tribu (Colombie-Britannique) (les noms ne sont pas indiqués)

L'étude de Chandler et Lalonde a révélé une forte corrélation entre le suicide chez les jeunes des Premières nations et le degré de contrôle de la collectivité dans les domaines suivants, ce que les auteurs ont nommé la continuité culturelle :
La Figure 8 montre l'incontournable corrélation inverse entre la présence des facteurs de continuité culturelle et le suicide chez les jeunes. Les collectivités disposant d'une certaine autonomie sont aussi celles où le taux de suicide chez les jeunes est le plus bas; les deux facteurs les plus importants sont ensuite les revendications territoriales et l'éducation.
Les collectivités où au moins trois de ces facteurs sont présents sont aussi celles où les suicides sont sensiblement plus rares (Figure 9). La comparaison entre les collectivités où tous ces facteurs manquent et de celles où ils sont tous présents est particulièrement surprenante : 138 suicides par 100 000 contre 2 par 100 000. Ces résultats ont récemment été reproduits à l'aide de données portant sur dix ans, et d'autres facteurs communautaires ont ainsi été dépistés. [ Lalonde, communication personnelle. ] Naturellement, d'autres facteurs sous-jacents peuvent expliquer ces différences. Par exemple, la qualité des services de santé (mentale, physique, affective et spirituelle) accessibles peut varier d'une collectivité à l'autre, tout comme la prévalence de problèmes de santé particuliers. Il faudra pour éclaircir ce qu'implique cette étude, effectuer des recherches supplémentaires dans d'autres régions et avec d'autres mesures des facteurs sociaux et communautaires ainsi que des facteurs favorables qui interviennent dans la vie et l'expérience de chacun.
Figure 8 : Taux de suicide chez les jeunes selon les facteurs de continuité culturelle (Colombie-Britannique)

Figure 9 : Taux de suicide chez les jeunes selon le nombre de facteurs de continuité culturelle des collectivités autochtones, 1987-1992 (Colombie-Britannique)

Les jeunes hommes se suicident plus fréquemment que les jeunes femmes -- cela est vrai pour les Premières nations et pour le Canada en général. Par exemple, les hommes de la nation Nishnawbe-Aski se sont suicidés cinq fois plus que les femmes (Figure 10). Dans la même période de dix ans (entre 1986 et 1995), 94 hommes et 34 femmes se sont suicidés. Cependant, malgré la plus grande vulnérabilité des hommes, les jeunes femmes aussi sont gravement touchées par le suicide. Selon l'Institut canadien de la santé infantile (voir Figure 1) le risque de suicide des jeunes femmes autochtones est huit fois plus élevé que celui de leurs consoeurs non Autochtones. Cette même étude a révélé que le taux correspondant de suicide chez les jeunes hommes Autochtones est de cinq fois la moyenne nationale.
Figure 10 : Tendances - suicides réussis dans la nationNishnawbe-Aski, comparaison entre victimes masculines et féminines

Le rapport « Choisir la vie de la CRPA » a relevé une série d'états de santé mentale qui représentent un grave risque d'acte autodestructeur. Il existe toutefois peu de données détaillées sur la prévalence des facteurs de risque biologiques ou psychologiques chez les jeunes des Premières nations ou sur les aspects d'identité personnelle ou culturelle. L'étude régionale sur la santé des Premières nations et des Inuits [ MacMillan HL, Walsh C, Jamieson E, Crawford A et Boyle M, « Children's Health », dans le rapport First Nations and Inuit Regional Health Survey National Report, 1999. ] , a montré que 18 % des enfants de 6 à 11 ans ont eu des problèmes d'ordre comportemental ou affectif, et que ce taux passe à 23 % pour les enfants de 12 ans et plus.
Les données provenant d'études menées auprès de la population générale au Canada et aux États-Unis laissent penser que la dépression constitue le trouble en plus forte corrélation avec le suicide. Or, un grand nombre de jeunes des Premières nations signalent une dépression ou des sentiments de tristesse et de solitude. Par exemple, selon une étude effectuée en Nouvelle-Écosse auprès des Mi'Kmaq, près d'un quart des adolescents et près de la moitié des adolescentes entre 12 et 18 ans ont été touchés par la dépression et par des symptômes connexes (Figure 11). [ The Health of the Nova Scotia Mi'kmaq Population, cité par l'ICSI, 2000. ] Chez les Cris de la Baie James, la plupart des suicidés souffraient d'au moins un symptôme de dépression avant leur tentative (Figure 12). [ Cree Injury Study, op. cit. ] Un étude faite à partir des données de l'enquête sur la santé des Cris a relevé que la corrélation entre la détresse affective et divers symptômes diffère selon le sexe, et confirme ainsi la nécessité d'une analyse des risques de suicide et d'une stratégie de prévention distinctes pour les hommes et les femmes. [ Kirmayer, L.J., Boothroyd, L.J., Tanner, A., Adelson, N., Robinson, E., & Oblin, C., « Psychological Distress among the Cree of James Bay ». Transcultural Psychiatry, 37(1), p. 35-56, 2000. ]
Figure 11 : Pourcentage des adolescents Mi'Kmaq (12-18 ans) se plaignant de tristesse ou de dépression, 1997

Hormis les travaux de Chandler et Lalonde, il existe peu de données sur le lien entre le taux de suicide des jeunes des Premières nations et le stress relatif aux indicateurs socio-économiques des besoins fondamentaux comme la pauvreté, le chômage, la surpopulation des logements et l'accès à une nourriture saine et abordable et à de l'eau propre. Les opinions de nombreux chefs des Premières nations et praticiens en santé mentale ont trouvé leur écho dans un rapport sur les suicides de Pikangikum, car l'auteure a également insisté sur l'importance de répondre à ces besoins matériels fondamentaux afin de donner aux jeunes des Premières nations une « raison de vivre ». [ Barbara Jo Fidler, Pikangikum First Nation Report on the Increase in Suicidal Behaviour in 2000, Sioux Lookout, Ontario, s.d. (rédigé pour le Nodin Counselling Service) ]
Figure 12 : Hospitalisations pour tentative de suicide, symptômes et signes de dépression chez les Cris de l'est de la Baie James, 1982-1992 (n=73; 30H; 43F)

* Plus d'une réponse était possible, aucune réponse aussi : 19 ont donné une réponse, 15 en ont donné 2, 4 en ont donné 3, 2 en ont donné 4, 2 autres 5, et 28 n'ont rien indiqué.
** 5 ou 6 des répondants étaient de sexe féminin.
*** Tous les répondants étaient de sexe masculin.
Certains jeunes des Premières nations ne trouvent même pas à leur propre domicile les conditions nécessaires au repos et à la guérison. Au contraire, la violence règne dans trop de résidences des Premières nations et un trop grand nombre de jeunes sont exposés à cette violence. Lorsqu'ils doivent faire face à plusieurs types de problèmes, les membres de la famille sont moins en mesure de fournir à leurs enfants le refuge sûr qui répondrait à leurs besoins. Les Figures 13 et 14 dressent un résumé de certaines des sources de stress aigu et chronique signalées par des jeunes Cris hospitalisés après une tentative de suicide. Un bon nombre de ces sources de stress sont étroitement liées à des problèmes dans le milieu familial. Ces sources, qui constituent autant de facteurs pouvant mener à un suicide, sont le reflet des nombreuses difficultés auxquelles doivent faire face les familles et les collectivités des Premières nations.
Figure 13 : Hospitalisations pour tentative de suicide par facteurs de stress chroniques chez les Cris de l'est de la Baie James, 1982-1992, (n=73; 30H; 43F)

* Plus d'une réponse était possible, aucune réponse aussi; 20 ont donné une réponse, 16 en ont donné 2, 13 en ont donné 3, 5 en ont donné 4, 2 en ont donné 5 et un seul 6; 28 n'ont rien indiqué. ** Abus d'alcool par un autre.
Figure 14 : Hospitalisations pour tentative de suicide par facteurs de stress aigus chez les Cris de l'est de la Baie James, 1982-1992, (n=73; 30H; 43F)

* Plus d'une réponse était possible, aucune réponse aussi; 17 ont donné une réponse, 8 en ont donné 2, 1 en a donné 3, 47 n'ont rien indiqué.
La plupart des documents portant sur le suicide chez les jeunes des Premières nations se contentent de décrire l'expérience quotidienne de vie des jeunes des Premières nations sur le plan des besoins fondamentaux et des relations interpersonnelles mais négligent le contexte plus large de leurs croyances et attitudes culturelles. Les statistiques présentées dans les pages précédentes donnent certes un aperçu quantitatif de ce que nous savons sur le suicide chez les jeunes des Premières nations, mais ces chiffres n'informent ni sur le sentiment collectif de ces jeunes à propos de leur identité ou de l'impression que le monde a d'eux ni sur la possibilité d'un lien entre ces sentiments et leurs pensées et actes suicidaires (ni d'ailleurs sur leur image et leur compréhension du suicide lui-même).
Dans son étude du problème tant au plan des besoins quotidiens qu'au plan plus large des croyances générales, le Comité consultatif a pu cerner une série de problèmes touchant tous au suicide auxquels doivent faire face les jeunes des Premières nations.
Les services de santé actuellement fournis à la plupart des Premières nations ont surtout une approche médicale occidentale car il y a peu de praticiens traditionnels et les budgets visant à financer les pratiques traditionnelles de médecine et de guérison sont insuffisants. En général, l'approche médicale est perçue comme étant la meilleure pour traiter la dépression clinique, mais cette attitude ignore les pratiques traditionnelles de guérison. La dépression, les idées suicidaires et les autres dilemmes psychologiques, affectifs et aussi spirituels sont souvent liés à de nombreux facteurs; le traitement devrait par conséquent tenir à parts égales et de l'approche traditionnelle et de l'approche biomédicale occidentale.
La « guérison » peut survenir dans plusieurs circonstances différentes. Dans les cas de troubles mentaux et affectifs (courants chez les victimes de suicide), un traitement psychiatrique professionnel est nécessaire. De plus, tous les volets des activités de prévention, de traitement et de soutien des suicidés et des jeunes à risque (de la prévention initiale à l'intervention puis le cas échéant à la post-intervention) doivent obligatoirement être en accord avec les croyances, la culture et les valeurs de la collectivité.
Nous pouvons en fait imaginer de nouvelles façons de prévenir les suicides chez les jeunes à l'aide de notions comme la « continuité culturelle », « l'engagement envers la personne que l'on deviendra [ Chandler and Lalonde, op. cit.; White, J., « Comprehensive Youth Suicide Prevention: A Model for Understanding », dans Suicide in Canada, Leenaars, A. et al, réd., Toronto, 1998.)» et l'identité. [ O'Connor; Sinclair; rapport de la Conférence Jeunesse sur le suicide de la nation Nishnawbe-Aski. ] Ces notions reprennent des croyances immémoriales au sein des collectivités des Premières nations. Un sentiment de bien-être doublé d'une identité culturelle stable est vital dans l'évaluation des stratégies visant à réduire le suicide. Le corps, la pensée, le coeur et l'esprit entrent plus facilement en relation équilibrée et harmonieuse lorsque des facteurs culturels tels les langues d'origine, les liens avec la terre et les formes de gouvernement sont intacts ou restaurés. Les stratégies de prévention du suicide pour les jeunes des Premières nations doivent être adaptées aux croyances, aux normes, aux valeurs et pratiques culturelles et ne doivent pas leur porter atteinte. Il faut également évaluer le potentiel de ces stratégies et préserver cultures et identités pour les générations à venir.
L'opprobre associé à la dépression, à l'anxiété et aux autres problèmes de santé mentale empêche souvent les gens de demander et d'accepter de l'aide pour des problèmes pouvant pourtant être traités. La honte liée aux crises mentales et affectives est un problème grave sur lequel il faut se pencher. En outre, la honte également associée aux problèmes familiaux peut pousser les jeunes à ne point en parler et ainsi à vivre dans le désespoir.
L'évolution joue aussi un rôle dans la perception du suicide dans les collectivités des Premières nations. La plupart du temps, le suicide constitue une honte ou un déshonneur si sérieux que les cas de suicide sont ignorés ou qu'on ne signale qu'une partie des cas réels.
De plus, les jeunes en détresse font rarement appel aux services en santé mentale, même si ces services sont facilement accessibles. Se peut-il qu'on perçoive ces services comme bien trop spécialisés pour pouvoir réellement aider des jeunes en crise ou encore accessible à tous.
Le suicide d'un jeune des Premières nations constitue souvent un appel à l'aide désespéré. La fréquence de ces suicides chez certaines des Premières nations risque pourtant de les mener à sous-estimer ce problème. Une telle « normalisation » du suicide pourrait alors à son tour nuire au système de croyances de toute la collectivité au point de devenir un autre facteur de risque.
De nombreux jeunes des Premières nations sont perçus ou se perçoivent comme étant en marge de la société en général ainsi que par rapport à leur propre collectivité. Leur sentiment d'isolation peut donc être bien plus profond que celui de leurs confrères et consoeurs non autochtones ou celui des adultes de leurs collectivités. Cette isolation provient de la disparition ou de l'éclatement, dans plusieurs collectivités des Premières nations, des systèmes de croyances traditionnelles qui font de la jeunesse une étape importante dans le cycle de la vie. Chez les familles et les collectivités où les enseignements culturels d'origine ont été préservés ou restaurés, l'attitude générale est positive envers les multiples rôles, fonctions sociales et obligations des jeunes. Malheureusement, la vie de nombreux jeunes des Premières nations baigne plutôt dans une atmosphère de désintégration sociale [ Kirmayer et. Al.; rapport Choisir la vie de la CRPA (op. cit.) ] et dans des conditions associées à la marginalité : abus physiques, affectifs et sexuels, négligence, pauvreté, abus de drogues [ Santé Canada, Discussion Notes from the Suicide Preventions Workshop: Our Healing Journey, 1994. ] et conditions socio-économiques déplorables. Bien des jeunes des Premières nations ressentent les contrecoups de ce qu'on a appelé le « deuil transmis à travers les générations », c'est-à-dire les effets des traumatismes subis par les générations précédentes dans les écoles résidentielles et les autres formes d'oppression culturelle. [ Jan Longboat, Discussion Notes from the Suicide Prevention Workshop, Health Canada, 1994, p. 16. ] En outre, le taux de chômage chez les jeunes des Premières nations était de 32 % en 1996, près du double du taux correspondant pour le reste des jeunes Canadiens. [ ICSI ]
En règle générale, les jeunes se soucient plus d'être acceptés par leurs pairs que de leur participation aux processus communautaires plus larges. Ce manque de participation se manifeste par des liens tendus entre les jeunes et ceux qui leur importent. Ils peuvent ainsi se sentir à l'écart même dans leur propre logis parce que leur famille et les autres adultes leur offrent un soutien insuffisant. [ Health Canada, Discussion Notes from the Suicide Preventions Workshop: Our Healing Journey, 1994. ] Ils peuvent aussi être marginalisés parce que, à titre de sous-groupe des Premières nations, leurs valeurs et leurs inquiétudes ne sont totalement acceptées ni dans leurs collectivités ni à l'extérieur. Dans le premier cas, le rapport de la Conférence Jeunesse de la nation Nishnawbe-Aski [ Op cit. ] illustre l'isolation politique, économique et culturelle qui est souvent le lot des jeunes des collectivités des Premières nations de l'Ontario. Les nombreux rapports sur les problèmes d'adaptation qu'ils éprouvent en milieu urbain, lorsqu'ils se trouvent dans des institutions urbaines comme des collèges ou des universités pour y étudier, démontrent à quel point ces jeunes se sentent étrangers à l'extérieur de leurs collectivités.
