Note : Dans le présent document, le féminin ou le masculin est utilisé sans aucune discrimination et uniquement dans le but d'alléger le texte.
De toutes les manifestations du mauvais état de santé observées chez les populations autochtones, la réalité de l'abus des substances met en lumière de façon convaincante la nécessité de la convergence de tous les aspects relatifs au bien-être -- physique, émotionnel, spirituel et mental -- afin de permettre à tout être humain et à sa communauté de jouir d'une bonne santé globale. Dans la tradition autochtone, la santé et le bien-être d'un individu proviennent, en grande partie, de la santé communautaire et de son tissu social.[Commission royale sur les peuples autochtones, 1996. Rapport final : Volume III Vers un ressourcement/Gathering Strength, p. 166] On peut donc alléguer que, non seulement l'abus des substances est rattaché au comportement social, mais aussi que la résolution de ce problème relève de l'action collective des communautés.
On a décrit "l'abus des substances" comme étant une des manifestations de "l'aliénation" des autochtones, provenant du fait que leurs traditions ancestrales et leur mode de vie sont fondamentalement différents des us et coutumes du peuple canadien et que la concordance des deux situations n'a pu se réaliser.[Kramer, J.M. et G.R. Weller, 1989. North American native health: A comparison between Canada and the United States. Lakehead Centre for Northern Studies Research Report Series No.6] La perturbation et l'angoisse qui s'infiltrent dans le monde intérieur de l'esprit humain résultent de changements culturels aussi importants que ceux infligés aux peuples autochtones par l'invasion européenne. [Commission royale sur les peuples autochtones, 1996. Rapport final : Volume III Vers un ressourcement/Gathering Strength, p. 197] Bien que le lien direct entre l'acculturation et la prévalence de l'abus des substances (et d'autres signes du mauvais état de santé) est peu établi sur le plan scientifique, des études ont toutefois démontré la relation existant entre les taux d'alcoolisme et de violence au sein des collectivités autochtones et le déclin du mode de vie traditionnel entraîné, notamment, par les répercussions sur l'environnement de la contamination par le mercure et des aménagements hydroélectriques importants. [Commission royale sur les peuples autochtones, 1996. Rapport final : Volume III Vers un ressourcement/Gathering Strength, p. 198]Ces observations, ainsi que l'histoire moderne de la situation socio-économique amérindienne, suggèrent que l'abus des substances est une stratégie d'adaptation permettant d'affronter la pauvreté, le chômage, le mauvais état de santé, le faible niveau de scolarisation, le peu ou l'absence de développement économique communautaire, les effets des expériences négatives des écoles résidentielles ou des pensionnats et d'autres influences qui ont contribué à diviser les familles ou à relocaliser des communautés entières. Dans son rapport final, la Commission royale sur les peuples autochtones (CRPA) a identifié les trois aspects significatifs de la santé communautaire qui doivent être modifiés pour que la santé et le bien-être des populations autochtones s'améliorent :
la pauvreté et l'aide sociale, l'hébergement, l'eau, les installations sanitaires, ainsi que les conditions de vie relatives à l'environnement des individus et celles de l'infrastructure de la communauté, incluant la pollution et la dégénération du sol et du milieu naturel.[Commission royale sur les peuples autochtones, 1996. Rapport final : Volume III Vers un ressourcement/Gathering Strength, p. 166.]
Quoique la théorie ci-dessus mentionnée établissant la cause psycho-sociale et économique de l'abus des substances soit largement acceptée, d'autres théories ont été suggérées et mises de l'avant notamment, que les populations autochtones sont génétiquement et biologiquement prédisposées à l'alcoolisme, ou que la consommation d'alcool est un penchant <culturel> à rechercher des "visions" dans des états de conscience altérés.[Scott, Kim. 1994. "Substance abuse among Indigenous Canadians." In Aboriginal Substance Abuse: Research Issues -- Proceedings of a Joint Research Advisory Meeting. Édité par D. McKenzie. Centre canadien de lutte contre l'alcoolisme et les toxicomanies (Ottawa)] Les conséquences de l'introduction de l'alcool par les exportateurs européens, les commerçants de pelleteries et les marchands ont été décrites comme étant similaires à celles de la variole et à d'autres maladies infectieuses, en ce sens que le peuple autochtone n'était pas immunisé contre l'alcool. Dans ce contexte, l'immunité aurait permis de s'adapter aux normes sociales et l'expérience aidant, de se protéger ainsi contre la surconsommation.[Commission royale sur les peuples autochtones, 1996. Rapport final : Volume III Vers un ressourcement/Gathering Strength, p. 157] L'abus des substances peut donc se répandre dans une société s'il n'y a pas de valeur indiquant qu'un certain abus est un comportement répréhensible ou un comportement destructeur et particulièrement, si cette société est plutôt tolérante en matière de consommation de drogues.
