Santé Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Liens de la barre de menu commune

Santé des Premières nations, des Inuits et des Autochtones

Recherche documentaire

Stratégies relatives à l'évaluation des programmes de lutte contre l'abus des substances chez les autochtones : Examen de la question

I. Aperçu des données statistiques et contexte

Note : Dans le présent document, le féminin ou le masculin est utilisé sans aucune discrimination et uniquement dans le but d'alléger le texte.

De toutes les manifestations du mauvais état de santé observées chez les populations autochtones, la réalité de l'abus des substances met en lumière de façon convaincante la nécessité de la convergence de tous les aspects relatifs au bien-être -- physique, émotionnel, spirituel et mental -- afin de permettre à tout être humain et à sa communauté de jouir d'une bonne santé globale. Dans la tradition autochtone, la santé et le bien-être d'un individu proviennent, en grande partie, de la santé communautaire et de son tissu social.[Commission royale sur les peuples autochtones, 1996. Rapport final : Volume III Vers un ressourcement/Gathering Strength, p. 166] On peut donc alléguer que, non seulement l'abus des substances est rattaché au comportement social, mais aussi que la résolution de ce problème relève de l'action collective des communautés.

On a décrit "l'abus des substances" comme étant une des manifestations de "l'aliénation" des autochtones, provenant du fait que leurs traditions ancestrales et leur mode de vie sont fondamentalement différents des us et coutumes du peuple canadien et que la concordance des deux situations n'a pu se réaliser.[Kramer, J.M. et G.R. Weller, 1989. North American native health: A comparison between Canada and the United States. Lakehead Centre for Northern Studies Research Report Series No.6] La perturbation et l'angoisse qui s'infiltrent dans le monde intérieur de l'esprit humain résultent de changements culturels aussi importants que ceux infligés aux peuples autochtones par l'invasion européenne. [Commission royale sur les peuples autochtones, 1996. Rapport final : Volume III Vers un ressourcement/Gathering Strength, p. 197] Bien que le lien direct entre l'acculturation et la prévalence de l'abus des substances (et d'autres signes du mauvais état de santé) est peu établi sur le plan scientifique, des études ont toutefois démontré la relation existant entre les taux d'alcoolisme et de violence au sein des collectivités autochtones et le déclin du mode de vie traditionnel entraîné, notamment, par les répercussions sur l'environnement de la contamination par le mercure et des aménagements hydroélectriques importants. [Commission royale sur les peuples autochtones, 1996. Rapport final : Volume III Vers un ressourcement/Gathering Strength, p. 198]Ces observations, ainsi que l'histoire moderne de la situation socio-économique amérindienne, suggèrent que l'abus des substances est une stratégie d'adaptation permettant d'affronter la pauvreté, le chômage, le mauvais état de santé, le faible niveau de scolarisation, le peu ou l'absence de développement économique communautaire, les effets des expériences négatives des écoles résidentielles ou des pensionnats et d'autres influences qui ont contribué à diviser les familles ou à relocaliser des communautés entières. Dans son rapport final, la Commission royale sur les peuples autochtones (CRPA) a identifié les trois aspects significatifs de la santé communautaire qui doivent être modifiés pour que la santé et le bien-être des populations autochtones s'améliorent :

la pauvreté et l'aide sociale, l'hébergement, l'eau, les installations sanitaires, ainsi que les conditions de vie relatives à l'environnement des individus et celles de l'infrastructure de la communauté, incluant la pollution et la dégénération du sol et du milieu naturel.[Commission royale sur les peuples autochtones, 1996. Rapport final : Volume III Vers un ressourcement/Gathering Strength, p. 166.]

Quoique la théorie ci-dessus mentionnée établissant la cause psycho-sociale et économique de l'abus des substances soit largement acceptée, d'autres théories ont été suggérées et mises de l'avant notamment, que les populations autochtones sont génétiquement et biologiquement prédisposées à l'alcoolisme, ou que la consommation d'alcool est un penchant <culturel> à rechercher des "visions" dans des états de conscience altérés.[Scott, Kim. 1994. "Substance abuse among Indigenous Canadians." In Aboriginal Substance Abuse: Research Issues -- Proceedings of a Joint Research Advisory Meeting. Édité par D. McKenzie. Centre canadien de lutte contre l'alcoolisme et les toxicomanies (Ottawa)] Les conséquences de l'introduction de l'alcool par les exportateurs européens, les commerçants de pelleteries et les marchands ont été décrites comme étant similaires à celles de la variole et à d'autres maladies infectieuses, en ce sens que le peuple autochtone n'était pas immunisé contre l'alcool. Dans ce contexte, l'immunité aurait permis de s'adapter aux normes sociales et l'expérience aidant, de se protéger ainsi contre la surconsommation.[Commission royale sur les peuples autochtones, 1996. Rapport final : Volume III Vers un ressourcement/Gathering Strength, p. 157] L'abus des substances peut donc se répandre dans une société s'il n'y a pas de valeur indiquant qu'un certain abus est un comportement répréhensible ou un comportement destructeur et particulièrement, si cette société est plutôt tolérante en matière de consommation de drogues.

La recherche de Kim Scott a permis d'identifier les raisons que les autochtones ont données pour justifier leur consommation de substances ou d'abus des substances. Comme motifs, on évoque les pressions sociales, une stratégie d'adaptation, la perte culturelle, une attitude de défi, l'ennui, et l'effet de cette "croyance qui se réalise" à savoir que "boire, c'est typiquement indien."[Scott, Kim. 1994. "Substance abuse among Indigenous Canadians." In Aboriginal Substance Abuse: Research Issues -- Proceedings of a Joint Research Advisory Meeting. Édité par D. McKenzie. Centre canadien de lutte contre l'alcoolisme et les toxicomanies (Ottawa).] Lors d'une étude sur l'abus de l'alcool et des drogues effectuée en Saskatchewan, on a aussi consulté le personnel du projet PNLAADA sur les causes et les conséquences de cette consommation excessive. Les répondants ont évalué les facteurs pré-déterminés suivants selon leur ordre d'importance (du plus important au moins important) :

  • perte de l'identité culturelle
  • pauvreté et chômage
  • manque d'occasions de socialisation
  • niveau bas d'instruction
  • disponibilité de la drogue
  • manque d'activités récréatives
  • influence du groupe de pairs et
  • influence familiale.[Fédération des Nations indiennes de Saskatchewan. 1984. Alcohol and Drug Abuse Among Treaty Indians in Saskatchewan: Needs Assessment and Recommendations for Change]