En tant qu'adultes en devenir, les valeurs des jeunes changent et ils attendent des changements pour le mieux de la part des dirigeants de leurs collectivités. Dans leurs efforts de mettre en place ces changements, les dirigeants des Premières nations les plus visionnaires savent que les jeunes ont besoin de la place et des ressources appropriées pour qu'ils puissent participer à ce processus eux aussi. Tous les jeunes -- et particulièrement les plus isolés de chaque collectivité -- doivent faire sentir leur présence dans la vie politique des collectivités des Premières nations afin de pouvoir dissiper le sentiment de ne pas être écoutés.
Les contrecoups d'un drame sont particulièrement forts dans les collectivités des Premières nations car la plupart sont de petites collectivités où les liens interpersonnels sont très étroits. Par conséquent, un suicide a un impact direct sur de nombreux membres de la collectivité, ce qui peut expliquer la tendance des suicides en groupes. Les victimes ont souvent des liens étroits tant entre elles qu'avec les fournisseurs des soins de santé de la collectivité. Dans ce cas, le besoin d'un soutien provenant de l'extérieur devient encore plus impérieux. Certaines des Premières nations ont déjà établi des plans et des mesures d'urgence, mais souvent, les bénévoles locaux sont les seuls à pouvoir aider les victimes de suicide ou de blessures; dans la plupart des cas, ils les connaissent bien. De plus, ces bénévoles sont rarement formés et n'ont aucun soutien pour les aider à faire face au stress consécutif à un traumatisme.
Comme l'a décrit ci-dessus le présent rapport, les jeunes hommes se suicident bien plus souvent que les jeunes femmes. Cela vaut autant pour les collectivités des Premières nations que pour la société canadienne en général, même si les proportions diffèrent. Une réflexion plus profonde sur le rôle des deux sexes dans le monde d'aujourd'hui pourrait nous éclairer sur les raisons qui poussent tant de jeunes hommes des Premières nations à interrompre leur vie. Dans de nombreuses collectivités, les changements culturels ont bouleversé bien plus profondément le rôle des hommes (de chasseur et pourvoyeur de nourriture à chômeur) que celui des femmes, qui continuent à élever les enfants et tenir la maison. On a beaucoup parlé depuis quelques années du remplacement du mode de vie et de l'autonomie traditionnels des familles et des collectivités par la dépendance sur les priorités gouvernementales, les budgets décidés par d'autres et les exigences bureaucratiques. Les Premières nations ont maintenant intériorisé l'oppression, le bouleversement et l'impuissance imposés jadis par la colonisation, ce qui perturbe à bien des égards les relations interpersonnelles.
Le suicide chez les jeunes des Premières nations est une question politique qui touche le Gouvernement du Canada, l'Assemblée des Premières nations ainsi que les collectivités des Premières nations et leurs membres. On s'attend de plus en plus à ce que tous les dirigeants visés réagissent à ce problème et fassent face à tous les facteurs qui augmentent le risque de suicide chez les jeunes.
Cette question a toutefois pris récemment une ampleur internationale. Certaines études, comme Canada's Tibet: Killing the Innu [ Samson, Wilson et Magower, 1999. ] n'ont fait que relancer la controverse. L'attention portée aux quatre coins du monde sur cette question a laissé nombre de dirigeants des collectivités dans un profond dilemme : s'efforcer de forger et d'entretenir des collectivités saines loin de l'attention de tous, ou au contraire attirer l'attention sur la crise dans l'espoir d'obtenir de l'aide, mais en sachant pertinemment qu'ils risquent ainsi de porter atteinte à l'image et au respect de soi des membres de leur collectivité et d'envahir leur vie privée, ce qui pourrait aggraver encore plus les risques de suicide. En outre, le transfert des responsabilités relatives aux programmes et aux services a alourdi les systèmes bureaucratiques au sein des Premières nations, ce qui constitue pour les jeunes un autre facteur d'aliénation.
Les jeunes des Premières nations seraient mieux en mesure de faire connaître les multiples difficultés auxquelles il doivent faire face, notamment la réalité d'un taux de suicide élevé dans leurs collectivités, s'ils pouvaient se rallier autour de cette question et d'autres questions les touchant.
À partir d'une certaine étude ainsi que d'autres rapports et recommandations, le Comité consultatif a relevé quatre grandes questions ou sujets d'inquiétude :
Le manque de suivi concret à la suite de recommandations utiles proposées par les initiatives précédentes sur la prévention du suicide chez les jeunes, comme celles proposées dans le rapport sur le suicide de la Commission royale sur les peuples autochtones [ RCAP, op. cit. ] constitue une grande source de préoccupations. Il est absolument vital que les recommandations du présent rapport soient un point de départ pour la mise en oeuvre de mesures concrètes, et servent aussi de base à un document en évolution que les collectivités pourront continuer à élaborer et adapter à leurs propres besoins.
Afin de pousser à l'action, les quatre sections suivantes décrivent de façon détaillée les questions mentionnées ci-dessus et fournissent aussi des objectifs et des recommandations visant à traiter chacune de ces questions. Un échéancier est également fourni afin d'indiquer lesquelles de ces recommandations peuvent être mises en oeuvre dans les six prochains mois (à court terme), dans la prochaine année (à moyen terme) et à long terme. Les recommandations indiquent dans la mesure du possible les rôles et les responsabilités des divers organismes visés.
Afin de traiter le problème de suicide parmi les jeunes des Premières nations, il nous faut savoir ce qui est efficace et ce qui ne l'est pas. Le Comité consultatif a toutefois relevé d'importantes lacunes dans nos connaissances sur les stratégies efficaces de prévention du suicide.
Les plus récents rapports des organismes gouvernementaux et des groupes consultatifs professionnels s'entendent : il y a un besoin impérieux d'études visant à établir quelles sont les stratégies efficaces de prévention du suicide. Une étude des programmes de prévention conçus précisément pour réduire le taux de suicide parmi les Premières nations a révélé qu'il n'existe à ce jour aucune évaluation rigoureuse de ces programmes. Les études les plus récentes sur les programmes de prévention du suicide sont résumées ici (vous trouverez les références à l'annexe D).
Un rapport publié au printemps 1999 [ Kirmayer, et al, Suicide Prevention and Mental Health Promotion in First Nations and Inuit Communities, Culture & Mental Health Research Unit, Institute of Community & Family Psychiatry, Hôpital général juif - Sir Mortimer B. Davis, Montréal, 1999. ] a étudié plusieurs programmes établis chez les Autochtones et a proposé une série de lignes directrices pour un programme de prévention du suicide qui serait probablement efficace parmi les collectivités autochtones. Le Comité consultatif a effectué une recherche exhaustive des bases de données pertinentes [ Les bases de données Medline, PsychLit, HealthStar et CINAHL ont été interrogées jusqu'en août 2001 à l'aide des termes « Indian, North American » ou « health services, indigenous » ou « Native American » et « suicide » ou « attempted suicide ». ] et n'a pas pu trouver d'autres études arbitrées sur l'évaluation des programmes ou sur des stratégies de prévention du suicide dans les Premières nations. L'étude de 1999 a relevé selon des documents d'évaluation fournis par Santé Canada vingt-neuf programmes de prévention du suicide et de promotion de la santé mentale élaborés pour les Autochtones ou applicables à ces collectivités. Évalués selon les lignes directrices exposées dans le présent rapport, neuf de ces vingt-neuf programmes peuvent être recommandés comme des modèles prometteurs ou particulièrement appropriés aux collectivités autochtones qui désirent tirer parti d'un programme existant. [ Ibid. -- la liste des neuf programmes recommandés se trouve à l'annexe D. White et Jodoin, 1998. ]
Il peut cependant être utile de tenir compte d'autres rapports d'évaluation. Par exemple, le rapport Before the Fact: A Manual of Best Practices in Youth Suicide Prevention, de l'Université de Colombie-Britannique [ White et Jodoin, 1998. ], donne un résumé de quatorze stratégies de prévention du suicide chez les jeunes [ Il importe de signaler que ces études ne portaient pas spécifiquement sur les jeunes Autochtones ni les Premières nations. ] et comprend un guide à l'intention des collectivités. Il existe une évaluation préliminaire du processus de mise en oeuvre dans sept collectivités de Colombie-Britannique, mais l'évaluation des résultats à long terme reste encore à faire. [ Hinbest, 2001. ] Cette situation est typique dans le domaine général de prévention du suicide : il existe des programmes prometteurs, mais peu d'études (notamment l'évaluation des résultats) qui permettraient aux collectivités et aux intervenants de faire un choix éclairé parmi les options possibles.
Le rapport Report on Suicide Prevention [ U.S. Surgeon General, 2001. ] , publié récemment par le Surgeon General des États-Unis, a signalé une absence identique d'études d'évaluation qui indiquent lesquelles des méthodes de prévention du suicide sont efficaces. Les études qui ont été effectuées souffrent de problèmes d'ordre méthodologique, comme un échantillonnage trop restreint qui empêche de relever les effets significatifs du point de vue clinique. [ Arensman et al, 2001; Breton et al., 1998. ]
Cette lacune dans nos connaissances est encore plus grave dans le cas des Premières nations, malgré la prévalence élevée de suicides dans nombre de ces collectivités. [ Kirmayer et al. 1993; 1999; Middlebrook et al, 2001. ] Le besoin d'études à long terme plus sérieuses est évident afin de discerner les méthodes efficaces et savoir comment adapter les programmes et les interventions aux besoins de collectivités particulières.
En l'absence de constats empiriques sur l'efficacité des méthodes, il faut donc prévoir les interventions selon ce qui semble raisonnable et adapté aux ressources disponibles et aux désirs de la collectivité. Les pratiques exemplaires relèvent actuellement de cette approche pragmatique. De nombreuses forces et tendances potentielles extérieures à la collectivité visée peuvent toutefois avoir une incidence sur le choix des interventions. L'élaboration du plan d'action le plus approprié exige donc une évaluation rationnelle de tous les renseignements pertinents dont on dispose.
Malgré l'absence d'études bien conçues sur l'efficacité des diverses stratégies, on s'entend jusqu'à un certain point sur les éléments d'une approche globale de prévention du suicide. Des stratégies ont en effet été exposées dans des documents préparés par divers groupes du Canada, des États-Unis et de l'Australie. Combiner ces stratégies avec des consultations auprès des Premières nations permettrait d'agir immédiatement; l'évaluation rigoureuse des stratégies efficaces pour les collectivités des Premières nations doit toutefois rester prioritaire.
On peut voir la prévention comme un processus cyclique en trois étapes reliées entre elles. La prévention primaire vise à réduire les risques de suicide par l'amélioration de la santé ou du bien-être physique, mental, affectif et spirituel d'un groupe, [ Mental Health Branch, 1997; Lester, 1997. ] ce qu'on a appelé une intervention préventive. [ White, 1998. ] La prévention secondaire (l'intervention) vise à aider les personnes potentiellement suicidaires avant qu'elles ne se blessent ou pendant une crise suicidaire. La prévention tertiaire (la post-intervention) vise les gens touchés par un comportement suicidaire : ceux qui ont fait une tentative (et qui risquent fort de recommencer), les membres de la famille et amis en deuil, qui eux aussi courent un plus grand risque d'être en détresse, de manifester une morbidité psychiatrique et d'avoir des pensées et des comportements suicidaires. [ Kirmayer et al., 1993 ]
La prévention primaire (la réduction des risques) peut se faire à l'aide de programmes d'éducation du grand public, de formation en aptitudes à la vie quotidienne, de formation sur le rôle parental, de formation des professionnels de la santé occidentaux et traditionnels ou culturels en évaluation et prévention du suicide, de soutien aux familles, de services d'écoute téléphonique en cas de crise, et en restreignant l'accès à ce qui permet le suicide (armes à feu et drogues, par exemple). Les programmes d'intervention comprennent des consultations en période de crise et la supervision étroite et le traitement des personnes ayant exprimé des pensées suicidaires. Les interventions après l'incident comptent entre autres des services de consultation pour les personnes ou groupes proches d'une victime de suicide ou de tentative de suicide, qui peuvent aussi être à risque à la suite de ce traumatisme. [ O'Carroll, Mercy & Steward, 1988. ]
Les méthodes de prévention du suicide peuvent viser différents facteurs : la situation culturelle et sociale de la collectivité, les interactions entre membres de la famille, les processus auxquels participent les personnes vulnérables ou encore les situations de crise. On s'entend généralement pour dire que les programmes qui visent plus d'un facteur à la fois donnent les meilleurs résultats. Il y a cependant toujours un débat sur les mérites d'agir auprès de toute la collectivité ou de sélectionner puis de viser les groupes les plus à risque. [ Rose, 1995. ]
La petite taille et la prévalence élevée de suicides rendent l'approche communautaire la mieux appropriée à la plupart des collectivités des Premières nations. Cette approche comporte en fait deux autres avantages intrinsèques : elle évite la stigmatisation d'un groupe particulier et s'intègre bien aux objectifs plus larges de développement de la collectivité, car elle a un effet positif sur la santé mentale de toute la collectivité et des personnes à risque. La partie 3 du présent rapport donne de plus amples détails sur les approches communautaires.
Pour prévenir le suicide, il faut habituellement trouver les moyens de réduire les facteurs de risque et promouvoir les facteurs de protection (ou de prévention). On peut exprimer les facteurs de risque et de protection en termes de « force morale » personnelle et collective, c'est-à-dire la capacité de se remettre de conditions négatives (la partie 4 traite de la force morale).
Les recherches ont permis de discerner clairement une vaste gamme de facteurs de risque et de protection relatifs au suicide dans la population en général, et la plupart d'entre eux sont applicables aux collectivités des Premières nations. [ Barney, 2001; Borowsky et al., 1999; 2001; Cleary, 2000; Hawton et al., 2001; Houston et al., 2001; Kirmayer, 1994; Lester, 1997; Santa Mina & Gallup, 1998. ] Les facteurs de risque relevés comprennent notamment :
Les facteurs de protection sont particulièrement vitaux pour planifier des programmes de prévention destinés à la collectivité de jeunes ou aux personnes plus jeunes. Les facteurs de protection suivants ont souvent été signalés pour les jeunes [ American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 2001; Barney, 2001; ] :
Certains facteurs de risque peuvent en outre toucher spécifiquement les collectivités des Premières nations, facteurs entraînés par leur histoire et par leurs circonstances et problèmes sociaux [ Borowsky et al., 1999; Kirmayer, 1994; Kirmayer et al., 2000; Lester, 1997; Novins, et al., 1999.Borowsky et al., 2001; Malone et al., 2000. ] . En voici quelques exemples :
Chaque collectivité des Premières nations a vécu à travers une combinaison unique de ces facteurs de stress et y a fait face selon sa propre histoire et sa propre culture. Par conséquent, les interventions doivent tenir compte de ces facteurs uniques et être adaptées à chaque collectivité.
Le programme idéal de prévention du suicide chez les collectivités des Premières nations devrait répondre aux critères suivants : faire preuve d'efficacité; pouvoir atteindre les groupes les plus à risque, à l'aide des ressources disponibles, traiter tant les causes urgentes que les causes latentes.