La recherche de Kim Scott a permis d'identifier les raisons que les autochtones ont données pour justifier leur consommation de substances ou d'abus des substances. Comme motifs, on évoque les pressions sociales, une stratégie d'adaptation, la perte culturelle, une attitude de défi, l'ennui, et l'effet de cette "croyance qui se réalise" à savoir que "boire, c'est typiquement indien."[Scott, Kim. 1994. "Substance abuse among Indigenous Canadians." In Aboriginal Substance Abuse: Research Issues -- Proceedings of a Joint Research Advisory Meeting. Édité par D. McKenzie. Centre canadien de lutte contre l'alcoolisme et les toxicomanies (Ottawa).] Lors d'une étude sur l'abus de l'alcool et des drogues effectuée en Saskatchewan, on a aussi consulté le personnel du projet PNLAADA sur les causes et les conséquences de cette consommation excessive. Les répondants ont évalué les facteurs pré-déterminés suivants selon leur ordre d'importance (du plus important au moins important) :
Une étude à grande échelle sur les indicateurs prévisionnels de la consommation de substances chez les étudiants des petits centres communautaires urbains du Manitoba a démontré que le nombre d'amis/amies que les adolescents/adolescentes identifiaient comme étant consommateurs de drogues était l'indicateur prévisionnel de la consommation de substances (alcool, drogues et solvants) le plus exact chez les deux groupes d'étudiants autochtones et non-autochtones. L'influence des pairs était aussi un indicateur prévisionnel de tous les types d'abus des substances chez les étudiants autochtones.[Gfellner, B.M. et J.D. Hundelby. "Family and peer predictors of substance use among Aboriginal and non-Aboriginal Adolescents." The Canadian Journal of Native Studies. Vol X, No. 2, pp. 267- 294]
C'est à partir d'indicateurs sociaux que les chercheurs tirent, en tant que principale source, des données d'information pour leur analyse de l'abus des substances et de ses conséquences. De tous ces indicateurs, les taux de mortalité et de morbidité autochtones sont les plus communs, tout particulièrement les taux élevés de morts causées par des blessures et des empoisonnements ou intoxications incluant le suicide et les diagnostics liés à l'alcool et les congés/permis de sortie de l'hôpital. Les taux d'incarcération et de ventes d'alcool sont aussi des indicateurs sociaux couramment cités.
Les enquêtes sur la consommation d'alcool et de drogues sont une méthode plus directe d'obtenir de l'information dans ce domaine. Toutefois, la publication de recherche-sondage traite rarement de la validité et de la fiabilité des modalités (outils) de sondage utilisées. Comme autres limitations des données recueillies par sondage, on relève le faible taux de réponse à cause de l'apathie ou de la non-participation, les différences culturelles occidentales-autochtones qui rendent la communication plus compliquée, la collecte des données et leur interprétation, l'hétérogénéité ( des nations autochtones) dans le regroupement qui compose l'échantillon du sondage, et un manque, dans l'ensemble, d'identification ou de participation des populations autochtones urbaines dans les sondages nationaux.[Scott, Kim. n.d. Indigenous Canadians: Substance Abuse Profile 1995. Préparé pour le Kisht Anaquot Health Research and Program Development, et le Programme national de lutte contre l'abus d'alcool et de drogues chez les autochtones]
Des sondages-recherches ainsi que la consultation effectuée lors de la CRPA ont identifié la
consommation d'alcool comme étant un problème grave au sein des communautés
autochtones. Lors d'une enquête menée en 1984-85 auprès de 57 communautés
des Premières nations au Manitoba, on s'est servi d'une échelle d'évaluation
allant de "pas de problème" à "problème grave" pour évaluer les
problèmes de santé mentale. Quatre-vingt six pour cent des communautés
ont évalué la consommation excessive d'alcool comme étant un problème
majeur ou grave. L'abus des solvants a aussi été déclaré comme étant
un problème très important dans 7 % de ces communautés. Une indication
de la grande importance du dysfonctionnement social de ces communautés est reflétée
par le pourcentage élevé de communautés déclarant d'autres sources
de problèmes ou de préoccupations : l'angoisse (72 % comme préoccupation
très importante), la violence en général (70 % comme majeure), sévices
entre époux (69 % graves ou majeurs) et mauvais traitements ou sévices faits
aux enfants (51 % graves ou majeurs).[Rogers, D.D. et N.
Abas. 1988. "A Survey of native mental health needs in Manitoba." Arctic Medical Research/Recherche
médicale de l'arctique, Vol 47(suppl 1), pp. 576-80]
En 1991, les résultats de l'enquête du Manitoba ont été corroborés
par un Sondage sur les populations autochtones (SPA) qui a confirmé que 73 % des
personnes autochtones sur réserve et établissements autochtones percevaient la
consommation excessive d'alcool comme étant problématique dans leur communauté.