Une étude à grande échelle sur les indicateurs prévisionnels de la consommation de substances chez les étudiants des petits centres communautaires urbains du Manitoba a démontré que le nombre d'amis/amies que les adolescents/adolescentes identifiaient comme étant consommateurs de drogues était l'indicateur prévisionnel de la consommation de substances (alcool, drogues et solvants) le plus exact chez les deux groupes d'étudiants autochtones et non-autochtones. L'influence des pairs était aussi un indicateur prévisionnel de tous les types d'abus des substances chez les étudiants autochtones.[Gfellner, B.M. et J.D. Hundelby. "Family and peer predictors of substance use among Aboriginal and non-Aboriginal Adolescents." The Canadian Journal of Native Studies. Vol X, No. 2, pp. 267- 294]

Épidémiologie

C'est à partir d'indicateurs sociaux que les chercheurs tirent, en tant que principale source, des données d'information pour leur analyse de l'abus des substances et de ses conséquences. De tous ces indicateurs, les taux de mortalité et de morbidité autochtones sont les plus communs, tout particulièrement les taux élevés de morts causées par des blessures et des empoisonnements ou intoxications incluant le suicide et les diagnostics liés à l'alcool et les congés/permis de sortie de l'hôpital. Les taux d'incarcération et de ventes d'alcool sont aussi des indicateurs sociaux couramment cités.

Les enquêtes sur la consommation d'alcool et de drogues sont une méthode plus directe d'obtenir de l'information dans ce domaine. Toutefois, la publication de recherche-sondage traite rarement de la validité et de la fiabilité des modalités (outils) de sondage utilisées. Comme autres limitations des données recueillies par sondage, on relève le faible taux de réponse à cause de l'apathie ou de la non-participation, les différences culturelles occidentales-autochtones qui rendent la communication plus compliquée, la collecte des données et leur interprétation, l'hétérogénéité ( des nations autochtones) dans le regroupement qui compose l'échantillon du sondage, et un manque, dans l'ensemble, d'identification ou de participation des populations autochtones urbaines dans les sondages nationaux.[Scott, Kim. n.d. Indigenous Canadians: Substance Abuse Profile 1995. Préparé pour le Kisht Anaquot Health Research and Program Development, et le Programme national de lutte contre l'abus d'alcool et de drogues chez les autochtones]

1. Usage de l'alcool

Des sondages-recherches ainsi que la consultation effectuée lors de la CRPA ont identifié la consommation d'alcool comme étant un problème grave au sein des communautés autochtones. Lors d'une enquête menée en 1984-85 auprès de 57 communautés des Premières nations au Manitoba, on s'est servi d'une échelle d'évaluation allant de "pas de problème" à "problème grave" pour évaluer les problèmes de santé mentale. Quatre-vingt six pour cent des communautés ont évalué la consommation excessive d'alcool comme étant un problème majeur ou grave. L'abus des solvants a aussi été déclaré comme étant un problème très important dans 7 % de ces communautés. Une indication de la grande importance du dysfonctionnement social de ces communautés est reflétée par le pourcentage élevé de communautés déclarant d'autres sources de problèmes ou de préoccupations : l'angoisse (72 % comme préoccupation très importante), la violence en général (70 % comme majeure), sévices entre époux (69 % graves ou majeurs) et mauvais traitements ou sévices faits aux enfants (51 % graves ou majeurs).[Rogers, D.D. et N. Abas. 1988. "A Survey of native mental health needs in Manitoba." Arctic Medical Research/Recherche médicale de l'arctique, Vol 47(suppl 1), pp. 576-80]

En 1991, les résultats de l'enquête du Manitoba ont été corroborés par un Sondage sur les populations autochtones (SPA) qui a confirmé que 73 % des personnes autochtones sur réserve et établissements autochtones percevaient la consommation excessive d'alcool comme étant problématique dans leur communauté. De même que la violence familiale a été identifiée problématique par 44 %, l'abus des drogues par 59 % et le suicide par 35 % des participants.[Statistiques Canada. 1993. Language, Health and Lifestyle Issues: 1991 Aboriginal Peoples Survey/Questions de langue, de santé et de mode de vie : sondage de 1991 sur les peuples autochtones, catalogue numéro 89-533 (Ottawa : Statistiques Canada)]

Une étude ontarienne utilisant les données de 1985-86 a quantifié la consommation d'alcool par comtés, et elle a comparé les comtés avec réserves aux comtés sans réserves.[Adrian, M., N. Payne, et R.T. Williams. 1991. "Estimating the effect of native Indian population on county alcohol consumption: The example of Ontario." Revue internationale sur la toxicomanie. Vol 2, No. 5A et 6A, pp. 731-65] Les comtés avec réserves avaient un pourcentage supérieur de consommation d'alcool comparativement à celui du reste des comtés. En utilisant la technique de l'analyse de la régression, la présence de réserves expliquait le 25 % de variation de la consommation d'alcool dans la province. De plus, un autre 35 % de la variation se justifiait en additionnant les variables socio-économique et démographique. On pouvait établir un lien direct entre le niveau faible de revenu et la consommation d'alcool, tandis que chaque 1000 $ supplémentaire ajouté aux bénéfices après impôts était mis en corrélation avec un 0,3 litre de diminution de la consommation totale d'alcool. En faisant le SPA, on a questionné les personnes autochtones au sujet de la consommation d'alcool et on a obtenu des résultats intéressants, en ce sens qu'elles n'ont pas indiqué un usage abusif d'alcool. Le sondage basé sur l'auto-évaluation a montré qu'une proportion plus faible d'autochtones boivent généralement à chaque jour comparativement aux canadiens (2 % chez les autochtones versus 3  % chez les autres canadiens) ou à chaque semaine (35 % chez les autochtones versus 46 % chez les autres canadiens). De même, l'abstinence est presque deux fois plus fréquente chez les autochtones (15 % d'autochtones versus 8 % de canadiens).