Les études effectuées auprès de la population générale du Canada, des États-Unis et d'autres pays montrent clairement que la plupart de ceux qui se suicident souffrent de troubles mentaux (notamment dépression, trouble de la personnalité ou abus de drogues). Cela laisse penser que des traitements médicaux plus dynamiques peuvent réduire le nombre de suicides, et certains indices tendent à le confirmer pour la population en général. [ Rutz, 2001. ] Cependant, nombre de cliniciens en soins primaires ne sont pas formés adéquatement pour être en mesure de diagnostiquer et de traiter les comportements suicidaires. Une étude effectuée en Suède a révélé que la plupart des suicidés ne prenaient pas d'antidépresseurs, ce qui laisse croire que les cas de dépression n'avaient pas été traités adéquatement. [ Henriksson et. al., 2001. ] Or, comme l'accès aux ressources cliniques fait souvent défaut dans les collectivités des Premières nations, ce même problème d'un traitement inadéquat risque d'être encore plus fréquent. Selon une étude faite au Manitoba, 6,6 % seulement des Autochtones, comparativement à 21,9 % des non-Autochtones, avaient fait appel à des soins psychiatriques avant de commettre un suicide. [ Malchy, Enns, Young & Cox, 1997 ]
On a observé qu'une journée de formation peut améliorer de façon marquée la capacité des omnipraticiens de reconnaître la détresse psychologique et les idées suicidaires chez les jeunes, mais ne suffit pas à modifier leur gestion de ces problèmes. [ Pfaff, 2001. ] Comme les collectivités des Premières nations sont formées de gens d'un milieu culturel différent, ce processus de reconnaissance risque d'être plus long. Vérifier l'exercice des praticiens pourrait toutefois prolonger les effets d'une telle formation. En outre, avoir une formation suffisante en intervention et disposer d'un personnel de soutien adéquat permettraient des traitements plus efficaces.
Les personnes ayant survécu à des problèmes semblables à ceux des jeunes à risque (comme abus d'alcool ou de drogues ou encore tentatives de suicide) peuvent disposer de toutes les connaissances nécessaires pour aider les autres, et peuvent donc devenir tout naturellement des conseillers. Ces expériences améliorent certes la sagesse, la compassion et la compréhension, mais ces qualités ne poussent pas nécessairement à agir de la meilleure manière face à une personne suicidaire; en fait, certains indices laissent supposer que des tentatives précédentes de suicide peuvent même prévenir une réaction adéquate de la part des conseillers professionnels. [ Neimeyer, Fortner, & Melby, 2001. ] Il est nécessaire d'encourager les conseillers en herbe, tant par une éducation et une formation efficaces et adéquates que par l'encadrement, la supervision et le soutien, que ce soit en milieu clinique, dans les services d'écoute téléphonique ou dans les pratiques d'aide traditionnelles.
Dans les collectivités éloignées, le contact avec les professionnels de la santé n'est souvent que sporadique. Or, il peut être extrêmement utile de garder un contact à long terme avec les patients ayant déjà été hospitalisés. [ Motto & Bostrom, 2001. ] La pratique habituelle d'envoyer des gens chez les collectivités éloignées pour des traitements à court terme risque de mener à des soins épisodiques qui exposent les patients souffrant de problèmes chroniques à des risques plus grands.
Il faudra donc élaborer des stratégies afin de maintenir un contact à long terme (fût-il peu fréquent) entre les personnes vulnérables et les professionnels de la santé et les intervenants.
Les études existantes sur la prévention du suicide chez les jeunes insistent sur le rôle des écoles, qui devraient former tous leurs élèves en éducation de base sur la santé, et leur donner des aptitudes utiles pour faire face à de nombreux problèmes de santé et sociaux, sans traiter exclusivement du suicide. [ Kirmayer et al., 1993. ] Une telle formation permettrait aux élèves de mieux surmonter le stress et les émotions négatives comme la colère et la dépression, de mieux résoudre leurs problèmes, d'améliorer la communication interpersonnelle et leur aptitude à désamorcer les conflits -- mesures qui aident à améliorer l'estime de soi et à venir en aide aux crises et aux conflits affectifs. [ Cimbolic & Jobes, 1990. ]
Parler du suicide dans le contexte du développement de l'autonomie et de l'estime de soi, de la résolution de problèmes et d'aptitudes à la communication a de bonnes chances d'être plus efficace que les programmes traitant exclusivement du suicide. [ RCAP, 1995; Tierney, 1998. ] Bien des jeunes pensent que le suicide représente une réaction naturelle sinon héroïque au rejet, et cette méprise, doublée de la perception d'une honte associée aux soins psychiatriques, peut les empêcher de chercher de l'aide s'ils sont en détresse affective. [ Shaffer et al., 1988. ] Le matériel de formation visant à encourager les jeunes à rechercher l'aide appropriée en cas de dépression grave, d'abus d'alcool ou de drogues ou de problèmes familiaux peur contribuer à réduire le risque de suicide. Des programmes d'éducation culturelle peuvent aussi promouvoir chez les jeunes la connaissance de la culture autochtone et la fierté de leurs racines et de leur identité.
Les enfants plus jeunes (de moins de 12 ans) sont aussi un groupe important pour la prévention primaire. Cela exige toutefois de porter attention à la famille, et de l'aider. L'éducation à la vie familiale, l'introduction aux enseignements traditionnels et culturels, la thérapie familiale ou des interventions du réseau social visant à identifier les abus, résoudre les conflits et fournir aux jeunes et aux enfants un soutien affectif adéquat (notamment par des approches adaptées à la culture et des éléments culturels intégrés au programme scolaire) peuvent se révéler plus utiles qu'une approche individuelle centrée sur la jeune personne.
[ Kirmayer et al., 1993. ] Il est aussi possible d'établir des protocoles destinés aux autorités de protection de la jeunesse qui permettent dans le contexte actuel de respecter les pratiques culturelles et traditionnelles de guérison de la famille.
Certaines études permettent de supposer que les programmes en milieu scolaire destinés aux jeunes particulièrement à risque peuvent grandement aider à réduire les comportements suicidaires et encourager les aptitudes nécessaires pour surmonter les conflits et la colère. Une étude récente a comparé deux interventions : (1) une courte évaluation et intervention en situation de crise par un conseiller, et, en plus de la consultation individuelle, (2) une intervention de 12 sessions hebdomadaires, en petits groupes, visant à améliorer les habiletés et développer un soutien social. [ Randall et al., 2001; Thompson et al., 2001. ] Ces deux types d'intervention ont été efficaces pour réduire les idées suicidaires, mais le programme ayant comporté le groupe de pairs a eu des effets positifs de portée plus importante, particulièrement auprès des filles.
Il existe très peu d'évaluations systématiques des programmes de prévention du suicide dans les collectivités des Premières nations. Les Centers for Disease Control (CDC) [ CDC, 1998 ] des États-Unis ont récemment publié un rapport sur l'évaluation d'un programme mis sur pied en 1990 dans une tribu de l'Athabaska, dans les régions rurales du Nouveau-Mexique, où le taux de suicide chez les jeunes de 15 à 19 ans était très élevé. Le programme de prévention et d'intervention comprenait plusieurs volets dont la prestation de services sociaux et de services de santé mentale jusqu'alors inaccessibles à la collectivité ainsi que des mesures visant les jeunes. Ce programme a aussi été conforme aux lignes directrices des CDC visant à limiter l'ampleur des cas de suicide. Chez les jeunes de 15 à 19 ans, le taux de suicide a considérablement chuté presque immédiatement après la mise en place de ce programme, et cette réduction a duré cinq ans. Il n'y a cependant pas eu de comparaison avec une autre collectivité, et il est possible que cette réduction reflète des fluctuations cycliques du taux de suicide s'échelonnant sur plusieurs années. En outre, le nombre de suicides réussis était trop petit pour permettre de prouver que le programme a eu un effet statistiquement significatif. Il s'agit néanmoins du programme évalué le plus rigoureusement, et il illustre tous les principes à intégrer dans une approche communautaire efficace (voir le premier programme recommandé à l'annexe D : le Jicarilla Mental Health and Social Services Program).
Une stratégie semblable a été mise en place en 1998 dans de nombreuses collectivités autochtones de l'Alaska. Le Community-Based Suicide Prevention Program (annexe D, deuxième programme recommandé) fournit des subventions aux collectivités de tout l'Alaska afin d'assurer le soutien d'activités communautaires comme des sessions d'enseignement sur le patrimoine culturel, des groupes de soutien, des activités récréatives, des systèmes de bénévolat, des services de consultation et des interventions en cas de crise. Une évaluation des résultats entre 1989 et 1993 a révélé que le taux de suicide des collectivités qui ont mis en place des projets a décliné en trois ans plus rapidement que la moyenne de l'État, même si ce taux était au début du projet plus élevé que celui des collectivités autochtones de l'Alaska. Il semble que les collectivités qui ont pu maintenir leurs projets communautaires pendant plusieurs années ont eu les meilleurs résultats. [ S. Soule, communication personnelle à L. Boothroyd (Culture & Mental Health Research Unit), février 1999. ] Ces collectivités ont mis en place des projets de types très différents, mais un point commun a été relevé : la participation active de la collectivité dans l'élaboration et le maintien du programme.
Le rapport de la CRPA a étudié cinq programmes afin de souligner les facteurs qui contribuent à la réussite des stratégies de prévention du suicide chez les collectivités des Premières nations. Les activités efficaces ont été lancées par la collectivité, ont tiré parti des connaissances et de la sagesse des aînés, ont été établies après consultation de la collectivité et avaient une optique très large. La plupart comprenaient des partenariats sous contrôle local avec des groupes externes. Les stratégies axées sur le développement social et communautaire devraient encourager la fierté et l'autonomie de la collectivité, l'estime de soi et l'identité, la transmission des connaissances, des langues et des traditions des Premières nations, et les méthodes de résolution des problèmes sociaux adaptées à la culture. [ Kirmayer et al., 1993; CRPA, 1995. ]
Pour la collectivité en général, il faudrait diffuser l'information sur le suicide en même temps que l'information sur la santé mentale et les troubles mentaux, les ressources d'aide, et les façons de faire face à l'abus de drogues, à la colère, aux séparations et à la détresse affective. [ Kirmayer et al, 1993. ] De plus, les programmes de sensibilisation devraient tenir compte des indicateurs et des tendances particulières du suicide. [ CRPA, 1995. ]
Les soignants de la collectivité devraient être formés en santé mentale et posséder des aptitudes en consultation familiale et personnelle, en intervention dans le réseau social et en développement communautaire. Les spécialistes des soins primaires (médecins et infirmières) ont besoin des connaissances nécessaires pour reconnaître et traiter la dépression grave et d'autres troubles mentaux. [ Kirmayer et al., 1993. ] Il faut aussi identifier et former les autres personnes-ressources de la collectivité qui peuvent orienter ceux qui ont besoin d'aide. [ Capp et al., 2001. ] Pour de nombreux jeunes, leurs pairs sont des sources de soutien extrêmement importants, et, s'ils sont formés pour agir en tant que conseillers, ils peuvent eux aussi orienter s'il le faut leurs pairs vers une aide professionnelle.
Les programmes visant les groupes d'âge les plus touchés par le suicide dans les collectivités des Premières nations (tant les jeunes de 9 à 12 ans que les adolescents) gravitent naturellement vers l'école, mais il existe des décrocheurs, des familles isolées et d'autres groupes d'âge que l'école ne rejoint pas. Les stratégies communautaires permettent de toucher le plus grand nombre de personnes et d'avoir une influence positive sur la collectivité en général, dans son intégration sociale, l'estime de soi collective et la vision commune.
L'effondrement des pratiques de transmission des traditions culturelles par les aînés semble jouer un rôle significatif dans la démoralisation et le désespoir généralisé des jeunes des Premières nations; l'élaboration de programmes visant à transmettre les connaissances et les valeurs traditionnelles, généralement par des aînés respectés, constitue également un élément vital de tout programme de prévention du suicide destiné aux Premières nations.
[ Kirmayer et al., 1993. ]
Dans son rapport spécial sur le suicide, la CRPA a insisté pour dire que seule une approche de prévention du suicide sur tous les fronts pourra améliorer la situation dans les collectivités autochtones. Une telle approche comporte des plans et des programmes qui fournissent des services d'intervention en cas de crise suicidaire, qui encouragent les mesures préventives et le développement communautaire à plus d'un plan, et qui répondent aux besoins à long terme d'autonomie, d'autosuffisance et de guérison de la collectivité. [ RCAP, 1995, p.75. ]
La stratégie de prévention du suicide la plus apte à changer les choses peut être décrite le mieux en termes de « mieux-être communautaire », c'est-à-dire une stratégie qui encourage la santé sur les plans physique, mental, affectif et spirituel. Ces balises permettent de proposer pour une stratégie de prévention du suicide les lignes directrices suivantes :
Ces lignes directrices sont conformes aux recommandations de la CRPA [ 1995, op. cit. ] et d'autres groupes canadiens [ White, 1998. ] , de la politique nationale australienne [ Mental Health Branch, 1997. ] et du rapport National Strategy for Suicide Prevention [ 2001, op.cit. ] du Surgeon General des États-Unis ainsi qu'aux lignes directrices de la American Academy of Child and Adolescent Psychiatry. [ 2001. ]
Les rôles précis d'un programme communautaire complet de prévention du suicide sont décrits ci-dessous. Si on préfère utiliser des modèles existants, ces programmes devront être soigneusement adaptés à la situation particulière de chaque collectivité.
Il faut concevoir la prévention du suicide dans le cadre plus large d'une stratégie multiforme de promotion holistique de la santé qui touche les quatre facettes de la personne, en tant que responsabilité de chacun, de la famille, de la collectivité et de la Première nation ou région.
Un programme de prévention du suicide complet exige la présence d'un groupe central de coordination qui réduit les lacunes du système et évite le dédoublement des services. Ce groupe devrait comprendre des représentants des principaux secteurs de la collectivité : les jeunes, les aînés, les intervenants, les professionnels (praticiens en santé, tant médecins que praticiens traditionnels ou culturels, responsables des services sociaux et éducateurs), le gouvernement local, et d'autres. La coopération entre les agences devrait être encouragée afin d'exploiter pleinement les forces de chacun des intéressés, ce qui résulte en une stratégie complète et qui peut s'adapter aux besoins changeants de la collectivité et de ses membres. Ensemble, tous ces secteurs peuvent créer ou adapter des programmes en fonction de la nature de la collectivité. Cette coopération aura l'effet immédiat de créer une stratégie coordonnée de prévention du suicide. À long terme, la collectivité et l'identité culturelle en ressortiront plus forts, et il y aura un début d'autonomie locale, ce qui améliorera la santé des gens et des collectivités. Le groupe de coordination devrait aussi entrer en contact et superviser une équipe de recherche qui pourra aider à concevoir et effectuer des évaluations des activités et programmes de prévention.
