Meilleures pratiques - Troubles concomitants de santé mentale et d'alcoolisme et de toxicomanie
Meilleures pratiques en relation avec les troubles concomitants sur le plan de la prestation des services
L'annexe D présente un aperçu des systèmes de prestation de services en santé mentale et en alcoolisme et en toxicomanie au Canada. Cette section résume les principaux points de cet aperçu et les conséquences pour les lignes directrices des meilleures pratiques sur le plan de la prestation des services.
Services de santé mentale
- La réforme de la santé mentale a accordé une importante priorité dans l'élaboration des politiques et des programmes à une vaste gamme de services communautaires de santé mentale et à la mise sur pied de services de soutien social visant à garder les personnes souffrant de troubles mentaux sévères à l'extérieur des institutions ou des soins en milieu hospitalier.
- On peut constater un progrès régulier de la participation des clients et des familles à la conception et à la prestation des services et du soutien.
- Les généralistes et plusieurs autres spécialistes des soins de santé offrent la plus grande part des soins primaires en santé mentale au Canada.
- La réforme de la santé mentale a également eu pour résultat des fermetures ou des réductions de la taille des grands hôpitaux psychiatriques provinciaux et une augmentation correspondante du rôle des unités psychiatriques des hôpitaux généraux pour dispenser les soins aigus et intervenir en cas de crise.
- La prévalence des troubles de santé mentale et des troubles concomitants est très élevée dans les systèmes correctionnels de tout le pays et on constate une relation étroite et complexe entre le système de santé mentale et le système de justice pénale.
- Il y a également plusieurs sous-groupes de la population ayant particulièrement besoin de services de santé mentale qui doivent être considérés avec attention au moment de planifier et de dispenser les services aux personnes souffrant de troubles concomitants (p. ex., les sans-abri, les autochtones, les agresseurs et les victimes de la violence dans la famille et d'abus à l'égard des enfants).
Services d'alcoolisme et de toxicomanie
- Le
« système »
de traitement de l'alcoolisme et de la toxicomanie au Canada a évolué en traversant plusieurs étapes, et il est actuellement enraciné dans une vaste perspective biopsychosociale.
- Les médecins et les psychiatres jouent un rôle important, mais de moins en moins dominant; le rôle de l'évaluation et du traitement de la dépendance aux substances comparativement à d'autres troubles de santé mentale et de dépendance est confié à des professionnels du counseling comme les psychologues, les travailleurs sociaux et les conseillers accrédités en toxicologie.
- La réforme des services d'alcoolisme et de toxicomanie a accordé la première priorité à la mise sur pied d'une vaste gamme de services communautaires, généralement définis selon un
« continuum de soins »
- gestion du sevrage, évaluation complète, intervention brève, traitement ambulatoire ou de jour plus intensif, traitement en établissement à court terme ou à long terme et soins prolongés.
- Un modèle de soins par paliers est associé au continuum de soins, permettant d'abord aux clients de s'engager dans un niveau de soins moins perturbateur et de passer ensuite à un traitement par paliers accéléré ou décéléré selon les résultats de la supervision continue.
- On met davantage l'accent sur la prévention et sur la détermination précoce que le secteur de la santé mentale. Plusieurs services adoptent une approche de réduction des méfaits; d'autres adoptent l'abstinence comme premier objectif du traitement. On constate un écart considérable à cet égard entre les provinces et les territoires.
- Les groupes d'entraide (p. ex., Alcooliques anonymes) jouent un rôle important dans les systèmes de traitement locaux de tout le pays.
- La prévalence des troubles liés aux substances est très élevée dans les systèmes correctionnels de tout le pays, et il y a une relation étroite mais complexe entre le système de traitement de l'alcoolisme et de la toxicomanie et le système de justice pénale.
- Comme pour la santé mentale, il y a également plusieurs sous-groupes de la population ayant particulièrement besoin de services de traitement de la dépendance aux substances et qui doivent être considérés attentivement dans la planification et la prestation de services aux personnes souffrant de troubles concomitants (p. ex., les jeunes, les sans-abri, les autochtones).