En outre, le SPA a montré que la consommation d'alcool est plus élevée chez ceux qui sont les plus instruits et ayant plus de revenus, chez les hommes, et chez les groupes d'âge de moins de 55 ans.[Commission royale sur les peuples autochtones, 1996. Rapport final : Volume III Vers un ressourcement/Gathering Strength, pp. 159-60 (Tableau 3.10)] Des résultats similaires à ceux indiquant que l'abstinence était plus fréquente chez les autochtones ont été relevés dans les sondages basés sur l'auto-évaluation au Yukon [Gouvernement du Yukon, 1991. Yukon Alcohol and Drug Survey. Volume 1: Technical Report. (Whitehorse : Yukon Government Executive Council Office, Bureau of Statistics)] et dans les collectivités cries du nord du Québec.[Santé Québec. 1994. Un profil de la santé des Cris/A Health Profile of the Cree. Rapport sur un sondage de Santé Québec sur les Cris de la Baie James, éd. par Carole Daveluy et al. (Montréal : Santé Québec)] Ces deux derniers projets de recherche ont aussi montré que, parmi les personnes qui consomment de l'alcool, l'abus ou la consommation excessive est plus fréquente que la modération.

En 1984, la Fédération des Indiens de la Saskatchewan a mené un sondage (SFIS) sur la consommation d'alcool et de drogues auprès de 898 adultes et de 385 adolescents de niveau secondaire qui vivaient soit sur réserve ou hors réserve.[Fédération des Nations indiennes de Saskatchewan. 1984. Alcohol and Drug Abuse Among Treaty Indians in Saskatchewan: Needs Assessment and Recommendations for Change.] Au total, 39 des 68 bandes à travers la province ont participé à ce sondage. Au sein de la population adulte, 83,9 % avaient consommé de l'alcool lors de l'année précédente, et 34,6 % déclaraient en consommer régulièrement. 37,7 % indiquaient avoir fait des excès (beuverie), un problème de surconsommation ou alcoolisme chronique. Chez les adolescents, même si la consommation d'alcool lors de l'année précédente était plus élevée (74,2 %), seulement la moitié d'entre eux ont déclaré en consommer régulièrement, alors que chez les adultes, on comptait 14,8 % d'entre eux et que la consommation d'alcool, évaluée en tant qu'excès (beuverie) ou problème de surconsommation ou alcoolisme chronique, était identifiée dans 11,4 % de ces auto-évaluations.

En 1989, le Sondage des Territoires du Nord-Ouest sur la promotion de la santé qui regroupait des répondants inuits et dénés indiquait une prévalence d'abstinents et d'alcooliques ou de sujets ayant une consommation excessive au sein de la population autochtone.[Santé et Bien-être Canada. 1989. Promotion de la santé dans les Territoires du Nord-Ouest. (Ottawa : Santé et Bien-être Canada)] L'édition de 1996 de ce sondage confirmait ces résultats, en établissant que seulement 60,1 % des personnes autochtones de T. N.-O. déclaraient qu'elles avaient bu de l'alcool au cours de l'année précédente (comparativement à 85,2 % chez les personnes non-autochtones) et que la consommation excessive était indiquée par 33,0 % des personnes autochtones (comparativement à 16,7 % de la population non-autochtone).[Northwest Territories Bureau of Statistics. 1996. 1996 NWT Alcohol and Drug Survey: Rates of use for alcohol, other drugs and tobacco. Report #1] Dans la même veine, le SPA a démontré qu'au sein des sousgroupes autochtones, les Inuits étaient plus enclins à déclarer l'abstinence que les Indiens ou les Métis. Les Inuits se sont aussi montrés différents des Indiens et des Métis, en ce sens qu'ils ont déclaré plus souvent que la consommation d'alcool n'était pas un problème dans leurs collectivités.[Statistiques Canada. 1993. Language, Health and Lifestyle Issues: 1991 Aboriginal Peoples Survey/Questions de langue, de santé et de mode de vie : sondage de 1991 sur les peuples autochtones, catalogue numéro 89-533 (Ottawa : Statistiques Canada).]

Même si la raison des écarts ou des divergences relevés dans cette section entre le degré de préoccupation exprimée au sujet de la consommation excessive de l'alcool et celui de l'autoévaluation sur la consommation reste inconnue ou inexpliquée, on peut néanmoins donner, comme explications possibles, celle du succès remporté par l'éducation en matière de drogues et par le programme de traitement, celle des normes communautaires qui peuvent écarter la possibilité de l'abus des substances ou vice versa, ainsi que la possibilité d'une sous-déclaration de la consommation par les répondants.

2. Consommation de drogues

Il y a peu d'information disponible sur l'usage de médicaments sur ordonnance ou de drogues illégales par les autochtones. Comme on pourra le constater dans la section relative aux centres de traitement, il semble y avoir une augmentation de l'usage de stupéfiants et de médicaments prescrits ou sur ordonnance par les clients admis au traitement, même si l'usage de ces substances psychoactives est resté historiquement peu important par rapport à la consommation d'alcool. Le Sondage des Territoires du Nord-Ouest sur la promotion de la santé de 1989 a indiqué que, parmi les répondants inuits et dénés, 30 % des hommes et 16 % des femmes ont pris du cannabis l'année précédant le sondage.[Santé et Bien-être Canada. 1989. Promotion de la santé dans les Territoires du Nord-Ouest. (Ottawa : Santé et Bien-être Canada).] Avec l'édition de 1996 du sondage, tout comme l'alcool, l'usage de marijuana et de hachisch était plus important chez les autochtones (27, 3 %) que chez les personnes non-autochtones (10,8 %).[Northwest Territories Bureau of Statistics. 1996. 1996 NWT Alcohol and Drug Survey: Rates of use for alcohol, other drugs and tobacco. Report #1.]

Un sondage complet et de grande envergure sur l'abus des drogues chez les autochtones a été mené au Manitoba et il s'adressait à tous les adolescents autochtones (Indiens et Métis résidant hors réserve) et les adolescents non-autochtones.[Gfellner, B.M. et J.D. Hundleby. 1995. "Patterns of drug use among native and white adolescents: 1990-1993." Canadian Journal of Public Health/Revue canadienne de santé publique, mars-avril, pp. 95-97]

L'étude a accumulé des données d'information pendant quatre années consécutives, soit de 1990 à 1993. Parmi les quatorze regroupements d'adolescents selon les différents types de drogues consommées (n'incluant pas l'alcool) qui ont été interrogés, le groupe autochtone a manifesté de façon consistante des taux plus élevés de consommation (exprimés en pourcentage). En particulier, ces taux croissants étaient statistiquement importants, soit au cours des trois années ou pour l'ensemble des quatre années dans les cas du marijuana, des tranquillisants et des barbituriques pris à des fins non-médicales, LSD, PCP, d'autres drogues hallucinogènes, cocaïne (crack). En ce qui concerne le LSD et la marijuana, la moyenne autochtone des quatre années d'usage était trois fois plus élevée, comparativement à celle de l'usage fait par les non-autochtones.