Les études existantes indiquent que les stratégies de prévention primaire pour les Premières nations devraient comporter :
Les programmes et services suivants permettent d'intervenir auprès des personnes à risque élevé et devraient faire partie intégrante d'une stratégie complète de prévention du suicide :
Le suivi systématique des membres de la famille et des amis proches qui sont en deuil à la suite d'un suicide est également nécessaire afin de dépister et d'aider les personnes qui deviennent elles-mêmes à risque : comme il existe des liens étroits entre les membres des collectivités des Premières nations et que plusieurs jeunes éprouvent des difficultés semblables, les suicides surviennent souvent en groupes. Il devient donc vital d'établir un groupe d'intervention pouvant traiter les suicides et les groupes de suicides. Les CDC, aux États-Unis, ont élaboré des lignes directrices à propos des mesures communautaires d'intervention pour les groupes de suicides, notamment l'établissement d'une équipe de post-intervention à laquelle participent tous les secteurs de la collectivité. [ O'Carroll, Mercy et Steward, 1988. ] L'étude et l'adaptation de ces lignes directrices afin d'y incorporer les pratiques culturelles et traditionnelles ainsi que d'autres interventions adaptées à la culture sont recommandées.
La stratégie d'évaluation devrait être élaborée dès le début, en même temps que le programme. S'il le faut, cette tranche du travail peut être faite en coopération avec des chercheurs qui disposent de l'expertise nécessaire. Deux ouvrages détaillés portant sur l'évaluation chez les collectivités des Premières nations et des Inuit sont particulièrement recommandés. [ Santé et Bien-être social Canada, 1991; Humanité Services Planning, 1993. ]
Il faudrait évaluer systématiquement la stratégie générale de prévention mais aussi ses principaux éléments selon les critères suivants : l'efficacité; la faisabilité et l'efficacité par rapport au coût; le processus de mise en oeuvre et de maintien; et les incidences sociales et culturelles au sens large. Les résultats d'une évaluation continue peuvent identifier les aspects utiles ou nuisibles de la stratégie choisie, révéler des lacunes ou de nouvelles possibilités de prévention, et permettre de mieux cibler les programmes. Une analyse qualitative et si possible quantitative des effets du programme sur la société en général ajouterait une dimension critique aux efforts de prévention.
Nos connaissances sur les Premières nations accusent des lacunes sur :
La question du suicide chez les jeunes exige certes des mesures immédiates fondées sur les connaissances les plus sérieuses dont on dispose; toutefois, il est également vital d'évaluer soigneusement les nouvelles interventions afin de relever les meilleures stratégies et de les partager à tous les intéressés. Auparavant, la collecte de données sur le suicide se butait au stigmate associé aux troubles mentaux, à l'aversion à tenir compte des aspects communautaires et à la perception que le processus de recherche n'offre aucun avantage direct aux collectivités. Or, aider les collectivités à se prendre en main et à choisir ou non de faire appel à des services externes exige une solide compréhension des différents taux de suicide des diverses collectivités et des facteurs sociaux sous-jacents. Afin d'identifier les facteurs de risque et élaborer des stratégies de prévention innovatrices, il faut nécessairement étudier de nombreuses collectivités, mais comparer ces collectivités entre elles soulève des questions éthiques et pragmatiques complexes.
Ces réflexions ont permis d'énoncer les objectifs suivants :
La présente section traite de l'organisation des services de santé destinés aux Premières nations. La répartition des compétences établie dans l'article 91(24) de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, 1867 a donné au gouvernement fédéral l'autorité sur les Indiens et les terres réservées aux Indiens. Santé Canada, par le biais de la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits (précédemment appelée la Direction générale des services médicaux) a fourni des services médicaux aux citoyens des Premières nations par des apports financiers. Il n'existe cependant aucun mandat clair pour la prestation de services de santé mentale.
La Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits (DGSPNI) a le mandat d'assurer la prestation de plusieurs programmes dont certains comportent un élément de santé mentale. Les quatre voies de financement de la DGSPNI pour des services touchant la santé mentale sont actuellement : 1) le programme Grandir ensemble, 2) l'initiative Pour des collectivités en bonne santé, 3) le Programme national de lutte contre l'abus de l'alcool et des drogues chez les autochtones (PNLAADA) et 4) le Programme des services de santé non assurés (SSNA), intervention en cas de crise et consultation en santé mentale. Divers services de santé mentale sont fournis aux Premières nations par un ou plusieurs de ces programmes.
La prestation du programme Grandir ensemble, mis en oeuvre en 1993, et de l'initiative Pour des collectivités en bonne santé, lancée l'année suivante, est assurée dans les collectivités par les Premières nations. En outre, le SSNA assure les interventions en cas de crise et fournit des consultations de courte durée. Ces programmes existent depuis de nombreuses années et disposent de ressources considérables, mais aucune évaluation n'en a été faite depuis leur création; évaluer leur efficacité maintenant serait difficile, mais non impossible. Vous trouverez à l'annexe E les dépenses approximatives au cours de l'exercice financier 2001-2002 pour les programmes Grandir ensemble et Pour des collectivités en bonne santé ainsi que pour le Programme des services de santé non assurés. Cependant, les sommes indiquées à l'annexe E pour les programmes Grandir ensemble et Pour des collectivités en bonne santé ne comprennent pas les apports financiers aux collectivités ayant passé des accords de transfert. [ De nombreuses collectivités des Premières nations ont signé avec Santé Canada des accords de transfert en vertu desquels la gestion des services de santé passe du Gouvernement fédéral aux Premières nations. ]
Grandir ensemble a pour but d'appuyer les activités communautaires dans un cadre de développement communautaire qui favorise le bien-être des enfants, des familles et des collectivités des Premières nations par le biais de programmes sur la santé mentale, le développement de l'enfant, le rôle des parents, la santé du bébé, la prévention des blessures et la désintoxication après l'abus de solvants. Le programme Pour des collectivités en bonne santé vise plutôt à appuyer la création de services communautaires spécialisés de traitement des troubles mentaux, de services d'intervention et de programmes de lutte contre l'abus de solvants.
Tel qu'exposé dans la Partie 1, l'abus de drogues constitue un facteur de risque pour le suicide. Le PNLAADA a été lancé en 1984, et la plupart des collectivités des Premières nations disposent d'au moins un travailleur social relevant du PNLAADA. En outre, le programme de traitement résidentiel comprend maintenant un réseau national de 53 centres de traitement (pour un total de 695 lits) gérés par des organismes ou des collectivités des Premières nations dans le but de fournir des services de traitement aux hospitalisés ou des soins ambulatoires appropriés à la culture pour les alcooliques et autres toxicomanes. L'apport financier fourni pour ce programme au cours de l'exercice 2001-2002 se trouve aussi à l'annexe E.
Le programme SSNA a pour objectif d'assurer des services de santé conformes à la capacité de financement et adaptés aux besoins particuliers des citoyens des Premières nations afin que leur état de santé soit comparable à celui des autres Canadiens non autochtones vivant dans un contexte semblable. Le budget du programme SSNA vise à fournir des fonds d'urgence limités pour des traitements professionnels en santé mentale auprès des personnes et collectivités à risque et en situation de crise. [ Directive provisoire du programme SSNA, No 7, Services de santé mentale, introduction, p.1. ]
Les avantages sociaux couverts par le SSNA comprennent les médicaments en vente libre et d'ordonnance ainsi que les fournitures et l'équipement médical, les soins dentaires, les soins de la vue, le transport pour des raisons médicales, les cotisations au régime provincial d'assurance-maladie (en Alberta et en Colombie-Britannique seulement) et d'autres soins de santé comme des consultations en santé mentale dans le cadre d'une intervention d'urgence. [ Rapport annuel 1999/2000 du programme SSNA, p.3. ] Afin de maintenir la qualité des soins et assurer l'imputabilité des services, les services de santé mentale financés par le SSNA sont fournis par des professionnels de la santé mentale, notamment des psychologues, des infirmières en psychiatrie et des travailleurs sociaux. [ Directive provisoire du programme SSNA, p.1. ] La consultation en santé mentale entre dans la catégorie « autres soins de santé » du SSNA, et représente 8,9 millions de dollars, soit un peu plus de la moitié du budget de 16,1 millions de dollars prévus pour l'exercice 1990-2000, même si selon son mandat le SSNA doit desservir les personnes et les collectivités en crise. Aux fins de comparaison, on a dépensé pendant la même période (1990-2000) près de 4,5 millions de dollars en prescriptions pour benzodiazépines (des médicaments anxiolytiques) pour la population admissible au SSNA.
De nombreux problèmes deviennent évidents par l'étude des questions relatives à l'état actuel des services. Un des secteurs les plus importants touche au programme d'intervention en cas de crise des services de santé mentale du SSNA, car la couverture des services de santé mentale de base du SSNA semble inadéquate : certains services sont couverts, d'autres non. Cela peut pousser à une insistance indue sur certains types de traitement (plus précisément, pharmacologiques) au détriment d'autres stratégies comme la consultation. Les collectivités en crise à la suite de tentatives de suicide (réussies ou non) sont les bénéficiaires visés par les interventions de crise en santé mentale du SSNA; il existe toutefois une série de problèmes liés à l'utilisation de ces services.
Le mandat énoncé par la directive de programme des services de santé mentale non assurés rend admissibles les collectivités à risque et en situation de crise où le plan de traitement pour le particulier ou la collectivité comprend la durée prévue du traitement et les coûts pertinents tels qu'évalués par le(s) prestataire(s) des services. Les moyens de prestation de ces services peuvent comprendre des contrats entre la DGSM et les thérapeutes en santé mentale et des ententes de contribution avec les Premières nations. [ Directive provisoire de la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits pour les services de santé mentale, 1994. ] À toutes fins utiles, la présente directive permet la prestation de services différents aux collectivités en crise, selon leurs besoins manifestés par les suicides et les crises. La mise en oeuvre actuelle n'est certes pas une approche uniforme; en fait, il existe de vastes différences dans le financement de collectivités souffrant pourtant de taux de suicide semblables et vivant dans la même région (p. ex., de 140 $ à 3 $ par personne).
La séparation indue des diverses voies de financement constitue un autre problème grave. Les services de la DGSPNI tendent à être divisés selon des domaines bureaucratiquement distincts, ce qui fait obstacle à l'objectif de services bien intégrés. Cet état de choses tend aussi à donner un avantage aux collectivités disposant des plus grandes ressources et le mieux en mesure d'avoir accès aux diverses sources de financement. En plus des ressources de la DGSPNI, de nombreuses collectivités des Premières nations ont pu obtenir des subventions de la Fondation pour la guérison des Autochtones, mais il s'agit d'une aide de durée limitée : les derniers projets admissibles doivent avoir été lancés avant la fin de l'année prochaine. En outre, les gouvernements provinciaux reçoivent des fonds pour fournir des services de santé mentale à tous leurs citoyens, bien que la capacité des citoyens des Premières nations à avoir accès à ces services reste inconnue.
Les taux de suicide varient beaucoup d'une collectivité des Premières nations à l'autre, et une vague de suicides peut avoir des répercussions désastreuses. [ CRPA, op. cit., p.11. ] Or, les ressources d'aide tendent à aller aux collectivités les mieux capables d'attirer l'attention (par les médias ou l'activité politique) plutôt que selon des critères plus sérieux appliqués équitablement. Il faut revoir le système pour s'assurer qu'il peut aider non seulement les collectivités en mesure de demander formellement de l'aide, mais aussi les collectivités désemparées qui n'ont pas les ressources nécessaires pour faire une demande efficace.
Les services financés par les provinces ainsi que les services de santé mentale relevant du SSNA varient également entre les provinces et les régions. En effet, le financement des programmes comme Grandir ensemble, Pour des collectivités en bonne santé et le PNLAADA est fondé essentiellement sur le nombre de personnes que compte chaque collectivité. Une telle distribution désordonnée des fonds et des services refuse ainsi aux collectivités dont les taux de suicide sont les plus élevés l'accès aux fonds et aux services correspondant à leurs besoins. Il n'existe actuellement aucun mécanisme qui puisse assurer que les collectivités à risque élevé ou en situation de crise reçoivent une aide adéquate des divers paliers de gouvernement (fédéral et provincial). Les agents communautaires, qui disposent de peu de ressources, sont rarement formés adéquatement et ont peu de soutien d'une équipe, doivent souvent faire face seuls aux situations individuelles et communautaires les plus ardues.
Aucune donnée n'est actuellement disponible sur l'utilisation des services du SSNA par les collectivités les plus gravement touchées ou les plus à risque pour le suicide chez les jeunes, car la plupart des études se sont limitées aux facteurs et aux besoins individuels. La collecte de données sur les facteurs permettant de repérer les collectivités à risque exigera l'étude de nombreuses collectivités au cours de la même période. [ Kirmayer, L.J., Fletcher, C. et Boothroyd, L.J., « Suicide Among the Inuit of Canada », dans Leenaars, A.A. et. al., (réd.) Suicide in Canada, Toronto, University of Toronto Press, 1998, p. 194. ]
La DGSPNI n'a jamais auparavant fait de démarches pour identifier les collectivités à risque élevé pour le suicide. La Direction a habituellement réagi par des mesures tardives prises selon la couverture médiatique plutôt que pour repérer les problèmes avant qu'ils ne s'installent. Voici la situation actuelle : les crises deviennent connues du grand public par des reportages dans les médias, ce qui pousse à prendre des mesures pour redresser une situation qui dure depuis longtemps, mais il ne s'agit souvent que d'interventions à court terme qui ne traitent que la crise et non ses causes sociales et structurelles plus profondes.
Les données quantitatives disponibles ne permettent pas de dresser un portrait fidèle de la quantité et de la qualité des services fournis par l'intermédiaire du programme SSNA; il est par conséquent impossible d'en tirer des conclusions claires sur la prévention du suicide.
Des différences ont été relevées entre les régions et à l'intérieur des régions dans l'utilisation des ressources du SSNA; cela aussi rend difficile l'intégration des services entre les régions et sur le plan national. Ces différences proviennent en partie de divergences régionales dans l'interprétation de la directive provisoire du programme (c'est-à-dire si les services sont destinés exclusivement aux particuliers).
Les fonds fournis par les programmes Grandir ensemble et pour des collectivités en bonne santé et le programme d'intervention d'urgence en santé mentale du SSNA ne semblent pas établis en fonction des besoins en services de santé mentale des collectivités, particulièrement dans le cas de collectivités en crise à la suite d'une vague de suicides. Parmi les origines profondes de ce problème, mentionnons l'absence d'un mandat clair sur la santé mentale, plusieurs questions relatives au partage des compétences entre les gouvernements fédéral et provincial, l'absence d'un plan national de coordination, le manque de stratégies visant à repérer les problèmes à un stade précoce, un soutien et une rémunération insuffisants pour assurer des services de santé mentale appropriés.
Le facteur le plus important est à présent l'absence de mandat national sur la santé mentale des Premières nations : sans mandat, ni une politique d'ensemble ni un programme national de santé mentale n'ont été établis.
Calculer les fonds affectés selon la population (l'approche uniforme utilisée pour les programmes Grandir ensemble et Pour des collectivités en bonne santé) peut en fait concourir à l'émergence de disparités sociales et structurelles entre les Premières nations relativement en bonne santé et celles habituellement en crise, car le financement est établi selon une formule plutôt que selon les besoins. Une des conséquences de cette approche est qu'elle permet aux collectivités dont le taux de suicide est proportionnellement bas de financer des initiatives de prévention primaire, comme des ateliers sur des questions de santé, alors que les collectivités souffrant d'un taux élevé de suicide doivent utiliser les fonds fournis pour la prévention tertiaire, c'est-à-dire les interventions après un suicide.