De même que la violence familiale a été identifiée problématique
par 44 %, l'abus des drogues par 59 % et le suicide par 35 % des participants.[Statistiques
Canada. 1993. Language, Health and Lifestyle Issues: 1991 Aboriginal
Peoples Survey/Questions de langue, de santé et de mode de vie : sondage
de 1991 sur les peuples autochtones, catalogue numéro 89-533 (Ottawa : Statistiques
Canada)]
Une étude ontarienne utilisant les données de 1985-86 a quantifié la consommation
d'alcool par comtés, et elle a comparé les comtés avec réserves
aux comtés sans réserves.[Adrian, M., N. Payne,
et R.T. Williams. 1991. "Estimating the effect of native Indian population on county alcohol
consumption: The example of Ontario." Revue internationale sur la toxicomanie. Vol 2,
No. 5A et 6A, pp. 731-65] Les comtés avec réserves avaient un pourcentage supérieur
de consommation d'alcool comparativement à celui du reste des comtés. En utilisant
la technique de l'analyse de la régression, la présence de réserves expliquait
le 25 % de variation de la consommation d'alcool dans la province. De plus, un autre 35 %
de la variation se justifiait en additionnant les variables socio-économique et démographique.
On pouvait établir un lien direct entre le niveau faible de revenu et la consommation
d'alcool, tandis que chaque 1000 $ supplémentaire ajouté aux bénéfices
après impôts était mis en corrélation avec un 0,3 litre de diminution
de la consommation totale d'alcool. En faisant le SPA, on a questionné les personnes
autochtones au sujet de la consommation d'alcool et on a obtenu des résultats intéressants,
en ce sens qu'elles n'ont pas indiqué un usage abusif d'alcool. Le sondage basé sur
l'auto-évaluation a montré qu'une proportion plus faible d'autochtones boivent
généralement à chaque jour comparativement aux canadiens (2 % chez
les autochtones versus 3 % chez les autres canadiens) ou à chaque semaine (35 %
chez les autochtones versus 46 % chez les autres canadiens). De même, l'abstinence
est presque deux fois plus fréquente chez les autochtones (15 % d'autochtones versus
8 % de canadiens).
En outre, le SPA a montré que la consommation d'alcool est plus élevée
chez ceux qui sont les plus instruits et ayant plus de revenus, chez les hommes, et chez les
groupes d'âge de moins de 55 ans.[Commission royale sur les peuples autochtones, 1996.
Rapport final : Volume III Vers un ressourcement/Gathering
Strength, pp. 159-60 (Tableau 3.10)] Des résultats similaires à ceux indiquant
que l'abstinence était plus fréquente chez les autochtones ont été relevés
dans les sondages basés sur l'auto-évaluation au Yukon [Gouvernement
du Yukon, 1991. Yukon Alcohol and Drug Survey. Volume 1: Technical Report. (Whitehorse :
Yukon Government Executive Council Office, Bureau of Statistics)] et dans les collectivités
cries du nord du Québec.[Santé Québec. 1994. Un profil de la santé des
Cris/A Health Profile of the Cree. Rapport sur un sondage
de Santé Québec sur les Cris de la Baie James, éd. par Carole Daveluy
et al. (Montréal : Santé Québec)] Ces deux derniers projets de recherche
ont aussi montré que, parmi les personnes qui consomment de l'alcool, l'abus ou la consommation
excessive est plus fréquente que la modération.
En 1984, la Fédération des Indiens de la Saskatchewan a mené un sondage
(SFIS) sur la consommation d'alcool et de drogues auprès de 898 adultes et de 385 adolescents
de niveau secondaire qui vivaient soit sur réserve ou hors réserve.[Fédération
des Nations indiennes de Saskatchewan. 1984. Alcohol and Drug
Abuse Among Treaty Indians in Saskatchewan: Needs Assessment and Recommendations for Change.]
Au total, 39 des 68 bandes à travers la province ont participé à ce sondage.
Au sein de la population adulte, 83,9 % avaient consommé de l'alcool lors de l'année
précédente, et 34,6 % déclaraient en consommer régulièrement.
37,7 % indiquaient avoir fait des excès (beuverie), un problème de surconsommation
ou alcoolisme chronique. Chez les adolescents, même si la consommation d'alcool lors
de l'année précédente était plus élevée (74,2 %),
seulement la moitié d'entre eux ont déclaré en consommer régulièrement,
alors que chez les adultes, on comptait 14,8 % d'entre eux et que la consommation d'alcool, évaluée
en tant qu'excès (beuverie) ou problème de surconsommation ou alcoolisme chronique, était
identifiée dans 11,4 % de ces auto-évaluations.