En 1984, l'étude SFIS/FSIN a aussi examiné la question de l'abus des drogues parmi la population des adultes et des adolescents des Premières nations de la Saskatchewan.[Fédération des Nations indiennes de Saskatchewan. 1984. Alcohol and Drug Abuse Among Treaty Indians in Saskatchewan: Needs Assessment and Recommendations for Change.] Chez les adultes, 57,3  % ont dit avoir pris de la drogue au cours de l'année précédente, et 26,5 % en faisait usage régulièrement. Significativement, les résultats de la population adolescente qui prenait de la drogue étaient similaires, soit 57,3 % et 19,1 % de ces jeunes en prenaient régulièrement. L'abus des drogues a été mesuré comme étant de 20,7 % chez la population adulte et de 8,7 % parmi les jeunes. Les drogues illégales et les médicaments vendus au comptoir étaient au premier et au second rang des substances psychoactives les plus souvent consommées et ce, par les deux groupes. L'usage de drogues multiples, tout comme celui de l'alcool combiné à l'usage de drogue, était fréquent. Dans l'ensemble, en considérant l'abus de l'alcool et des drogues (et ce croisement de consommation abusive), l'étude concluait que les niveaux de surconsommation chronique (consommation régulière de quantités excessives d'alcool et de drogues) étaient de 15 % chez les adultes et de 3 % chez les adolescents.

3. Usage des solvants

Une étude canadienne d'envergure sur l'abus des solvants chez les enfants et les jeunes gens autochtones faisait appel à la participation de 2850 personnes de 25 communautés autochtones du Manitoba et de 70 écoles secondaires algonquines du Québec.[Rapport non publié par Layne, N. 1987. Solvent use/abuse Among the Canadian Registered Indian and Inuit Population. An Overview Paper. Programme national de lutte contre l'abus d'alcool et de drogues chez les autochtones] Dans l'ensemble, 20 % des enfants du Manitoba et 15 % des jeunes gens du Québec ont indiqué qu'ils avaient essayé d'inhaler des solvants, dont 6 % du groupe du Manitoba et 9 % de celui du Québec révélant qu'ils avaient inhalé des solvants bien au-delà de l'étape de l'expérimentation. 3 % des enfants du Manitoba et 2 % des adolescents du Québec ont indiqué qu'ils inhalaient régulièrement des solvants. L'âge moyen de ceux qui font l'usage des solvants se situe vers 12-13 ans, même si au Manitoba, des enfants aussi jeunes que 4-8 ans ont déclaré en inhaler.

L'étude du Manitoba qui a recherché des données sur l'abus des drogues chez les adolescents métis et indiens du Manitoba a aussi fait enquête sur l'abus des solvants. L'inhalation de colle est plus fréquente au sein du groupe autochtone, comparativement aux groupes non-autochtones, et ce, au cours de chacune des quatre années (1990-1993), et l'inhalation de colle était de façon similaire plus élevée chez le groupe autochtone au cours de trois des quatre années de l'étude.[Gfellner, B.M. et J.D. Hundleby. 1995. "Patterns of drug use among native and white adolescents: 1990-1993." Canadian Journal of Public Health/Revue canadienne de santé publique, mars-avril, pp. 95-97]

L'étude de 1984 du SFIS sur l'abus des substances psychoactives chez les Premières nations de la Saskatchewan a indiqué que 18,8 % des adolescents participant à ce sondage ont fait usage des solvants au cours de l'année précédente. Curieusement, 11,3 % de la population adulte a aussi déclaré faire usage du même type de solvant.[Fédération des Nations indiennes de Saskatchewan. 1984. Alcohol and Drug Abuse Among Treaty Indians in Saskatchewan: Needs Assessment and Recommendations for Change.]

En 1996, dans le sondage du T. N.-O., qui posait des questions sur les antécédents relatifs à l'usage des solvants (la population participant au sondage étant âgée de 15 ans et plus, on pouvait donc, lors du sondage, les interroger sur un comportement antérieur, notamment l'usage des solvants au cours de l'enfance), le pourcentage des personnes autochtones qui avaient fait usage de solvants était particulièrement élevé, soit 19,0 % (dépassant 24 fois le taux national), comparativement à 1,7 % chez les non-autochtones.[Northwest Territories Bureau of Statistics. 1996. 1996 NWT Alcohol and Drug Survey: Rates of use for alcohol, other drugs and tobacco. Report #1.]

Profil des usagers des solvants

Une étude effectuée en 1985 par l'Association nationale des centres d'amitié autochtones a recueilli des données d'information sur l'abus des substances psychoactives chez les jeunes autochtones des centres urbains.[Association nationale des centres d'amitié. 1985. Urban Research Project, Phase I and II, Alcohol, Drug and Solvent Abuse] L'étude a permis de constater que presque la moitié des usagers des solvants a commencé à inhaler des solvants quand ils n'avaient pas plus de 4 à 11 ans. Pour établir la prévalence, on a identifié des facteurs associés à l'inhalation de substances, tels que la toxicomanie et l'alcoolisme dans la famille, les conflits familiaux, le chômage, la malnutrition ou la négligence, les difficultés financières de la famille et les mauvais traitements.

On a décrit les toxicomanes ou ceux qui font un usage abusif des solvants comme étant plus souvent des garçons que des filles (toutefois, les personnes de sexe féminin qui font un usage abusif des solvants est en train d'augmenter), qu'ils ont commencé à faire cet usage abusif vers l'âge de 9-10 ans (l'âge où on commence à faire usage va en décroissant), et qu'ils viennent de familles dysfonctionnelles avec des antécédents de toxicomanie et qu'ils habitent des communautés isolées. En outre, ceux qui abusent des solvants éprouvent des difficultés scolaires ou ont décroché de l'école et sont en chômage, illettrés, mal logés et ont des antécédents personnels de mauvais traitements, de sévices affectifs/sexuels souvent associés à leurs problèmes d'inhalation.[Scott, Kim. n.d. Indigenous Canadians: Substance Abuse Profile 1995. Préparé pour le Kisht Anaquot Health Research and Program Development, et le Programme national de lutte contre l'abus d'alcool et de drogues chez les autochtones.]