Pour que la DGSPNI puisse prendre progressivement les mesures nécessaires pour aider les collectivités en crise à la suite de suicides ou de tentatives de suicide, il lui faut disposer de lignes directrices pour l'évaluation des collectivités fondées sur la situation préalable et les facteurs de risque; or, ces lignes directrices restent à établir et à évaluer (vous trouverez à l'annexe F l'ébauche d'un outil d'évaluation des collectivités).
Une étude des services et des pratiques résultant des mandats actuels serait utile pour orienter les efforts de coordination, d'intégration et d'optimisation des services existants de santé mentale destinés à pallier à la tragédie des suicides chez les jeunes des Premières nations car elle pourrait signaler les lacunes et les dédoublements de services.
Afin d'orienter les services aux paliers national et régional vers un système mieux intégré et plus efficace, le Comité consultatif sur la prévention du suicide propose les objectifs suivants.
La situation difficile dans laquelle se trouvent actuellement les jeunes Autochtones ne peut pas être considérée indépendamment des problèmes légués à leurs collectivités par le colonialisme. Selon la CRPA, la colonisation a eu comme conséquence historique un déséquilibre des pouvoirs; elle en a conclu que les taux de suicide élevés chez les Autochtones sont entraînés par un profond désarroi social et culturel.(CRPA, op. cit.) La perte de contrôle sur leurs vies et leurs terres qu'ont subi les peuples autochtones a aggravé la longue succession de problèmes sociaux, politiques et économiques dont souffrent toujours ces collectivités. Avec un tel passé, tout programme visant à réduire le taux de suicide chez les jeunes des Premières nations devra également s'efforcer de redonner aux collectivités autochtones un sentiment de propriété et d'autonomie.(Vous trouverez à l'annexe G une définition des collectivités ainsi qu'un résumé des stratégies actuelles de développement communautaire.)
La prise en charge et la gestion par les collectivités de l'élaboration et la mise en place des programmes de prévention du suicide est un thème important dans les études et les rapports sur la santé des Autochtones. L'autonomie locale a été jugée un élément essentiel de la réussite de nombreux programmes visant à lutter contre l'alcoolisme et la toxicomanie, le suicide et la violence familiale(Davis - 1999 p. 15.) ainsi qu'un aspect crucial du succès du Community-Based Suicide Prevention Program (CBSPP) actuellement en cours en Alaska. (Davis - 1999 p. 33-35, op. cit. in Part One (see recommended program # 2 in App. D).) La CRPA recommande également aux collectivités autochtones locales de prendre en main la conception de la stratégie générale et de la mise en oeuvre des programmes visant à prévenir le suicide.(CRPA, op. cit.)
L'idée que la solution ne peut pas être empruntée d'organismes ou d'autres collectivités externes ou imposée par eux a aussi été clairement exprimée par les jeunes autochtones qui ont participé à la Conférence Jeunesse sur le suicide de la nation Nishnawbe-Aski.(Conférence Jeunesse sur le suicide de la nation Nishnawbe-Aski, 1995 (op. cit.), p. 31.) Comme l'ont fait remarquer Dion Stout et Kipling,
... il faut élargir la portée des programmes de surveillance, de prévention et d'intervention d'urgence du Nord, en insistant fortement sur les initiatives conçues et mises en place par les collectivités elles-mêmes.(Madeleine Dion Stout et Gregory D. Kipling, 1999, p. 15.)
Par conséquent, la participation de la collectivité à l'élaboration d'un programme de lutte contre le suicide devient aussi importante que le programme ainsi élaboré. Il est donc essentiel de fournir un appui aux collectivités pour qu'elles puissent se charger de ce processus.
Aux yeux des professionnels et des gouvernements travaillant en prévention du suicide, des raisons tant pratiques qu'éthiques justifient la participation des collectivités des Premières nations :
La première partie du présent rapport a signalé que 15 études ont jusqu'ici été effectuées au Canada pour évaluer les programmes de prévention du suicide;(Tel que signalé ci-dessus, ces études n'ont pas porté spécifiquement sur les jeunes Autochtones ou les Premières nations.) la plupart portent sur des programmes en milieu scolaire. Dans leur analyse de ces études, Breton et ses collègues ont remarqué que les programmes centrés sur un seul secteur (comme le milieu scolaire) n'atteignent qu'une partie de la vie des jeunes. Dans sa vie quotidienne, une jeune personne entre en contact avec un grand nombre d'institutions et de groupes sociaux, comme son école, sa famille ou la collectivité en général. Afin d'être efficace et de toucher autant de jeunes que possible, le programme de prévention du suicide élaboré doit par conséquent toucher tous les aspects de la vie des jeunes.
On décrit souvent le suicide comme le symptôme ou le signe d'un problème plutôt qu'en tant que problème important en soi. Pour s'attaquer à l'impuissance sous-jacente et à la perte de contrôle sur sa vie (facteurs qui peuvent entraîner un comportement suicidaire), les programmes de prévention ne doivent pas seulement s'attaquer au symptôme. En d'autres termes, les programmes de prévention ne doivent pas n'être centrés que sur les interventions d'urgence : ils doivent également comprendre un projet de développement à long terme et une gamme de mesures de prévention.
Ce projet de développement à long terme est ensuite mis en oeuvre dans le contexte social de la collectivité, qui constitue un milieu vital pour les interventions de sensibilisation aux questions de santé.(Hawe, 1994; Poland et al., 2000.) La structure sociale de la collectivité est également jugée importante pour aider les jeunes à développer leur potentiel.(Garbarino, 1985.) Les processus de développement communautaire auxquels participe la collectivité peuvent s'efforcer de créer de nouveaux liens et de resserrer les liens existants entre les divers secteurs responsables de la socialisation des jeunes (notamment la famille, l'école, les groupes d'amis et les clubs et organismes sportifs ou non dont peuvent faire partie les jeunes). La multiplication des liens entre les différents contextes sociaux auxquels les jeunes participent est une caractéristique des milieux communautaires forts.(Ibid.)
Quelques programmes accordent aux autorités locales un certain droit de regard. Cependant, le sentiment de responsabilité et d'implication ne peut être présent que si le programme est élaboré avec et par les Premières nations. Si l'on désire élaborer un programme de prévention du suicide adapté aux besoins particuliers d'une collectivité, il n'est que normal que la collectivité puisse fournir -- et elle le devrait -- des renseignements cruciaux qui méritent une étude sérieuse pour la prise de décisions.
La participation de la collectivité est nécessaire pour adapter les programmes aux besoins de chacune des collectivités, appuyer leur implication et assurer qu'elles prennent ces programmes en charge. En fait, on peut considérer la participation des collectivités comme la pierre angulaire du processus visant à élaborer un programme complet de prévention du suicide.
L'Organisation mondiale de la santé considère les jeunes comme une ressource et une force de la collectivité et les encourage à participer activement à la promotion de leur santé.(Organisation mondiale de la santé, 1993.) Le Conseil canadien de développement social abonde d'ailleurs en ce sens.
Tous les enfants ont droit à des chances égales de développer leur plein potentiel, et notre avenir dépend de la capacité qu'auront nos enfants d'être à la hauteur des exigences d'une société complexe et d'une collectivité toujours changeante.(Conseil canadien de développement social, 1996.)
Cette opinion est conforme aux objectifs nationaux de développement sain des enfants et des jeunes qui visent à encourager et protéger leur santé et leur bien-être en renforçant leurs capacités et en leur donnant de réelles occasions de participer aux activités qui les touchent.(Santé Canada, 1997.)
La promotion de la santé remet en question les notions habituelles de participation et de santé sur la mise en place d'interventions préventives auprès des collectivités. En effet, le terme « habilitation » signale la transition entre une approche imposée du sommet et la conception, la mise en oeuvre et l'évaluation des problèmes de santé particuliers par des processus organisationnels et communautaires visant à faire participer les gens de tous les âges aux décisions qui touchent leur vie quotidienne.(Green, 1986; Green, 1999.) En d'autres termes, les adolescents devraient participer activement à la planification et la mise sur pied des activités touchant leur santé plutôt qu'être uniquement les clients passifs de programmes conçus et mis en oeuvre par des adultes.
Les approches contemporaines sur la santé des adolescents considèrent que la participation active des jeunes dans leur milieu est cruciale à la réalisation de leur potentiel.(Blyth et Roehlkepartain, 1995; Geraghty et Roehlkepartain, 1995; Takanishi, 1993a.) Il est possible d'encourager les jeunes à réaliser leur potentiel en participant activement à l'aide d'un processus de partenariat avec des adultes qui en soi leur permet de renforcer leurs capacités.(MacDonald et Green, sous presse.) En appuyant le renforcement des capacités des jeunes, les adultes deviennent en outre des conseillers auprès des jeunes(Ringwalt, Graham, Pascall, Flewelling et Browne, 1996.) et facilitent leur participation active à la prise de décisions.(Wallerstein, 1992.) Les jeunes trouvent ainsi l'occasion de développer leurs connaissances et leurs aptitudes, et de plus, renforcent leur sentiment d'identité et assurent leur place au sein de la collectivité en faisant une différence dans leur environnement social.(Cargo, 1998; Chinman et Linney, 1998.)
Les documents pertinents s'entendent pour dire que les processus et techniques de développement communautaire peuvent instaurer et appuyer la responsabilité locale.(Commission royale sur les peuples autochtones, 1995, p. 105.) L'aspect le plus important du développement communautaire, dans l'optique de la prévention du suicide, est qu'il permet aux gens de s'assembler, d'agir en vue d'atteindre un objectif et de prendre leur vie en main. Il permet en outre d'adapter les interventions à la situation et aux besoins uniques de chaque collectivité, il aide à encourager les membres de la collectivité à appuyer les interventions et il améliore les chances que les initiatives lancées soient maintenues.
Comme il n'existe à ce jour aucune étude ayant évalué le développement communautaire à titre d'intervention pour prévenir le suicide, plusieurs questions sur les pratiques exemplaires restent toujours en suspens :
Il importe également de reconnaître que les besoins des collectivités varient selon la gravité et la fréquence des suicides et les mesures qu'elles ont prises à ce sujet. Les membres d'une collectivité récemment touchée par le suicide sont dans un état d'esprit différent, et leurs besoins diffèrent, de ceux pour qui le dernier suicide remonte à un certain temps : les étapes du deuil comptent aussi. La stratégie de développement communautaire la mieux appropriée et la plus efficace sera différente pour une collectivité « à risque », une collectivité en crise et une collectivité « en santé ».
De même, on doit porter une attention particulière à la participation des jeunes dans le processus de développement communautaire, afin de s'assurer que ce processus leur permet de réellement y participer. La période de développement personnel que constitue l'adolescence est plus souvent décrite en termes de risques que de possibilités(Albee, 1981; Rapport, 1981; Takanishi, 1993a; Takanishi, 1993b.) : jusqu'à un certain point, la santé des adolescents est devenue synonyme de « risques » et de « comportements à risque »(Jessor, 1991; Jessor, 1993.). On a ainsi stigmatisé les jeunes en les voyant comme un problème social à régler plutôt qu'étudier les situations sociales qui contribuent à la vulnérabilité ou à la force morale des jeunes (Madison, 2000; Mertens, 2001.)
Les programmes d'intervention qui voient l'origine des problèmes chez le particulier ou la culture sont appelés des modèles fondés sur les lacunes(Madison, 2000.) ou les besoins(Albee, 1981; Rappaport, 1981.). Des façons plus récentes d'aborder la santé des adolescents sont plutôt fondées sur des modèles positifs de santé : on y vise à développer le potentiel des jeunes à partir de leurs forces et de leurs atouts.(Blyth et Leffert, 1995; Blyth et Roehlkepartain, 1995; Lerner, 1995; National Clearinghouse on Children and Youth, 1996; Zeldin et Price, 1995.) Ces approches, appelées « de développement positif des jeunes », ont en commun l'insistance sur la famille, la collectivité et la société au sens large, qui interagissent dans la société actuelle pour former l'identité des jeunes. Il incombe aux adultes et tout spécialement aux parents de créer les environnements qui encouragent le développement sain des jeunes. La prévention du suicide commence donc par les parents, qui doivent éduquer leurs jeunes enfants de façon positive.
L'élaboration de programmes qui peuvent tant être adaptés pour chaque collectivité de s'attaquer aux causes profondes du suicide que permettre aux jeunes de s'y impliquer et de faire une différence constitue tout un défi. Il faut donc établir des projets pilotes avant de déployer un programme à l'échelle nationale. À cette fin, le Comité recommande deux types de projets.
Le premier type de projet consiste en interventions pouvant être élaborées à court et à moyen terme, par exemple, un programme communautaire de post-interventions dont l'objectif serait de se servir du dilemme qu'est le suicide pour renforcer la cohésion de la collectivité et l'encourager à élaborer un programme coordonné de mesures pour réduire le risque de suicide. Les processus de développement communautaire permettraient à la collectivité de s'impliquer dans le but d'élaborer des interventions qui exploitent les aptitudes, les ressources et les atouts dont elle dispose afin d'aider les jeunes à risque.
L'autre type de projet porterait plutôt sur des efforts à long terme de développement plus fondamental de la collectivité et d'intégration des jeunes. Tous les processus de développement communautaire utilisés devraient alors être structurés pour que les institutions et les citoyens d'une collectivité locale puissent s'impliquer, et porter sur tous les aspects de la vie de la collectivité, sur les plans social, économique et culturel.
L'objectif général est de mettre au point un processus et des mécanismes efficaces afin d'appuyer les collectivités dans leurs efforts de prendre en charge et maintenir le processus et les programmes dont elles ont besoin pour éviter que leurs jeunes se suicident.
Pendant le passage de l'enfance à l'âge adulte, les sentiments d'isolation et d'aliénation sont très fréquents, car on essaie alors de se définir par rapport au monde qui nous entoure. Toutefois, ces sentiments sont particulièrement intenses pour de nombreux jeunes des Premières nations; ils sont entraînés par un racisme toujours présent dans les systèmes de la société non autochtone et par l'abandon des connaissances et pratiques traditionnelles. Les membres de la CRPA ont insisté sur ce dilemme, car au cours de leurs délibérations, les jeunes Autochtones leur ont décrit :
tant l'exclusion de la société canadienne que l'aliénation de la vie « en nature » jadis réelle mais maintenant idéalisée et associée, tel un stéréotype, à l'état autochtone. C'est un vide terrible qu'être écartelé entre deux cultures et se sentir psychologiquement étranger à l'une et à l'autre...(CRPA, op. cit., Canada 1995. Traduit de l'anglais.)
L'absence d'un sentiment d'identité stable par rapport à d'autres groupes est un facteur de risque important pour le suicide chez les jeunes des Premières nations et des autres collectivités autochtones.(Canada 1996.) On peut définir ce « sentiment d'identité » comme la conscience du groupe auquel l'individu appartient, de sa langue et de ses valeurs, croyances et pratiques.(Dorais 1995.) La CRPA a clairement exposé les raisons pour lesquelles l'importance d'un solide sentiment d'identité ne peut pas -- et ne doit pas -- être minimisée ou ignorée.(CRPA, op. cit.)