En 1989, le Sondage des Territoires du Nord-Ouest sur la promotion de la santé qui regroupait
des répondants inuits et dénés indiquait une prévalence d'abstinents
et d'alcooliques ou de sujets ayant une consommation excessive au sein de la population autochtone.[Santé et
Bien-être Canada. 1989. Promotion de la santé dans les Territoires du Nord-Ouest.
(Ottawa : Santé et Bien-être Canada)] L'édition de 1996 de ce sondage
confirmait ces résultats, en établissant que seulement 60,1 % des personnes
autochtones de T. N.-O. déclaraient qu'elles avaient bu de l'alcool au cours de l'année
précédente (comparativement à 85,2 % chez les personnes non-autochtones)
et que la consommation excessive était indiquée par 33,0 % des personnes
autochtones (comparativement à 16,7 % de la population non-autochtone).[Northwest
Territories Bureau of Statistics. 1996. 1996 NWT Alcohol and Drug Survey: Rates of use for
alcohol, other drugs and tobacco. Report #1] Dans la même veine, le SPA a démontré qu'au
sein des sousgroupes autochtones, les Inuits étaient plus enclins à déclarer
l'abstinence que les Indiens ou les Métis. Les Inuits se sont aussi montrés différents
des Indiens et des Métis, en ce sens qu'ils ont déclaré plus souvent que
la consommation d'alcool n'était pas un problème dans leurs collectivités.[Statistiques
Canada. 1993. Language, Health and Lifestyle Issues: 1991 Aboriginal Peoples Survey/Questions
de langue, de santé et de mode de vie : sondage de 1991 sur les peuples autochtones,
catalogue numéro 89-533 (Ottawa : Statistiques Canada).]
Même si la raison des écarts ou des divergences relevés dans cette section
entre le degré de préoccupation exprimée au sujet de la consommation excessive
de l'alcool et celui de l'autoévaluation sur la consommation reste inconnue ou inexpliquée,
on peut néanmoins donner, comme explications possibles, celle du succès remporté par
l'éducation en matière de drogues et par le programme de traitement, celle des
normes communautaires qui peuvent écarter la possibilité de l'abus des substances
ou vice versa, ainsi que la possibilité d'une sous-déclaration de la consommation
par les répondants.
Il y a peu d'information disponible sur l'usage de médicaments sur ordonnance ou de
drogues illégales par les autochtones. Comme on pourra le constater dans la section
relative aux centres de traitement, il semble y avoir une augmentation de l'usage de stupéfiants
et de médicaments prescrits ou sur ordonnance par les clients admis au traitement, même
si l'usage de ces substances psychoactives est resté historiquement peu important par
rapport à la consommation d'alcool. Le Sondage des Territoires du Nord-Ouest sur la
promotion de la santé de 1989 a indiqué que, parmi les répondants inuits
et dénés, 30 % des hommes et 16 % des femmes ont pris du cannabis l'année
précédant le sondage.[Santé et Bien-être Canada. 1989. Promotion
de la santé dans les Territoires du Nord-Ouest. (Ottawa : Santé et Bien-être
Canada).] Avec l'édition de 1996 du sondage, tout comme l'alcool, l'usage de marijuana
et de hachisch était plus important chez les autochtones (27, 3 %) que chez les
personnes non-autochtones (10,8 %).[Northwest Territories
Bureau of Statistics. 1996. 1996 NWT Alcohol and Drug Survey: Rates of use for alcohol, other
drugs and tobacco. Report #1.]
Un sondage complet et de grande envergure sur l'abus des drogues chez les autochtones a été mené au
Manitoba et il s'adressait à tous les adolescents autochtones (Indiens et Métis
résidant hors réserve) et les adolescents non-autochtones.[Gfellner,
B.M. et J.D. Hundleby. 1995. "Patterns of drug use among
native and white adolescents: 1990-1993." Canadian Journal of Public Health/Revue canadienne
de santé publique, mars-avril, pp. 95-97]
L'étude a accumulé des données d'information pendant quatre années
consécutives, soit de 1990 à 1993. Parmi les quatorze regroupements d'adolescents
selon les différents types de drogues consommées (n'incluant pas l'alcool) qui
ont été interrogés, le groupe autochtone a manifesté de façon
consistante des taux plus élevés de consommation (exprimés en pourcentage).
En particulier, ces taux croissants étaient statistiquement importants, soit au cours
des trois années ou pour l'ensemble des quatre années dans les cas du marijuana,
des tranquillisants et des barbituriques pris à des fins non-médicales, LSD,
PCP, d'autres drogues hallucinogènes, cocaïne (crack). En ce qui concerne le LSD
et la marijuana, la moyenne autochtone des quatre années d'usage était trois
fois plus élevée, comparativement à celle de l'usage fait par les non-autochtones.