Lors de l'Enquête de 1994 sur l'abus des solvants dans les collectivités des Premières nations et des Inuits, on a interrogé les toxicomanes ou ceux qui font un usage abusif des solvants dans les collectivités autochtones. L'enquête a permis de constater que la plupart des jeunes répondants ont commencé à faire un usage abusif des solvants quand ils étaient âgés de 4 à 11 ans (49,3 %) ou de 12 à 15 ans (45 %). Ces jeunes qui ont déclaré faire un usage abusif des solvants ont vécu un certain nombre de difficultés dans leur vie. À peu près la moitié d'entre eux a souffert de négligence ou de malnutrition (43,5 %), de chômage (57,7 %) et de graves difficultés financières (privations) (42,3 %) au sein de leur famille. Environ les deux tiers ont vécu des conflits familiaux (63,5 %) ou de l'alcoolisme et de la toxicomanie (abus des drogues) (67,2 %). Plus des trois quarts de ces jeunes répondants (78,4 %) ont aussi indiqué qu'ils prenaient de l'alcool. [Kaweionnehta Human Resource Group. n.d. First Nations and Inuit Community Solvent Abuse Survey - Updated July 1994]

4. Abus des substances toxiques ou psychoactives dans les villes

Il y encore moins d'information disponible sur les taux d'abus des substances parmi les personnes autochtones de la ville comparés aux taux obtenus auprès des personnes qui sont dans les communautés des Premières nations. L'étude de 1985 effectuée par l'Association nationale des centres d'amitié autochtones a indiqué que la majorité des centres n'avaient pas la capacité de tenir des dossiers sur les clients qui font un usage abusif des substances puisque ces personnes venaient au centre pour d'autres motifs (recherche d'emploi, de logement, d'aide pour des études). Toutefois, 56 des 84 centres d'accueil ou d'amitié participant à l'étude n'ont pas rempli de questionnaire portant sur les types et les niveaux d'abus au sein de leur communauté. Ces répondants décrivaient des niveaux graves d'abus au sein de groupes cibles de tous âges, dont principalement, l'abus de l'alcool. On qualifie de "grave", selon la définition du PNLAADA, comme étant "un abus, usage abusif ou consommation excessive, rendant l'individu incapable d'affronter les préoccupations essentielles de la vie -- des problèmes graves surviennent au sein de la famille, perturbent la vie familiale, le travail ou la vie professionnelle, entraînent des démêlés avec la justice, etc."[Association nationale des centres d'amitié. 1985. Urban Research Project, Phase I and II, Alcohol, Drug and Solvent Abuse., p. 34]

Les centres ont rapporté l'abus des substances au sein des groupes suivants de leur communauté :

  • 68 % ont déclaré que les enfants en faisaient un usage abusif
  • 89 % ont déclaré que les jeunes gens ou adolescents en faisaient un usage abusif
  • 96 % ont déclaré que les jeunes adultes en faisaient un usage abusif
  • 76 % ont déclaré que les femmes enceintes en faisaient un usage abusif
  • 77 % ont déclaré que les femmes célibataires en faisaient un usage abusif
  • 77 % ont déclaré que les personnes sans emploi ou en chômage en faisaient un usage abusif
  • 84 % ont déclaré que les alcooliques chroniques en faisaient un usage abusif
  • 77 % ont déclaré que les clients en traitement en faisaient un usage abusif
  • 68 % ont déclaré que les personnes âgées en faisaient un usage abusif

5. Mortalité

L'indicateur le plus commun de tous ceux qui mesurent indirectement la fréquence/prévalence de l'alcoolisme et de la toxicomanie, c'est le profil de la morbidité au sein de la population des Premières nations. La Direction générale des services médicaux de Santé Canada a recueilli annuellement des données sur les décès des personnes indiennes inscrites selon leur âge, leur sexe et la cause du décès. Même si les méthodes de collecte de données et les populations étudiées varient selon les régions de la DGSM, ce qui limite les études à une analyse inter-régionale, on a accès à de l'information utile et importante sur des données statistiques à l'échelle nationale de la mortalité chez les Premières nations ainsi que sur les tendances reflétées. [L'information sur la mortalité provenant de la base de données de la DGSM décrite dans cette section est tirée de : Lemchuk-Favel, Laurel. 1993. Trends in First Nations Mortality 1979-1983., Santé Canada. (Ottawa : Ministère des approvisionnements et services)]

Une analyse de l'ensemble de la mortalité chez les Premières nations, à partir de la base de données de la DGSM compilées de 1979-1993, a démontré que :

  • le taux brut ou standardisé de la mortalité chez les Premières nations a baissé à 21.4 %, allant de 7,0 décès par 1000 de population à 5,5 décès par 1000 de population. Les personnes de sexe masculin ont des taux bruts de mortalité plus élevés que celles de sexe féminin; et cet écart a été établi tout au long de cette période de 15 ans.
  • le groupe d'âge qui a démontré la diminution la plus importante du taux de mortalité en comparant les données de 1979-1983 à celles de 1989-1993 était de 0-1 an(45.1% de diminution), suivi du groupe d'âge 5-14 ans (38 %), et de celui de 30-34 ans et de 40-44 ans (chacun de ces groupes, diminuant de 36 %)
  • le taux de mortalité chez les Premières nations selon le taux comparatif sans strates d'âge était de 1,6 fois plus que le taux canadien en 1993, ce qui était similaire à l'écart de 1,5 fois en 1979.

La prévalence de mort violente au sein des communautés des Premières nations est envisagée comme une des manifestations les plus visibles de l'abus des substances au sein de cette population, et cette constatation est appuyée par les corrélations statistiques.[Voir Scott, K (note 6) - bibliographie sur la recherche démontrant une corrélation entre l'abus des substances et les accidents mortels] L'analyse des données de la DGSM recueillies sur une période de 15 ans a montré que [Gouvernement du Yukon, 1991. Yukon Alcohol and Drug Survey. Volume 1: Technical Report. (Whitehorse : Yukon Government Executive Council Office, Bureau of Statistics)] :

  • tout au long de cet intervalle de 15 ans, la cause principale des décès au sein de la population des Premières nations s'est maintenue comme étant les blessures et l'empoisonnement ou l'intoxication, même si on a constaté une amélioration de 37% dans cette catégorie des taux de mortalité, passant de 243 décès par 100 000 de population en 1979-1981 à 154 décès par 100 000 de population en 1991-1993. Les blessures et l'intoxication/empoisonnement représentent la catégorie polyvalente des décès qui sont causés par des accidents et/ou des actes violents, incluant ceux qui résultent d'accidents de véhicules moteurs, de suicides, d'empoisonnements ou d'intoxications, de noyades, d'incendies, de chutes, d'usage d'armes à feu, d'étouffements, de contaminations, d'homicides, d'accidents de travail et d'écrasements d'avion.