Il faudra faire des efforts à bien des égards pour encourager l'émergence d'un sentiment d'identité durable chez les jeunes des Premières nations. Il faut premièrement mettre sur pied des interventions qui donnent un plus grand nombre d'occasions aux jeunes de tisser des liens avec leur famille et leur collectivité et d'approfondir leur culture. Il faut tout spécialement leur donner l'occasion de participer à des activités saines et habilitantes. Les activités suggérées vont de l'établissement de conseils de la jeunesse et de groupes de soutien à la cueillette de fruits des champs, et de la pêche et la conservation du saumon aux cuisines communautaires, sans oublier les conteurs d'histoires.
À ce propos, l'observation de Chandler et Lalonde se révèle très pertinente : en Colombie-Britannique, les collectivités des Premières nations qui ont pris des mesures concrètes afin de préserver et réhabiliter leur propre culture sont aussi celles où le taux de suicide est considérablement plus bas.(1998, op. cit.) Par conséquent, il faut faire des efforts pour encourager la nouvelle génération à connaître sa langue et ses traditions. Par exemple, on peut encourager les rencontres entre les jeunes et les aînés ou établir des lieux privilégiés (notamment dans des centres de rencontre ou des centres culturels) où il est possible de partager et d'enseigner les pratiques traditionnelles. De plus, l'aliénation ressentie par nombre de jeunes des Premières nations confrontés au système d'éducation de la société canadienne ne pourra probablement être atténuée que si la portion culturelle du programme scolaire, notamment la formation dans les langues traditionnelles, devient l'élément central de l'apprentissage de ces jeunes.
En outre, les responsables des politiques doivent nécessairement reconnaître que l'appui aux jeunes des Premières nations implique de reconnaître leur besoin d'être pris au sérieux car ils ont des idées bien à eux.(Canada 1995.) Dans le contexte d'une stratégie de prévention du suicide chez les jeunes des Premières nations, cela signifie que les jeunes doivent participer à sa planification, sa gestion et son évaluation. En s'y impliquant, ils pourraient non seulement mener à des interventions plus pertinentes et plus significatives, mais surtout donner la preuve que les gouvernements sont bel et bien prêts à agir (et non à ne faire que parler) pour traiter les problèmes d'impuissance et de marginalisation chez les jeunes des Premières nations.
Comme l'a rendu très clair une étude du Atlantic Health Promotion Research Centre, (Atlantic Health Promotion Research Centre,1999.) la « force morale » n'est pas qu'une notion simple. En effet, elle met en jeu des interactions dynamiques complexes entre les attributs de chacun et son environnement. On peut la définir ainsi :
La capacité des individus et des systèmes à surmonter les grandes adversités ou les risques graves. Elle évolue et change avec le temps, elle est raffermie par des facteurs de protection chez l'individu, dans le système ou l'environnement, et constitue un facteur dans le maintien ou l'amélioration de la santé.(Reid, Stewart, Mangham et McGrath, ibid., 1999.)
La force morale joue un rôle important dans les réactions de chacun aux problèmes qui surviennent. Ceux qui manquent de force morale sont plus enclins au désespoir et risquent plus de croire que le suicide est la seule porte de sortie. Pour renforcer la force morale des jeunes des Premières nations, il faut porter attention aux facteurs de protection qui permettront aux jeunes non seulement de faire face aux difficultés auxquelles ils seront confrontés mais aussi de les surmonter.(Ibid.) Ces facteurs de protection peuvent aller des liens familiaux, des réseaux de soutien informels et de la cohésion de la collectivité à des aptitudes de résolution de problèmes bien développées et un sentiment d'autonomie personnelle, tel que signalé précédemment.
Sur le plan le plus fondamental, les parents des Premières nations doivent nécessairement disposer des outils et des ressources voulues pour élever des enfants heureux et en santé. De nombreux parents et gardiens des Premières nations n'ont pas accès à un réseau de soutien familial auquel ils pourraient faire appel pour des conseils sur l'éducation de leurs enfants ou adolescents, soit parce qu'ils vivent en milieu urbain, loin de leur famille, soit parce que les membres de leur famille, dans la réserve, ne sont pas en mesure d'offrir le soutien ou l'aide appropriés. Il faut donc surtout s'efforcer de fournir aux parents et gardiens le soutien nécessaire dans leur tâche de parents, notamment les informer sur les signes précurseurs de pensées ou de comportement suicidaire.
En plus d'encourager un sentiment d'appartenance chez les jeunes des Premières nations, il est également essentiel d'assurer que des ressources communautaires sont accessibles lorsque ni famille ni amis ne peuvent aider. Par exemple, les jeunes pourraient bénéficier d'un service d'écoute téléphonique ou de conseils par courriel par lequel ils pourraient obtenir conseils et appui. Il faudrait toutefois mettre sur pied des systèmes de soutien pour les jeunes qui n'ont pas facilement accès à un téléphone ou à un ordinateur.
De même, des services et des outils visant à fournir un appui aux jeunes des Premières nations considérés à risque élevé de comportement suicidaire sont essentiels. Nous avons insisté précédemment sur l'importance de donner aux jeunes toxicomanes des services de consultation et des conseils appropriés à leur âge. Il est également essentiel de fournir à ceux qui en ont besoin des services de santé complets, en particulier des services de santé mentale et l'accès à des praticiens traditionnels ou culturels.
Il importe aussi d'établir des mesures qui intéressent les jeunes des Premières nations et leur donnent une raison d'avoir une attitude ouverte sur l'avenir. Cela peut vouloir dire donner aux jeunes des occasions de développer leurs aptitudes à la résolution de problèmes, par l'intermédiaire de sports récréatifs ou la fondation de ligues sportives, par exemple. Il y a également un besoin urgent d'élargir les choix de formation professionnelle pour les jeunes des Premières nations et d'établir des activités de développement économique afin d'améliorer leurs possibilités d'emploi.
En outre, dans la mise sur pied de ces initiatives, les responsables des politiques doivent non seulement chercher à encourager les jeunes gens à s'appuyer mutuellement pour choisir des modes de vie sains et tisser des liens familiaux plus étroits, mais aussi porter attention aux questions structurelles de pouvoir, comme les revendications territoriales non réglées, la pauvreté et les infrastructures inadéquates, qui peuvent toutes avoir une incidence sur la force morale de chacun des jeunes et aussi des collectivités.
Les jeunes des Premières nations vivent dans des collectivités de plus en plus diversifiées et de plus en plus complexes; cependant. la plupart d'entre eux considèrent toujours que la langue, la terre et le patrimoine font partie intégrante de la culture. À leurs yeux, la culture représente des forces sur lesquelles ils désirent travailler et qu'ils désirent ajouter à leurs réussites du passé tout comme à leurs possibilités à venir. L'étude novatrice de Chandler et Lalonde (1998) a montré que la notion de continuité culturelle constitue pour les jeunes des Premières nations une défense contre le suicide car elle sert d'appui à l'identité et à la volonté de survivre -- particulièrement pendant les périodes de grands changements.
Une mise en garde s'impose toutefois : l'intention n'est ni d'effacer la mémoire des jeunes des Premières nations ni d'embellir les dures réalités auxquelles ils sont confrontés. Avant de pouvoir envisager des stratégies prospectives de prévention du suicide, il est vital pour les jeunes Autochtones qu'ils puissent réfléchir sur leur identité et leurs origines. À propos du premier point, un jeune délégué à un congrès a dit : « Tous les enfants essaient de se trouver en tant qu'individu, mais le jeune Autochtone doit en plus surmonter une autre crise d'identité : découvrir qui il est en tant qu'Autochtone. » (Discussion Notes from the Suicide Prevention Workshop, 1994) Quant à la question des origines, l'Histoire a prédéterminé les relations de pouvoir pour les jeunes : « Perdre sa terre, sa culture et sa langue est un facteur incontournable des suicides car les jeunes Autochtones réalisent qu'ils ont perdu leur pays et leur voix en tant que peuple. »(ibid.)
La langue est importante, et les jeunes des Premières nations ont adopté les légendes, contes et chansons traditionnels et modernes; ils se sentent ainsi plus compétents et plus utiles. Des cérémonies leur ont également donné un sentiment d'appartenance et les ont aidés à transformer leurs vies. En même temps, les jeunes se sont entraidés à atteindre et renforcer ces objectifs et ils s'en sont servis pour tenter d'accepter leurs besoins inassouvis et le problème du suicide. Dans le rapport Choisir la vie (1995), la Commission royale sur les peuples autochtones (CRPA) a insisté sur l'importance de restaurer ou de créer des rituels appropriés, comme des cérémonies de condoléances et des danses des esprits, afin de lutter contre l'isolation des gens et des familles et leur donner l'occasion d'exprimer leur deuil et leurs sentiments de perte. De même, les institutions de tradition canadienne, comme les écoles, collèges et universités, font participer les jeunes des Premières nations dans des cérémonies comme la remise des diplômes et des remises de prix malgré le haut taux d'abandon qui les caractérise.
La terre est source de guérison pour les jeunes des Premières nations qui s'abandonnent à son rôle de lieu, de paysage familier et d'expérience éducative. La terre est d'abord l'endroit ou le territoire où vivent les membres de la famille et qui a façonné leur propre culture et mode de vie. La terre est aussi étroitement intégrée aux valeurs et à l'environnement qui deviennent familiers par les contes que l'on partage : « La confiance (au mode de vie traditionnel) a toujours été là, et nous ne l'avons jamais perdue. Mon père me parle d'expéditions de chasse avec mon mishomis (grand-père) : ils pouvaient parcourir le territoire de piégeage pendant des jours malgré un très mauvais temps, et ils se sont quelquefois trouvés dans des situations dangereuses. Mon père faisait entièrement confiance à son père »(Discussion Notes from the Suicide Prevention Workshop, 1994) La terre est finalement le lieu d'expériences éducatives en régions sauvages pour les jeunes autochtones qui participent souvent à des réunions des Premières nations, des rituels de retour à la terre et des activités de formation en capacités de survie, où ils développent des aptitudes comme la vie responsable, la résolution de problèmes, la formation d'un esprit de corps et d'autres enseignements traditionnels qui peuvent prévenir le suicide.
Le patrimoine importe aussi : les jeunes des Premières nations sont considérés à risque élevé de suicide, il leur manque les racines et les relations interpersonnelles que peuvent entretenir les familles et les collectivités en santé. Avant tout, il est crucial d'étudier ce problème en relation avec l'influence positive de la culture.
Les études effectuées et l'expérience des autochtones démontrent sans aucun doute qu'un sens clair et positif de sa propre identité culturelle au sein d'institutions permettant une autonomie collective, doublé de liens affectifs étroits et d'un appui mutuel dans la famille et la collectivité, peut constituer une force protectrice contre le désespoir, les idées d'autodestruction et le suicide. (Choisir la vie, 1995. Traduit de l'anglais.)
En théorie, les racines familiales et collectives sont à renouveler et réconcilier constamment afin d'éviter les tensions et commotions entre les générations qui peuvent mener au suicide d'un jeune. Indépendamment des problèmes très connus comme les effets des traumatismes subis dans les écoles résidentielles, des incidents isolés peuvent aussi être difficiles pour les jeunes des Premières nations. Certains souffrent d'oppression sur le plan culturel lorsque les personnes et les institutions responsables de leur bien-être affectif, physique, mental et spirituel ne remplissent pas leurs obligations. L'adoption, par exemple, représente pour eux des risques uniques, particulièrement s'ils sont des étrangers culturels aux yeux de leur famille d'accueil et des membres de la collectivité : comme ils voient peu de façons d'y remédier, cette situation n'en est que plus grave.
Il est vital de parler de l'héritage des écoles résidentielles et comment cet héritage touche les jeunes d'aujourd'hui. Murray Sinclair (1998) a décrit comment les conséquences néfastes des écoles résidentielles hantent encore les générations qui ont suivi :
En règle générale, les enfants arrachés à leur famille et envoyés dans les écoles résidentielles ont subi des traumatismes affectifs et psychologiques qui ont eu à divers degrés des répercussions sur leurs aptitudes d'adaptation et leur propre capacité à élever des enfants. Ils sont souvent sortis de l'école persuadés que tout ce qui est « indien » -- langue, cérémonies, croyances, rituels, religion, aînés et autres dépositaires des traditions -- est mauvais en soi. À l'âge adulte, ils ont quelquefois adopté les attitudes destructrices et perpétué les attaques contre leur culture des missionnaires avec lesquels ils ont grandi. [...] Comme nul ne leur a montré comment élever des enfants, ils ont éprouvé des difficultés à s'adapter aux responsabilités d'élever une famille.(Sinclair, 1998, p. 171.)
En réalité, les jeunes des Premières nations désirent ardemment avoir de meilleures relations avec leurs parents, et ils voudraient que leurs parents les soignent, les appuient et les protègent contre les aléas de la vie. Les adolescents à plus haut risque de suicide en sont un bon exemple : la peur, la douleur, la honte et la colère que ressentent quelquefois les jeunes sont aggravés et amplifiés par des parents qui les négligent et les abusent, habituellement lorsque ces adultes sont sous l'emprise de drogues comme l'alcool. Le document Stories From Our Youth comprend sur ce point des témoignages éloquents de jeunes :
Parfois ma mère veut quitter mon père parce qu'il la bat tout le temps. Mais parfois, ma mère se soûle et me dit qu'elle ne m'aime pas et je me sens tellement mal que je pleure.(Stories from Our Youth, 1999:24)
Beaucoup de gens de ma communauté disent que l'alcool et les autres drogues causent des gros problèmes... Ça m'a affecté parce que ma mère buvait quand je suis né.(Ibid.,27)
Je pense que l'alcool, les drogues et le jeu créent des problèmes. Vous pouvez perdre votre famille, vos enfants, votre père ou votre mère à cause de l'alcool, des drogues et du jeu. [...] Vos enfants peuvent faire la même chose que vous. Vous pouvez tuer quelqu'un si vous prenez des drogues ou de l'alcool.(Ibid., 34)
Les jeunes de mon âge aiment sacrer pour rien. Au lieu de dire à quelqu'un de se taire, ils vont dire crisse, tabarnak ou Ostie. Ils utilisent ces mots-là parce que leurs parents les utilisent. [...] Beaucoup de gens qui prennent de l'alcool sont violents et abusent ceux qu'ils aiment.(Ibid., 45)
Quand vous étiez jeunes, votre père et votre mère ont-ils passé du temps avec vous ? Est-ce qu'ils vous ont bien nourri ? Est-ce qu'ils vous ont raconté plein d'histoires avant de vous coucher ? Est-ce qu'ils vous ont montré comment travailler, vous ont emmené dans la nature, vous ont fait des vêtements avec des perles ? Est-ce qu'ils vous ont protégé ? Est-ce qu'ils vous ont montré comment ils vous aiment et vous respectent ? Moi, je pense que mes parents ont arrêté de faire tout cela parce qu'ils passent leur temps à boire plutôt qu'à m'accorder une attention spéciale.(Ibid., 53)
En somme, la culture est cruciale afin de prévenir les suicides chez les jeunes des Premières nations. Elle a ses transmetteurs et ses protagonistes; les parents et les pairs doivent donc faire attention aux pensées et aux perspectives des jeunes sur le suicide et les comportements suicidaires. La langue, la terre et le patrimoine sont au coeur de la culture pour les jeunes des Premières nations; par conséquent, il est vital de prendre des mesures pour qu'ils soient en contact avec ces facteurs dans leur vie de tous les jours.