En 1984, l'étude SFIS/FSIN a aussi examiné la question de l'abus des drogues
parmi la population des adultes et des adolescents des Premières nations de la Saskatchewan.[Fédération
des Nations indiennes de Saskatchewan. 1984. Alcohol and Drug Abuse Among Treaty Indians in
Saskatchewan: Needs Assessment and Recommendations for Change.] Chez les adultes, 57,3 %
ont dit avoir pris de la drogue au cours de l'année précédente, et 26,5 %
en faisait usage régulièrement. Significativement, les résultats de la
population adolescente qui prenait de la drogue étaient similaires, soit 57,3 %
et 19,1 % de ces jeunes en prenaient régulièrement. L'abus des drogues a été mesuré comme étant
de 20,7 % chez la population adulte et de 8,7 % parmi les jeunes. Les drogues illégales
et les médicaments vendus au comptoir étaient au premier et au second rang des
substances psychoactives les plus souvent consommées et ce, par les deux groupes. L'usage
de drogues multiples, tout comme celui de l'alcool combiné à l'usage de drogue, était
fréquent. Dans l'ensemble, en considérant l'abus de l'alcool et des drogues (et
ce croisement de consommation abusive), l'étude concluait que les niveaux de surconsommation
chronique (consommation régulière de quantités excessives d'alcool et
de drogues) étaient de 15 % chez les adultes et de 3 % chez les adolescents.
Une étude canadienne d'envergure sur l'abus des solvants chez
les enfants et les jeunes gens autochtones faisait appel à la participation de 2850
personnes de 25 communautés autochtones du Manitoba et de 70 écoles secondaires
algonquines du Québec.[Rapport non publié par Layne, N. 1987. Solvent
use/abuse Among the Canadian Registered Indian and Inuit Population. An Overview Paper. Programme
national de lutte contre l'abus d'alcool et de drogues chez les autochtones] Dans l'ensemble,
20 % des enfants du Manitoba et 15 % des jeunes gens du Québec ont indiqué qu'ils
avaient essayé d'inhaler des solvants, dont 6 % du groupe du Manitoba et 9 %
de celui du Québec révélant qu'ils avaient inhalé des solvants
bien au-delà de l'étape de l'expérimentation. 3 % des enfants du
Manitoba et 2 % des adolescents du Québec ont indiqué qu'ils inhalaient
régulièrement des solvants. L'âge moyen de ceux qui font l'usage des solvants
se situe vers 12-13 ans, même si au Manitoba, des enfants aussi jeunes que 4-8 ans ont
déclaré en inhaler.
L'étude du Manitoba qui a recherché des données sur l'abus des drogues
chez les adolescents métis et indiens du Manitoba a aussi fait enquête sur l'abus
des solvants. L'inhalation de colle est plus fréquente au sein du groupe autochtone,
comparativement aux groupes non-autochtones, et ce, au cours de chacune des quatre années
(1990-1993), et l'inhalation de colle était de façon similaire plus élevée
chez le groupe autochtone au cours de trois des quatre années de l'étude.[Gfellner,
B.M. et J.D. Hundleby. 1995. "Patterns of drug use among
native and white adolescents: 1990-1993." Canadian Journal of Public Health/Revue canadienne
de santé publique, mars-avril, pp. 95-97]
L'étude de 1984 du SFIS sur l'abus des substances psychoactives chez les Premières
nations de la Saskatchewan a indiqué que 18,8 % des adolescents participant à ce
sondage ont fait usage des solvants au cours de l'année précédente. Curieusement,
11,3 % de la population adulte a aussi déclaré faire usage du même
type de solvant.[Fédération des Nations indiennes
de Saskatchewan. 1984. Alcohol and Drug Abuse Among Treaty Indians in Saskatchewan: Needs Assessment
and Recommendations for Change.]
En 1996, dans le sondage du T. N.-O., qui posait des questions sur les antécédents
relatifs à l'usage des solvants (la population participant au sondage étant âgée
de 15 ans et plus, on pouvait donc, lors du sondage, les interroger sur un comportement antérieur,
notamment l'usage des solvants au cours de l'enfance), le pourcentage des personnes autochtones
qui avaient fait usage de solvants était particulièrement élevé,
soit 19,0 % (dépassant 24 fois le taux national), comparativement à 1,7 %
chez les non-autochtones.[Northwest Territories Bureau of Statistics.
1996. 1996 NWT Alcohol and Drug Survey: Rates of use for alcohol, other drugs and tobacco.
Report #1.]
Profil des usagers des solvants
Une étude effectuée en 1985 par l'Association nationale des centres d'amitié autochtones
a recueilli des données d'information sur l'abus des substances psychoactives chez les
jeunes autochtones des centres urbains.[Association nationale des centres d'amitié.
1985. Urban Research Project, Phase I and II, Alcohol, Drug and
Solvent Abuse] L'étude a permis de constater que presque la moitié des
usagers des solvants a commencé à inhaler des solvants quand ils n'avaient pas
plus de 4 à 11 ans. Pour établir la prévalence, on a identifié des
facteurs associés à l'inhalation de substances, tels que la toxicomanie et l'alcoolisme
dans la famille, les conflits familiaux, le chômage, la malnutrition ou la négligence,
les difficultés financières de la famille et les mauvais traitements.