  • pour les personnes de sexe masculin, les blessures et les morts par empoisonnement continuent d'être la cause principale de décès, même si le nombre a chuté de 42,8 % de décès en 1979-1981 à 32,8 % en 1991-1993. Au cours de ces deux mêmes périodes, les décès des personnes de sexe féminin causés par les blessures et les empoisonnements ont chuté pour passer de cause principale en 1979-1981 (26,1 %) à la deuxième cause de décès en 1991-1993 (20,0 %), les décès causés par les maladies du système circulatoire ayant augmenté pour devenir prédominantes.

  • en ce qui concerne l'âge, en 1991-1993, les blessures et les empoisonnements étaient la cause principale de décès chez les groupes d'âge de 1-44 ans. Cette catégorie a chuté au troisième rang pour le groupe d'âge de 45-64 ans et au sixième rang, pour les personnes de 65 ans et plus.

  • Les taux de mortalité sans strates d'âge ou taux comparatif montrent que le taux des décès causés par des blessures ou par un empoisonnement était de 3,8 fois plus élevé chez les Premières nations, comparativement en 1991-1993 à celui de la population canadienne. Il n'a que très peu changé de 1984-1988.

  • en 1993, en termes d'années potentielles de vie perdues (l'expression quantitative de l'impact d'une mort prématurée dans une population), dans l'ensemble, il y avait 46 037 d'années perdues chez les Premières nations. De ce nombre, les blessures et l'empoisonnement étaient calculés à 55 % ou 25 795 années potentielles de vie perdues. Selon l'aspect positif, en 1989-1993, comparativement à 1979-1983, 69,9 % des décès évités (contribuant ainsi à abaisser le taux de mortalité) étaient attribuables à l'effet de cette diminution du taux de décès par blessures et empoisonnement.

  • une analyse régionale des années 1991-1993 a montré que, dans toutes les régions, les décès causés par les blessures et l'empoisonnement viennent au premier rang, sauf dans les régions de l'Atlantique et de l'Ontario, où cette catégorie passe au deuxième rang après les maladies du système circulatoire.

    Une analyse détaillée des décès par blessures et empoisonnements a montré que :

    • en 1991-1993, les causes les plus communes de décès étaient les accidents de véhicules moteurs (40,5 décès par 100 000 de population), suivies par le suicide (38,0 décès par 100 000 de population) et l'empoisonnement ou d'intoxication (16,5 décès par 100 000 de population). Les accidents de véhicules moteurs combinés aux suicides représentent approximativement la moitié de tous les décès par blessures et empoisonnements. en 1991-1993, même si les suicides étaient moins fréquents chez les personnes autochtones de sexe féminin, comparativement aux suicides chez les personnes de sexe masculin, un plus grand nombre de femmes/filles sont décédées d'empoisonnements ou d'intoxications.
    • dans l'ensemble, le taux décroissant de décès par blessures et empoisonnements (1979- 1981 comparé à 1991-1993) est attribuable aux améliorations apportées aux taux de décès par accidents de véhicules moteurs (39,4 % d'amélioration), de noyades (56,8 % d'amélioration), d'incendies (44,3 % d'amélioration) et d'usage d'armes à feu (78,3 % d'amélioration). Le taux de décès causés par le suicide n'a pas changé, et le taux de décès par empoisonnement/intoxication a augmenté du double.
    • les taux de suicide chez les jeunes (groupe d'âge 1-14 ans) ont augmenté de 44,8 % quand on compare les données de 1979-1983 avec celles de 1989-1993. Ces données ont été équilibrées par des améliorations marginales dans les catégories d'âges 15-44 ans. La majorité des suicides survient dans le groupe d'âge 15-24 ans, suivi par le groupe des 25-44 ans.
    • la majorité des décès par empoisonnement/intoxication survient dans le groupe d'âge 25- 64 ans. Pendant ces périodes de temps, de 1979-1983 et de 1989-1993, ces taux ont augmenté de façon significative dans le groupe d'âge de 65+ (3,6 fois de plus); dans le groupe 45-64 ans (2,6 fois de plus) et dans le groupe d'âge des 25-44 ans (1,8 fois de plus). Les décès causés par le suicide chez les Premières nations sont de façon galopante en nombres plus élevés que ceux des autres canadiens. En ce qui concerne les personnes de sexe féminin âgées de 15-24 ans, le taux de suicide chez les Premières nations (35,0 décès par 100 000 de population) était presque 8 fois plus élevé que le taux canadien. Pour le même groupe d'âge des personnes de sexe masculin, le taux chez les Premières nations (125,7 décès par 100 000 de population), le taux était plus de 5 fois plus élevé que le taux canadien.
    • Dans le groupe d'âge des 25-34 ans, la disparité se réduit à 4,5 fois plus élevé pour les femmes des Premières nations et 3,5 fois plus élevé dans le cas des hommes des Premières nations. Alors que le taux des personnes âgées de moins de 15 ans est de zéro pour la population canadienne en général (on ne sous-entend pas qu'il n'y ait eu aucun suicide qui soit survenu mais plutôt que le taux était si faible qu'on l'a arrondi à 0 décès par 100 000 de population) dans le cas de la population des Premières nations, le taux pour les personnes des deux sexes s'établissait à 4,0 décès par 100 000 de population.
  • Une étude récente estimait que le nombre total de décès et d'hospitalisation était attribuable à l'alcool, au tabagisme et aux drogues illicites ou illégales dans le cas de la population autochtone du Canada.[Single, E., L. Robson et K, Scott. 1996. Morbidity and Mortality Related to Alcohol, Tobacco and Illicit Drug Use Among Indigenous People in Canada. Centre canadien de lutte contre l'alcoolisme et les toxicomanies] La méthodologie utilisée pour faire cette évaluation comprenait de l'information sur le risque relatif à des maladies associées à différents niveaux de consommation combinées à des données de prévalence tirées de sondages nationaux qui étaient alors adaptés à aux sources d'information spécifiquement autochtones sur le risque relatif et sur la prévalence de l'alcool, du tabagisme et des maladies et décès causés par la toxicomanie, ainsi que la population répartie selon l'âge. On a évalué qu'en 1992, il y avait eu 299 décès (205 garçons/hommes et 94 filles/femmes) causés par l'alcoolisme et 48 décès (205 garçons/hommes et 8 filles/femmes) causés par des drogues illicites ou toxicomanie chez les personnes autochtones du Canada. Quand on interprète ces taux, ceux-ci représentent des taux considérablement plus élevés que ceux constatés chez la population canadienne en général. En ce qui concerne les décès se rapportant à l'alcool ou à l'alcoolisme, le taux de mortalité a été évalué à 43,7 décès par 100 000 de population dans le cas des autochtones, comparativement à 23,6 dans le cas de la population en général. Le taux de décès causés par les drogues illicites (toxicomanie) a été évalué comme étant deux fois plus élevé, c'est-à-dire de 7,0 décès par 100 000 de population chez les autochtones, comparativement à 2,6 dans les cas de la population en général.
  • Une étude en Saskatchewan sur les décès suite à des actes violents pendant les années 1978-1982 a permis de découvrir que les décès causés par des actes violents représentaient 40 % des décès de tous les indiens inscrits.[Fiddler, S. 1985. Suicides, Violent and Accidental Deaths Among Treaty Indians in Saskatchewan: Analysis and Recommendations for Change. (Regina: Federation of Saskatchewan Indians)] On a constaté une variabilité marquant une opposition extrême entre les taux des différentes régions géographiques, montrant que les groupes nordiques souffraient de taux beaucoup plus élevés de mortalité causée par des actes violents que les régions du sud bien moins isolées.