Les collectivités des Premières nations ont récemment vu des mouvements importants qui visent tous à diffuser et à transmettre les enseignements spirituels, les traditions et les valeurs traditionnelles. Avec le terme « spiritualité », nous pouvons embrasser des traditions diverses et plusieurs affiliations religieuses. Sur ce plan, le fil directeur des notions traditionnelles de spiritualité de la plupart des Premières nations est un sentiment de fraternité et d'harmonie avec toute la Création.
Nombreux sont ceux qui ont reconnu la spiritualité comme un élément essentiel du bien-être de toute la personne, car elle intègre le corps, l'esprit, les pensées et les sentiments. Aux yeux des peuples des Premières nations, la spiritualité est liée étroitement à une vie de communion avec la terre.
« Les Innus -- comme bien des peuples autochtones -- croient que l'univers est animé de puissantes forces spirituelles qui touchent profondément leur vie. Reconnaître leur puissance est aussi vital à la survie que comprendre le climat ou le cycle des saisons. »(Samson, Wilson et Massower, 1999.)
« Les liens avec nos ancêtres, nos affinités et nos alliances, les valeurs exprimées par notre langue, les émotions que nous ressentons lorsque nous vivons en harmonie avec la nature, notre sentiment d'enracinement et de paix avec le cosmos, notre sens de responsabilité pour rendre hommage à la Terre mère, notre hérédité, rien de cela ne peut être vu. »(Focus Group on Suicide Prevention, Executive Summaries, June 1995, Stan Wilson et Peggy Wilson.)
« La conscience de ces forces invisibles est enseignée et renforcée par l'exemple, par la vie auprès d'aînés riches en savoir, et par l'intermédiaire de guides spirituels et de chefs respectés. Si l'un de ces éléments manque ou ne suffit pas, toute la collectivité en souffre... »(Focus Group on Suicide Prevention, Executive Summaries, June 1995, Stan Wilson et Peggy Wilson.)
La spiritualité donne un profond sentiment d'appartenance et de direction ainsi que le sentiment d'être accepté et compris, ce qui permet à la personne de prendre des décisions qui manifestent un respect de soi et des autres grâce à un sentiment puissant d'identité individuelle et collective.
« Nos ancêtres étaient guidés par des convictions spirituelles et des valeurs socioculturelles qui donnaient un sens et une structure à toutes les relations familiales et sociales. »(Santé Canada, 1994.)
« Dans notre tradition, les aînés enseignent aux plus jeunes les coutumes et les rituels. Ils sont renforcés ensuite par la pratique quotidienne, et établissent nos façons d'interagir, l'endroit où nous nous établissons et nos façons de communiquer et d'agir. » (Focus Group on Suicide Prevention, Executive Summaries, June 1995, Stan Wilson et Peggy Wilson.)
Les systèmes de croyances et les pratiques culturelles gardent bien vivante l'interrelation spirituelle avec la Création, et ce système culturel de croyances fonctionne à partir du bien-être de chacun. Si un aspect ou une des énergies de la personne est en déséquilibre, on en traite la cause afin de retrouver un équilibre et ainsi restaurer l'équilibre de la Création. La spiritualité constitue donc un allié précieux dans la lutte contre le suicide.
« Là où les sociétés traditionnelles peuvent toujours fonctionner dans le cadre de leur propre système de valeurs, elles sont également en mesure de maintenir une bonne santé physique, mentale, affective et spirituelle. La vie est en équilibre, l'ordre, l'harmonie et la maîtrise sont manifestes. [...] Le vide remarqué chez les jeunes à risque est frappant, même s'il est quelquefois masqué temporairement par une autre culture ou une autre spiritualité. [...] C'est pourquoi, nos collectivités doivent restaurer et honorer les valeurs qui ont guidé nos ancêtres. Sans elles, nous continuerons à être témoins du suicide de nos adolescents : l'expression la plus douloureuse de la perte de nos traditions, de notre culture et de notre confiance en nous. » (Santé Canada, 1994.)
Le Groupe consultatif propose les objectifs suivants pour renforcer l'identité et la force morale et restaurer la culture dans le cadre d'une stratégie complète de prévention du suicide chez les jeunes des Premières nations :
Fournir aux jeunes l'occasion (dans un contexte propice) de réfléchir sur les observations du présent rapport, sur la bonne santé mentale, affective, spirituelle et physique, sur les options possibles pour un avenir meilleur, et leur permettre de partager leurs perspectives sur les stratégies de prévention du suicide proposées.
Appuyer les sources de soutien accessibles aux jeunes, notamment les parents, les pairs, les modèles à suivre et les aînés.
Miser sur des choix plus positifs que les drogues et sur des pratiques d'éducation familiale positives.
Les Premières nations cherchent des moyens de faire appel à l'intérêt du public, à l'aide gouvernementale, au modèle biomédical des professionnels de la santé et aux interventions scientifiques et technologiques et de marier ces ressources à leurs propres stratégies internes, approches de la guérison et ressources afin de lutter contre le suicide. Les Premières nations ont besoin de l'appui de toutes ces sources pour recouvrer leur santé et restaurer leurs propres notions et capacités en matière de santé, remettre en place la participation active des jeunes et réorganiser le système complexe des programmes existants et des politiques en cours d'élaboration.
Les gens et les organismes travaillant aux programmes et aux interventions, à tous les niveaux, devront répondre de leurs actes aux collectivités et être, par la surveillance et l'évaluation visant à assurer la prestation de services de qualité, responsables les uns envers les autres. Les programmes et les interventions devront également être durables et pouvoir s'adapter aux besoins de chaque collectivité et aux meilleurs principes connus, et le suivi devra être approprié.
Le suicide est perçu comme un problème qui ne touche pas seulement les jeunes mais toute la collectivité; il est donc nécessaire de reconnaître et de mobiliser les atouts et la force morale des jeunes, des familles et des collectivités. Les solutions doivent faire participer tous les membres : les enfants, les jeunes, les femmes et les aînés. À cette fin, nous proposons pour les prochains efforts de prévention du suicide au sein des collectivités des Premières nations les principes directeurs suivants.
Faire au ministre de la Santé et le chef national des recommandations pratiques, concrètes et réalisables afin de lutter contre la vague de suicides chez les jeunes des Premières nations.
Le Comité sera composé de personnes possédant une expertise dans les domaines de la santé mentale et du suicide chez les jeunes; ils seront nommés conjointement par l'Assemblée des Premières nations et la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits de Santé Canada.
Le Comité sera établi au plus tard le 26 juin 2001 et devra remplir ses fonctions le 30 septembre 2001.
(Adapté de : Kirmayer, L. J., Boothroyd, L. J., Laliberté, A., et Laronde Simpson, B. (1999). Suicide prevention and mental health promotion in Native communities (No. 9). Montréal, Unité de recherche sur la culture et la santé mentale, Institut de Psychiatrie Communautaire et Familiale, Hôpital général juif - Sir Mortimer B. Davis.)
L'astérisque (*) indique les programmes recommandés; une description plus détaillée de ces programmes suit la liste.
Ce programme offre une approche communautaire de prévention du suicide axée sur la famille et encourage les valeurs culturelles et les traditions. Il est centré sur des facteurs de risque de suicide (abus de drogues et d'alcool, abus physique, sexuel et affectif, négligence infantile), et sur les problèmes communautaires en offrant de l'information sur la violence domestique, l'abus des enfants, l'économie, l'abus de drogues et le rôle de parent.
Le Jicarilla Mental Health & Social Services Program fait partie du American Indian/Alaska Native Community Suicide Prevention Center & Network (AI/AN CSPCN). Ce réseau vise à développer des programmes de prévention et d'intervention, des équipes d'intervention de crise, et le partage d'information entre les collectivités autochtones.
Pour de plus amples renseignements :
Pat Serna, Director
Jicarilla Mental Health & Social Services
P.O. Box 546
Dulce, New Mexico 87528
(505) 759-3162 (téléphone)
(505) 759-3588 (télécopieur)
cspcn@cvn.com (courriel)
Le Community-Based Suicide Prevention Program (CBSPP) a été développé et implanté par des communautés autochtones d'Alaska. Il est financé par l'état et offre des subventions pour promouvoir les activités de prévention du suicide en milieu communautaire. Ces activités visent différents aspects de la prévention, de la promotion de la santé mentale et de l'intervention dans les cas de suicide ainsi que le suivi. Plusieurs projets appuyés par le CBSPP sont centrés sur des activités traditionnelles qui encouragent les valeurs culturelles telles que des échanges jeunes/aînés, où les aînés partagent leurs connaissances et leur sagesse avec les plus jeunes. Ces échanges augmentent l'estime de soi des aînés et enseignent le respect aux jeunes, tout en créant un climat favorable à la transmission de savoir culturel important.
Pour de plus amples renseignements :
Susan Soule, Community-Based Suicide Prevention Program
Rural Services, Division of Alcoholism & Drug Abuse
Alaska Department of Health & Social Services
Box 110607
Juneau Alaska 99811-0607
(907) 465-3370 (téléphone)
(907) 465-2185 (télécopieur)
www.hss.state.ak.us/htmlstuf/alcohol/SUICIDE/SUICIDE.HTM
(website)
Le Miyupimaatisiiuwin Wellness Curriculum a une approche scolaire détaillée par rapport à la promotion de la santé et par conséquent à la prévention du suicide à long terme. Détaillé, ce programme traite d'une variété de problèmes de mieux-être dans un format pratique et facile à comprendre, incluant des leçons toutes prêtes et du matériel préparatoire. C'est un programme de prévention qui met l'emphase sur le mieux-être par la promotion de la santé pour les enfants de la maternelle à la 8e année.
L'accent est mis sur le « mieux-être », un concept considéré par l'équipe responsable du développement comme une perspective alternative basée sur des questions d'estime de soi, de développement positif du concept de soi, de prise de conscience des pressions sociales, des valeurs et de la prévention de l'abus. L'équipe responsable du développement considère que ces facteurs contribuent à la prévention des comportements suicidaires, bien qu'il n'y ait aucun thème spécifique sur le suicide dans le curriculum.
Pour de plus amples renseignements :
Barbara Reney
SWEN Productions
3622 rue De Bullion #2
Montréal (Québec) H2X 3A3
(514) 849-8478 (téléphone)
(514) 849-2580 (télécopieur)
Let's Live! est un exemple de programme de sensibilisation et d'intervention issu du milieu scolaire satisfaisant certaines des recommandations générales du CRPA (1995), touchant les approches de prévention du suicide. Le guide du programme traite des stages de perfectionnement et fournit le contenu et les procédures de deux séances. Des ressources diverses ainsi que du matériel pédagogique, incluant des exercices et un manuel d'enseignant, sont suivis de leçons, regroupées par thèmes, destinées aux élèves, abordant les sujets suivants : Qu'est-ce que le suicide ? ; Comment savoir si quelqu'un veut se suicider ? ; Pourquoi les adolescents tentent-t-ils de se suicider ? ; Comment aider une personne suicidaire ? ; et Comment tirer le meilleur parti de ma vie ?
Récemment, un atelier d'un jour portant sur l'intervention du suicide s'adressant au personnel scolaire (les surveillants) a été mis au point afin de remplacer le stage d'initiation rattaché au programme Let's Live! On donna aussi un nouveau nom à cet atelier -- ASK•ASSESS•ACT -- afin de le distinguer de la composante Let's Live! destinée aux élèves et pour mieux refléter les objectifs d'apprentissage. Il vise à accroître la compétence générale du personnel scolaire en ce qui touche l'identification et la gestion des crises de jeunes potentiellement suicidaires.
Pour de plus amples renseignements :
Cheryl Haw, Director
B.C. Council for Families
204-2590 Granville Street
Vancouver (C.-B) V6H 3H1
(604) 660-0675 (téléphone)
(604) 732-4813 (télécopieur)
bccf@istar.ca (courriel)
www.bccf.bc.ca (site Web)
L'organisation mondiale de la santé (OMS) a développé un programme d'apprentissage de l'autonomie fonctionnelle s'adressant aux enfants et aux adolescents. Le but d'un tel programme est d'enseigner les habiletés personnelles de base, c'est-à-dire celles dont il faut disposer pour pouvoir relever efficacement les défis et satisfaire aux exigences inhérentes à la vie de tous les jours, comme la communication, la prise de décisions, la confiance en soi et les habiletés reliées au processus de résolution de problèmes.
Pour de plus amples renseignements :
Dr J. Orley, Médecin principal
Division de la santé mentale
Organisation mondiale de la santé
1211 Geneva 27
Suisse
(011-41) 22-791-4160 (télécopieur)
Programme de prévention et d'intervention conçu pour les jeunes du niveau secondaire. Le programme fait la promotion de la croissance personnelle, de l'apprentissage des habiletés de communications, et l'entraide d'amis éprouvant des difficultés. Il aide les pairs à être davantage à l'écoute, encourage les jeunes à chercher de l'aide auprès de professionnels, et contribue à nous sensibiliser sur les signes reliés à la pensée suicidaire. La philosophie sous-jacente à ce programme est l'implantation (et le maintien) d'un réseau d'entraide comme approche concrète de la communauté afin de réduire la détresse.
Pour de plus amples renseignements :
Joyce Chagnon
Fondation JEVI
86 13e avenue Nord
Sherbrooke (Québec) J1E 2X7
(819) 564-1354 (téléphone)
(819) 564-4486 (télécopieur)
Cours de 12 semaines dispensé deux fois par an à un groupe qui compte entre 15-20 participants; il débute par le programme parental Y'a personne de parfait (en conjugaison avec les Kisewatotatowin Parenting Classes) et il est suivi par un Native Cultural Program. La plupart des participants sont d'origine autochtone. L'objectif du programme parental autochtone est d'inciter les gens à verbaliser leurs propres expériences, aider les participants à obtenir une compréhension plus profonde de leurs émotions et de leurs colères, examiner les coutumes ancestrales et les habiletés parentales, accroître la fierté culturelle et l'estime de soi, pouvoir mieux déceler les facteurs de risque, et accroître la connaissance des ressources disponibles et les façons d'y accéder.
Pour de plus amples renseignements :
Louise McKinney, Native Health Worker and Parent Educator
Westside Community Clinic
631 20th Street West
Saskatoon (Sask.) S7M 0X8
(306) 664-4310 (téléphone)
(306) 934-2506 (télécopieur)
Le Family Workshop: Parents and Problems Parenting Program, qui touche la résolution de problèmes, a été développé aux États-Unis et implanté dans la communauté autochtone de Big Cove, au Nouveau-Brunswick. Les objectifs poursuivis sont de permettre aux parents de mieux comprendre leurs comportements réciproques et ceux de leur(s) adolescent(s), d'examiner comment les adolescents perçoivent le comportement de leurs parents, et ce qui motive les adolescents à se comporter comme ils le font. De cette façon, le programme vise à prévenir les problèmes de santé mentale, l'abus d'alcool et de drogue, et la criminalité chez les adolescents.