On a décrit les toxicomanes ou ceux qui font un usage abusif des solvants comme étant
plus souvent des garçons que des filles (toutefois, les personnes de sexe féminin
qui font un usage abusif des solvants est en train d'augmenter), qu'ils ont commencé à faire
cet usage abusif vers l'âge de 9-10 ans (l'âge où on commence à faire
usage va en décroissant), et qu'ils viennent de familles dysfonctionnelles avec des
antécédents de toxicomanie et qu'ils habitent des communautés isolées.
En outre, ceux qui abusent des solvants éprouvent des difficultés scolaires ou
ont décroché de l'école et sont en chômage, illettrés, mal
logés et ont des antécédents personnels de mauvais traitements, de sévices
affectifs/sexuels souvent associés à leurs problèmes d'inhalation.[Scott,
Kim. n.d. Indigenous Canadians: Substance Abuse Profile 1995. Préparé pour
le Kisht Anaquot Health Research and Program Development,
et le Programme national de lutte contre l'abus d'alcool et de drogues chez les autochtones.]
Lors de l'Enquête de 1994 sur l'abus des solvants dans les collectivités des Premières
nations et des Inuits, on a interrogé les toxicomanes ou ceux qui font un usage abusif
des solvants dans les collectivités autochtones. L'enquête a permis de constater
que la plupart des jeunes répondants ont commencé à faire un usage abusif
des solvants quand ils étaient âgés de 4 à 11 ans (49,3 %)
ou de 12 à 15 ans (45 %). Ces jeunes qui ont déclaré faire un usage
abusif des solvants ont vécu un certain nombre de difficultés dans leur vie. À peu
près la moitié d'entre eux a souffert de négligence ou de malnutrition
(43,5 %), de chômage (57,7 %) et de graves difficultés financières
(privations) (42,3 %) au sein de leur famille. Environ les deux tiers ont vécu
des conflits familiaux (63,5 %) ou de l'alcoolisme et de la toxicomanie (abus des drogues)
(67,2 %). Plus des trois quarts de ces jeunes répondants (78,4 %) ont aussi
indiqué qu'ils prenaient de l'alcool. [Kaweionnehta Human
Resource Group. n.d. First Nations and Inuit Community Solvent Abuse Survey - Updated July
1994]
Il y encore moins d'information disponible sur les taux d'abus des substances parmi les personnes
autochtones de la ville comparés aux taux obtenus auprès des personnes qui sont
dans les communautés des Premières nations. L'étude de 1985 effectuée
par l'Association nationale des centres d'amitié autochtones a indiqué que la
majorité des centres n'avaient pas la capacité de tenir des dossiers sur les
clients qui font un usage abusif des substances puisque ces personnes venaient au centre pour
d'autres motifs (recherche d'emploi, de logement, d'aide pour des études). Toutefois,
56 des 84 centres d'accueil ou d'amitié participant à l'étude n'ont pas
rempli de questionnaire portant sur les types et les niveaux d'abus au sein de leur communauté.
Ces répondants décrivaient des niveaux graves d'abus au sein de groupes cibles
de tous âges, dont principalement, l'abus de l'alcool. On qualifie de "grave", selon
la définition du PNLAADA, comme étant "un abus, usage abusif ou consommation
excessive, rendant l'individu incapable d'affronter les préoccupations essentielles
de la vie -- des problèmes graves surviennent au sein de la famille, perturbent la vie
familiale, le travail ou la vie professionnelle, entraînent des démêlés
avec la justice, etc."[Association nationale des centres d'amitié. 1985. Urban
Research Project, Phase I and II, Alcohol, Drug and Solvent Abuse., p. 34]
Les centres ont rapporté l'abus des substances au sein des groupes suivants de leur
communauté :
L'indicateur
le plus commun de tous ceux qui mesurent indirectement la fréquence/prévalence
de l'alcoolisme et de la toxicomanie, c'est le profil de la morbidité au sein de la
population des Premières nations. La Direction générale des services médicaux
de Santé Canada a recueilli annuellement des données sur les décès
des personnes indiennes inscrites selon leur âge, leur sexe et la cause du décès.
Même si les méthodes de collecte de données et les populations étudiées
varient selon les régions de la DGSM, ce qui limite les études à une analyse
inter-régionale, on a accès à de l'information utile et importante sur
des données statistiques à l'échelle nationale de la mortalité chez
les Premières nations ainsi que sur les tendances reflétées. [L'information
sur la mortalité provenant de la base de données de la DGSM décrite dans
cette section est tirée de : Lemchuk-Favel, Laurel.