    Une autre étude de la Saskatchewan sur la consommation d'alcool dans la population des indiens inscrits pendant les années 1985-1987, à partir des données sur les blessures et les empoisonnements de la base de données de la DGSM, a démontré que la consommation d'alcool avait entraîné 92 % des accidents de véhicules moteurs, 46 % des suicides dans le groupe d'âge des 15-34 ans, 38 % des accusations d'homicides, 50 % des décès causés par des incendies et des noyades, 80 % des décès causés par la contamination/propagation de maladies et 48 % des décès provoqués par une autre catégorie de cause.[Szabo, E.L. 1990. A Study of Mortality Related to Alcohol Use among the Status Indian Population of Saskatchewan. Présentée au 8e Congrès international sur la santé circumpolaire, Whitehorse, Yukon, du 20-25 mai]

6. Syndrome d'alcoolisme foetal

La consommation d'alcool durant la grossesse peut être à l'origine du syndrome d'alcoolisme foetal (SAF) et moins gravement de l'effet de l'alcool sur le foetus (EAF). La gamme d'effets du SAF comprend notamment le retard de la croissance intra-utérine ou postnatale, des anomalies du système nerveux central et des anomalies faciales. L'EAF, qui est une manifestation moins grave des déficiences causées au foetus par l'alcool, porte atteinte principalement au système neurologique et on en constate les effets par l'hyperactivité, les problèmes comportementaux, les troubles d'apprentissage scolaire et les dysfonctionnements sociaux. On pense maintenant que l'exposition prénatale à l'alcool est la cause principale des malformations congénitales et des déficiences cognitives en Amérique du Nord. De la même façon, cette exposition prénatale peut causer des déficits subtils portant atteinte à la capacité de jugement et de raisonnement chez les gens qui possèdent apparemment une intelligence normale.[1.Commission royale sur les peuples autochtones, 1996. Rapport final : Volume III Vers un ressourcement/Gathering Strength, pp. 132 et 323 (source bibliographique no 62)]

La consommation accrue d'alcool chez les femmes en âge de procréer a été attribuée au changement du rôle de la femme dans la société, aux répercussions de la dégradation ou de l'effondrement social et culturel de la population autochtone et des stratégies publicitaires visant la consommation d'alcool.[Robinson, G.C., R.W. Armstrong, I. Brendle-Moczuk et C.A. Loock. 1992. "Knowledge of fetal alcohol syndrome among native Indians" Canadian Journal of Public Health/Revue canadienne de la santé publique, Vol 83, No. 5, pp. 337-338]

Il n'y a que quelques études sur les problèmes du SAF particuliers à la population autochtone, et encore moins d'études auxquelles on peut se fier. Néanmoins, on a rapporté une prévalence très élevée dans quelques communautés autochtones, et on accepte généralement le fait que les taux représentant le nombre d'enfants autochtones affectés par le SAF et EAF sont plus élevés que ceux qui ont été constatés généralement chez les enfants de l'Amérique du Nord. Un examen des 10 études analysant les données épidémiologiques du SAF chez les amérindiens, les autochtones d'Alaska et les populations autochtones du Canada a permis de constater que la prévalence du SAF dans les groupes autochtones était de façon constante élevée et ce, dans les 10 études. L'examinateur a formulé cette mise en garde que dans ces études, on avait émis des restrictions significatives, limitant ainsi le niveau de fiabilité en ce qui a trait aux taux rapportés et à la généralisation tirée des résultats.[Burd, L. et M.E. Moffat. 1994. "Epidemiology of fetal alcohol syndrome in American Indians, Alaskan Natives and Canadian Aboriginal Peoples: A Review of the Literature." Public Health Reports/Rapports sur la santé publique. Vol 109, No. 5, pp. 688-693]

7. Morbidité et traitement

Selon l'étude de Single et al qui a évalué la mortalité causée par l'alcool ou l'alcoolisme et la toxicomanie (ou à l'usage de drogues illicites), on a aussi recueilli des taux approximatifs d'hospitalisation résultant de ces activités.[Single, E., L. Robson et K, Scott. 1996. Morbidity and Mortality Related to Alcohol, Tobacco and Illicit Drug Use Among Indigenous People in Canada. Centre canadien de lutte contre l'alcoolisme et les toxicomanies, tableau 13] Au sujet de l'usage ou de la consommation d'alcool, en 1992, les personnes autochtones ont été hospitalisées selon un taux de 5,1 cas d'admission par 1000 de population, comparativement au taux de 3,0 pour la population canadienne. Une étude sur l'utilisation en Ontario des centres de traitement dans le domaine de l'alcoolisme et de la toxicomanie desservant la population autochtone, pour l'année 1985-1986, a permis de montrer que cette utilisation était six fois plus élevée que ce qu'on avait prédit en se basant sur le nombre de personnes autochtones de la province et une utilisation égale par habitant entre la population autochtone et non-autochtone.[Adrian, M. n.d. Statistics on Alcohol and Drug Use in Canada and other Countries. Volume I: Statistics on Alcohol Use - Data Available by 1988. (Toronto : Fondation de la recherche sur la toxicomanie/Addiction Research Foundation)]

Le Programme national de lutte contre l'abus de l'alcool et des drogues chez les autochtones (PNLAADA) offre des services de prévention et de traitement aux personnes des Premières nations vivant sur réserve. Ce sont des établissements de traitement à demeure fonctionnant selon un modèle psychothérapeutique, intégrant une programmation intensive, non-médicale et culturellement adapté, d'une durée de 4 à 6 semaines. Ces centres utilisent un Système de rapport sur les activités de traitement (SRAT). Voici ce qu'un examen des données et de la publication de l'information recueillie à partir du SRAT a permis de constater :[Scott, Kim. 1994. "Substance abuse among Indigenous Canadians." In Aboriginal Substance Abuse: Research Issues -- Proceedings of a Joint Research Advisory Meeting. Édité par D. McKenzie. Centre canadien de lutte contre l'alcoolisme et les toxicomanies (Ottawa).]