Pour de plus amples renseignements :
Harry Sock, Director
Child and Family Services
Big Cove Indian Band, Site 11, Box 1
Big Cove (N.-B) E0A 2L0
Le cédérom Mauve, réalisé par Médiaspaul et Pentafolio Inc., avec le concours de Santé Canada, s'adresse aux jeunes de 12 à 18 ans. Cet outil interactif, disponible en français et en anglais, favorise la réflexion autonome et encourage le dialogue. Les objectifs poursuivis sont d'amener les adolescents à partager leur vécu, réduire le sentiment d'isolement en présentant des points de vue d'adolescents qui éprouvent des difficultés similaires, et aider le jeune à identifier des attitudes ou des comportements autodestructeurs, envisager les problèmes de façon plus objective, et dégager un sens plus aigu de l'existence. De cette façon, cet outil vise la promotion d'attitudes positives sur les sujets qu'il aborde (par ex. l'amour, la sexualité, le travail, l'école, la famille, la vie et l'image qu'on a de soi), suscite une prise de conscience de l'importance de la santé en général, favorise la santé mentale et prévient la dépression, l'abus de drogues et le suicide.
Pour de plus amples renseignements :
Médiaspaul Inc.
3965 boul. Henri-Bourassa Est
Montréal-Nord (Québec) H1H 1L1
(514) 322-7341 (téléphone)
(514) 322-4281 (télécopieur)
mediaspaul@mediaspaul.qc.ca (courriel)
Pentafolio Multimedia
1277 Pilon Road
Clarence Creek (Ontario) K0A 1N0
(613) 488-3921 (téléphone)
(613) 488-3922 (télécopieur)
mauve@pentafolio.com (courriel)
Le rôle principal du SPIRC était de promouvoir et de soutenir la stratégie provinciale de prévention du suicide chez les jeunes du Ministry for Children and Families' (MCF) de Colombie-Britannique. Le Centre était une division de la Mental Health Evaluation & Community Consultation Unit (MHECCU), de la faculté de psychiatrie de l'Université de Colombie-Britannique.
Le SPIRC visait à fournir soutien, conseils et services de consultation aux bureaux régionaux du MCF afin de faciliter la planification en matière de prévention du suicide chez les jeunes. Le SPIRC a travaillé étroitement avec les divers bureaux régionaux du MCF pour assurer que leurs plans triennaux comportent des stratégies complètes de prévention du suicide et du comportement suicidaire chez les jeunes, faisant ainsi écho à des notions décrites dans les documents de planification provinciaux et autres documents connexes.
Afin d'atteindre ces objectifs, le SPIRC a lancé des activités dans trois domaines : le soutien communautaire, l'éducation et le développement des aptitudes et la collecte et la diffusion de renseignements.
En 1998, le SPIRC a publié Before the Fact Interventions: A Manual of Best Practices in Youth Suicide Prevention, un manuel qui décrit quinze approches de travail auprès des personnes, des familles, des écoles et des collectivités afin de réduire le risque de suicide chez les jeunes. Ces stratégies sont destinées à être déployées « avant les incidents », c'est-à-dire auprès des groupes sains des collectivités, des groupes à un stade précoce ou des groupes où un risque précis de suicide n'a pas encore été relevé.
Pour de plus amples renseignements ou pour obtenir un exemplaire
du manuel « Before the Fact » :
Mental Health Evaluation & Community Consultation Unit
Department of Psychiatry, UBC
2250 Wesbrook Mall
Vancouver (Colombie-Britannique)
Canada, V6T 1W6
(604) 822-1736 (téléphone)
(604) 822-7786 (télécopieur)
www.mheccu.ubc.ca
*Certains de ces programmes ont depuis été interrompus. Ils sont toutefois de solides fondations pour d'autres programmes. Les personnes intéressées peuvent obtenir des renseignements généraux sur chacun des programmes en entrant directement en contact avec le programme ou par l'intermédiaire de l'Unité de recherche sur la culture et la santé mentale, à Montréal. Des renseignements sur d'autres programmes de prévention du suicide sont disponibles auprès du Suicide Information & Education Centre :
Suicide Information & Education Centre (SIEC)
201-1615-10th Avenue. SW
Calgary (Alberta)
Canada T3C 0J7
Téléphone : 403-245-3900
Télécopieur : 403-245-0299
Courriel : siec@suicideinfo.ca
Site Web : www.suicideinfo.ca
Le SIEC est un programme de l'Association canadienne pour la santé mentale, division de l'Alberta.
Le SIEC a rédigé un manuel : Jennifer White et Nadine Jodoin, Aboriginal Youth: A Manual of Promising Suicide Prevention Strategies", Suicide Prevention Training Programs, Calgary, Alberta.
Pour de plus amples renseignements :
sptp@suicideinfo.ca
Cornelia Wieman, FRCPC Six Nations Mental Health Services, Ohsweken (Ontario) & Faculté de psychiatrie, Université McMaster, Hamilton (Ontario)
Le présent document donne plus de détails sur les points soulevés à la Section 2, partie 3 du rapport ci-dessus.



Au cours de l'exercice financier 2000-2001, 37,7 millions de dollars environ ont été consacrés au PNLAADA; 19,2 millions de dollars environ au programme Pour des collectivités en bonne santé; 20,1 millions de dollars environ au programme Grandir ensemble; et 8,4 millions de dollars environ aux consultations en santé mentale. Total des dépenses : 85,5 millions de dollars environ.

Le financement des consultations par le SSNA a atteint un sommet pendant l'exercice 1996-1997 (11 millions de dollars environ), mais au cours des deux dernières années, il a oscillé entre 8,6 et 8,9 millions de dollars environ. Ces sommes ne comprennent pas les autres sources de financement comme les accords de contribution.

Pendant l'exercice 2000-2001, le financement des interventions d'urgence en santé mentale par le programme Pour des collectivités en bonne santé a été de 4,6 millions de dollars environ. La région de l'Ontario utilise une large partie de ce budget (2,5 millions de dollars environ) tandis que d'autres régions n'utilisent pas les fonds de ce programme pour cela.
Les autres sources de renseignements sur l'utilisation des fonds du SSNA ne sont pas indiquées de façon constante d'une région à l'autre : par exemple, il n'existe pas d'information précise sur les offres permanentes, les accords de contribution ni sur les paiements à l'acte dans les régions du Nunavut, de l'Atlantique ni de l'Ontario pour l'exercice 2000-2001.

Pendant cette période, l'Alberta a reçu du SSNA les subventions les plus importantes (2,9 millions de dollars environ) pour des consultations, suivi par l'Ontario (1,9 million de dollars environ) et le Manitoba (1,8 million de dollars environ).
Les lignes directrices suivantes d'évaluation des collectivités, mentionnée dans la partie II du rapport ci-dessus, sont présentées pour qu'elles soient évaluées, testées et modifiées. Elles doivent beaucoup au processus d'évaluation des collectivités pour le suicide de la Conférence Jeunesse sur le suicide de la nation Nishnawbe-Aski effectué au début de chacun des forums communautaires; ce processus est supervisé par un chef d'équipe d'évaluation.
Les travailleurs en santé mentale d'une collectivité peuvent se servir des présentes lignes directrices pour évaluer leur collectivité et élaborer un plan d'action afin de faire face aux questions les plus importantes. Les collectivités voudront peut-être demander à un thérapeute en santé mentale professionnel d'établir un plan de diagnostic et de traitement pour la collectivité selon la durée prévue du traitement (directive provisoire de programme pour les services de santé mentale du SSNA, 1994). Les travailleurs en santé mentale de la collectivité pourront ensuite incorporer ce plan de diagnostic et de traitement communautaire dans leur plan d'action portant sur les questions de santé mentale et de suicide au sein de la collectivité.
Cette évaluation doit absolument être présentée dans le cadre d'un processus de guérison communautaire. Les travailleurs en santé mentale de la collectivité devront, par conséquent, faire preuve de jugement dans l'utilisation des présentes lignes directrices d'évaluation afin de ne pas exacerber la crainte et la peur déjà présentes dans la collectivité.
Pour faciliter les processus d'application, le Formulaire des Lignes directrices d'évaluation des collectivités est disponibles en format PDF (Format de document portable).
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Lignes directrices d'évaluation des collectivités Formulaire (version PDF)
Tirer des conclusions claires de l'évaluation des collectivités pourra permettre à la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits (DGSPNI) de Santé Canada de traiter les situations problématiques à un stade précoce. Afin d'aider les collectivités ainsi identifiées, la DGSPNI devra évaluer la mise en oeuvre de ses politiques de santé mentale communautaire et des politiques du SSNA et affecter des ressources supplémentaires pour mettre en place les stratégies et les mesures prévues avant que les collectivités entrent en crise grave.
Les présentes lignes directrices d'évaluation peuvent aider la DGSPNI à effectuer des essais pilotes selon la directive provisoire nationale sur la prestation des services de santé mentale, car elles peuvent aider à dépister les collectivités à risque et orienter l'élaboration des évaluations et des plans de traitement pour ces collectivités, selon les résultats obtenus.
Les versions HTML de ces documents ne sont pas des formulaires; elles affichent l'information telle qu'on la retrouve dans les formulaires pour visualisation seulement et ne seront pas acceptées si elles sont soumises. Si vous désirez soumettre un formulaire, vous devez utiliser la version PDF
De prime abord, la notion de développement communautaire mentionnée dans la partie III du rapport ci-dessus s'explique tout naturellement. Cependant, lorsqu'on tente de décrire les étapes d'un processus ayant pour but de réaliser le développement communautaire, on se rend vite compte que tant « développement » que « communautaire » peuvent vouloir dire bien des choses. Leur sens peut changer tant selon l'orientation politique et culturelle de chacun que selon les objectifs voulus. Dans ses efforts de classifier les approches de développement communautaire, Brian Stanfield, de l'Institut canadien des affaires culturelles, a répertorié quinze approches distinctes qu'il a classées en quatre grandes catégories [ Stanfield, . ] :
Ce classement est certes contestable, mais là n'est pas notre propos; nous désirons simplement montrer que de nombreuses approches et processus différents peuvent être qualifiés de « développement communautaire ».
Permettre aux citoyens d'exprimer leurs doutes et inquiétudes au sujet des politiques, c'est déjà lancer le processus de participation. [ Miriam Wyaman, David Shulman & Laurie Ham. Learning to Engage: Experiences with Civic Engagement in Canada, www.cprn.com (1999): 1-30. ] Cinq principes généraux de participation civile ont été répertoriés : l'information (les gouvernements doivent fournir en temps opportun des informations accessibles); la représentation (tous doivent être respectés et écoutés); l'imputabilité (explications complètes et possibilité de partager ses opinions sur les décisions prises ainsi que leurs résultats); la communauté (les membres collaborent, se font confiance, se sentent liés par des intérêts communs, s'éduquent et se sentent habilités par ce processus); et la relation (un processus transparent aide les membres de la collectivité à se sentir l'égal du gouvernement et à sentir un souci réel pour leur bien-être) [ Edward C. Lesage Jr., Frances Abele, Walter Kubiski and John C. Robinson. ] .
La cohésion sociale pousse les citoyens à croire en des processus sociaux collectifs, comme payer les taxes scolaires même si l'on n'a pas d'enfant à l'école. Les citoyens se font mutuellement confiance, et font aussi confiance aux institutions pour les protéger de risques indus et pour résoudre les conflits de façon transparente et juste. Les membres d'une société sont disposés à collaborer et à prendre bénévolement des mesures collectives s'ils partagent des valeurs comme la liberté, l'égalité, la démocratie, le respect des droits de la personne, la tolérance, l'inclusion, la responsabilité collective et le respect de la loi. La cohésion sociale fournit le terroir social dans lequel ces valeurs peuvent éclore et fleurir.
Les régimes autoritaires et les collectivités en deuil peuvent imiter les signes de cohésion sociale mais non l'entretenir. Ils instaurent l'ordre, des valeurs partagées et une interprétation collective des choses, et peuvent même manifester une capacité surprenante d'entreprendre des projets collectifs, mais tout cela a un prix : ces mesures sont prises sous contrainte, et ce sont des régimes qui privilégient l'exclusion de certains groupes et qui durent rarement longtemps [ Source: Holding the Centre: What We Know About Social Cohesion, by Strategic Research & Analysis and the Social Cohesion Network, January 2001. ] .
La cohésion sociale consiste en la disposition qu'ont les citoyens de collaborer et d'agir ensemble. La collaboration et les mesures prises collectivement existent à tous les plans --personnel, communautaire, dans un groupe ou un club social, dans le secteur de l'économie et même à l'échelle nationale. Les valeurs sociales profondément libérales et la cohésion sociale existent en réciprocité et se renforcent mutuellement.
Réussir à intégrer les services communautaires exige une longue planification, des voies de communication efficaces entre les divers programmes ou organismes participants et la formation du personnel avant la mise en oeuvre du projet. De l'autorité et une définition claire des rôles et des responsabilités de chacun sont essentielles dans ce processus.
Les tableaux 1 et 2 sont des exemples d'outils que peuvent utiliser les agents pour aider les collectivités à élaborer leurs propres programmes. Le modèle présenté au tableau 1 permet de reconnaître que des programmes peuvent être conçus pour traiter chacun des facteurs à différents niveaux de prévention (primaire, secondaire et tertiaire) et sur divers plans (communautaire, institutionnel, familial et individuel). Un tel outil peut permettre aux collectivités de planifier en profondeur la conception de leur programme tout en les laissant libres de faire face aux problèmes. Par exemple, une collectivité encore sous le choc d'une récente vague de suicides peut avoir besoin de mettre sur pied plusieurs programmes de post-intervention et d'intervention secondaire afin de stabiliser la situation. Le tableau 2 fournit aux collectivités un point de départ pour brosser le tableau des ressources et programmes existants.
Afin de tenter d'établir tous les éléments d'un système complet et détaillé, ces outils combinent les quatre catégories de questions jouant un rôle dans le suicide chez les jeunes répertoriées par la Commission royale sur les peuples autochtones [ Commission royale sur les peuples autochtones, Choosing Life: Special Report on Suicide among Aboriginal Peoples, Ottawa, Groupe Communication Canada, 1995, p. 20. ] (les facteurs psychologiques et biologiques, l'historique de vie ou les facteurs conjoncturels, les facteurs socioéconomiques et le stress culturel), les trois niveaux de prévention (primaire, secondaire et tertiaire), le plan de l'intervention (communautaire, institutionnel, familial et individuel) et les diverses tranches d'âge visées.
Le tableau suivant, mentionné dans la partie III du rapport ci-dessus, expose les rôles, et responsabilités et l'imputabilité des éléments respectifs de la structure administrative proposée pour les projets pilotes. L'annexe I présente le diagramme de cette même structure.
Le diagramme ci-joint (annexe I) illustre l'infrastructure proposée aux paliers national, régional et local ainsi que les liens aux gouvernements fédéral et provinciaux et aux personnes-ressources de plusieurs domaines.

Le présent rapport n'aurait pu être rédigé sans l'aide de plusieurs personnes.
Les membres du Comité consultatif sur la prévention du suicide aimeraient remercier Elaine Johnston, directrice de la santé à l'Assemblée des Premières nations, ainsi que Joanne Meyer, assistante spéciale de l'ex-Ministre de la Santé, qui ont au nom de leur directeur respectif joué un rôle crucial dans l'établissement du groupe.
Le groupe désire aussi remercier Nancy Johnson, du Centre for Indigenous Sovereignty, qui lui a été d'une aide précieuse pour l'organisation des réunions et la rédaction des ébauches du rapport, ainsi que Janet Binks, de la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits, Santé Canada, pour ses efforts de coordination des travaux du groupe et pour avoir rassemblé tous les éléments du rapport final.