1993. Trends in First Nations Mortality 1979-1983., Santé Canada. (Ottawa :
Ministère des approvisionnements et services)]
Une analyse de l'ensemble de la mortalité chez les Premières nations, à partir
de la base de données de la DGSM compilées de 1979-1993, a démontré que :
La prévalence de mort violente au sein des communautés des Premières nations est envisagée comme une des manifestations les plus visibles de l'abus des substances au sein de cette population, et cette constatation est appuyée par les corrélations statistiques.[Voir Scott, K (note 6) - bibliographie sur la recherche démontrant une corrélation entre l'abus des substances et les accidents mortels] L'analyse des données de la DGSM recueillies sur une période de 15 ans a montré que [Gouvernement du Yukon, 1991. Yukon Alcohol and Drug Survey. Volume 1: Technical Report. (Whitehorse : Yukon Government Executive Council Office, Bureau of Statistics)] :
La consommation d'alcool durant la grossesse
peut être à l'origine
du syndrome d'alcoolisme foetal (SAF) et moins gravement de l'effet de l'alcool sur le foetus
(EAF). La gamme d'effets du SAF comprend notamment le retard de la croissance intra-utérine
ou postnatale, des anomalies du système nerveux central et des anomalies faciales. L'EAF,
qui est une manifestation moins grave des déficiences causées au foetus par l'alcool,
porte atteinte principalement au système neurologique et on en constate les effets par
l'hyperactivité, les problèmes comportementaux, les troubles d'apprentissage
scolaire et les dysfonctionnements sociaux. On pense maintenant que l'exposition prénatale à l'alcool
est la cause principale des malformations congénitales et des déficiences cognitives
en Amérique du Nord. De la même façon, cette exposition prénatale
peut causer des déficits subtils portant atteinte à la capacité de jugement
et de raisonnement chez les gens qui possèdent apparemment une intelligence normale.[1.Commission
royale sur les peuples autochtones, 1996. Rapport final : Volume III Vers un ressourcement/Gathering
Strength, pp. 132 et 323 (source bibliographique no 62)]
La consommation accrue d'alcool chez les femmes en âge de procréer a été attribuée
au changement du rôle de la femme dans la société, aux répercussions
de la dégradation ou de l'effondrement social et culturel de la population autochtone
et des stratégies publicitaires visant la consommation d'alcool.[Robinson,
G.C., R.W. Armstrong, I. Brendle-Moczuk et C.A. Loock. 1992. "Knowledge of fetal alcohol syndrome
among native Indians" Canadian Journal of Public Health/Revue canadienne de la santé publique,
Vol 83, No. 5, pp. 337-338]
Il n'y a que quelques études sur les problèmes du SAF particuliers à la
population autochtone, et encore moins d'études auxquelles on peut se fier. Néanmoins,
on a rapporté une prévalence très élevée dans quelques communautés
autochtones, et on accepte généralement le fait que les taux représentant
le nombre d'enfants autochtones affectés par le SAF et EAF sont plus élevés
que ceux qui ont été constatés généralement chez les enfants
de l'Amérique du Nord. Un examen des 10 études analysant les données épidémiologiques
du SAF chez les amérindiens, les autochtones d'Alaska et les populations autochtones
du Canada a permis de constater que la prévalence du SAF dans les groupes autochtones était
de façon constante élevée et ce, dans les 10 études. L'examinateur
a formulé cette mise en garde que dans ces études, on avait émis des restrictions
significatives, limitant ainsi le niveau de fiabilité en ce qui a trait aux taux rapportés
et à la généralisation tirée des résultats.[Burd,
L. et M.E. Moffat. 1994. "Epidemiology of fetal alcohol syndrome in American Indians, Alaskan
Natives and Canadian Aboriginal Peoples: A Review of the Literature." Public Health Reports/Rapports
sur la santé publique. Vol 109, No. 5, pp. 688-693]
Selon
l'étude de Single et al qui a évalué la mortalité causée
par l'alcool ou l'alcoolisme et la toxicomanie (ou à l'usage de drogues illicites),
on a aussi recueilli des taux approximatifs d'hospitalisation résultant de ces activités.[Single,
E., L. Robson et K, Scott. 1996. Morbidity and Mortality Related to Alcohol, Tobacco and Illicit
Drug Use Among Indigenous People in Canada. Centre canadien de lutte contre l'alcoolisme
et les toxicomanies, tableau 13] Au sujet de l'usage ou de la consommation d'alcool, en 1992,
les personnes autochtones ont été hospitalisées selon un taux de 5,1 cas
d'admission par 1000 de population, comparativement au taux de 3,0 pour la population canadienne.