En résumé, il y a de nombreux points d'entrée dans les « systèmes »
de santé mentale et d'alcoolisme et de toxicomanie de la collectivité. Bien que les personnes ayant des troubles concomitants puissent être plus susceptibles de se présenter à certains points d'entrée qu'à d'autres (p. ex., services d'urgence et de crise, refuges pour sans-abri), les données de recherche indiquent que la prévalence des troubles concomitants sera élevée pour tous les points d'entrée. Il est également important de retenir que, dans le système de santé mentale, la durée du traitement ou du soutien d'une personne présentant un trouble concomitant de dépendance aux substances par un programme particulier est très variable. Elle peut aller d'un bref contact au service de crise à quelques semaines ou quelques mois dans un éablissement de soins aigus ou à plusieurs années de contact et de soutien régulier par une équipe d'intervenants, un programme de logement subventionné, un pavillon ou une
initiative pour les victimes. De même, dans l'ensemble des services de toxicomanie de la collectivité, les probabilités de dépister une personne présentant un trouble mental sont très variables (p. ex., bref contact au centre de gestion du sevrage comparativement à plusieurs semaines ou mois de soutien d'un programme de traitement ambulatoire ou en établissement). Ainsi, les possibilités de dépister quelqu'un présentant un trouble de santé mentale ou d'alcoolisme ou de toxicomanie concomitant sont très variables dans les différents établissements. De plus, le type de formation professionnelle, d'expérience clinique et de perspective diffère considérablement selon ces établissements. Ces facteurs influent sur la capacité et l'intérêt des gestionnaires, du personnel et des clients quant à l'adoption de diverses stratégies qui pourraient être recommandées pour l'identification, l'évaluation, le traitement et le soutien. Le rôle des membres de la famille et des autres personnes importantes sera également très variable, par exemple, pour fournir des rapports collatéraux sur la toxicomanie ou participer à des interventions familiales. Nonobstant ces facteurs contextuels importants, il y a un besoin de conseils scientifiques dans trois domaines :
- pour déterminer si quelqu'un présente un trouble de toxicomanie ou un trouble de santé mentale;
- pour ceux qui présentent un ou plusieurs troubles, entreprendre une évaluation complète qui donnera un diagnostic plus concluant de la nature et de la sévérité du problème d'alcoolisme et de toxicomanie ou de santé mentale et de la relation entre les deux. Dans les endroits où les ressources sont limitées, cette étape peut inclure de toute nécessité une référence vers un autre service de soutien pour évaluer le problème d'alcoolisme et de toxicomanie ou de santé mentale, mais cet aiguillage se fait dans le contexte d'un système coordonné de services locaux, avec un suivi pour s'assurer qu'un plan de traitement intégré est établi*;
- pour les personnes qui présentent un diagnostic de troubles concomitants de santé mentale et d'alcoolisme et de toxicomanie, offrir un traitement et un soutien pour la résolution des problèmes immédiats et assurer une surveillance, un soutien et la réadaptation à long terme. Comme ci-dessus, dans certaines collectivités, cette étape peut comprendre un aiguillage vers un autre service de soutien du problème d'alcoolisme et de toxicomanie ou de santé mentale, mais il doit se faire dans le contexte d'un plan de traitement intégré et d'un système coordonné des services locaux.
Cette section est articulée en trois sous-sections correspondant au dépistage (section 3.1), à l'évaluation (section 3.2) et au traitement et au soutien constant (section 3.3) des personnes souffrant de troubles concomitants. Chaque sous-section reconnaît que la personne peut commencer par entrer dans un service de santé mentale, un service d'alcoolisme et de toxicomanie ou un programme intégré et que, quel que soit le point d'entrée, le client souffrant de troubles concomitants devrait s'attendre à la même approche générale et à la même qualité de soins.
* Tel que mentionné plus tôt, le traitement et le soutien intégrés de grande qualité sont possibles dans les systèmes ainsi que par l'intégration des programmes.