En 1991, l'usage de l'alcool, des stupéfiants et des drogues hallucinogènes étaient les plus répandus des usages abusifs de substances et la consommation excessive d'alcool était le plus élevée de ces usages abusifs, étant 4 fois supérieure à l'usage d'autres substances. L'évaluateur note qu'il peut y avoir des lacunes dans le processus de normalisation de la classification de certaines de ces substances, comme par exemple, le cannabis.
En 1989 et en 1991, quand on a comparé les données, on a pu constater chez les personnes autochtones en traitement à demeure/en établissement, un profil constant d'abus des substances indiquant que les plus populaires des toxicomanies croisées étaient l'alcool et les narcotiques, l'alcool et les hallucinogènes, l'alcool et les médicaments sur ordonnance et les narcotiques et les hallucinogènes.

  • en se basant sur les données de 1991, de façon générale, 40 % de la clientèle des centres de traitement étaient des filles/femmes, et pour l'ensemble des personnes des deux sexes, le nombre le plus élevé de clients faisait partie du groupe d'âge des 25-34 ans, suivi du groupe des 16-24 ans et du groupe des 36-44 ans.
  • lorsque les données ont été analysées par région d'est en ouest, on a dénoté une tendance vers un écart moins important entre les taux de participation des garçons/des hommes et ceux des filles/des femmes.
  • au niveau régional, la participation du groupe des 25-34 ans au traitement a été la plus élevée. Quant à la participation des garçons/des hommes, elle a été, de façon constante, plus importante que la participation des filles/des femmes dans toutes les catégories d'âge sauf chez les enfants en Ontario. Ces observations sont demeurées stables, invariables, en 1989 et en 1991. L'évaluateur a émis l'hypothèse que ces différences peuvent s'expliquer du fait que le problème d'abus est plus flagrant chez les hommes ou qu'il y a de plus grands obstacles à la participation des femmes au traitement (par ex., soins aux enfants, stigmatisme social).
  • approximativement les deux tiers de ceux qui commencent un traitement terminent le programme (pas de différences régionales significatives). Le fait que le programme soit non-achevé résulte tout d'abord de la cessation par le client lui-même (68 %) et la cessation occasionnée par le personnel (21,5 %).

    Un examen plus récent du système de données du SRAT pour l'année 1994-1995 a confirmé les observations ci-haut mentionnées et de plus, il a permis de trouver que :[Scott, Kim. n.d. Indigenous Canadians: Substance Abuse Profile 1995. Préparé pour le Kisht Anaquot Health Research and Program Development, et le Programme national de lutte contre l'abus d'alcool et de drogues chez les autochtones.]

    • la tendance est à l'augmentation de l'usage abusif de narcotiques et de médicaments avec ordonnance
    • la participation des femmes aux programmes du PNLAADA a augmenté de 45 %.
    • La légère divergence entre le taux de participation au traitement des personnes des deux sexes a permis d'élaborer une théorie qui a eu comme résultat l'établissement de centres de traitement davantage à la portée des femmes, une réduction des barrières psychologiques ou bien l'identification d'un plus grand nombre de femmes qui en ont besoin.

8. Incarcération

Les personnes autochtones sont en nombre disproportionné dans les établissements pénitenciers de toutes les régions du Canada, comparativement au pourcentage de cas d'incarcération au sein de la population canadienne. En 1988-1989, une enquête portant sur les cas d'incarcération dans les établissements provinciaux et fédéraux a permis de le confirmer, et de démontrer que les taux les plus élevés d'incarcération se trouvent dans les régions du nord et dans les prairies.[Comité de direction sur la santé mentale autochtone de la Direction générale des services médicaux. 1991. Profil statistique de la santé mentale des autochtones : Contexte général rapport #1. (Ottawa : Santé Canada)] Dans les Territoires du Nord-Ouest, ces taux élevés (86 et 96 % respectivement pour les établissements provinciaux et les établissements fédéraux) se trouvent en quelque sorte équilibrés à cause du pourcentage de personnes autochtones par rapport à la population en général (63 %), alors qu'au Yukon, même s'il y a 28 % de personnes autochtones par rapport à l'ensemble de la population, dans les établissements fédéraux et provinciaux, la proportion est respectivement de 50 et 63 %. Quant à la population autochtone de la Saskatchewan, on constate une différence encore plus importante : 10 % pour l'ensemble de la population, comparativement à 52-65 % pour les autochtones dans les établissements fédéraux et provinciaux.

Lors d'un enquête effectuée par les Services correctionnels du Canada sur tous les délinquants incarcérés, on a appris que dans le cas de 75 % des délinquants autochtones, on avait diagnostiqué des problèmes d'alcool d'une gravité suffisante pour justifier une intervention à un certain niveau de traitement. Plus de la moitié de cette population (53 %) manifestait aussi des problèmes de drogue/toxicomanie.[Service correctionnel du Canada. 1994. Évaluation de l'abus des substances chez le contrevenant autochtone : Outil d'évaluation informatisé sur le mode de vie. Développement et recherche correctionnelle. (Ottawa : Service correctionnel du Canada)]

9. Homicide

Les cas d'homicide peuvent aussi démontrer une pathologie sociale et donc, peuvent être utilisés comme autre indicateur indirect des effets de l'abus des substances. En 1988, la proportion des personnes autochtones accusées de meurtre était de 16,0 par 100 000 de population, au décuple plus élevé que la population canadienne. Les personnes autochtones étaient aussi 8 fois plus susceptibles de mourir assassinées que les autres canadiens.[Santé Canada 1991. Programme de santé mentale destiné aux Premières nations et aux Inuit. Rapport du comité directeur sur la santé mentale des Premières nations et des Inuit. (Ottawa : Santé Canada)]