Une étude sur l'utilisation en Ontario des centres de traitement dans le domaine de
l'alcoolisme et de la toxicomanie desservant la population autochtone, pour l'année
1985-1986, a permis de montrer que cette utilisation était six fois plus élevée
que ce qu'on avait prédit en se basant sur le nombre de personnes autochtones de la
province et une utilisation égale par habitant entre la population autochtone et non-autochtone.[Adrian,
M. n.d. Statistics on Alcohol and Drug Use in Canada and other Countries. Volume I: Statistics
on Alcohol Use - Data Available by 1988. (Toronto : Fondation de la recherche sur
la toxicomanie/Addiction Research Foundation)]
Le Programme national de lutte contre l'abus de l'alcool et des drogues chez les autochtones
(PNLAADA) offre des services de prévention et de traitement aux personnes des Premières
nations vivant sur réserve. Ce sont des établissements de traitement à demeure
fonctionnant selon un modèle psychothérapeutique, intégrant une programmation
intensive, non-médicale et culturellement adapté, d'une durée de 4 à 6
semaines. Ces centres utilisent un Système de rapport sur les activités de traitement
(SRAT). Voici ce qu'un examen des données et de la publication de l'information recueillie à partir
du SRAT a permis de constater :[Scott, Kim. 1994. "Substance
abuse among Indigenous Canadians." In Aboriginal Substance Abuse: Research Issues -- Proceedings
of a Joint Research Advisory Meeting. Édité par D. McKenzie. Centre canadien
de lutte contre l'alcoolisme et les toxicomanies (Ottawa).]
En 1991, l'usage de l'alcool, des stupéfiants et des drogues hallucinogènes étaient
les plus répandus des usages abusifs de substances et la consommation excessive d'alcool était
le plus élevée de ces usages abusifs, étant 4 fois supérieure à l'usage
d'autres substances. L'évaluateur note qu'il peut y avoir des lacunes dans le processus
de normalisation de la classification de certaines de ces substances, comme par exemple, le
cannabis.
En 1989 et en 1991, quand on a comparé les données, on a pu constater chez les
personnes autochtones en traitement à demeure/en établissement, un profil constant
d'abus des substances indiquant que les plus populaires des toxicomanies croisées étaient
l'alcool et les narcotiques, l'alcool et les hallucinogènes, l'alcool et les médicaments
sur ordonnance et les narcotiques et les hallucinogènes.
Les
personnes autochtones sont en nombre disproportionné dans les établissements
pénitenciers de toutes les régions du Canada, comparativement au pourcentage
de cas d'incarcération au sein de la population canadienne. En 1988-1989, une enquête
portant sur les cas d'incarcération dans les établissements provinciaux et fédéraux
a permis de le confirmer, et de démontrer que les taux les plus élevés
d'incarcération se trouvent dans les régions du nord et dans les prairies.[Comité de
direction sur la santé mentale autochtone de la Direction générale des
services médicaux. 1991. Profil statistique de la santé mentale des autochtones
: Contexte général rapport #1. (Ottawa : Santé Canada)] Dans les
Territoires du Nord-Ouest, ces taux élevés (86 et 96 % respectivement pour
les établissements provinciaux et les établissements fédéraux)
se trouvent en quelque sorte équilibrés à cause du pourcentage de personnes
autochtones par rapport à la population en général (63 %), alors
qu'au Yukon, même s'il y a 28 % de personnes autochtones par rapport à l'ensemble
de la population, dans les établissements fédéraux et provinciaux, la
proportion est respectivement de 50 et 63 %. Quant à la population autochtone de
la Saskatchewan, on constate une différence encore plus importante : 10 %
pour l'ensemble de la population, comparativement à 52-65 % pour les autochtones
dans les établissements fédéraux et provinciaux.
Lors d'un enquête effectuée par les Services correctionnels du Canada sur tous
les délinquants incarcérés, on a appris que dans le cas de 75 % des
délinquants autochtones, on avait diagnostiqué des problèmes d'alcool
d'une gravité suffisante pour justifier une intervention à un certain niveau
de traitement. Plus de la moitié de cette population (53 %) manifestait aussi des
problèmes de drogue/toxicomanie.[Service correctionnel du Canada. 1994. Évaluation
de l'abus des substances chez le contrevenant autochtone : Outil d'évaluation informatisé sur
le mode de vie. Développement et recherche correctionnelle. (Ottawa : Service correctionnel
du Canada)]
Les cas d'homicide peuvent aussi démontrer une pathologie sociale et donc, peuvent être utilisés comme autre indicateur indirect des effets de l'abus des substances. En 1988, la proportion des personnes autochtones accusées de meurtre était de 16,0 par 100 000 de population, au décuple plus élevé que la population canadienne. Les personnes autochtones étaient aussi 8 fois plus susceptibles de mourir assassinées que les autres canadiens.[Santé Canada 1991. Programme de santé mentale destiné aux Premières nations et aux Inuit. Rapport du comité directeur sur la santé mentale des Premières nations et des Inuit. (Ottawa : Santé Canada)]